‹ Du palper abdominal et de la version céphalique du foetusChapitre 12 sur 18 · CE QUE · texte numérisé non relu

CE QUE

L’ÉCOLE OBSTÉTRICALE OFFICIELLE DE PARIS A FAIT POUR AIES IDÉES ET POUR MOI DEPUIS I 8 5 5 .

L’École officielle de Paris a sous sa dépendance, pour ce qui concerne l’obstétrique, bien entendu :

La Faculté de médecine et conséquemment les cours théoriques et cliniques d’accouchements;

La Maternité où il y a aussi un enseignement obstétrical théorique et pratique ;

L' Académie de médecine, où ily a la section obstétricale ; La Société de chirurgie où priment pour l’obstétrique

cédents. Voyons ce que j’ai été, ce qu’ont été mes idées

dans les quatre établissements, et ici nous devons examiner la partie ostensible comme la partie occulte.

De tant de lectures que j’ai faites aux corps savants officiels de Paris, je n’ai jamais pu obtenir un rapport. Cependant on en a fait un sans que je l’aie demandé à la Société de chirurgie, cette fois sur un de mes ouvrages [Essai sur l'accouchement physiologique) pour m’assommer si je puis parler ainsi ; car ce factum mérite plutôt le nom de libelle que celui de rapport et auquel j’ai répondu dans la Gazette des hôpitaux du 9 juillet i85j (1).

(j) On fut heureux de trouver dans mon livre une erreur qui s’y était malheureusement glissée sur le nombre des côtes chez la femme et dès lors on n’y vit plus que cela. Le nombre des côtes n est pas si absolu chez l’homme comme chez la femme pour qu’on ne trouve pas quelquefois une côte de plus ou une côte de moins et 1 anomalie en plus est plus fréquente chez la femme que chez l’houime; mais c’est une anomalie et non la règle, ce que je n avais pas eu le soin de spécifier.

J’avais cependant, outre mes examens de doctorat, où j’ai eu la note très bien, fait preuve à Montpellier de connaissances anatomiques, puisque dans le concours des élèves de l’Ecole pratique (en anatomie) j’avais obtenu le deuxième numéro sur 3a competiteuis. Dans le concours de prosecteur-adjoint j’avais obtenu le deuxième sur 3; dans le concours de chef de clinique chirurgicale, j’avais obtenu le second sur six et dans le concours pour la place de chirurgien militaire requis je tus nommé le premier sur concurrents. Ce fut même de me voir placé toujours le second quand il s’agissait de rester a Montpellier et le premier quand il s’agissait d’en sortir qui .me lit quitter l’École sans pour cela suivre la carrière militaire. Je dus faire preuve de connaissances anatomiques pour être nommé à Nîmes chirurgien chef interne sur sept compétiteurs et comme 1 j’avais des cadavres à discrétion je ne cessai pas de travaillera l’anatomie. Dans mes dissections je fis même la découverte d’un muscle surnuméraire de la jambe, que je décrivis, et dont je trouvai l’analogue dans l’anatomie comparée (a), comme on peut le voir dans le Journal de médecine pratique de Montpellier (juillet 184Ô). Je voudrais bien que les accoucheurs de la faculté de Paris passés et présents

(a) Ce muscle surnuméraire m’a paru rappeler la portion jambière du plantaire grêle existant chez les quadrumanes et devenue inutile chez l'homme après sa station verticale, tandis que les usages do la main ont développé chez lui U> muscle homologue dans l’avant-bras. C’est un caractère anatomique do plus pour rapprocher l'homme du singo.

Ce fat M. Laborie qui se rendit l’instrument de la commission obstétricale en écrivant le rapport. Mais avant de mourir, sans doute à titre de regret, Laborie, dans une lecture qu’il lit à l’Académie de médecine le 26 août 1862, déclara n’avoir trouvé que dans mes livres la notion du fait qu’il voulait faire connaître, c’était l’écartement des ischions au moment du passage de la tete fœtale a travers le détroit inférieur. Arrivons à l’Ecole de médecine.

J’ai déjà dit que dès l’apparition de mon Essai sur V accouchement physiologique , M. Dubois qui était tous les matins à faire le diagnostic différentiel entre la fièvre de lait et ce qui n’était pas la fièvre de lait ne parla plus de cette fièvre ; bien plus ce professeur ayant été occupé auprès de l’impératrice en 1 856, pendant l’accouchement et les suites, il fut remplacé à la clinique par M. Depaul et ce dernier fit une clinique sur la non existence de la fièvre de lait.

Après la leçon je félicitai l’agrégé de partager mes fdées tout en lui faisant observer que je n’avais pas entendu prononcer mon nom. C’est, dit M. Depaul, parce que ce sont là les idées de l’École.’

Pour s’assurer si ce fait est vrai, on n’a qu’à examiner les thèses de l’École et les ouvrages classiques avant 1 8 5 5 ; mais ce qu’il y eût de plus curieux, c’est que le bulletin de la santé de l’impératrice, portait ceci dans le Moniteur : La fièvre cle lait cl été bénigne. Nous verrons plus loin comment a tourné à la clinique la question de

pussent me montrer aussi leurs découvertes en anatomie, eux qui ont tant voulu rabacher une erreur de ma part.

Comme je le dis plaisamment en répondant au libelle en question la côte était celle d’Adam pour nous montrer la faiblesse de la nature humaine (errare humanutn est) et si une erreur religieuse a pu me troubler un instant l’esprit, je prie le lecteur de croire que je me suis bien guéri depuis des erreurs religieuses.

Cette erreur du reste ne vaut pas celle d’un chirurgien distingué de Paris, qui, de notre temps même, faisait passer directement un haricot de l’estomac dans la vessie pour tomber sous son lithotriteur; ce qui ne l’a pas empêché de devenir membre de l’Académie de médecine, et surtout d’être utile à la science.

la fièvre de lait. C’est-à-dire que ai quelques-unes de mes idées entraient à l’École, c’est sans mon nom qu’elles devaient s'y trouver. Quant aux cours théoriques de la Faculté professés par M. Pajot, il n’y a pas eu d’élève qui m’ait ditlui avoir jamais entenduprononcer mon nom.

Dans l’espérance d’apaiser cette hostilité avec le temps et le travail, je commençai par faire demander à M. Dubois la place de chef de clinique d’accouchements, promettant de lui être complètement soumis en tout et pour tout. La personne qui lui demandait cette faveur était alors un médecin très-haut placé et dont la demande devait être presque un ordre sous le régime autoritaire de l’empire.

M. Dubois, qui paraissait si conciliant, se refusa à accorder la chose demandée, et comme le médecin en question insistait, M. Dubois lui déclara avec humeur:

Si on m’impose M. Mattéi comme chef de clinique, je ne fais plus mon service pendant les deux ans qu’il sera à l’hôpital.

Ne pouvant pas entrer à l’Ecole comme chef de clinique, j’essaie d’y entrer comme agrégé. En 1860, je me présente au concours, et on me laisse le second sur quatre candidats. C’était faire supposer qu’au concours suivant je serais le premier.

Après avoir préparé ce concours encore pendant trois ans, je me présente en 1 863, et cette fois on m’élimine dès les premières épreuves; c’est-à-dire, que plus je travaillais et moins on me jugeait apte à l’ agrégation. Je • devais par conséquent renoncer à l’Ecole.

Ne pouvant pas me rendre compte de tant d’hostilité, je cherchai à m’enquérir des motifs qu’on invoquait contre moi, et le plus grave me dit-on était celui d’avoir une clinique d’accouchements à moi.

Comme cette clinique n’était ni une affaire de lucre ni une affaire de position, je fermai ma clinique en 1862 après y avoir fait une centaine d’accouchements sans perdre une seule femme ni un seul enfant, et espérant être plus heureux, je tournai mes yeux vers l’Académie de médecine.

Si je ne pouvais pas professer mes idées au nom de l’Ecole, j’aurais pu là au moins les discuter face à face avec mes contradicteurs.

Des places Aracantes s’étant présentées à l’académie en 1860, 1862, 1 863 dans la section d’accouchements, ie pose ma candidature, après avoir fait des lectures, après avoir présenté de nouveaux instruments, des ouvrages, après avoir fait les visites d’usage, et chaque fois la section d’accouchement refuse de me porter sur la liste de candidature.

Comme quelques membres, non accoucheurs, choqués de ce fait me portaient en dehors de la section obstétricale, les membres de cette section changèrent alors de système, et par la suite ils me portèrent sur la liste, mais en 1866, le troisième sur trois, en 1872, le cinquième sur cinq et en 1873, le quatrième sur quatre, c’est-à-dire qu’ils me portèrent toujours en dernière ligne.

On comprend l’effet de cette tactique ; si quelques membres de l’académie m’honoraient de leurs suffrages à chaque élection, la masse n’était pas pour moi. Dans les sections de spécialités le plus grand nombre s’en rapporte aux hommes de cette même spécialité. C’està-dire que je ne devais pas espérer d’entrer à l’Académie, pas plus que je n’étais entré à l’école.

Je vais commettre une indiscrétion, mais M. Stoltz comprendra la position où je suis, en publiant la lettre * confidentielle qu’il m’écrivait relativement à ma candidature devant l’Académie de médecine de Paris. Voici quelques passages de cette lettre.

Strasbourg, le 4 avril 1S72.

Monsieur Mattéi,

J’ai lu avec la plus scrupuleuse attention l’exposé de vos titres anterieurs, et je puis dire que je n’en connais à aucun de vos concurrents de plus nombreux que les vôtres. Je n’ai pas besoin de vous dire que tout le monde ne sera pas de votre opinion, mais, comme vous le dites, chacun a ses convictions qu’il s’est faites

par l’observation et le raisonnement. Chacun juge les choses à son point de vue, et l’on ne peut guère espérer l’approbation de ses émules ou concurrents.

Le petit opuscule sur la faculté de Strasbourg (i) sous le point de vue obstétrical, a un mérite particulier pour nous. Etranger h notre pays, à nos mœurs, à nos travaux, vous avez néanmoins parfaitement saisi leur originalité et leur importance, et plus d’un a appris par votre notice ce qu’il ignorait sur son propre pays

Stoltz.

M. Stoltz tout en me jugeant, jugeait aussi que je n’aurais jamais raison de mes adversaires. La presse médicale, qui conserve une certaine indépendance, a aussi protesté plus d’une fois (2) contre la manière injuste dont j’étais traité par l’Ecole et par l’Académie, mais rien n’y a fait ; les représentants de l’Ecole officielle n’ont pas chargé, indur atum est cor Pharaonis. Aussi j’ai renoncé à faire d’autres tentatives ; bien plus, fatigué, dégoûté d’avoir dépensé pendant plus de vingt ans tant de forces et d’argent pour faire de la science sans être mieux récompensé par les représentants officiels de la science, j’ai dirigé ailleurs mes travaux.

Ce n’était pas une position scientifique et sociale que je demandais au monde obstétrical et officiel de Paris, ma clientèle était déjà, et est encore plus grande que mes forces ne peuvent la servir. Mon nom en France comme dans le reste du monde obstétrical était suffisamment connu, de sorte que j’ai arrêté mes collections et mes travaux obstétricaux pour m’occuper d’autre

(1) Lorsque je travaillais aux études historiques de l’obstétrique, et que l’Alsace nous fut ravie après la guerre de 1870, je crus faire un acte de devoir en rendant à la Faculté de médecine de Strasbourg le mérite qu’elle avait en obstétrique au moment où elle cessait d’être française pour devenir allemande. Ce fut l’objet d’une lecture à l’Académie faite par moi le 3o janvier 1872.

(2) V. Union médicale, dernier n° novembre 18Ô0 : 27 novem bre 1862 et 16 juillet 1 863 . — La Tribune médicale, 4 février 18G2. — La Galette obstétricale, 20 juillet 1 863, et plusieurs au

très.

chose, et si depuis j'ai fait quelque bien, j'ai eu au moins la satisfaction d’en recevoir des récompenses, ou tout au moins d’en recevoir de la gratitude, tandis que plus j’ai travaillé pour l’obstétrique, et plus j’ai été persécuté par l’École obstétricale officielle de Paris.

Si je me suis dévoué à servir le public de Paris comme accoucheur, ce public m’a fait une position parfaitement indépendante. Pendant le siège et la commune de Paris, j’ai laissé le léniceps pour reprendre le bistouri, j’ai dirigé trois ambulances, et la ville m’a donné une médaille. En 1875 on a fait une exposition internationale de géographie. J’ai exposé plus de trois mille pièces sur la géographie de la Corse, mon pays natal, et le jury étonné m’a accordé encore une médaille. Outre divers articles, et opuscules sur mon département, depuis bientôt trois ans, je publie les Annales de la Corse qui sont appelées à faire l’histoire complète du pays, et au moins j’espère en avoir de la gratitude. Du reste, c’est moi qui suis en devoir envers mon département, car il ne m’a pas seulement donné le jour, il m’a accordé des faveurs !

Mais revenons à notre sujet principal le palper abdominal et la version par manœuvres externes, puisque le traité de M. Pinard est venu nous y forcer. Nous le ferons en examinant ce que sont devenues mes idées à la Maternité de Paris; c’est-à-dire, que si jusqu’ici j’avais eu affaire aux hommes de ce que j’ai appelé la première et la deuxième génération, j’aurai désormais affaire aux hommes de la troisième.

ce qu’ont été mes idées a la maternité de paris, et

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