‹ Du palper abdominal et de la version céphalique du foetusChapitre 14 sur 18 · SG · texte numérisé non relu

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ma propre main hommage de ce mémoire à M. Chantrueil avant ses recherches à la clinique.

M. Chantrueil publia (i) le mémoire qui résumait l’enquête, et il le fit précéder d’un historique. Quand on compare cet historique au mien on les dirait copiés l’un sur l’autre, mais ce qu’il y a de plus curieux, c’est que l’on n’y trouve pas mon nom cité, ni à propos de l’historique, ni à propos de la non-existence de la fièvre de lait.

Habitué aux procédés de l’Ecole, jem’enfus pas surpris. Je me contentai de réclamer par lettre, et dans le numéro suivant des Archives de tochologie, M. Chantrueil publia une note rectificative de quelques lignes pour dire que j’étais au nombre de ceux qui avaient nié la fièvre de lait, mais il ne m’en attribua pas pour cela la priorité. Ainsi la fièvre de lait trônait à l’École de Paris depuis plus de deux siècles, je l’y ai trouvée encore largement installée en 3 855, et quand je lui ai dit quelle était une fausseté elle a disparu.

L’École, au lieu de m’en remercier, a voulu s’attribuer le mérite de cette expulsion; je puis donc dire comme Virgile :

Ego febrem fagavi, tulit alter honorcm.

Sic vos non vobis nidifîcatis aves,

Sic vos non vobis vellerafertis oves,

Sic vos non vobis mellificatis apes,

Sic vos non vobis fertis aratra boves.

Je ne gardai pas rancune pour ce fait à M. Chantrueil, mais si j’avais avalé la pilule j’étais loin de l’avoir digérée. L’amertune m’en revenait parfois à la bouche, et dans une occasion propice je lui en ai fait la remarque.

Cette occasion il y a à peine quelques mois qu elle s est présentée, et elle a eu trop d’importance pour que je ne

;i) Des phénomènes précurseurs et concomitants de la secrétion lactée, Archives de Tochologie, mars-mai 1874.

doive pas en faire le récit, le lecteur n y perdra pas al apr prendre.

C’était après le dernier banquet de l’Ecole pratique où la gaîté gauloise aiguisée par un peu de champagne rendit M. Chantrueil encore plus expansif et plus généreux que jamais à mon égard. Si ce qu’il a dit s’était passé dans un tête à tête, je ne le publierais pas, crainte d’être indiscret, mais le tout s’est passé en présence de plusieurs confrères.

Le traité de M. Pinard qui venait précisément de paraître servit de prétexte à la conversation, et M. Chantreuil déclara que le palper, la version céphalique. sans en excepter la ceinture, on me les devait, et que c'était là une grande et belle œuvre, il déclara qu’un retour se faisait à mes idées, et j’en rougis encore de modestie, tant l’École m’avait si peu habitué aux compliments, M. Chantrueil déclara que j’étais un véritable maître !! etc.

Si cette circonstance était la seule où M. Chantrueil eût tenu ce langage sur le palper et la version céphalique, j’aurais pu l’attribuer un peu à l’effet du bon dîner, mais un confrère entr’autres, à la femme duquel M. Chantrueil a dû faire la version par manœuvres externes, m’a dit avoir appris de sa bouche que la sûreté du diagnostic par le palper, la version céphalique par manœuvres externes pendant la grossesse, étaient mon œuvre.

Quoique confus de tant de loyauté de la part de M. Chantrueil que je remerciai de mon mieux, je ne pus pas m’empêcher de lui rappeler qu’à propos de la fièvre de lait il n’avait pas été lui-même d’une justice irréprochable, que son historique ressemblait fort au mien, et qu'il n’avait cité mon nom qu’après ma réclamation comminatoire; il répondit à cela: « C’est vrai, je vous avais oublié ; quant à l’historique tous les historiques se ressemblent. » Comme on voit, les élèves de l’École ne sont jamais pris au dépourvu. J’aurais eu mauvaise grâce d’insister, mais je lui fis comprendre que si au lieu de servir d’échelle j’avais été au haut de l’échelle

pour dire Dominus vobiscum , il ne m’aurait pas oublié.

En effet son mémoire sur la non-existence de la fièvre de lait devait concourir je crois pour les prix de l’académie, et puis la place de chef de clinique, et puis l’agrégation et puis le reste... de sorte que comprenant les procédés de l’École, je ne montrai pas de ressentiment à M. Chantrueil.

Celui-ci du reste devait terminer la conversation à la sati sfaction des assistants et à la mienne ; non-seulement il rappela la séance de la Société de médecine pratique où il avait pris ma défense, il déclara qu’étant en train de faire avec M. Tarnier un traité d’obstétrique, on verrait comment on me rendra justice. Mais une chose sur laquelle insista M. Chantrueil à plusieurs reprises, ce fut de dire que si je pouvais raconter ce que j’avais fait il m’exhortait à ne pas récriminer.

J’ai appris depuis deux ans au moins qu’en effet MM. Chantrueil et Tarnier préparent un nouveau traité d’obstétrique et il faut espérer qu’il ne sera pas comme celui de M. Dubois dont la ire livraison a paru en 1849. Désespérant sans doute de publier seul la seconde, ce professeur s’associa au bout de dix ans M. Pajot et à eux deux ils publièrent la seconde livraison en 1860. Voilà dix-neuf ans que nous attendons la troisième livraison et si M. Pajot ne se hâte pas, on risque de s’être mis à deux professeurs d’accouchements pour ne faire, en plus de quarante ans, qu’une espèce d’avortement. Le traité Tarnier-Chantrueil paraîtra bientôt et si je vis encore je pourrai peut-être en faire la paraphrase.

Quant à la recommandation de ne pas récriminer, qu’a voulu dire M. Chantrueil ? Est-ce de ne rien dire du passé? Est-ce de ne pas en parler avec trop d’humeur ?

Je ne sais pas si la chose est vraie, mais on dit que les Dieux peuvent tout, excepté de faire qu’une chose n’ait pas eu lieu et M. Chantrueil est trop modeste pour demander plus que ne peuvent les Dieux, c’est-àdire que le passé n’ait pas existé. Quant à parler de

Q • î’ai été trop témoin oculaire pour attendre “S itZ plus savamment que moi ; c’est de Phistoire, et M. Chantrueil est trop sense pour mander à ce que l’histoire ne soit pas écrite. ,

n ont A mettre trop d’humeur dans les récits, j a tâché de suivre son conseil et pour un Méridional, pour Corse ie crois n’avoir mis ni trop de vivacité, ni trop d’aigreur dans mon historique. Je tâche même de prendre mon mal assez gaiement en attendant l avemr qu’on me promet meilleur. Pour le moment,] écris le gros

de l’histoire de l'École à mon égard ; quand j écrirai détails, j’espère égayer plus d’une fois mes chers

lecteurs par les épisodes.

J’en demande pardon à ceux qui me lisent en ce moment, mais je vois que j’ai besoin de revenir a mon sujet, le palper abdominal et la version céphalique par manœuvres externes et ne voulant pas abuser de leur patience, je promets désormais de ne plus quittei ce sujet jusqu’à la fin de cet historique.

Quoique M. Chantrueil n’ait pas encore écrit sur le palper abdominal et la version céphalique, on voit par ce qui précède qu’il est déjà fort sur la matière et c est évidemment à la Maternité qu’il s est fortifie, c est-adire que depuis mon Essai sur V accouchement pliyswloqique, tacitement ou non, on s’est constamment appliqué à ces exercices, à la Maternité. M. Pinard va couronner l’œuvre. Mais que faisait l’école pendant ces vingt ans, que faisait-on autour d’elle ? Nous allons nous le demander avant d’arriver à M. Pinard.

Les élèves, surtout après la fermeture de mes cours théoriques et cliniques, ont bien par-ci par-là jeté les yeux sur le palper et la version céphalique, mais^ rarement et sans y insister. Je trouve à peine une thèse de M. Ducellier (i) où je suis cité à propos de l’historique, mais l’auteur n’approfondit le sujet ni pour le palper, ni même pour la version céphalique. Une thèse soutenue

(i) Ducellier (C. M.) — De la version du foetus par manœuvres externes, in-40

Paris, 1 858 .

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