‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 63 sur 83 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

autres considérations particulières sur l'empire p'orient.

Le Pape est revêtu de cinq caractères bien distincts ; car il est Evêque de Rome , Métropolitain des églises suburbicaires , Primat d'Italie, Patriarche d'Occident, et enfin Souverain Pontife. Le Pape n'a jamais exercé sur les autres patriarcats que les pouvoirs résultants de ce dernier ; de sorte qu'à moins de quelque affaire d'une haute importance , de quelque abus frappant ^ ou de quelque appel dans les causes majeures , les Souverains Pontifes se mêlaient peu de l'administration ecclésiastique

dans les Eglises oiicnlales ; el ce fut un grand malliciir jion-seulcmont pour elles , mais pour les étals où elles étaient établies. On peut dire que l'Eglise grecque , dès son origine , a porté dans son sein un germe de division qui ne s'est complètement développé qu'au bout de douze siècles, mais qui a toujours existé sous des formes moins tranchantes , moins décisives , et par conséquent supportables*.

Cette division religieuse s'enracinait encore dans l'opposition politique créée par l'empereur Constantin ; fortifiées l'une par l'autre, elles ne cessèrent de repousser l'union qui eût été si nécessaire contre les ennemis formidables qui s'avançaient de l'Orient et du Nord. Ecoulons encore sur ce point le respectable autem* des Lettres sur Vhistoire.

a II est sûr, dit-il , que si les deux empereurs d'Orient « et d'Occident eussent réuni leurs efforts , ils auraient « inévitablement renvoyé dans les sables de l'Afrique a ces peuples ( les Sarrasins) qu'ils devaient craindre de « voir établir au milieu d'eux ; mais il y avait entre les « deux empires une jalousie que rien ne put détruire, « et qui se manifesta bien plus pendant les croisades. « Le schisme des Grecs leur donnait contre Rome une « antipathie religieuse , et celle-là se soutint toujours, « même contre leur propre intérêt^. »

(1) Saint Basile même parle quelque pari de Corgucil occidenCal qu'il nomme 0*PTN AÏTIKHN. ( Si je ne me trompe, c'est dans l'ouvrage qu'il a (îcrit sur le parti qu'on peut tirer des lectures profane» pour le bien de la Religion. ) Rien , el pas même la sainteté , ne pouvait éteindre tout à fait létal naturel de guerre ^ui divisait les deux ëlats cl les deux églises , e'ial qui dérivait de la politique et qui remontait i Constantin.

(2) Lettres sur l'ivsloire , V;;n, Tî , lettr*> XLV.

Ce morceau est d'une vériic iVappanlc. Si les f^apcs avaient eu sur l'empire d'Orient la même autorité qu'ils avaient sur l'autre , non-seulement ils auraient chassé les Sarrasins , mais les Turcs encore. Tous les maux que ces peuples nous ont faits n'auraient pas eu lieu. Les Mahomet, les Soliman, les Amurat, etc., seraient des noms inconnus pour nous. Français, qui vous laissez égarer par de vains sophismes, vous régneriez à Constanlinople et dans la Cité sainte. Les assises de Jérusalem, qui ne sont plus qu'un monument historique , seraient citées et observées au lieu oii elles furent écrites ; on parlerait français eu Palestine. Les sciences, les arts, la civilisation^ illustreraient ces fameuses contrées de l'Asie, jadis le jardin de l'univers , aujourd'hui dépeuplées , livrées à l'ignorance, au despotisme, à la peste, à tous les genres d'abrutissement.

Si l'aveugle orgueil de ces contrées n'avait pas résisté constamment aux Souverains Pontifes ; s'ils avaient pu dominer les vils empereurs de Byzance , ou du moins les tenir en respect , ils auraient sauvé l'Asie comme ils ont sauvé l'Europe, qui leur doit tout, quoiqu'elle semble l'oublier.

Longtemps déchirée par les Barbares du Nord , l'Europe se voyait menacée des plus grands maux. Les redoutables Sarrasins fondaient sur elle , et déjà ses plus belles provinces étaient attaquées , conquises ou entamées. Déjà maîtres de la Syrie , de l'Egypte , de la Tingiiane , de la Numidie , ils avaient ajouté à leurs conquêtes d'Asie et d'Afrique une partie considérable de la Grèce , l'Espagne , la Sardaigne , In Corse , la Pouille , la Calabre et la Sicile en partie. Ils avaient fait le siège de Rome , et brûlé ses faubourgs. Enfin ils s'étaient jetés sur la France , ,et dès le VIIF siècle , c'en éUiit fait déjà de l'Europe ^

c'cst-à-dirc du cln-isUauismc , des sciences et de la civilisation , sans le yénic de Charles Martel et de Chailemagne qui arrêtèrent le torrent. Le nouvel ennemi ne ressemblait point aux autres : les nobles enfants du Nord pouvaient s'accoutumer à nous, apprendre nos langues, et s'unir à nous enfin par le triple lien des lois , des mariages et de la Religion. Mais le disciple de Mahomet ne nous appartient d'aucune manière : il est étranger, inassociahle , ùmniscible à nous. Voyez les Turcs î spectateurs dédaigneux et hautains de notre civilisation , de nos arts , de nos sciences ; ennemis mortels de notre culte , ils sont atijourd'hui ce qu'ils étaient en 1454; un camp de Tartares , assis sur une terre européenne. La guerre entre nous est naturelle , et la paix forcée. Dès que le chrétien et le musulman viennent à se loucher , l'un d^^ deux doit servir ou périr :

Eniru ces eiiaeiiiis il u'czl point de traité.

Heureusement la tiare nous a sauvés du croissant. Elle n'a cessé de lui résister, de le combattre , de lui chercher des ennemis, de les réunir, de les animer, de les soudoyer et de les diriger. Si nous sommes libres , savants et chrétiens , c'est à elle que nous le devons.

Parmi les moyens employés par les Papes pour re|)Ousser le mahométisme , il faut distinguer celui de donner les terres usurpées par les Sarrasins au premier qui pourrait les en chasser. Eh 1 que pouvait-on faire de mieux dès que le maître ne se montrait pas? Y avait-il un meilleur moyen de légitimer la naissance d'une souveraineté ? El croit-on que cette institution ne valût pas un peu mieux que la volonté du peuple , c'est-à-dire d'une poignée de factieux dominés par un Si^ul ? Mais lorsqu'il s'a*

gît de tores dotinces Tpsiv les Papes, nos raisonnements modernes ne manquent jamais de transporter tout le droit public de l'Europe moderne au milieu des déserts , de l'anarchie , des invasions et des souverainetés flottantes du moyen âge ; ce qui nécessairement ne peut produire que d'étranges paralogismes.

Qu'on lise l'histoire avec des yeux purs , et on verra que les Papes ont fait tout ce qu'ils ont pu dans ces temps malheureux. On verra surtout qu'ils se sont surpassés dans la guerre qu'ils ont faite au mahométisme.

a Déjà dans le IX® siècle , lorsque l'armée formidable « des Sarrasins semblait devoir détruire l'Italie et faire « une bourgade maliométane de la capitale du clu-istia- « nisme, le Pape Léon IV, prenant dans ce danger a une autorité que les généraux de l'empereur Lothaire « semblaient abandonner , se montra digne , en défen- « dantRome, d'y commander en souverain. II fortifia « Rome , il arma les milices , il visita lui-même tous les

« postes Il était né Romain. Le courage des premiers

« âges de la république revivait en lui dans un âge de « lâcheté et de corruption : tel qu'un beau monument de « l'ancienne Rome qu'on trouve quelquefois dans les rui- « nés de la nouvelle ^ »

Mais à la fin toute résistance eût été vaine , et l'ascendant de l'islamisme l'eût infailliblement emporté , si nous n'avions été de nouveau sauvés par les Papes et par les croisades dont ils furent les auteurs , les promoteurs , et les directeurs , hélas ! autant que le permirent l'ignorance et les passions des hommes. Les Papes découvrirent , avec des yeux d'Annibal , que pour repousser ou briser sans retour une puissance formidable et extra vasée^ il ne suf-

(4) V«dtaire, Essai sur les mœurs, elc. , tom. II, çhap. XXVIIl.

flt pas du tout de se défendre chez soi , mais qu'il f:»nî l'attaquer chez elle. Les Croisés , lancés par eux sur l'Asie , donnèrent bien aux soudans d'autres idées que celles d'envahir ou seulement d'insulter l'Europe. Sans ces guerres saintes, toute larace humaine serait peut-être encore de nos fours dégradée jusqu'aux plus profonds abîmes de la servitude et de la barbarie ^ .

Ceux qui disent que les croisades ne furent pour les Papes que des guerres de dévotion , n'ont pas lu apparemment le discours d'Urbain II au concile de Clermont. Jamais les Papes n'ont fermé les yeux sur le mahomctisme , jusqu'à ce qu'il se soit endormi lui-même de ce sommeil léthargique qui nous a tranquillisés pour toujours. Mais il est bien remarquable que le dernier coup, le coup décisif lui fut porté par la main d'un Pape. Le 7 octobre 1571 , fut enfin livré ce combat à jamais célèbre , « le plus furieux combat de mer qui se soit jamais « livré. Cette journée glorieuse pour les chrétiens fut l'é- « poque de la décadence des Turcs. Elle leur coûta plus « que des hommes et des vaisseaux dont on répare « la perte ; car ils y perdirent cette puissance d'opiuion o qui fait la principale puissance des peuples conqué- « rants ; puissance qu'on acquiert une fois , et qu'on ne « recouvre jamais ^. Cette immortelle journée brisa l'or- « gueil ottoman , et délrompa l'univers qui croyait les « flottes turques invincibles'. »

(1) Qualerly Review. Sept. 1819 , pag. 546. Je ne connais pas l'aveu plus clair d'une vérité aussi inconteslable qu'obstinément contestée ; et comnie cet aveu est tombé dune plume protestante et très-habile, il mérite d'être universellement connu.

(2) M. de Bonald. Législation primitive lom. III, [>. 288. Discpolitiq. sur l'état de l'Europe , § VIII.

(3) Ces dernières expressions appartiennent au célèbre Servantes qui

Mais cette bataille de Lépante, riionneiir éternel de l'Europe, époque de la décadence du Croissant, et que l'ennemi mortel de la dignité humaine a pu seul tenter . ■ de ravaler^ , ù qui la chrétienté en fut-elle redevable? Au Saint-Siège. Le vainqueur de Lépante l'ut moins don Juan d'Autriche que ce Pie V dont Baqon a dit : « Je m'é- « tonne que l'Eglise romaine n'ait pas encore canonisé Cl ce grand homme ". » Lié avec le roi d'Espagne et la république de Venise, il attaqua les Ottomans ; il fui l'auteur et l'âme de celt« glorieuse entreprise qu'il aida de ses conseils , de son influence , de ses trésors , et de ses armes même qui se montrèrent à Lépante d'une ma-, jiière tout à fait digne d'un Souverain Pontife.

assista à, la bataille de Lëpaate, et qui eut même l'honneur d'y être blessé. (Don Quixole, part. I , ch. XXXIX. Madrid. 1799, in-lG, tom. IV, p. 40.) Dans l'avant-propos de la Ile part. . Cervantes rerient encore à cette fameuse bataille qu'il appelle la mas alla occasion que vîcron lot siglos pasados, los présentes; ni espcran ver los venidores. ( Ibid. tom. V , p. 8 , e'diùon de don Peliccr.^

Celui qui voudra assister à cette bataille peut en lire la description dani l'ouv. de Gratiani , De bello Cyprio. Rome , 10G4 , in-4.

(1) « Quel fat le fruit delà bataille de Lt^pante? Il semblais

que les Turcs l'eussent gagnée.» (Volt. Essci sur les mœurs, etc. tom. Y. c. CLX!. ) Comme il est ridicuio !

(2) Dans le dialogue de Bello joct s»

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