‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 64 sur 83 · RÉSUMÉ ET CONCLUSION · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET CONCLUSION

DE CE LIVKE.

La conscience éclairée et la bonne foi n'en sauraient plus douter : c'est le christianisme qui a formé la monarchie européenne , merveille trop peu admirée. Mais sans le Pape , il n'y a point de véritable christianisme ; sans le Pape*^ l'institution divine perd sa puissance, son caractère divin et sa force convertissante ; sans le Pape , ce n'est plus qu'un système , une croyance humaine , incapable d'entrer dans les cœurs et de les modifier pour rendre l'homme susceptible d'un plus haut degré de science , de morale et de civilisation. Toute souveraineté, dont le doigt efficace du grand Pontife n'a pas touché le front , demeurera toujou! s inférieure aux autres, tant dans la durée de ses règnes que dans le caractère de sa dignité , et les formes de son gouvernement. Toute nation , même chrétienne;, qui n'a pas assez senti l'action constituante, demeurera de même éternellement au-dessous des autres , toutes choses égales d'ailleurs , et toute nation séparée après avoir reçu l'impression du sceau universel , sentira enfin qu'il lui manque quelque chose , et sera ramenée tôt ou tard par la raison ou par le malheur. Il y a pour chaque peuple une liaison mystérieuse . mais visible , entre la durée des règnes et la perfection du principe religieux. Il n'y a point de roi de par îe peuple, puisque les princes chrétiens ont plus de vie ccninmne que les autres hommes maigre îcs accidcais particuliers aliachcs à leur

étal; et ce phénomène deviendra plus frappant encore , à mesure qu'ils protégeront davantage le culte vivifiant; car il peut y avoir plus ou moins de souveraineté , précisément comme il peut y avoir plus ou moins de noblesse ^

( 1 ) La noblesse n'ëlanl qu'un prolongement de la souveraineté , UAGNDM Jovis iNCREMENTDM , elle répèle eu diminulif tous les caractères de sa mère, et n'est surtout ni plus ni moins humaine qu'elle. Car, c'est une erreur de croire que , à proprement parler, les souverains puissent anoblir ; ils peuvent seulement sanctionner les anoblissements naturels. La ve'ritable noblesse est la gardienne naturelle de la Religion ; elle est parente du sacerdoce et ne cesse de le protéger. Appius Claudius s'écriait dans le sénat romain : « La Religion appartient aux patriciens , auspicea « suNT PATRLM. » Et Bourdalouc , quatorze siècles plus lard , disait dans une chaire chrétienne : « La sainteté , pour être éiuincnte, ne trouve point <f defonds qui lui soit plus propre que la grandeur. (Serm. sur laConcep. « p. 11.)» C'est la même idée revêtue de part et d'autre des couleurs du siècle. Malheur au peuple chez qui les nobles abandonnent les dogmes nationaux 1 La France qui donna tous les grands exemples en bien et en mal, vient de le prouver au monde ; car cette bacchante qu'on appelle révolution française, et qui n'a fait encore que changer d'habit, est une fille née du commerce impie de la noblesse française avec le philosophisme dans le XVIIIe siècle. Les disciples de l'Alcoran disent « qu'un des signes de la (in « du monde sera l'avancement des personnes de basse condition aux di- « gnilés éminentes.«(Pocok cité par Sale, Obs. bisl. et crit. sur le mahom. secl. IV). C'est une exagération orientale qu'une femme de beaucoup d'esprit a réduite à la mesure européenne. (Lady Mary Vorlley Montagne's Works , tom. ÎV , p. 223 et 224. ) Ce qui paraît sûr , c'est que , pour la noblesse comme pour la souveraineté , il y a une relation cachée entre la Religion et la durée des familles. L'auleur anonyme d'un roman anglais , intitulé le Forester , dont je n'ai pu lire que des extraits, a fait s»ir la décadence des familles et les variations de la propriété en Angleterre , de singulières observations que je rappelle sans avoir le droit de les juger. <■ Il faut bien , dit-il , qu'il y ait quelque chose de radicalement et d'alar- « miquement mauvais dans un système qui , en un siècle , a plus détruit A la succession héréditaire et les noms connus , que toutes les dévastations •< produites par les guerres civiles d'Yorck et de Lancasire , et du règne « de Charles I^"" , ne l'avaient fait peut-être dans les trois siècles procé-

Les fautes des Papes, infînimcnl exagérées ou mal représentées, et qui ont tourné en général au profit des hommes , ne sont d'ailleurs que l'alliage liiunain , inséparable de toute mixtion temporelle; et quand on a tout bien examiné et pesé dans les balances de la plus froide et de la plus impartiale philosophie , il reste démontre que les Papes furent, les instituteurs , les tuteurs , les sauveurs et hs véritables génies constituants de V Europe.

Au reste , comme tout gouvernement imaginable a ses défauts , je ne nie point que le régime sacerdotal n'ait les siens dans l'ordre politique ; mais je propose sur ce point au bon sens européen deux réflexions qui m'ont toujours paru du plus grand poids.

La première est que ce gouvernement ne doit point être jugé en lui-même , mais dans son rapport avec le monde catholique. S'il est nécessaire, comme il l'est évidemment, pour maintenir l'ensemble et l'unité, pour faire , s'il est permis de s'exprimer ainsi , circuler le même sang dans les dernières veines d'un corps immense, toutes les imperfections qui résulteraient de cette espèce de théocratie romaine dans l'ordre politique , ne doivent plus être considérées que comme l'humidité, par exemple, produite par une machine à vapeur dans le bâtiment qui la renferme.

n dénis pris ensemble , etc. » (Anti-Jacobin review and magazine , nov. 1803 , n. LVIII , p. 249.)

Si les anciennes races anglaises avaient réellement péri depuis un siècle environ , en nombre alarmiquemenl considérable ( ce que je n'ose point aflirmer sur un témoignage unique), ce ne serait que l'effet accéléré , et par conséquent plus visible, d'un jugement dont l'exécution aurait néanmoins commencé d'abord après la faute. Pourquoi la noblesse ne seraitelle pas moins conservée, après avoir renoncé à la Religion conservatrice ? Pourquoi serait-elle traitée mieax que ses maîtres dont les règnes ont été abrégés î

La seconde réflexion , c'est que le gouvcrnomenl des Papes est une monarchie semblable à loulcs les autres ., si on ne la considère simplement que comme gouvernement â^un seul. Or , quels maux ne résultent pas de la monarchie la mieux constituée? Tous les livres de morale regorgent de sarcasmes contre la cour et les courtisans. On ne tarit pas sur la duplicité , sur la perfidie , sur la corruption des gens de cour; et Voltaire ne pensait sûrement piis aux Papes , lorsqu'il s'écriait avec tant de décence :

0 sagesse du ciel 1 je te crois très-profonde ; Mais à quels plais tyrans as-tu lirrë le inonde^ !

Cependant lorsqu'il a épuisé tous les genres de critique , et qu'on a jeté , comme il est juste , dans l'autre bassin de la balance, tous les avantages de la monarchie, quel est enfin le dernier résultat? C^est le meilleur, le plus dwràhle des gouvernements , et le plus naturel à Vhomtne. Jugeons de même la cour romaine. C'est une monarchie , la seule forme de gouvernement possible pour régir l'Eglise catholique ; et quelle que soit la supériorité de cette monarchie sur les autres ^ , il est impossible que tes

(1) Il a dit, au contraire , en parlant de Home moderne :

Les citoyens en paii sagement gonTcrn<5s

Ne sont plus contjocranls , et sont plas fortunés.

(2) Le gouvernement du Pape est le seul dans l'univers qui n'ait jamais eu de modèle, comme >1 ne doit jamais avoir d'imitation. C'est une monarchie élective dont le titulaire , toujours vieux et toujours ce'iibataire, est élu par nn petit nombre d'électeurs élus.par ses prédécesseurs , tous célibataires comme lui , et choisis sans aucun égard nécessaire à la naissance , aux richesses , ni même à la patrie.

Si l'on examine attentivement cette forme de gouvernement , on trouvera qu'elle exclut les inconvénients de la monarchie élective , sans perJre les avantages de la monarriiie héréditaire.

passions humaines ne s'agiient pas autour d'un foyo^ (piolconquc de puissance, et n'y laissent pas des preuvfe» de leur action , qui n'cnij)ûchcnt point le gouvernement du Pape (l'être la plus douce , la plus pacifique et la plus morale de toutes les monarchies, comme les maux bien plus grands , enfantés par la monarchie séculière , ne l'empêchent pas d'être le meilleur des gouvernements.

En terminant cette discussion , je déclare protester également contre toute espèce d'exagération. Que la puissance pontificale soit retenue dons ses justes bornes; mais que ces bornes ne soient pas arrachées et déplacées au gré de la passion et de l'ignorance ; qu'on ne vienne pas surtout alarmer l'opinion par de vaines terreurs : loin qu'il faille craindre dans ce moment les excès de la puissance spirituelle , c'est tout le contraire qu'il faut craindre, c'est-à-dire que les Papes manquent de la force nécessaire pour soulever le fordeau immense qui leur est imposé, et qu'à force de pîier, ils ne perdent enfin la puissance comme l'habitude de résister. Qu'on leur accorde , de bonne foi . ce qui leur est dû : de son côté , le Souverain Pontife sait ce qu'il doit à l'autorité temporelle qui n'aura jamais de défenseur plus intrépide et plus puissant que lui. Mais il faut aussi qu'il sache défendre ses droits ; et si quelque prince , par un trait de sagesse égale à celle de ce fils de famille qui menaçait son père de se faire pendre pour le déshonorer, osait menacer le sien d'un schisme , pour extorquer de lui quelque faiblesse , le successeur de saint Pierre pourrait fort bien lui répondre ce qui est écrit déjà depuis longtemps :

«Voulez-vous m'abandonner? Eh bien, partez! Suivez « la passion qui vous entraîne : n'attendez pas que , « pour vous retenir auprès de moi, je descende jusqu'aux « supplications. Pariez! Pour me rendre l'honneur qui

» m'est dû, d'autres hommes me resteront. Mais sur- « TOUT, Dieu me restera'. »

Le prince y penserait I

(l) 4îO"/e /i«i', eî TOC ^v/xos tTciaaxiTUf oiSé «'é'ywyî Aiaaoïiat eîvex' ê/tsXo //.sveiv' ttcco' tjxoiye. xal ôiïloi , OJxifAtTt/i^aovsi- MAAISTAAE MHTIETA ZEÏS.

(ÏÏOMKR. Iliad. 1.173-175.)

riN DU TROISIEME LIVRB.

Page 1