DEUXIÈME PÉRIODE DITE HIPPOCRATIQUE
Ici on a des principes qui servent de guide aux sages-femmes et aux médecins. On admet que la présentation de la tête est seule naturelle, et que lorsque l’enfant présente une autre partie du corps au moment du travail, il ne peut naître sans mettre en danger sa vie et celle de la mère ; aussi l’on prescrit de ramener, si l’on peut, toutes les présentations à celle du sommet par des manœuvrer internes ou par la succussion.
Les livres hippocratiques qu’on ne saurait trop lire (i) Versuch einor geschichtc des geburts-hülfe vcn E. C. J. Sie-
et méditer, représentent non-seulement les vieilles connaissances enseignées dans les temples et dans les portiques des philosophes, il s représentent les observations sérieuses d’une suite de médecins dont Hippocrate a été le plus remarquable. Les livres obstétricaux qui font partie de la collection, précisément sont, d'un avis général, les plus récents (i).
Relativement au sujet qui nous intéresse, nous trouvons divers principes et diverses pratiques qui sont l’application de ces principes.
On croit dans les livres hippocratiques, que tous les enfants dans le sein de la mère se développent en se tenant accroupis la tête en haut et les pieds en bas, pour se retourner vers le huitième mois. Ainsi nous lisons dans le Livre de la Naissance à 8 mois, § io : « La naissance approchant, l’enfant commence à souffrir et court risque de la vie quand il se tourne dans la matrice. Tous sont produits ayant la tête en haut, et la plupart viennent au monde la tête en avant ; accouchement qui est plus sûr que l’accouchement par les pieds, etc. »
Ces idées reproduites en divers autres livres ne sont
bold, t. Ier, p. 5i. — Berlin i83g, et Journal de Siebold, 1826, n° VI, 3e part., p. 6g3.
(1) Les livres qu’on peut appeler obstétricaux de la collection hippocratique portent pour titre.
De la naissance à 7 mois; — de la naissance à 8 mois; — de la génération; — de la nature de l’enfant; — des maladies des femmes ; — des maladies des jeunes filles; — des femmes stériles; — de la superfétation; — de la dentition ; — de la nature de la femme; — de l’excision du fœtus.
Cet ordre est plutôt celui de l’ancienneté généralement admise que l’ordre logique et scientifique ; mais il faut lire aussi les autres traités généraux de la collection et en particulier les livres des épidémies, les aphorismes, etc., pour avoir une idée exacte de l’obstétrique des temps hippocratiques.
Me proposant de faire une large étude de l’histoire, j’avais déjà publié celle de l’obstétrique chez les anciens Hébreux (1857). J’avais commencé la même étude chez les Grecs, ainsi de suite, mais les procédés que l’école de Paris a employés à mon égard m’ayant dégoûté, les notes en sont encore dans mes cartons.
cependant pas absolues ; ainsi l’auteur du Livre de la Génération et de la Nature de l’enfant, § 28, après avoir dit que l’enlant se tient ramassé dans la matrice, déclare que : <n II n’est pas possible de décider quand même on verrait l’enfant dans la matrice si la tête est en haut ou en bas. »
Un autre principe exprimé dans les livres hippocratiques, est que le fœtus, après s’être reposé de la culbute (comme on Ta appelée depuis) se mettait en devoir par ses propres efforts de rompre les membranes et de sortir au dehors la tête la première. S’il ne le fait pas, c’est qu’il est faible, malade ou mort. (Livre de la nature de l'enfant, § 3o et ailleurs).
Dans le Livre de la Génération et de la Nature de l’enfant, § 3o, il est dit: « L’enfant, par ses mouvements, rompt les membranes comme le poussin brise la coque de l’œuf. »
Dans le Livre des Maladies de lafemme, en parlant des accouchements difficiles par suite de la présentation de l’enfant, on y lit, § 33: « En général, c’est que l’enfant vient de côté ou par les pieds ; or, il faut qu’il vienne par la tête. Ce cas peut se comparer à un noyau d’olive, qui mis dans un vase à goulot étroit ne peut être retiré de côté.... venir par les pieds est encore une mauvaise position et souvent il en résulte la mort de la mère ou de l’enfant ou de tous les deux. »
C’est-à-dire que pour l’époque hippocratique la présentation du sommet était la seule naturelle. La comparaison du noyau d’olive qu’on 11e peut faire sortir en travers était juste, mais on aurait pu croire que ce noyau pouvait sortir par un bout ou par l’autre, tandis que l’auteur déclare le bout céphalique seul naturel. Il ne dit pas précisément que l’accouchement par les pieds est impossible, comme quelques auteurs l’ont prétendu, non, les livres hippocratiques disent que cet accouchement est dangereux, ce qui est indéniable. Ces idées sont encore reproduites dans le Livre de la Naissance à 8 mois, dans le Livre de la Superfétation et ailleurs.
La conséquence de ces principes était tout naturelle,
c’est qu’il fallait ramener artificiellement la tète de l’enfant à l’orifice quand ce fœtus présentait une autie partie, et pour cela on conseille dans les livres hippocratiques la succussion et les manœuvres internes.
La succussion devait être un moyen routinier, îeproduit en détail par les livres hippocratiques (excision du fœtus), cependant dans le 5e livre des épidémies, § I03, on dit que: « La femme de Simus ayant été secouée dans l’accouchement, il lui survint de la douleur à la poitrine, et mourut quelques mois après. »
Les manœuvres opérées pendant le travail étaient plus importantes, quoique ces manœuvres ne soient pas décrites. Ainsi on lit dans le Livre des Maladies de la femme, § 70: « Lorsque l’enfant est mort dans le sein de la mère, et qu’il a une jambe ou un bras dehors, mieux est de faire une version (sur la tête?), si la chose est possible, fendre la tête avec le bistouri, l’écraser avec un compresseur, etc. »
Dans le Livre de la Superfétation, § 7, on prescrit encore « d’introduire la main, armée d’un instrument tranchant, couper le cou, etc., » ce qui est encore plus détaillé dan i le livre sur l’excision du fœtus.
Ici, bien entendu, on prenait pour enfant mort celui dont les membres n’exécutaient plus de mouvements, ce qui fait qu’au temps hippocratique on faisait souvent, sans s’en douter, l’embryotomie sur l’enfant vivant.
Dans les divers livres hippocratiques, il est question d’examen du ventre de la femme pendant la grossesse et l’accouchement, notamment dans les Livres de la Nature de la femme et de la Superfétation, ce qui paraissait être réservé aux matrones. (Livre de la Nature de la femme , § 2, 6). Dans les cas graves, le médecin procédait aussi aux explorations internes, mais il n’est jamais question du palper au point de vue de l’enfant, quoiqu’on palpât le ventre pour d’autres renseignements.
Ces principes et ces applications reproduits en divers passages des livres hippocratiques, montrent des vérités et des erreurs. Ainsi l’observation évidemment anté-
rieui e aux temps hippocratiques que la présentation du vertex est la plus naturelle de toutes, cette vérité n’a pu être contestée par personne, tandis que l’idée de la culbute, comme fait général, est une erreur. Quant à ramener toutes les présentations à celle du vertex pendant le travail, c’était bien à désirer, mais la chose était presque toujours irréalisable par la succussion et même par des manœuvres internes.