‹ Du palper abdominal et de la version céphalique du foetusChapitre 5 sur 18 · TROISIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PÉRIODE

Les principes hippocratiques sont encore en vigueur sur les présentations du vertex, mais on est moins absolu sur les dangers de la naissance des enfants par le siège et par les pieds, de sorte que si on ne peut ramener la tête pendant le travail, on prescrit d’aller chercher les pieds quand ils ne sont pas éloignés. C’est l’origine de la version podalique. Jusqu’ici il n’est encore question ni du palper ni des manœuvres externes.

Pendant que la Grèce était florissante au point de vue des études scientifiques, Rome commençait à grandir au point de vue de la politique et de la puissance militaire qui devait soumettre la Grèce elle-même.

L’école d’Alexandrie qui absorbe désormais les diverses écoles grecques, cependant va fleurir longtemps encore, surtout pour l’obstétrique. Ainsi Aristote continue les idées de la culbute, et indique les manœuvres internes pour ramener la tête, seule présentation naturelle, quand l’enfant présente une toute autre partie au moment de l’accouchement ; mais vo3rons ce qui se fait à Rome, devenue le nouveau centre des travaux scientiques.

Celse ouvre ici la voie pour suivre les idées hippocratiques tout en les perfectionnant. La vue d’enfants nés vivants, en venant par la siège et même par les pieds devait amoindrir les craintes hippocratiques, et si on n’avait pas vu d’autres exemples, on venait de voir celui d’Agrippa dont le nom (ægre partus, accou-

’ chement pénible), indique l’idée qu'on avait encore de la naissance par les pieds. Plus tard on lui attribua une mauvaise influence sur le caractère. Ainsi Calio-ula, Néron, seraient nés par les pieds. Comme on va le voir, Celse ne parle cependant que de 1 extraction de l’enfant mort, mais il conseille la traction sur les pieds si ces parties ne sont pas éloignées, pendant qu il fait toujours la version céphalique dans les présentations en travers. Voici son passage, liv. VII, cap. XXIX, Manière de tirer le fœtus mort du ventre de la mère (i) : « Dès qu’on a introduit la main dans la matrice et « qu’on l’a portée sur l’enfant mort, on sent tout de « suite comment il est tourné : car il présente ou la « tête ou les pieds, ou bien il est placé en travers, mais « dans cette dernière position presque toujours de façon a qu’une de ses mains ou un de ses pieds n’est pas « éloigné de l’orifice de la matrice. De but du médecin- « chirurgien dans cette opération est de diriger avec la « main l’enfant de manière qu’il présente la tête ou « même les pieds, s’il est tourné autrement. Si l’enfant a ne présente qu’une main ou un pied, le chirurgien le a saisira par cette partie et le redressera, dans le pre- « mier cas sur la tête, dans le second sur les pieds ; et « alors si la tête est à proximité, il enfoncera ou dans

a l’œil ou dans la bouche ou dans l’oreille un crochet

« II tire l’instrument avec la main droite, tandis que la « gauche qui est dans la matrice est occupée à diriger « le fœtus.... Lorsque l’enfant présente les pieds, il « n’est pas difficile de l’extraire en le saisissant par ces c £ parties avec les mains. »

Galien quoique ne s’étant pas arrêté beaucoup à l’obstétrique pratique dit cependant (2) que l’accouchement naturel est celui de la tête et s’extasie comment tout soit si bien combiné pour que le fœtus ouvre les voies pour se frayer un chemin sans froisser la mère et sans se casser les membres ; aussi, dit-il, quelle différence

(0 Traduit dans Y Encyclopédie, Paris, 1837, p. 366067. (2) Traité De usu partium, liv. XV, ch. VII.

entre la facilité de cet accouchement et celui où un membre vient avec la tête et surtout qu’une jambe un bras sortent les premiers, sans que l’enfant ne soit suffoqué? Il n’y aurait pas, dit-il, un enfant de sauvé à peu près sur quatre cents.

Nous allons de nouveau en Grèce ou plutôt à l’école d’Alexandrie où nous verrons développer les idées que nous venons de voir dans Celse.

Le livre de Moschion qui nous reste, c’est-à-dire, un catéchisme par demandes et par réponses destiné à l’instruction des sages-femmes, nous permet de juger le rôle encore fort grand de celles-ci en Grèce, tandis que Celse nous montre le rôle du médecin-chirurgien à Rome; du reste l'époque où a vécu Moschion n’a pas encore été précisée.

Après avoir indiqué les quatre présentations de l’enfant (tête, pieds, tronc, siège), et une foule de variétés ou positions de ces présentations, Moschion indique aussi longuement que d’une manière vague ce que la sage-femme doit faire pour rectifier la position du fœtus, pour faciliter sa sortie, et il termine au chapitre CX.LVIII, par ces mots : « Nondum tamenstatim ipsum obstetrix educat ; sed cum progredi inceperit, manum immittens raanus ejus appréhendât, ipsasque educat, ne expansa brachia intus hœreant. Sed e binis sitibus preferendus ille est ubi fœtus capite prodit (i) ».

On pourrait résumer tout ce que dit Moschion par ces mots : La sage-femme fera le mieux qu’elle pourra pour faciliter l’extraction de l’enfant; mais elle préférera toujours ramener la présentation de la tête. Ceux qui ont vu dans Moschion la version podalique l’ont sans doute confondu avec Celse ou ont prêté au médecin grec une intention qu’il n'a pas nettement formulée.

Les craintes hippocratiques pour les présentations autres que celle du vertex perdaient cependant toujours du terrain en Grèce.

Nous voyons Philumenus accoucheur et embrjmto-

(i) De mulierum passionibus liber. (Trad. Iat. avec texte grec en regard). — Viennæ, 1 703 .

miste remarquable dont la date n’a pas été tout à fait fixée, abonder dans le sens du médecin romain. Malheureusement ce que nous connaissons de Philumenus, ne nous vient que par Aetius qui a vécu bien plus tard.

Le transport de l’empire à Byzance (33o)par Constantin, devait faire perdre à Rome son éclat, et si la Grèce, tout en soutenant sa réputation scientifique avait eu quelque tendance à incliner vers Rome, c’est vers Constantinople désormais que se dirigent les savants. C’est à Constantinople ou en Asie Mineure que nous trouvons Aetius et Paul d’Egine, les derniers restes de l’obstétrique grecque.

Aetius nous a plutôt laissé une compilation qu’une œuvre originale. L’art de guérir commençait à entrer en décadence ; on se contentait de reproduire au lieu de chercher ; mais le chapitre qui est le plus intéressant, à notre point de vue, est celui où Aetius donne les prescriptions de Philumenus dont les écrits ne sont pas arrivés jusqu’à nous.

Le XXIIIe chapitre intitulé De fœtu extractione et excisione donne en détail les connaissances du temps, et comme dans Celse, elles s’adressaient au médecinchirurgien, non à la sage-femme. Sans contredire les principes hippocratiques sur la préférence à accorder à la version céphalique, Philumenus ne craint pas de tirer sur les pieds, d’aller chercher ces membres même dans la présentation de la tete quand on ne peut faire autrement, et si la tete reste enclavée, il la saisit avec deux crochets, un de chaque côté. Enfin il broie les os pour les extraire avec une pince dentée (forceps dentarius aut ossarius). Malgré les détails dans lesquels entre Philumenus pour ces opérations, et Aetius pour le copier, il n est question ni de palper ni de manœuvres externes. Tout est fait pendant le travail par des manœuvres internes, et sans doute, lorsque la sage-femme ne pouvait plus terminer l’accouchement.

Paul d’Egine clôt au VII' siècle, la troisième période, et quoique son recueil embrasse toute la médecine, il insiste sur l’obstétrique que l’auteur exerçait de préfé-

rence, au point de mériter des Arabes, ses contemporains et ses successeurs le titre d’accoucheur.

Paul d’Egine dans le 74e chapitre du 6e livre de son recueil parle tout au long des opérations obstétricales en répétant plus ou moins ce qu’avait dit Aetius, mais sans parler de la version podalique que Gelse et surtout Philumenus avaient pratiquée. C’est la tête qu’il cherche à avoir quoiqu’il le dise un peu vaguement.* Verum ubi fœtus prêter naturam figuratus fuerit naturalem reddere figuram decet, partim pcllcndo, partira adducendo partira flcctendo, partim in rectum agendo » et quand il peut atteindre la tête avec les instruments, il opère la craniotomie comme la décrit Aetius. Ici, pas plus qu’ailleurs, il n’est question, ni de palper, ni de manœuvres externes.

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