‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 66 sur 83 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SUR LA PRÉTEINDUE INVARIABILITÉ DU DOGME CHEZ LES ÉGLISES SÉPARÉES DANS LE XU" SIÈCLE.

Plusieurs catholiques , en déplorant notre funeste séparation d'avec les Eglises photiennes , leur font cepen dant l'honneur de croire que , hors le petit nombre do points contestés , elles ont conservé le dépôt de la foi dans toute son intégrité. Elles-mêmes s'en vantent et pailent avec emphase de leur invariable orthodoxie.

Cette opinion mérite d'être examinée , parce qu'en i'éclaircissant on se trouve conduit à de grandes vérités.

Toutes ces Eglises séparées du Saint-Siège , au commencement du XIP siècle , peuvent être comparées à des cadavres gelés dont le froid a conservé les formes. Ce froid est l'ignorance qui devait durer pour elles plus que pour nous; car il a plu à Dieu , pour des raisons qui méritent d'être approfondies , de concentrer , jusqu'à nouvel ordre , toute la science humaine dans nos régions occidentales.

Mais dès que le vent de la science qui est chaud viendra à souffler sur ces Eglises , il arrivera ce qui doit arriver suivant les lois de la nature : les formes antiques se jtlissoudront , et il ne restera que la poussière.

Je n'ai jamais habité la Grèce, ni aucune contrée de

l'Asie; mais j'ai longlcmps habité le. monde, et j'ai Ifl bonheur d'en connailrc qucUiiies lois. Un malhémalicieu serait bien malheureux , s'il était oblige de calculer l'un après l'autre tous les termes d'une longue série; pour ce cas et pour tant d'autres, il y a des formules qui expédient le travail. Je n'ai donc aucun besoin de savoir (quoique je n'avoue point que je ne le sais pas) ce qui se fait et ce qui se croit ici ou là. Je sais , et cela me suffit, que si la foi antique règne encore dans tel ou tel pays séparé , la science n'y est point encore arrivée , et que si la science y a fait son entrée , la foi en a disparu ; ce qui ne s'entend point , comme on le sent assez, d'un changement subit , mais graduel , suivant une autre ioi de la nature qui n'admet point les sauls , comme dit fécoie. — Voici donc la loi aussi sûre, aussi invariable fiue son auteur :

aucune religion , excepté une , ne peut supportek l'Épreuve de la science

Cet oracte est plus sur que ceiui de Galchas

La science est une espèce d'acide qui dissout tous les métaux , excepté Vor.

Où sont les professions de fol du XVI® siècle? — Dans les livre». Nous n'avons cessé de dire aux protestants : Fous ne -pouvez vous arrêter sur les flancs dun précipice rapide, vous roulerez jusqu'au fond. Les prédictions catholiques se trouvent aujourd'hui parfaitement justifiées. Que ceux qui n'ont fait encore que trois oa quatre pas sur celte même pente, ne viennent point nous vanter leur prétendue immobilité : ils verront bientôt ce (jue c'est que ie mouvement accéléré.

J'en jure par réternelle vérité , et nulle conscience euroj>éenne ne me contredira : La science et la foi ne s'allieront jamais hors de Vunité.

On sait ce que dit un jour le bon La Fontaine en rendant le nouveau Testament à un ami qui l'avait engagé à le lire. Xai lu votre nouveau Testament , dest un assez bon livre. C'est à cette confession , si l'on y prend bien garde , que se réduit à peu près la foi protestante , à je ne sais quel sentiment vague et confus qu'on exprimerait fort bien par ce peu de mots :

Il pourrait bien y avoir quelque chose de divin dans le christianisme.

Mais lorsqu'on en viendra à une profession de foi détaillée, personne ne sera d'accord. Les anciennes formules ecclésiastiques reposent dans les livres : on les signe aujourd'hui parce qu'on les signait hier ; mais qu'est-ce que tout cela signifie pour Fa conscience ?

Ce qu'il est bien important d'observer , c'est que les Eglises photiennes sont plus éloignées de la vérité que les autres églises protestantes ; car celles-ci ont parcouru le cercle de l'erreur , au lieu que les autres commencent seulement à le parcourir , et doivent par conséquent passer par le calvinisme , peut-être même par le socinianisme avant de remonter à l'unité. Tout ami de cette unité doit donc désirer que l'antique édifice achève de crouler incessamment chez ces peuples séparés , sous les coups de la science protestante, afin que la place demeure vide pour la vérité.

Il y a cependant une grande chance en faveur des Eglises dites schismatiques , et qui peut extrêmement accélérer leur retour : c'est celui des protestants qui est déjà fort avancé , et qui peut être hâté plus que nous ne le

croyons par un désir ardent cl pur scpaïc Je lout esprit d'orgueil et de contention.

On ne saurait croire à quel point les Eglises dites simplement schismatiques s'appuient à la révolte et à la science protestante. Ali! si jamais la même foi parlait seulement anglais et français, en un clin d'œil l'obstination contre celte foi deviendrait dans toute l'Europe un véritable ridicule , et pourquoi ne le dirais-je pas? un mauvais ton.

J'ai dit pourquoi on ne devrait attacher aucun mérite à la conservation de ia foi parmi les Eglises photienncs , quand môme elle serait réelle : c'est parce qu'elles n'auraient point subi l'épreuve de la science ; le grand acide ne les a pas touchées. D'ailleurs, que signifie ce mot de foi , et qu'a-t- il de commun avec les formes extérieures et les confessions écrites? S'agii-ii entre nous de savoir ce qui est écrit?

CHAPITÎIE III.

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