QUATRIÈME PÉRIODE
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Cette période correspond à la décadence de l’art de guérir et conséquemment de l’obstétrique par suite des invasions barbares. On suit les idées hippocratiques et la version céphalique est seule recommandée; mais comme les matrones presque seules professent l’obstétrique, la version céphalique elle-même est plus mal exécutée qu'auparavant ; à plus forte raison il n’est question ni de palper ni de manœuvres externes.
Le déplacement de l’Empire à Constantinople, l’espèce de relâchement en toute chose des empereurs, les idées religieuses qui, comme un narcotique avaient affaissé l’initiative scientifique pour abandonner la Société à la vie mystique et contemplative; les invasions des barbares qui profitaient de cette faiblesse pour s’emparer des richesses du vieux monde ; voilà l’état où l’Europe resta plongée du VIIe au IXe siècle.
Cette période peut être subdivisée en trois autres correspondant à la médecine arabe, à la médecine monastique et à l'établissement des universités. Si, dans toutes les trois, les matrones sont chargées de l’obsté-
trique, le rôle du médecin-chirurgien a encore quelque importance sous les Arabes. Il est nul dans la médecine monastique, si tant est que l’art de guérir subsistât encore, enfin il commence à reprendre à l’ouverture des universités ; mais faiblement, parce que l’obstétrique finira par être partagée entre la sage-femme, le médecin et le chirurgien.
Un peuple nouveau, situé à proximité de Constantinople et de la Grèce, le peuple arabe, avait profité des connaissances scientifiques et médicales qui s’éteignaient en Occident, et sous la bannière religieuse de Mahomet il devait marcher à la conquête de l’Occident, pendant que du fond de la Germanie d’autres barbares devaient fondre sur l’Empire romain pour s’en partager les dépouilles.
Les livres hippocratiques ayant été traduits en syriaque et en arabe servirent de règle dans les écoles de l’Asie Mineure et de l’Espagne qu’établirent les Arabes après la conquête ; c’est-à-dire que la présentation de la tête étant considérée comme seule naturelle, c’est à ramener la tête que devaient tendre les timides efforts des matrones et les manœuvres des hardis médecins d’Islam. Albucasis qui vivait au XIIa siècle en Espagne nous donne à la fois la description et la figure des instruments qu’on employait dans les accouchements difficiles, destinés à repousser toute partie fœtale pour favoriser la présentation de la tête, et à diviser, broyer cette partie avec des pinces dentées quand on ne pouvait l’avoir autrement.
Les médecins arabes ne connaissaient peut-être pas Celse ; ils ne connaissaient pas Philomenus et Aetius qui recommandaient d’agir sur les pieds pour extraire 1 enfant. Iis connaissaient bien Paul d’Egine, mais nous avons vu que ce médecin ne parlait pas de la version podalique. Avicenne cependant tout en considérant la présentation du vertex comme seule naturelle, dit dans son Canon que 1 accouchement par les pieds est celui qui mérite le second rang surtout si les bras restent appuyés au tronc pendant la sortie de l’enfant.
Albucasis (i) conseille à la sage-femme de presser fortement sur le ventre dans les accouchements difficiles pour faciliter la sortie de l’enfant.
Avant même que les Arabes eussent fait la conquête de l’Asie Mineure, du Nord de l’Afrique et de l’Espagne, le vieil empire romain n’avait pas seulement cessé de conquérir, il avait cessé de se défendre. Il passa de la mollesse à la dévotion du christianisme et les soldats furent remplacés par des couvents de moines qui devaient couvrir la vieille Europe, moines dont l’existence se passait en contemplation et en pratiques ascétiques, qui furent la cause principale de la faiblesse dont profitèrent les barbares du Nord pour faire au sud de l’Europe ce que les Arabes avaient fait au nord de l’Afrique et en Espagne.
Des nombreux couvents qui s’érigent, quelques-uns pourtant songent à recueillir les vieux auteurs et à s’occuper de médecine. L’abbaye de Montecassini non loin de Naples est de ce nombre au VIe siècle, et cette abbaye devait engendrer au Xe siècle l’école de Salerne. Charlemagne tout en relevant l’empire d’Occident, essaie bien dès le commencement du IXe siècle de relever le goût des études dans les corps monastiques, et jusque dans son palais, mais l’esprit religieuxl’emporteraencorelongtemps.
La médecine qui sort des couvents ne veut plus d’abord s’occuper de chirurgie ; elle a horreur du sang, excepté dans les guerres de religion, et les manœuvres chirurgicales sont confiées à des barbiers. Quant à l’obstétrique, elle reste entre les mains ignorantes des matrones. Les Arabes, c’est-à-dire ceux qu’on appelait des; barbares, étaient au moyen-àge les plus avancés dans l’art de guérir comme en bien d’autres choses, et c’est plus des médecins arabes que des médecins grecs et romains que va surgir la nouvelle médecine ; or, nous savons que ces médecins dans leur absolutisme, en étaient encore aux idées Hippocratiques
L’ouverture des Universités, la fondation de diverses
(i) In Spachius Albucasis, liv. II, ch. 7$.
écoles, en Italie, en France, en Allemagne, annoncent la renaissance des lettres et des sciences ; mais il faudra encore du temps pour que le sujet qui nous occupe entre dans la voie du progrès.
Au milieu du XIIe siècle l’école de Salerne donné sous le nom de Trotula le premier livre du moyen-âge qui traite de l’obstétrique, sans doute pour dissiper l’ignorance crasse où étaient alors les sages-femmes ; mais non seulement ce livre ne parle ni de version céphalique ni de version pelvienne, il est de beaucoup inférieur au catéchisme de Moschion.
Nous voyons à Montpellier au milieu du XIV0 siècle Guy de Chauliac, on peut dire le fondateur de la Chirurgie moderne, abandonner aux sages-femmes jusqu’aux opérations de l’embryotomie.