PREMIÈRE PÉRIODE
On palpe parfois le ventre des femmes grosses, et pendant l'enfantement on cherche quelquefois à modifier la position d’un fœtus qui se présente mal pour en faciliter- la sortie ; mais on le fait d’une manière empirique, je dirai presque instinctive, en dehors même des médecins.
Si Adam et Eve ont existé, quand celle-ci sentit pour la première fois un enfant se mouvoir dans son ventre,
elle dut s’en assurer en appliquant la main à l’extérieur, et, une fois sûre, elle dut y porter la main d’Adam pour qu’il perçût lui-même ces mouvements. C’est-à-dire que ce palper, pour ainsi dire instinctif, est aussi ancien que l’intelligence de l’espèce humaine.
Chercher donc la priorité absolue du palper obstétrical, ce serait courir après un fantôme qui s’éloignerait à mesure qu’on croirait en approcher, car des premières femmes intelligentes, ces explorations sont descendues aux matrones et aux premiers empiriques ; peut-être les grands-prêtres, qui ont gardé longtemps le monopole de l’art de guérir, ont aussi porté la main sur le ventre de la femme grosse ou en travail, pour acquérir des notions utiles à la mère ou à l’enfant.
Il en est de même de la priorité absolue de la version céphalique ou des manœuvres tentées pendant le travail pour redresser, faciliter la sortie d’un fœtus qui se présente mal. On aurait une opinion erronée de l’espèce humaine, si on lui refusait l’observation journalière de la facilité et de la difficulté de l’accouchement. Bien avant les grands-pretres et bien avant les médecins, assurément les matrones ont constaté que la naissance par la tête était la plus fréquente et la plus facile, de sorte que lorsqu’un enfant s’est présenté par une autre partie que la tête, ces matrones ont essayé de faire rentrer un membre incomplètement sorti si la tête était voisine, ou de tirer sur ce membre pour extraire l’enfant lorsqu’on ne pouvait le rentrer. L’usage d une main introduite dans les parties génitales pour opérer ces manœuvres implique, presque nécessairement, l’application de l’autre main à l’extérieur pour les faciliter. Voilà l’origine des deux versions, si l’on veut. Ces premiers rudiments du palper et de la version nous expliquent pourquoi les paysans pour constater la grossesse des femelles animales ne s’en tiennent pas exclusivement au volume du ventre, et qu’ils s’en assurent en appliquant la main surtout dans le flanc droit jusqu a ce qu’ils sentent les mouvements actifs des petits. Les paysans les plus ignorants n’attend, ent pas
le vétérinaire pour tirer sur les membres d’un petit qui ne veut pas sortir, quand les femelles des animaux domestiques mettent bas.
Ceci nous explique pourquoi, en Russie, devant un accouchement difficile, on essaie de modifier la présentation du fœtus par des manœuvres externes jusqu’à faire piétiner le ventre de la femme par un homme robuste ou le mari donne à cette femme quelques coups de pieds au bas des reins dans l’espoir de changer plus favorablement la présentation fœtale.
Ceci ne nous étonne pas qu’au Japon (i), des manœuvres externes, une sorte de massage, soient si bien pratiquées sur le ventre d’une femme qui ne peut accoucher, que ces manœuvres ont reçu un nom particulier, Seitai (amélioration de la position du fœtus).
Mais on chercherait en vain dans ces manœuvres, dans ces explorations, des observations, des règles pouvant guider d’autres personnes qui se trouveraient dans le même cas. Tout est aventure, inspiration individuelle, tout est expérience perdue même dans les cas de réussite.
Cette période empirique qui est la plus ancienne de toutes, dure encore de nos jours, au milieu des peuples barbares où la médecine proprement dite, ou plutôt l’obstétrique scientifique, n’a pas encore pénétré; heureusement que chez ces peuples les accouchements difficiles sont excessivement rares.