PHYSIOLOGIQUE
Presse de Paris. — La Gazette médicale (t) donne la primeur de Y Essai sur l'accouchement physiologique en en publiant un extrait qui fit sensation. Le Courrier médical (2) fait une analyse bienveillante du volume qui
(1) Galette médic., 9 juin 1 855 .
(2) Courrier médic,, i5 août 1 85 5 .
venait de paraître. M. Amédée Latour dans V Union médicale (O dit, en faisant un compte-rendu de cet ouvrage:
« L obstétrique qui, par la sagesse et la lenteur de ses progrès, semblait avoir acquis des formules générales acceptées, serait-elle appelée à réviser ses principes les plus generaux?.. L’ouvrage de M. Mattéi n’est pas une de ces compilations comme on en voit tous les jours ; c est un travail qui est neuf dans l’ensemble comme dans les details, etc..»
M. Jacquemier fait, dans la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie (2) une analyse détaillée de i-hssai sur l'accouchement physiologique, et son jugement, on ne peut plus autorisé, mérite de figurer ici un peu au long. Après s’être arrêté aux points principaux de l’ouvrage il dit : « On le voit, c’est un plan complet dune réforme radicale embrassant à la fois la théorie et la pratique des accouchements qu’il s’agit de régénérer. » Il n’est pas convaincu de cela et il continue :
« Non, nous n’avons pas à relever l’obstétrique de ses ruines... mais il est juste d’ajouter que M. Mattéi n est pas un réformateur de l’espèce de ceux que vous savez. Il ne menace pas de liquider hic et nunc la vieille obstétrique. Il ne veut que convertir, il demande même à être éclairé... L’ouvrage se recommande à l’attention du lecteur par une foule d’aperçus ingénieux, d’idées neuves, de critiques souvent fondées qui méritent d’être méditées, soit qu on en accepte ou non la solidarité... » Après avoir répété mes propositions de ramener toutes les présentations du fœtus à celle du sommet, M. Jacquemier continue : « Si les promesses de l’auteur sont réalisables dans la mesure de ses assertions, il aura rendu un service important, et aura quelque droit au titre de réformateur et de bienfaiteur de l’humanité. » Passant ensuite au palper abdominal que Joerg et Schmitt, dit-il, avaient déjà employé, M. Jacquemier ajoute : « La netteté avec laquelle on reconnaît sou-
(1) V. Union médicale, 20 septembre i855.
(2) Galette hebdom., 28 septembre r 85 5.
vent la tête et même d’autres parties prédispose favorablement en faveur de l’initiative prise par M. Mattéi. » Arrivant à la version fœtale par manœuvres externes dans les cas de présentation du tronc, M. Jacquemier dit: « Les tentatives faites jusqu’à ce jour sont restées à peu près complètement en dehors de la pratique ordinaire. Cela est plus vrai de la version de la tête dans les
présentations du pelvis Ici encore M. Mattéi mérite
d’être soutenu et encouragé. La clinique d’accouchements qui lui est ouverte le mettra dans un bref délai en position de justifier ses prétentions et de recueillir publiquement l’honneur de sa découverte. » On sait que si, à la clinique, on a commencé à me laisser faire quelques palpations, on a fini par me mettre poliment à la porte sans vouloir me permettre de faire une version céphalique en présence du professeur et des élèves. Voici comment M. Jacquemier termine son article : a Bien que difficile à qualifier et à définir, l’œuvre de M. Mattéi, par l’originalité des vues, la vivacité de l’imagination, la sincérité des convictions, une sympathie vraie pour la souffrance de la femme, l’expression candide des jouissances que procure l’étude, forme un livre
à part, d’une lecture attachante En attendant, malgré
la part faite à la critique, qu’il nous soit permis de dire que l’art obstétrical compte un représentant distingué de plus. *
Si déjà par ses travaux et par ses idées, M. Jacquemier ne s’était formé et qu’il n’eût grandi en dehors de l’Ecole officielle, cette analyse seule suffirait à le démontrer. On trouve en lui le langage honnête de l’homme de science qui a des convictions, mais qui les changerait dès que la vérité lui serait démontrée ; en attendant il donne courage au travailleur, je n’avais jamais demandé plus. Et maintenant que d’autres viennent dire que j’ai eu raison au moins pour le palper et pour la version céphalique, en voulant, il est vrai, s’en approprier un peu le mérite, M. Jacquemier que pense-t-il, désormais, du jugementqu’il aportéen 1 8 5 5 ? Je voudraisbien le savoir. Mais continuons les impressions de laPresse parisienne.
Le docteur Foucart publie dans la Revue médico-chirurgicale de Malgaigne (i) une analyse détaillée de 1 Essai sur V accouchement 'physiologique commençant par ces mots : a A plus d’un esprit sensé et intelligent, à plus d’un médecin instruit en pratique comme en théorie, il pourra paraître singulier que, après les traités d’accouchements nombreux, et pour la plupart bien
faits un homme se soit rencontré qui ait entrepris
de faire un gros volume sur l’accouchement physiologique, et qui ait eu la prétention d’y présenter des considérations originales, d’y ouvrir des horizons nouveaux. » Le Dr Foucart fait l’analyse de l’ouvrage et voici comment il termine cette analyse : « A coup sûr le livre de M. Mattéi est un ouvrage d’une haute portée. En supposant même que l’on ne veuille pas admettre dans leur totalité l’ensemble de vues nouvelles qu’il expose avec tant de chaleur et de conviction, on ne peut se refuser à convenir qu’il a ouvert une voie nouvelle aux investigations des accoucheurs, que ses idées, le plus souvent originales, sont frappées au coin de la vraisemblance, disons mieux de la vérité, en même temps que de l’honnêteté scientifique etprofessionnnelle la plus pure. Puisse la pratique générale réaliser les promesses qu’il nous fait, et son nom restera honorablement attaché à l’histoire de l’obstétrique, en même temps que les pauvres patientes béniront le nom de celui qui, en leur épargnant de cruelles souffrances, aura doublé pour elles les joies de la maternité. » Je pourrais citer d’autres analyses publiées dans la capitale à l’apparition de mon ouvrage, mais allons ailleurs.
Presse des départements. — LeDrSaurel, dans la Revue de thérapeutique de Montpellier (2), commence l’analyse de l’ouvrage par ces mots : « Nous ne craignons pas d’être accusé d’exagération en avançant que l'ouvrage qui va nous occuper diffère, et par son but et par les idées qui y sont exposées, de la plupart de ceux qui ont
(1) Rev.mêd. chir. de Malgaigne, sept. 1 855 .
(2) V. Revue de thérapeut. du Midi, septembre i855.
été publiés jusqu’ici » et après avoir analysé le volume en détail, voici comment il termine son travail: « Nous mentirions à notre conscience si nous ne déclarions l'impression favorable qu’a produite en nous la lecture du livre en question; nous avons été frappé de la justesse de plusieurs des idées de l’auteur et des procédés ingénieux qu’il a mis en usage pour arriver à leur réalisation.... Si la vérité est avec lui, elle triomphera certainement. »
Le docteur Pétrequin de Lyon, dans un article signe seulement D. publie dans la Gazette médicale de Paris (i) une analyse de VEssai sur l’accouchement physiologique, et en parlant de la proposition de ramener toutes les présentations du fœtus à celle du sommet il dit : « Jusqu’ici on a cru ne pouvoir remédier à quelques présentations anormales du fœtus qu’au moment de l’accouchement.... M. Mattéi propose de le faire avant... C’est là une innovation qui semblera hardie, sinon presque impraticable aux yeux de la plupart des médecins ; et cependant, en méditant les raisons et les faits que l’auteur cite à l’appui, on se laisse involontairement entraîner à accepter ses conclusions. » Le Dr Pétrequin après s’être arrêté aux principaux points de l’ouvrage conclut ainsi : a En résumé, l'Essai sur l'accouchement physiologique est une œuvre de science et de pratiqué appelée à un légitime succès, et qui modifiera certainement en plusieurs points l’art obstétrical. »
Si je parle en dernier lieu de l’impression que produisit mon œuvre à Strasbourg, ce n’est pas que cette école fût la dernière à manifester son opinion, elle fut au contraire des premières et d’une manière vive autant que persévérante ; aussi elle va nous arrêter un peu longuement.
Dès l’apparition du premier extrait de mon ouvrage dans la Gazette médicale de Paris, du 9 juin 1 85 5 , M. Hergott publie le 7 juillet suivant dans le même journal une lettre de revendication en faveur de Wi-
(1) Galette méd, de Paris, décembre 1 855;
gand auquel il attribue la priorité de la version par manœuvres externes, priorité à laquelle il associe M. Stoltz comme continuateur de la méthode de' Wigand. Le 17 avril 18 56 un élève de Strasbourg, M. Belin, soutenait sa thèse inaugurale sur la version du fœtus par manœuvres externes , dans laquelle il donnait la traduction de la partie du mémoire de ^Vigand concernant la version en question, enfin M. Hergott, alors agrégé à 1 École, publia en 1857 une brochure avec introduction par M. le professeur Stoltz, dans laquelle on traduisait le mémoire entier que AVigand avait envoyé depuis 1812 à Paris et à Berlin, portant sur d’autres points obstétricaux que la version par manœuvres externes.
Qu’était devenu ce mémoire pendant les quarantetrois ans qui s étaient écoulés? Nous l’avons déjà vu plus loin, il n’en avait été pas plus question en Allemagne qu'en France, c’est-à-dire que les idées de Wigand, connues des auteurs germaniques, sont consignées dans les traités classiques d’Allemagne à titre bibliographique, mais la version par manœuvres externes reste comme une très-rare exception. A Paris, c’est à peine si Velpeau cite le nom de Wigand et les manœuvres qu’il conseille. La langue allemande étant encore peu vulgarisée dans notre capitale, le mémoire de Wigand y était resté ignoré. Puisque les traités classiques français de Chailly et de Cazeaux n’en disaient rien, tout en parlant vaguement de la version par manœuvres externes, je ne rougirai pas en disant que je l’ignorais complètement au moment de mes recherches. Nous allons du reste en avoir la preuve matérielle.
Les choses ne se passaient pas ainsi à Strasbourg où la langue allemande plus familière avait fait connaître le mémoire de Wigand. Déjà cette École était préparée à la version céphalique par Flamant ; les idées de Wigand venaient renforcer ces principes et M. Stoltz avait déjà traduit ces principes par quelques applications pratiques. Il n’était pas étonnant que la publication de
mon Essai sur l'accouchement physiologique fit élever la voix à l’École de Strasbourg.
Comment cette École me traite-t-elle, malgré cette revendication? M. Hergott, en parlant démon livre, se félicite dans l’article du 7 juillet : « Que les accoucheurs français entrent dans une voie plus conforme à l’observation plus rigoureuse de la nature et plus intelligente des ressources de l’art dans un grand nombre de cas ; » et cette voie avait été ouverte en 1807-1812, par Wigand, mais « on regrette qu’on ait ignoré en France un travail si important. » Quant au palper, dont parlait peu Wigand, et qui n’était pas plus avancé à Strasbourg, M. Hergott n'y croit guère. Voici comment il parle à ce sujet: « Nous ne croyons pas que le palper abdominal, qui a permis à M. Mattéi* de reconnaître toutes les présentations et les positions du fœtus pendant la grossesse et au moment du travail, et rend pour jiui le diagnostic si facile, fournisse, même avec le secours de l’auscultation et même du toucher, à d’autres accoucheurs, des lumières aussi certaines ni aussi faciles pour les éclairer dans leur diagnostic; une affirmation aussi catégorique, basée sur les moyens d’exploration externes seuls, affirmation qui n’admet même pas le doute du sage, me parait être le résultat d’une confiance trop grande dans ce moyen d’exploration, et qu’une pratique plus étendue tempérera sans doute, etc. » C’est-à-dire que l’école de Strasbourg ne croyait pas encore à la sûreté dupalper, parce que Wigand, pas plus que M. Stoltz, ne l’avaient poussé aussi loin que je l’avais fait. Quant à faire la version dans les cas de présentation du siège, et surtout de la faire pendant la grossesse, M. Hergott dit : « Que penser de l’utilité des manœuvres après le septième mois, alors qu’un grand nombre de fœtus exécutent spontanément encore la version sur la tête, évolution connue sous le nom de culbute Est-il sage,
est-il prudent même, de chercher toujours à changer en présentation de la tête la présentation du siège.... » (1)
(1) La version céphalique spontanée dans les cas de présentation du siège, a été observée quelquefois. La thèse de M. Passant, Paris
Dans la thèse de M. Belin, avant la traduction de la partie du mémoire en question qui concerne la version par manœuvres externes, on traite l’historique du sujet, et l’on cite Rueff, Mercurius, Scipio, avant Wigand ; après lui on cite d’Outrepont ainsi qu’une série d’auteurs classiques allemands, pendant qu’on constate le silence des auteurs français sur la méthode de Wigand. Arrivé à moi l’auteur dit : « Nous félicitons M. Mattéi d’avoir le premier, en France, décrit avec quelques détails cette manœuvre obstétricale. » Ainsi aux yeux de l’école de Strasbourg, je n’aurais eu que le mérite d’avoir employé en France ce qui existait déjà en Allemagne.
La traduction totale du mémoire de l’accoucheur de Hambourg, publiée par M.Hergott en 1857 comme nous avons dit, est précédée d’une préface par M. Stoltz. Le professeur encore ici regrette que je n’aie pas connu l’auteur allemand, mais il commence à s’apercevoir que mes idées ne sont pas précisément celles de Wigand, et sans le dire d’une manière explicite, il semble préférer les idées de Wigand aux miennes. Je vais établir en peu de mots quelle est cette différence.
i° Wigand appelle version l’opération qui ramène au centre du détroit la tête ou le siège du fœtus dans les cas de présentation du tronc ou autres positions inclinées. Moi, au contraire, j’appelle réduction céphalique celle où je ramène la tête sur le centre du détroit pendant qu’elle est sur le bord ou dans les fosses iliaques comme dans les présentations du tronc. La version céphalique est pour moi celle où je retourne l’enfant, c’est-à-dire où je change les présentations du siège ou des pieds en présentations du sommet (de vertere). Je ne fais pas d’opérations pour emmener le siège sur le détroit.
20 D’après Wigand, ce qui l’a conduit à ces opérations par manœuvres externes par la position de la ' femme, etc., a été la rectification spontanée du fœtus
1854* en décrit un exemple; mais on se tromperait fort, si, en pareil cas, on comptait toujours sur la culbute. M. Hergott, ne veut pas ici changer la présentation du siège quand même il le pourrait.
qu’il a pu voir dans des cas où on proposait de faire la version podalique. Pour moi, au contraire, ces rectifications spontanées ou artificielles sont bonnes quand elles se font sur la tête, mauvaises quand elles se font sur le siège ou les pieds. La culbute des anciens, si elle avait lieu, serait bonne, mais elle est très rare, aussi je la fais artificiellement quand elle n’a pas lieu.
3° Wigand acceptant les idées reçues, considère comme naturelles les présentations de la face, du siège et des pieds et ramène à celles-ci même celles du tronc. Pour moi, au contraire, il n’y a de présentation physiologique que la présentation du sommet de la tête et c’est à celle-là que je ramène toutes les autres.
4° Wigand n’opère qu’au moment du travail, avant ou peu après la rupture des membranes. Moi aussi j’opère ainsi dans les réductions céphaliques, mais pour les versions céphaliques proprement dites, j’opère dans le 8e et le 9e mois de la grossesse.
5° Les opérations de Wigand constituent des cas exceptionnels applicables au dernier moment. Moi au contraire je prépare la présentation avant et pendant le travail dans tous les cas.
6° Wigand compte surtout sur le toucher vaginal et plus tard on a pu compter sur l’auscultation pour le diagnostic. La palpation n’est venue que comme auxiliaire dans les cas douteux sans pouvoir souvent même porter un diagnostic certain. A peine s’il en dit quelques mots. Moi, au contraire, j’ai tellement perfectionné le palper abdominal, je l’ai tellement ramené à des principes fixes, que je l’ai rendu pendant les derniers temps de la grossesse beaucoup plus facile et plus sûr que le toucher vaginal et que l’auscultation réunis. En un mot, j’en ai fait une méthode générale de diagnostic.
Pour conclure, je ne connaissais pas Wigand avant mes recherches; ce sont me£ idées générales qui m’ont porté à développer le palper et la version céphalique par manœuvres externes, mais aujourd’hui que les deux méthodes sont connues, j’ai le droit de dire que la
mienne n’englobe pas seulement celle de Wigand, elle est infiniment plus générale et plus parfaite. C’est malheureusement ce que n’a pas encore vu l’Ecole de Strasbourg, transportée à Nancy depuis nos malheurs de la guerre (1870-71.)
Nous venons de constater l’impression que produisit en France V Essai sur l'accouchement physiologique.
Passons maintenant à l’étranger en commençant par la Belgique.
Presse étrangère. — Le Scalpel de Liège publie le 20 décembre 1 85 5, une analyse détaillée, en partie directe, en partie empruntée aux journaux de Paris, mais bienveillante, et c’est au bruit que les journaux français et belges avaient fait autour de V Essai sur l'accouchement physiologique que de nouvelles priorités se réveillent.
M. J. Hubert, professeur d’accouchements à l’université catholique de Louvain avait, comme nous l’avons dit, publié en 1843 un travail sur la version par manœuvres externes sans connaître lui-même les idées de Wigand, et il était arrivé à peu près aux mêmes préceptes que l’accoucheur allemand.
En appi enant la publication de l'Essai sur l'accouchement physiologique, M. Hubert se mit en rapport avec moi et m’envoya quelques-unes de ses productions avec une lettre du 16 août 1 8 5 (3 dont j’extrais les passages suivants : « La seule raison de cet envoi, M. Mattéi, se trouve dans l’estime que m’ont inspirée pour votre personne vos remarquables travaux et plus spécialement votre essai si original, si neuf, sur l’accouchement physiologique. Lorsqu’un homme d'avenir surgit à l’horizon, j’en suis heureux pour la science et j approuve des deux mains dans l’espoir que cette marque de sympathie, de quelque bas qu’elle parte, donne à un jeune auteur plus de confiance dans sa force, plus de persévérance dans la lutte qui l’attend. »
« Relativement à mon petit travail sur l'examen du ventre, je dois vous dire que depuis vingt ans, j’ai la conviction qu’appelé à temps avant l'écoulement des
eaux et même un peu après s’il n’est pas survenu de contractions utérines, l’accoucheur peut, par des manipulations externes seules, ramener à des présentations franches le sommet de la tête ou le pelvis, lorsqu’ils sont déviés plus ou moins du détroit supérieur. » Ainsi c’est bien clair, Hubert professait exactement les idées de Wigand. L'auteur dit s’être appliqué aussi au palper et l’avoir enseigné à ses élèves, sans que j'aie pu savoir dans quelle mesure, d’après quels préceptes. Et quanta la priorité, il dit: «.Mais ce fait ne diminue en rien le mérite de vos belles recherches visà-vis du public et même à mes propres jœux. L’article que j’ai publié en 1843 n’a pas été reproduit en France ni ailleurs ; celui de i,856 (1) ne le sera pas davantage, et si je ne vous l’avais adressé, vous n’en auriez sans doute jamais eu connaissance. Vous n’avez donc pu rien m’emprunter, vos idées et vos œuvres sont les vôtres ; elles sont les vôtres parce qu’ elles viennent réellement de vous et parce que vous avez tout le talent, toute l’énergie, toute la volonté nécessaires pour les faire adopter. La question de priorité ne nous séparera donc pas, mon cher confrère. Allez vers votre but, allez hardiment et pourvu que vous l’atteigniez, je le répète, je serai des premiers à applaudir »
«D’un bond vous avez pris dans la science une position qui promet et qui oblige ; vous osez sortir de l’ornière battue par la routine et vous rencontrerez probablement sur la voie nouvelle où vous entrez si résolûment bien des obstacles matériels et moraux ; mais marchez d’un pied ferme et le temps qui met tout à sa place
vous rendra justice » Si ces paroles me venaient
d’un ami déjà connu elles pourraient être suspectes, mais elles venaientd’unhomme quejene connaissais pas
(1) N’cn ayant pas de disponibles, M. Hubert m’avait envoyé ees mémoires reliés dans des volumes avec prière de les rendre une fois lus. Je regrette de ne les avoir pas copies, car j’avais l’espoir de pouvoir me les procurer, mais la chose a été impossible, et je ne puis pas citer textuellement l’auteur sur des souvenirs assez éloignés.
encore, d’un homme de cœur et d’intelligence qui a joui dans le restant de sa vie de mon estime et de mon amitié. Pour conclure sur la valeur des travaux de M. Hubert, et sur les droits de priorité réciproque concernant surtout le palper abdominal, voici ce qu’il écrivait dans la Gazette des hôpitaux (5 juillet 1862), en faisant l’analyse de ma clinique obstétricale, sept ans après la publication de mon Essai sur V accouchement physiologique.
« Le fœtus étant à terme et vivant, son expulsion par l’extrémité pelvienne devient pour lui une nouvelle cause de danger. La théorie et l’expérience sont d accord sur ce point. Mais ce danger est-il tel qu’il faille chercher à substituer une présentation du sommet à celle du pelvis ? C’est là une question que M. Mattéi a résolue le premier, car le mémoire de Wigand et le nôtre (1) n’ont jamais eu pour but que de remédier par des maneuvres externes aux présentations du tronc. Cette question, M. Mattéi la résout par l’affirmative. »
Parlant ensuite du diagnostic et du palper, M. Hubert continue : a M. Mattéi a porté l’examen du ventre à un degré de perfection tel que — chose remarquable — dans presque toutes ses observations, la présentation et même la position du fœtus ont été constatées à travers les parois abdominales. Nous connaissions aussi tous les avantages de ce mode d’exploration,, et il y a bientôt vingt ans que nous cherchons à les faire comprendre (2). Nous croyons cependant que le degré de précision auquel M. Mattéi est parvenu et qui, notons* le bien est ici de rigueur, ne pourra être de longtemps atteint par la généralité des accoucheurs. » Ici M. Hubert s’exagérait les craintes de l’éducation du palper ;
(1) Des présentations vicieuses du foetus et de la possibilité de les corriger par des manipulations extérieures, Ency cio graphie des sciences médicales , Bruxelles, juillet et août 184a .
(2) Mémoire cité ci-dessus, et de l’Examen du ventre au point de vue obstétrical. Annales médicales de la Flandre occidentale, 1 855i 856.
quelques leçons cliniques ont suffi à mes élèves pour les mettre sur la voie, ils ont achevé aisément leur éducation après. La chose est si vraie que par les préceptes seuls que j’ai consignés dans l'Essai' sur l’accouchement physiologique, la nouvelle génération a pu se fortifier assez pour me disputer le terrain, témoin l’ouvrage de M. Pinard. Mais terminons-en avecM. Hubert lequel dit encore : « Grâce à ses travaux et grâce à sa persévérance, M. Mattéi plus heureux, est parvenu à se faire entendre et ce doit être pour lui une satisfaction bien douce, que d’avoir vu un homme du mérite de M. Stolz exhumer et rendre à la lumière le mémoire mort-né de Wigand. Ajoutons-le d’ailleurs, si les conseils et la pratique de l’accoucheur allemand étaient tombés dans l’oubli, c’est qu’ils manquaient de véritable base — la précision du diagnostic. — C’est M. Mattéi plus qu’aucun autre qui la leur a donnée. »
Dans le cours d’accouchements autographié que M. Hubert a publié en 1863-1864, et où un article est consacré au palper, l’auteur ne fait pas l’historique de ce moyen d’exploration, et voici tout ce qu’il dit à propos des présentations et des positions reconnues par le palper.
Il parle des parties fœtales qu'on peut sentir sous la main à une époque avancée de la grossesse. « Plus tard elles prennent plus de fixité, le dos s’applique contre une des parois de la matrice où on peut le reconnaître à une fermeté qui se prolonge assez loin sans interruption. Du côté opposé on sent les saillies plus ou moins aiguës et plus ou moins mobiles des membres, des pieds ou des genoux surtout. Entre ces saillies et les fesses, et dans l’espace plus large qui correspond au creux abdominal, la matrice est plus molle, plus dépressible, fluctuante parce que c’est là que s’accumule le liquide amniotique. »
Voilà tout ce que disait encore M. Hubert huit ans après la publication de l’Essai sur l'accouchement physiologique, et encore il dit ces choses applicables seulement à des cas favorables. Certes il n’y a pas là de quoi
ba^er le palper comme moyen de diagnostic des présentations et des positions du foetus, des grossesses multiples, etc. Ce cours publié par son fils en 1869 n’en dit pas plus, mais dans la 2e édition de cette année-ci l’ouvrage est plus complet. M. Hubert fils fait un historique au palper et naturellement il rend au père ample justice. Il a eu seulement tort, à mon avis, de ne pas établir la priorité de son père par la reproduction complète de 1 article publié en 1843, parce que celle-là est incontestable au moins par rapport à moi, et parce qu’elle aurait fait voir ce qu’elle vaut.
Voilà, réduits à leur véritable valeur, les arguments qu on m’oppose pour établir la priorité de Wigand et d’Hubert sur la version par manœuvres externes et sur le palper, priorité pouvant diminuer d’autant la mienne propre. Je n’avais eu et je n’avais pu avoir la moindre connaissance des travaux de ces deux auteurs pendant mes recherches théoriques et cliniques, sans cela je me serais fait un rigoureux devoir de les citer, tout en faisant mon profit de ces travaux. Mais la meilleure preuve que je ne les ai pas connus, c’est que mes principes, mes résultats n’ont rien de commun avec ceux de Wigand et d’Hubert. Jepuis même ajouter, non sans quelque satisfaction, que mes résultats absorbent ceux de ces auteurs et de ceux qui les ont imités ; ils les dépassent en théorie comme en pratique.
D’autres médecins de la Belgique nous donnent les impressions favorables que l'Essai sur l'accouchement physiologique a produites dans cette nation. Je me contenterai de citer le Dr Boens de Charleroi qui, dans les Annales médicales de la Flandre occidentale (1860, n“ 19) a fait une longue analyse de mon ouvrage où il dit entr’autres choses: « C’est un travail heureusement conçu ; malgré le peu de faveur qu’il a rencontré jusqu’ici chez les hommes que toute nouveauté effarouche, ildeviendra le complément nécessaire des ouvrages classiques qui tous, sans exception, ont négligé de s’occuper de cette partie de l’art obstétrical. » En entrant dans les détails, leDr Boens partage complètement mes idées
sur la méthode préventive en obstétrique, blâme la méthode expectante classique, et s’associe à mes procédés, surtout pour le palper abdominal et la version céphalique par manœuvres externes. Il termine en disant : « Je ne connais pas de livre mieux fait pour nous démontrer et nous convaincre que le rôle de l’homme de l’art en présence d’une femme en travail ne peut jamais être purement passif.... que les idées de M. Mattéi fassent leur chemin, nous le souhaitons vivement ». Laissons maintenant la Belgique pour aller en Allemagne.
Siebold. professeur éminent à Gottingen, publia dans le Rapport annuel sur les progrès de la médecine de tous les pays (par Constat i855, p. 356) une longue anal}*se de mon Essai sur l' accouchement physiologique dont je vais traduire quelques passages.
Il appelle l’accouchement physiologique, tel que je le comprends, mon idéal, tout en convenant que j’en cite des exemples ; puis il ajoute : « Nous ne désapprouvons pas l’auteur d’avoir devant les yeux toujours cette norme favorable ; elle peut et doit conduire à bonne fin. » Continuant à analyser mon ouvrage, il arrive à la troisième partie où il est question du diognostic. « C’est ici que l’auteur développe le plus d’assiduité et de soin... L’examen extérieur et intérieur du ventre sont d’une égale importance.... L’exploration manuelle de l’abdomen, appelée le palper, est admirablement bien traitée. Cette manière d’explorer forme le point culminant de son travail et peut servir de modèle. » Ainsi pas de contestation sur la priorité du palper de la part de Siebold, tandis qu'en parlant de la version par manœuvres externes il dit : « L’auteur enseigne dans un chapitre à part la réduction céphalique. C’est la transformation d’une position indirecte en une position directe.... Cette opération est souvent très difficile ou impossible quand elle est entreprise après le commencement de l’accouchement; elle est au contraire plus facile pendant la grossesse ; la dernière quinzaine forme l’époque la plus propice.... L’auteur décrit la manière de diriger la
tete.... et il se sert des manipulations extérieures; moyen qui n est pas nouveau pour nous autres en Allemagne, puisque c’est Wigand qui nous l’a enseigné. » Ainsi Siebold ici revendique la priorité de Wigand mais nous savons que celui-ci n’opérait que pendant le travail et ramenait indistinctement la tête ou le siège sur le détroit supérieur tandis que Siebold incline plutôt vers ma manière de voir ; c’est-à-dire à opérer pendant les derniers jours de la grossesse et à opérer sur la tête. Chose curieuse, le professeur de Gottingen, ne s’arrête pas à la transformation des présentations des pieds et du siège que je fais, c’est-à-dire à la véritable version, chose que n’avait ni fait ni proposé Wigand.
Après avoir parcouru en détail Y Essai sur l'accouchement physiologique et avoir convenu que plusieurs idées consignées dans cet ouvrage avaient été déjà entrevues en Allemagne, Siebold termine son anatyse en disant: « Nous nous félicitons de l’ouvrage de M. Mattéi; on ne saurait trop développer une bonne chose, il se trouve en outre chez lui assez d’idées originales, qui a côté de démonstrations idéales, nous font connaître beaucoup de choses vraiment utiles »
L’Italie a rendu compte de l 'Essai sur l'accouchement physiologique en faisant des éloges comme celui-ci : «.... Gli scrittori classici d’ostetricia alla testa deiquali per esempio, oggi figura l’aureo trattato sul parto fisiologico, dell’ esimio ed erudito prof. Mattéi (i) » c’est-à-dire où la bienveillance tient lieu de critique. Il n’en a pas été de même ^n Angleterre.
Ici Murray parle en 1 858 du palper dans le The lancet sans me citer, mais dans le peu qu’il publie il suit d’assez près les conseils que j’ai donnés moi-même pour que divers journalistes français qui ont analysé son travail l’aient appelé une mauvaise copie du mien.
Comme on vient de le voir, l’impression produite sur
(O V. Aurelio Finizio suiito Teorico-Pratico d'Ostet) icia Nayoli. i86o, in-12, p. VI. — V. Bollettino delle science médlche, in-8. — Bologna, bebbrngo, 1862.
le monde médical par mon Essai sur L'accouchement physiologique était réellement encourageante. A Paris, en' dehors de l’Ecole, à Montpellier, à Strasbourg, en Belgique, en Allemagne, partout on loue mes efforts, on soutient mon courage, et, comme on l’a vu, la question de priorité ne m’est guère disputée même par ceux qui soutiennent Wigand, elle ne m’est pas disputée par Hubert qui a étudié le sujet. La part que ces deux accoucheurs ont eue dans l’étude de Inversion par manœuvres externes est toutefois diverse de la mienne et surtout on ne conteste pas la valeur que j’ai donnée au palper.
CE QUE j’ai FAIT MOI-MÊME DEPUIS I 8 5 5 . COMMENT ET PAR QUI J’AI ÉTÉ RÉCOMPENSÉ DE MES EFFORTS.
La clinique d’accouchements de la Faculté m’ayant été en quelque sorte interdite, la Maternité de Paris n’étant pas ouverte au corps médical en dehors des membres du service, je n’avais plus d’établissements publics où je pusse démontrer cliniquement mes idées aux élèves et au public médical.
J’allais bien dans les autres hôpitaux où il y a quelques lits de femmes en couches comme à la Charité, mais rarement il y avait des femmes grosses. L’hôpital St- Louis ayant un service d’accouchements plus important, je demandai au chef de service, M. Demarquay de me permettre de faire les accouchements gratuitement et je me serais installé dans le quartier pour cela. M. Demarquay n’y voyait pas d’obstacle mais le directeur de l’hôpital s’y opposa en disant que cela sortait des règlements.
Du reste, ce que je désirais était de faire l’application de mes idées dans leur ensemble depuis la grossesse jusqu’aux suites de couches et à l’allaitement. Or dans un hôpital où je n’étais pas maître, la chose était impossible.
J’eus alors l’idée défaire gratuitement en ville les accouchements des bureaux de bienfaisance et j’adressai dans ce but une demande au directeur de l’assistance publi-
que. Je me présentai même chez lui pour lui démontrer ce que je voulais faire dans l’intérêt de la science, aussi bien que dans l’intérêt des femmes et des enfants de Paris, pendant que ces femmes et ces enfants étaient confiés à d ignorantes sages-feinmes. La chose me fut encore refusée.
Je me vis alors dans l’alternative ou d’abandonner la démonstration clinique à Paris après avoir publié le livre qui faisait connaître mes idées, — ma position de la Corse n’était pas perdue, bien au contraire, le Préfet pour m’engager au retour me nommait médecin inspecteur des eaux thermales de Fiumorbo, le sous-préfet, le maire de Bastia, les habitants m’appelaient par des lettres multipliées, — ou bien il fallait renoncer à la Corse et créer à Paris même une clinique d’accouchements à mes frais.
Le premier parti était le plus facile et le plus avantageux au point de vue pécuniaire, mais il livrait mes idées aux habiles qui les auraient couvertes du voile le plus épais, pour les faire paraître après sous des couleurs qui n’étaient plüs les miennes ; je désertais par conséquent mes devoirs de père.
Le second parti était beaucoup plus pénible sous tous les rapports, car, seul, je devais lutter contre la force écrasante des corps officiels. Le séjour de Paris, les démonstrations scientifiques, les publications devaient demander d’immenses sacrifices d’argent, de temps et de forces. Il fallait sacrifier la position acquise et sûre que j’avais en Corse pour aller après l’incertain de Paris.
C’est ce dernier parti cependant que je suivis et le ier février 1 8 56, j’ouvrais place Sorbonne une clinique où je recevais gratuitement les femmes enceintes pour les garder jusqu’après l’accouchement.
C’est là que j’ouvris des cours cliniques, appelant les élèves à juger de visu les principes et les résultats comme à pratiquer eux-mêmes ces principes sous ma surveillance.
En même temps que ces cours cliniques, je fis des cours théoriques à l’Ecole pratique en 1857. iS58, 1 8 5 9,
1860, et grâce aux droits de l’enseignement libre je ne fus pas arrêté, mais par ces moyens je devenais de plus en plus en butte à la Faculté. Quelques élèves ont émis les idées que je professais pendant leurs examens ou dans leurs thèses, et ils les ont vues attaquées constamment, heureux s’ils n’ont pas été refusés pour cela.
Un de ces élèves a même fait sa thèse sui le palper abdominal (i) quoiqu’il n’ait pas approfondi le sujet autant qu’il aurait dû le faire.
Espérant vaincre les résistances par l’étude de plus en plus approfondie de mes principes et par les applications multipliées faites sous les yeux du public médical, je me mis au travail avec acharmement. Je fis à grands frais une vaste collection d’ouvrages obstétricaux et je commençai de larges études; études historiques, études théoriques, études cliniques, études d’ensemble, études de détail.
Les articles de journaux, les brochures, la clinique obstétricale que j’ai publiés, les lectures que j’ai faites aux Académies et aux Sociétés suivantes pendant les années qui ont suivi la publication de mon Essai sur L'accouchement physiologique (2), ces travaux touchent déjà à presque tous les points de l’obstétrique, mais ce que je voulais faire était un vaste traité général dont je préparais les matériaux, embrassant tous les
(1) Lechevallier : Du palper abdominal appliqué à l’obstétrique et plus spécialement à l’étude de la grossesse, thèse in-40. — Paris, i85g.
(•2) Une bibliographie de mes principaux travaux a été publiée en 1 855 avec V Essai sur l’accouchement physiologique ; en 1860, dans une brochure intitulée M. Mattéi, ses titres et ses travaux ; enfin en 1872, dans l’ Enoncé des titres des travaux scientifiques et des principales recherches obstétricales de M. le Dr Mattéi. Mais ces bibliographies sont incomplètes et ne se rapportent qu’à certains travaux.
■ En publiant les Annales de la Corse je fais la bibliographie des ouvrages qui touchent à l’histoire de ce département ou qui ont été publiés par des hommes nés en Corse. Il était naturel que j'y prisse ma place et c’est là qu’on peut trouver l’indication complète de mes travaux scientifiques et littéraires.
sujets obstétricaux plus largement qu’on ne l’avait fait (i) soit en France soit à l’étranger.
Le côté pratique marchait de front avec la partie théorique; modification des procédés opératoires, modification des instruments obstétricaux, publication de ma clinique et de ma statistique obstétricales, bref un travail considérable exécuté sous les yeux des élèves et sous les yeux du corps médical français et étranger. La clientèle venait déjà s’ajouter à ma clinique pour servir de champ d’étude et d’observation, elle n’a pas cessé depuis. J’espère, avant de mourir, démontrer en détail tous les fruits d un bon principe scientifique intelligemment appliqué et modifiant, de mille manières, les idées, les applications, les procédés, les instruments et surtout les résultats définitifs.
Pendant que tout ceci se passait à côté de l’École officielle et nous allons voir dans un instant comment elle me traitait, je recevais de Paris, de la France, de l’Étranger des encouragements qui soutenaient mon courage.
Le public médical de Paris m’accordait sa confiance pour les consultations et les opérations dans les cas graves d’obstétrique ; j’étais embarrassé pour répondre
(i) La manière d’étudier influe considérablement sur les idées comme sur les résultats, et pour bien étudier il faut commencer par avoir une grande bibliothèque disposée de manière à ce que le travail soit à la fois facile et le plus profitable que possible. Voici comment j’ai disposé ma collection obstétricale.
Les imprimés sont ou des ouvrages ou des brochures. Les ouvrages sont séparés en deux bibliothèques, l’obstétrique française et l’obstétrique étrangère. Dans l’une et dans l’autre les ouvrages sont rangés par rang de date. Quant aux brochures, elles sont placées dans des cartons disposés par ordre de matières, depuis les sciences accessoires à l’obstétrique, ou qui ont des rapports indirects avec elle jusqu’aux sujets les plus détaillés qui en font partie essentielle, et dans chaque carton les brochures sont par ordre chronologique.
Les manuscrits comprennent la bibliographie de l’obstétrique et des notes sur tous les sujets de l’obstétrique.
Les titres d’ouvrages et les notes sont écrits chacun sur une feuille volante qui prend sa place dans autant de cartons spéciaux. De plus les manuscrits comprennent un volume de notes par ordre chrono^ logique et autres registres sur les travaux à faire ou en train d’exécution, les cartons de mes propres observations cliniques, etc., etc...
aux demandes de la Presse médicale qui sollicitait pour avoir des publications de ma part. Plusieurs Sociétés scientifiques et médicales de la capitale sollicitaient et ma présence et mes communications , bref en quelques années j’avais une position aussi bonne qu indépendante à Paris même (r).
Elle n’était pas moindre hors de Paris, Nous avons vu à Montpellier le Dr Saurel analyser avec on ne peut plus de bienveillance l'Essai sur l'accouchement physiologique. Le professeur Bénoit, dans une lettre du n juillet 1 8 5 5 , m’écrivait: « Je vois avec plaisir que vous prenez rang parmi les médecins qui honorent le plus notre corps ; je suivrai avec intérêt et bonheur votre marche progressive et j’ applaudi s d’avance à vos succès».
Déjà, à la suite des concours auxquels j’avais pris part à Montpellier, la plupart des professeurs de la Faculté de médecine avaient conservé de la bienveillance pour moi. J’étais, dès l’année 1843, membre de la Société de médecine et de chirurgie pratiques. L’année 1 863 , à la suite d’un rapport fait par M. Dumas, professeur d’accouchements, l’Académie des sciences et lettres de Montpellier me nomma membre correspondant.
La Faculté de médecine de Strasbourg n’était pas moins bienveillante à mon égard. Si elle revendiquait quelques priorités pour Wigand, Flamant, Stolz, elle me félicitait et m’encourageait pour le restant. Sur un rapport élogieuxdeM. Hergott,la Société médicale de Strasbourg m’inscrivit en 1 S 56, au nombre de ses membres.
Nous avons vu l’opinion de Hubert et de Boens sur mes travaux, l’académie royale de médecine de Belgique m’inscrivait en 1867 au nombre de ses membres correspondants.
L’Angleterre n’était pas moins bonne à mon égard :
(1) Sans compter les sociétés médicales mutuelles j’ai été ou suis encore à Paris membre de la Société médicale du Panthéon, de la Société de médecine pratique dont je suis devenu le président, de la Société médicale du premier arrondissement dont je suis devenu encore le Président, de la Société d’anthropologie, de la Société médicale des bureaux de Bienfance, de la Société d’hygiène, etc.
les hommes les plus éminents, Barnes, Simpson m’ont honoré de leur bienveillance. En 1866, on faisait à Londres une exposition obstétricale et après avoir demandé mes instruments, on m’a nommé membre de la Société obstétricale de Londres,
L’Italie m’a comblé de bienveillance et de titres. L’Académie de médecine de 1 urin, la Société physico-médico statistique de Milan, la Société médico-chirurgicale de Bologne m’ont nommé comme membre, et les professeurs les plus recommandables en obstétrique Giordano.Rizzoli, Balocchi, Corradi, Pantaleo et autres m’ont honoré de leur correspondance.
Si au lieu de parler des hommes éminents en obstétrique des principales nations de l’Europe et des corps savants de ces nations, je voulais passer en revue tous les ouvrages où mes idées ont été citées, reproduites, ou acceptées comme principes scientifiques, en particulier le palper et la version céphalique par manœuvres externes, j’aurais trop à écrire; c’est-à-dire qu’en dehors del Ecole de Paris, l’accueil de mes idées a été de nature à satisfaire mes vœux. Voyons maintenantce qu’a fait pour moi et pour mes idées l’Ecole officielle de Paris depuis 1 8 5 5 . Je suis encore ici obligé de comprendre le palper et la version céphalique dans l’ensemble de mes idées.