CHAPITRE IV
SUR LE NOM DE photienncs appliqué aux
ÉGLISES SCUISMATIQUES.
, Quelques lecteurs remarqueront peut-être , avec une certaine surprise, l'épithète de photiennes dont je ir.e suis constamment servi pour désigner les églises séparées de l'unité chrétienne par le schisme de Pholius. S'ils y voyaient la plus légère envie d'offenser, ouïe plus léger signe de mépris , ils se tromperaient fort sur mes intentions. Il ne s'agit pour moi que de donner aux choses un nom vi'ai , ce qui est un point de la plus haute importance. J'ai dit plus haut , et rien n'est plus évident , que toute Eglise séparée de Fvome est protestante. En eflet , qu'elle jjro.'esfe aujourd'hui ou qu'elle ait protesté hier, qu'elle proteste sur un dogme , sur deux ou sur dix , toujours est-il vrai qu'elle profes/e contre l'unité et l'autorité universelle. Photius était né dans cette unité : il reconnaissait si bien l'autorité du Pape, que c'est au Pape qu'il demanda avec tant d'instance le titre de Patriarche
crnimènîgue , absurde dès qu'il n'est pas unique. II nri rompit môme avec le Souverain Pontife , que parce qu'il ne put en obtenir ce grand titre qu'il ambitionnait. Car, il est bien essentiel de l'observer, ce ne fut point le dogme qui nous sépara des Grecs : ce même orgueil qui seul avait opéré la scission, chercha ensuite à l'appuyer sur ce dogme. Photius, il est vrai, nous avait assez violemment attaqués sur la procession du Saint-Esprit ; mais la séparation n'était point encore complète. Des querelles et des débats ne sont pas des schismes. Celui des Grecs ne fut réellement accompli que sous le patriarcat de Michel Cerularius, qui fit fermer les églises latines à Con- «tantinople. Le Pape Léon IX, en l'année 1054, envoya encore dans cette capitale des légats qui excommunièrent Michel Cerularius; ce qui fait bien voir que la scission n'était point encore achevée. Or, dans l'écrit fondamental de ce dernier, composé par Nicetas Pectoratus , on reproche aux Latins de judaiser en observant le sabbat et les azymes, et de chanter VJUeluia en carême : on y ajouta depuis les barbes rasées , l'abstinence du samedi et le célibat des prêtres', sur quoi Voltaire s'est écrié : Elran- (jes raisons 'pour brouiller l'Orient et V Occident^! Les Grecs (;Dmmencèrent par dira que la primauté du Saint- Siège (qu'il n'y avait pas moyen de nier) lui venait, non de l'autorité divine, mais de celle des empereurs ; que l'empire ayant été transporté à Constantinopîe , la suprématie pontificale s'était éteinte à Rome avec l'empire , sans parler de l'invasion des BarbareS;, qui l'avaient annulée. Ce ne fut que dans la suite et pour justifier leur
(1) Maimbourg , HIst. dit schisme desGropâ, liv. ÏII, adann. 1053.
(2) Volt. Essai sur les moears, etc. tora. I, ch. XXXI, ;n-8, pag. 502.
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scliismo, qu'ils on vinrcnl à soutfMiir (|iic Ronio était (Ji-- (huc do son droite à cause de son liérésic sur la procession du Saint-Esprit'. Enfin , c'est une chose bien digne de ro.m;irque que, depuis l'époque oii les Latins avaient introduit de toutes paris le Filiuque dans le Symbole , on célébra trois conciles généraux en Orient, deux desquels se tirent à C. P. , même sans qu'il y eût sur cet ol)iet l.t moindre plainte , la moindre réclamation des Orientaux^. Ces faits ne doivent point être répétés pour les théologiens qui ne peuvent les ignorer , mais pour les gens du monde qui s'en doutent peu , dans les pays même où il serait si important de les connaître.
Photius protesta donc, comme l'ont fait depuis les églises du XVF siècle , de manière qu'il n'y a entre toutes les églises dissidentes d'autres différences que celles qui résultent du nombre des dogmes en litige. Quant au principe , il est le même. C'est une insurrection contre l'Eglise-mère qu'on accuse d'erreur ou d'usurpaliQU. Or , le principe étant le même , les conséquences ne peuvent différer que par les dates. Il faut que tous les dogmes disparaissent l'un après l'autre , et que toutes ces Eglises se trouvent à la fin sociniennes ; l'apostasie commençant toujours et s'accomplissant d'abord dans le clergé , ce que je recommande à l'attention des observateurs.
Quanta l'invariabilité clés dogmes écrits, des formules nationales, des vêtements, des mitres, des crosses, des génuflexions, des inclinations, des signes de croix, etc., etc. , je n'ajouterai qu'un mot à ce que j'ai dit plus haut.
(1) Maimbourg, Hist. du schisme des Grecs , liv. m , ad ann. 1053o
(2) ILid. liv. I, ad ann. oGT. Cei (rois conciles sont le 2^ de G. P. en 553 , le 3e de G. l». en 680 , el le 2e de Nicée en 787.
César et Cicrron , s'ils avaient pu vivre jusqu'à nos Jours, seraient vêtus comme nous : leurs sU\tucs porteront ctci • neliement la toge et le laticlave.
Toute Eglise séparée étant donc protestante , il est juste de les renfermer toutes sous la même dénomination. De plus , comme les Eglises protestantes se distinguent entre elles par le nom do leurs fondateurs , par celui des nations qui reçurent !a prétendue réforme , en plus on en moins , ou par quelque symptôme particulier de la maladie générale , de manière que nous disons : Il est calviniste, il est luthérien , il est anglican, il est méthodiste, il est haptiste, etc. ; il faut aussi qu'une dénomination particulière distingue les Eglises qui ont protesté dans le XI® siècle , et certes on ne trouvera pas de nom plus juste que celui qui se tire de l'auteur même du schisme, quoiqu'il soit antérieur au dernier acte de la rupture. Il est de toute justice que ce funeste personnage donne son nom aux Eglises qu'il a égarées. Elles sont donc photiennes comme celle de Genève est calviniste , comme celle de Wittemberg est luthérienne. Je sais que ces dénominations particulières leur déplaisent ', parce que la conscience leur dit que toute religion qui porte le nom d'un homme ou d'un peuple est nécessairement fausse. Or , que chaque Eglise séparée se donne chez elle les plus beaux noms possibles, c'est k privilège de l'orgueil national ou particulier : qui pourrait le lui disputer?
(1 ) Quant au terme de calviniste. Je sais qu'il en est parmi eux qui s'offensent quand on les appelle de ce nom. (Perpétuité de la foi, XI , 2. ) Les évangéliques , que Tolland appelle luthériens, quoique plusieurs d'entre eux rejettent celte dénomination. (Leibnilz, OEuvres , tom. V, p. 142.) On nomme pré férablement érangélitiues en Allemagne ceux que plusieurs appellent luthériens mal A propos. (Le même, JVott», Çssais sur l'entendement humain, p. 461. ) Lisez très-a-vropos.