‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 55 sur 83 · INSTITUTION DU SACERDOCE. CELIBAT DES PRÊTRES · texte numérisé non relu

INSTITUTION DU SACERDOCE. CELIBAT DES PRÊTRES

Traditions antiques.

Il n'y a pas de dogme dans l'Eglise catholique , il n'y a pas même d'usage général appartenant à la haute discipline, qui n'ait ses racines dans les dernières profondeurs de la nature humaine , et par conséquent dans quelque opinion universelle plus ou mois altérée çà et là , mais commune cependant , dans son principe , à tous les peuples de tous les temps.

Le développement de cette proposition fom*nirait le sujet d'un ouvrage intéressant. Je ne m'écarterai pas sensiblement de mon sujet;, en donnant un seul exemple de cet accord merveilleux ; je choisirai la confession , uniquement pour nie faire mieux comprendre.

Qii'ya-s-il lie plus naturel ù l'Iiommc queco moiivomcui d'un cœur qui se penche vers un autre pmr y verser un secret * P Le malheureux , déchiré par le remords on par le chagrin , a besoin d'un ami , d'un confident qui l'écoute , le console et quelquefois le dirige. L'estomac qui renferme un poison et qui entre de lui-même en convulsion pour le rejeter , est l'image naturelle d'un cœur où le crime a versé ses poisons. Il souffre, il s'agite , il se contracte jusqu'à ce qu'il ait rencontré l'oreille de l'amitié, ou du moins celle de la bienveillance.

Mais lorsque de la confidence nous passons à la confession , et que l'aveu est fait à l'autorité, la conscience universelle reconnaît dans cette confession spontanée une force expiatrice et un mérite de grâce : il n'y a qu'un sentiment sur ce point depuis la mère qui interroge son enfant sur une porcelaine cassée , ou sur une sucrerie mangée contre l'ordre, jusqu'au juge qui interroge[du haut de son tribunal le voleur et l'assassin.

Souvent le coupable , pressé par sa conscieiice , reûiSe {'impunité que lui promettait' le silence. Je ne sais quel instinct x'ïïjstérieux , plus fort même que celui de la conservation , lui fait chercher la peine qu'il pourrait éviter. Même dans les cas oiî il ne peut craindre ni les témoins ni la torture , il s'écrie : Oui , c'est moi ! Et l'on pourrait citer des législations miséricordieuses qui confient, dans ces sortes de cas , à de hauts magistrats le pouvoir de tempérer les châtiments , même sans recourir au souverain.

« On ne saurait se dispenser de reconnaître , dans le « simple aveu de nos fautes , indépendamment de toute « idée surnaturelle , quelque chose qui sert infiniment

(1) Expression admirable de Eossuct. (Oraison funèbre d'HenrieUe il'Anglelerre. ) La lîarpe l'a justement vantée dans son Lycée.

« h établir dans l'homme h droiture de cœur et Ta sîm- « plicilé de conduite ^. » De plus, comme tout crime est de sa nature une raison pour en commettre un autre, tout aveu spontané est au contraire une raison pour se corriger; il sauve égalementle coupable du désespoir et de l'endurcissement, le crime ne pouvant séjourner dans l'homme sans le conduire à l'un et à l'autre de ces deux abîmes.

« Savez-vous , disait Sénèque , pourquoi nous cachons « nos vices ? C'est que nous y sommes plongés : dès que « nous les confesserons, nous guérii'ons ^. »

On croit entendre Salomon dire au coupable : « Celui « qui cache ses crimes, se perdra ; mais celui qui les c&n- « fesse et s'en retire, obtiendra miséricorde'** . »

Tous les législateurs du monde ont reconnu ces vérités et les ont tournées au profit de l'humanité.

Moïse est à la tête. Il établit dans ses lois une confession expresse et même publique*.

L'antique législateur des Indes a dit : « Plus l'homme « qui a commis un péché s'en confesse véritablement et « volontairement , et plus il se débarrasse de ce péché , « comme im serpent de sa vieille peau^. »

Les mêmes idées ayant agi de tous côtés et dans tons

et) Berlbîer , sur les Psaumes, lom. f , Ps. XXXÎ.

( 2) Qnarè su^ vilia nemo conCtelur? quia iu illis etiamnnm est : vilia sua conGteri sanitatis indicium est. Sen. Epist. mor. LUI. — Je ne crois pas que dans nos livres de piété on trouve , pour le choix d'un directeur , de meilleurs conseils que ceux qu'on peut lire dans l'épître pre'cédenle de ce même Sénèque.

(3)Prov. XXYTTÎ,13.

(4) Levit. V , 5, 15 et 18 ; VI , 6; Nura. V , 6 el 7.

(5) Il ajoute tout de suite : « 3Iais si le pécheur vent obtenir une « pleine rémission de son péché, gu'il évite surtout la rechute! .' ! » (Lois de Mean, fils de Brahma , dans les OEuvrw da chevalier W. Jones , in-;, tom. lîî , chap. Xî , n. Gi et 233.

!os temps , on a trouvé la confession clicz tous les peupTe.i qui avaient reçu les mystères clcusins. On l'a retrouvée au Pérou , chez les Brahnies , chez les Turcs , au Thibet et a:» Japon ^

Sur ce point comme sur tous les autres , qu'a fait le christianisme? Il a révélé l'homme à l'homme; il s'es^ emparé de ses inclinations , de ses croyances éternelles et universelles; il a misa découvert ses fondements anli- (jues; il les a débarrassés de toute souillure, de tout mélange étranger , il les a honorés de l'empreinte divine ; et sur ces huscs naturelles il a établi sa ihéorie surnaturelle de la pénitence et de la confession sacramentelle.

Ce que je dis de la pénitence , je pourrais le dire de tous les autres dogmes du christianisme catholique; mais c'est assez d'un exemple , et j'espère que , par cette espèce d'introduction , le lecteur se laissera conduire naturellement à ce qui va suivre.

C'est une opinion commune aux hommes de tous les temps , de tous les lieux et de toutes les religions qu'il y a dans ta cojxtinence quelque chose de céleste qui exalte l'homme et le rend agréable à la Divinité; que par une conséquence nécessaire ^ toute fonction sacerdotale ^ tout acte religieux y toute cérémonie sainte, s^accorde peu ou ne s'' accorde point avec le mariage.

Il n'y a point de législation dans le monde qui , sur ce point, n'ait gêné les prêtres de quelque manière, et qui même, à l'égard des autres hommes, n'ait accompagné les prières, les sacrifices, les cérémonies solennelles , de quelque abstinence de ce genre , et plus ou moins sévère.

(1) Carli, Lettcre americane , tom. I, Lelt. XIX. — Extrait des voyages d'Effrcmoff, dans le journal du Nord. Sainl-Pe'lersboiirg, mai 1807 , n. 18 , p. 333. — Feller , Catéch. philosoph. tom. îH , n. 501 , etc. , etc*

Le prolrc hébreu ne pouvait pas épouser une femme répudiée , et le grand prêtre ne pouvait pas même épouser une veuve'. Le Talmud ajoute qu'il ne pouvait épouser deux femmes, quoique la polygamie fût permise au reste de la nation ^ ; et tous devaient être purs pour entrer dans le sanctuaire.

Les prêtres égyptiens n'avaient de même qu'une femme'. L'hiérophante, chez les Grecs , était obligé de garder le célibat et la plus rigoureuse continence*.

Origène nous apprend de quel moyen se servait l'hiérophante pour se mettre en état de garder son vœu^ , par où l'antiquité confessait expressément et l'importance capitale de la continence dans les fonctions sacerdotales , et l'impuissance de la, nature humaine réduite à ses propres forces.

Les prêtres , en Ethiopie comme en Egypte , étaient reclus et gardaient le célibat®.

Et Virgile fait briller dans les champs Elysées

Le prêtre qui toujours garda la chasteté?.

(1) Levit. XXI, 7, 9, 13.

(2) Talm, in Massechla Joua.

( 3 ) Phil. apud P. Cunœum de Rep. Hebr. Elz^vir , 16 , p. 190.

(4) Potter's greek Anliquities , tom. I, p. 183, 356. — Lettres sur l'histoire, tom. II , p. 571.

(5) Kwvêtaaôsîs toc upctviyi» /xion. Contrà Celsum , lib. VII, n. 48. Vid. Dlosc. lib. IV, cap. 79; Plin. HisU nat. lib. XXXV, cap. 13.

(6) Bryant's 3Iythology explained. in-4, tom. I , p. 281 , tom. III . p. 240 , d'après Diodore ce Sicile. Porphyr. de Abstin. lib. IV, p. 364.

(7) Qaique sacerdotes casti , dùm vita manebat.

(Virg. .^n.,Vî.G61.)

Ileyne , qui sentait dans ce vers la condamnation formelle d'un dogme de Gollingue , l'accompagna d'une note charmante. « Cela s'entend , dit- « il , des prêtres qui se sont acquittés de leurs fondions caste , pire ac « Piè ( c'est-à dire scrupuleusement ) , pendant leur vie. Entendu de « cette manière , Virgile n'est point répréhensible. Ita niuil est

Les preli-esscs de Ccrès , ù Aihôncs , où les lois leui accordaieni la plus haute importance, étaient choisies par le peuple, nourries aux dépens du public, consacrées pour toute la vie au culte de la déesse, et obligées de vivre dans la plus austère continence ^ .

Voilà ce qu'on pensait dans tout le monde connu. Les siècles s'écoulent , et nous retrouvons les mômes idées au Pérou ^.

Quel prix , quels honneurs tous les peuples de l'univers n'ont-ils pas accordés à la virginité ? Quoique le mariage soit l'état naturel de l'homme en général , et même un état saint , suivant une opinion tout aussi générale ; cependant on voit constamment percer de tous côtés un certain respect pour la vierge ; on la regarde comme un être supérieur ; et lorsqu'elle perd cette qualité , même légitimement , on dirait qu'elle se dégrade. Les femmes fiancées en Grèce devaient un sacrifice à Diane pour l'expiation de cette espèce de profanation ^. La loi avait établi à Athènes des mystères particuliers relatifs à cette cérémonie religieuse *. Les femmes y tenaient fortement, et craignaient la colère de la déesse si elles avaient négligé de s'y conformer ^.

<c QUOD REPREDENDAS. » ( Lond. 1793 , in-8 , tom. lï , p. 741.) Si donc on vient à dire qu'un tel cordonnier, par exemple , est chaste , cela signifie , selon Heyne , qu'il fait bien les souliers. Ge qui soit dit sans manquer de respect à la mëmoire de sst homme illustre.

( 1 ) Lettres sur l'histoire , à l'endroit cité , p. 577.

(2)1 sacerdoli neila setlimana <Sel loro servizio si astenevano dalle mogli. (Carii , Lelt. amer. tom. I , liv. XIX.)

(3) E':il àfooiùissi Tris TtapOivlaç. V. le Scholiaste de Théocrite, sur leGôe vers de la lie idylle.

(4) Ta ôè y-vuTYipix Tourà Aôvivïjctv ■KoXirsùovToct. Ibid.

(5) Tout homme qui connaît les mœurs antiques ne se demandera pas Sans étonnement ce que c'était donc que ce i.«iitiment qui avait <?lalili de

Les vierges consacrées à Dieu se trouvent partout et à toutes les époques du genre humain. Qu'y a-t-il au monde de plus célèbre que les vestales ? Avec le culte de Festa brilla V empire romain, , avec lui il tomba*.

Dans le temple de Minerve , à Athènes , le feu sacré hait conservé , comme à Rome, par des vierges.

On a retrouvé ces mômes vestales chez d'autres nations, nommément dans les Indes ^ , et au Pérou, enfin, où il est bien remarquable que la violation de son vœu était punie du même supplice qu'à Rome^. La virginité y était considérée comme un caractère sacré également agréable à l'empereur et à la divinité *.

Dans l'Inde , la loi de Menu déclare que toutes les cérémonies prescrites pour les mariages ne concernent que la vierge ; celle qui ne l'est pas étant exclue de toute cérémonie légale'.

tels mystères , et qui avait eu la force d'en persuader l'importance. Il faut bien qu'il ait i:ne racine; mais où est-elle humainement?

(1 ) Ces paroles remarquables terminent le mémoire sur les Vestales , qu'on lit dans ceux de l'Acad. des Inscriptions cl llelles-Lettres , tom. V, in-12; par Tabbé Nadal.

[Le MÉMOIRE de l'abbé Nadal, et non pas iVauda/, comme portent toutes les éditions du Pape, a été imprimé à part, sous le titre d'Histoire des Vestales , etc. Paris , 1725 , in-8. ]

(2) Voy. l'Hérodote de Larcher, tom. VI, p. d33 ; Carli , Lell. amer. tom. I, le». Ve, et tom. I, leit. XXVIe, p, 453 ; Not. Procop. lib. II, de Bello Pers.

(3) Carli , ibid. tom. I , letl. VIII. —Le traducteur de Carli assure que la punition des vestales à Rome n'était que fictive , et que pas une ne demeurait dans le caveau. ( Tom. I, letf. IX , p. 114 , not. ) Mais il ne cite aucune autorité. Je crois bien que certains Pontifes , beaux-esprits , auraient pris volontiers ce tour de passe-passe sur leur conscience.

(4) Carli, ibid. tom. I , liv. IX.

(5 ) Lois de Menu , chap. VIII , n. 226; OEuvrcs du cher. Joncs , iom. m.

Le voluptueux législateur de l'Asie a cependant dit : « Les disciples de Jésus gardèrent la virginité sans qu'elle « leur eût été commandée , à cause du désir quHîs avaient « déplaire cl Dieu*. La fille de Josaphat conserva sa vir- « ginité : Dieu inspira son esprit en elle : elle crut aux « paroles de son Seigneur et aux Ecritures. Elle était au '« nombre de celles qui obéissent^. -a

D'où vient donc ce sentiment universel? Oii Numa avait-il pris cpie , pour rendre ses vestales saintes et vénérables, il fallait leur prescrire la virginité ^?

Pourquoi Tacite , devançant le style de nos théologiens, nous parîe-t-il de cette vénérable Occia qui avait présidé le collège des vestales pendant cinquante-sept ans , avec une éminente sainteté^?

Et d'oii venait cette persuasion générale chez les Romains , « que si une vestale usait de la permission que « lui donnait la loi de se marier après trente ans d'exer- « cice, ces sortes de mariage n"* étaient jamais heureux^?

Si âe Rome la pensée se transporte à k Cliine , elle y trouve des religieuses assujetties de même à la virginité. Leurs maisons sont ornées d'inscriptions qu'elles tiennent de l'empereur lui-même , lequel n'accorde cette prérogative qu'à celles qui sont restées vierges depuis quarante ans*.

( 1 ) Aîcoran , cha-. LV!I.

(2) Ibid, chap. LVI.

(3) Virginitale aliisque cœremoniis Tenerabiles ac sarclas feeil. Tit. Liv. I, 29.)

(4) Occia quœ seplem el quinquaginla per annossummà sanclimonià vestalibas sacris prœàederat. (Tac. Ann. 11 , 86.)

(5) Etsi anliouilùs obseryalum iufaustas ferè el parùm laîtabiles cas tupl.jiS faisse. \J\isl. Lips. SjTitagma de Vesl. cap. VI.) Il est bond'ob server que Juste Lipse raconle ici sans donler.

(6) M. de Guignes , Voyage à Pékin , etc. , in-8, tom. II , p. 279.

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