‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 61 sur 83 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

OBSERVATIONS PARTICULIÈRES SUR LA RUSSiE.

Un beau phénomène est celui de la Russie. Placée entre l'Europe et l'Asie , elle tient de l'une et de l'autre. L'élément asiatique qu'elle possède et qui saute aux yeux , ne doit point l'humilier. On pourrait y voir plutôt un titre de supériorité; mais sous le rapport de la Religion, elle a de très-grands désavantages , tels même que je ne sais pas trop si, aux yeux d'un véritable juge , elle est plus près de la vérité que les nations protestantes.

Le déplorable schisme des Grecs et l'invasion des Tartares empêchèrent les Russes de participer au grand mouvement de la civilisation européenne et légitime , qui parlait de Rome. CyTÎlle et Méthode, apôtres des Slaves, avaient reçu leurs pouvoirs du Saint-Siège , et même ils étaient allés à Rome pour y rendre compte de leur mission * . Mais la chaîne , à peine établie , fut coupée par les mains de ce Photius de funeste et odieuse mémoire, à (jpii l'hu-

(1) Cyrille et Méthode Iraduisirent la liturgie en slaron , et 6rent célébrer la messe dans la langue que parlaient les peuples qu'ils avaient convertis. Il y eut à cet égard , de la part des Papes , de grandes résistances et de grandes restrictions qui malheureusement n'eurent point d'effet à l'égard des Russes. Nous avons une lettre du Pape Jean VIII ( c'est la CXCIVe) , adressée au duc de Moravie , Sfenlopulk , en l'année 859. II dit à ce prince : « Nous approuvons les lettres slavonnes inventées par le « philosophe Constantin (c'est C3 même Cyrille ) ; et nous ordonnons que « l'on chante les louanges de Dieu en langue slavonne. »

( Voyez les Vies des Saints, trad. de langl.; Vies de saint Cyrille et saint Méthode, 14 février, in-8 , tom. II, pag. 265. .\ Ce livre précieux est une eiceitentî miniature des Bollandisles.

manilé en général n'a pas moins de reproches à faire qud la Religion envers laquelle il fut cependant si coupable. La Russie ne reçut donc point l'influence générale, et ne put être pénétrée par l'esprit universel^ puisqu'elle eut à peine le temps de sentir la main des Souverains Pontifes. De là vient que sa Religion est toute en dehors, et ne s'enfonce point dans les cœurs. Il faut bien prendre garde de confondre la puissance de la Religion sur Vhomme avec Vatlachement de Vhomme à la Religion , deux choses qui n'ont rien de commun. Tel qui volera toute sa vie , sans concevoir seulement l'idée de la restitution, ou qui vivra dans l'union la plus coupable en faisant régulièrement ses dévolions, pourra fort bien défendre une image au péril de sa vie , et mourir même plutôt que de manger de la viande un jour prohibé. J'appelle puissance de la Religion , celle qui change et exalte l'homme ^ , en le rendant susceptible d'un plus haut degré de vertu , de civilisation et de science. Ces trois choses sont inséparables ; et toujours l'action intérieure du pouvoir légitime est manifestée extérieurement par la prolongation des règnes.

(1) Lex Domini immaculata contkrtbss animas. ( Ps. XVIII , 8. )

C'est uue expression remarquable. Un rabbin de Mantoue disait à un prêtre catholique de ma connaissance, dans l'intimitë d'un tète-à-tèle : « Il faut « l'avouer, il y a rëellcmeûl dans votre Religion unbforcb convbrtis-

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