‹ Du palper abdominal et de la version céphalique du foetusChapitre 8 sur 18 · SIXIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

SIXIÈME PÉRIODE

Les deux courants s’accentuent de plus en plus et comme ^obstétrique passe entre les mains des chirurgiens (accoucheurs) la version podalique est perfectionnée par eux pendant quffis déclarent la version céphalique difficile ou impossible pendant le travail. Les médecins, tout en perdant du terrain, continuent à professer les idées hippocratiques et perfectionnent de leur côté la version céphalique en prescrivant des manœuvres internes et même externes

(1) A treatise of midwi/ry, in-8. — London, 1748.

(2) A treatise of the imprauvement of midwifry, in-8. — London, i753, p. 75.

pendant le travail avant la rupture des membranes. Quelqu accoucheurs l’opèrent même avant l’accouchement, mais seulement dans les présentations du tronc, considérant comme naturelles présentations du siège, des pieds et de la face. Ic, on palpe le ventre avant et pendant l’accouchement, mais sans réglés et par accident, sans faire du palper une méthode générale de diagnostic pbstptrM cal. C’est sur le toucher vaginal et l’auscultation surtout qu on base le diagnostic des présentations et des positions.

Cette sixième période eipbrasse la deuxième^moitié du XVIIIe siècle, et la première moitié du XIXe. Etudions-la chez les diverses nations en commençant par la Frauce quoique T Allemagne lui dispute ici le terrain, A Paris la séparation entre l’ancienne faculté de médecine et le collège de chirurgie devenait de plus en plus, tranchée, et disons le mot de plus en plus bruyante ; mais, en attendant, l’obstétrique passait du coté des chirurgiens qui avaient fini par se passer des ^âgesfemmes et des médecins, malgré les anciennes protestations d’Hecquet sur Vindécence aup hommes d'accou-. cher les femmes.

Les médecins de la faculté qui fussent encore pour la version céphalique a Paris étaient devenus très rares mais il y en avait encore, je citerai surtout Goubelly, d’autant plus remarquable, qu’il est allé plus loin que ses contemporains sur le sujet, et que ses observatiops n’ont même pas été citées.

Dans soq ouvrage (i) qu’on pourrait appeler de médecine obstétricale en deux volumes, publié à Paris en 1783, Goubelly parle d’abord (t. Ier, p. 3i-38), dê la culbute du fœtus, dont il cherche les causes, et il en déprit au lopg le mécanisme. Faisant ensuite l’application de ses idées, il est porté à faire artificiellement cette culbute quand elle n’a pas lieu spontanément, mais le beau de la clqose, c’est qu’il s’y prend avant la rupture des membranes, même pendant les derniers temps de la grossesse, par des manœuvres externes, et il dit avojr réussi. C’est à la page 88 qu’il dit ces choses à propos

(1) Connaissances nécessaires sur la grossesse, sur les maladies laiteuses, etc., 2 vol. in-12. — Paris, 1785.

d une observation qui porte un titre étranger au palper et à la version céphalique. Je transcris les passages les plus significatifs. « Une dame au. 7e mois 1/2 de la grossesse m’envoya chercher le 24 février i785... Les orifices étaient dilatés; je sentais les membranes; le fœtus était dirigé obliquement... je jugeai alors que le fœtus faisait la culbute... Le fœtus resta constamment dans cette position oblique pendant i5 jours... Les 7-8-9 mars suivant ayant touché la dame, je reconnus... que le fœtus qui avait été oblique avait repris la position parallèle à l’axe de l’utérus sans avoir cependant fait la culbute. Je distinguais aisément la tête du fœtus vers le fond de la matrice et le siège vers le bas fond... » Il faut savoir que Goubelly attribue ici le défaut de la culbute et les malaises de la femme à l’entrelacement du fœtus dans des tours de cordon, qui vont le gêner aussi pour faire la culbute artificielle (version céphalique), poursuivons son récit. « Elle accoucha le 10 avril., d’un enfant qui avait présenté d’abord les pieds et ensuite la partie inférieure du dos. La capacité de la matrice me parut suffisante pour solliciter et faire faire au fœtus la culbute à travers les parois du bas ventre et celle de la matrice, suivant le procédé qui m’avait déjà réussi plusieurs fois. Je parvins bien par ce procédé à déprimer la tête du fœtus, laquelle était à droite, et à soulever les fesses de l’enfant qui étaient à gauche au point de mettre le corps du fœtus en travers ; mais il me fut impossible de mettre la tête sur l’orifice... lorsqu’il fut temps, je perçai les membranes, le fœtus vint par les fesses... »

Voilà une tentative de version céphalique réelle dans une présentation du siège qui n’a pas réussi. Quoique disant qu’il a réussi d’autres fois l’auteur ne cite pas ces cas, mais l’idée de la culbute artificielle y est en fait, et Goubelly en parle avec la plus ferme conviction. Il ne dit pas si c’est par manœuvres externes ou non, mais il est évident qu’avant la rupture de la poche il ne pouvait pas le faire par les seules manœvres internes. Malgré cela l’idée de la culbute n’avait plus de par-

tisans parmi les chirurgiens accoucheurs de Paris et la version céphalique difficile ou impossible après la rupture des membranes laissait la supériorité à la version podalique. Du reste on déclarait déjà à Paris naturelles les présentations du siège, des pieds et de la face, toutes présentations pour lesquelles on avait recommandé la version céphatîque ailleurs.

Une suite non interrompue de sommités obstétricales professaient largement ces idées, (Levret, Baudelocque, madame Lachapelle, madame Boivin), entraînant avec eux aussi les médecins qui professaient 1 obstétrique tels que Petit et même Astruc lequel n’était pas seulement médecin, il venait de Montpellier et vantait les mérites de l’école de cette ville.

Les idées hippocratiques et la version céphalique ne perdaient pas autant de terrain en Allemagne.

Après Rhodion et Rueff, Deventer continua à la recommander ou tout au moins il conseillait de la tenter avant d’en venir à la version podalique. Osiander de Goettingue recommanda aussi la version céphalique, et comme le toucher vaginal était déjà perfectionné au point de permettre quelquefois le diagnostic avant la rupture des membranes, c’est avant cette rupture que la propose l’accoucheur allemand, quand la chose est possible; il disait avoir appris cela de Ehrard dès l’année 1773.

Boerhave dans les Aphorismes commentés par Van Swieten (1) dit, en parlant des accouchements difficiles par suite de la mauvaise présentation de l’enfant : « Il faut tâcher de réduire l’enfant dans une situation favorable, pour pouvoir le tirer par la tête ou par les pieds. »

En parlant de la version céphalique, il rapporte les passages d’Hippocrate, de Deventer, et à propos de la version podalique, il cite Moschion, Mauriceau, Levret. C’est-à-dire que d’après lui la version podalique ne serait employée que si l’opérateur ne réussit pas, mais il

(i) Malai. des femmes et des enfants, trad. 2 vol. in-i2. — Paris, 1769, t. 1er, g I ?20, p. (523.

recommande de s’y prendre aussitôt après la rupture des membranes.

Plenck commence par indiquer la culbute (r) « fœtus situs in utero pfimis sex mensibus vagus est, septimo ïhenSe spectat vertice deorsum et facieretrorsum. Circa initiutn partüs situm pro partu naturalem assumit. » x^rrivé à la version tependanf*il parle de celle sur les pieds ët non de celle sur la tête : n Versio fœtus est artiftciola manipulatio, qua situs fœtus pro partu ineptus ope manus obstetricatoris ita mutatur ut pedibus ex uteri cavo extrahatur. »

Dans un mémoire important intitulé De situ fœtus in utero (2) D. J. C. Gehler cite les auteurs qui admettent la culbute vulgairement appelée en Allemagne clas Stürzen , et en parlant du palper comme moyen de constater les mouvements fœtaux il dit, sepe satis ciccur aie discernere possumus cum modo latum quid , modo rotundüm et capiti œquale , modo tenue et angustum membrum, manum pedemque tactu distinguere liceat. »

Pendant que Osiander recommandait la version céphalique à Goettingue dans les premières années de notre siècle, Flamant professait les mêmes idées à Strasbourg (3), et la dispute de priorité qui s’établit entré l’accoucheur allemand et l’accoucheur français n’avait pas de raison d’être, puisque la version céphalique était pratiquée avant les deux: mais si on avaitpu porter quelquefois le diagnostic avant la rupture des membranes soit par le toucher vaginal, soit avec l’aide du palper, c’est surtout après cette rupture qu’Osianderet Flamand conseillaient la version céphalique, parce qu’alors seulement le diagnostic était certain.

Wigand de Hambourg devait donner à la version par

(1) Elément a ar lis obsletriciœ, in-8. — Viennœ 1781, p. 157.

( 2 ) Schlegcl , sylloge operum minorum prœstantiorum ai avtem obstetriciam speitantium , in-8. — Lipsiæ, 1795, t. Ier, p. 547.

(3) V. les thèses de Strasbourg sur la version, par Jacques Labbé, i8o3 et par H. A. Déroche en t8e3.

manœuvres externes une plus grande extension ; Wigand (J: H.) praticien distingué de Hambourg, mort en 1817, s’était déjà fait remarquer par la publication d’un recueil d’accouchements (1), et d’un journal obstétrical (2) en collaboration avec J. J. Gumprécht. Dans ce journal il avait déjà parlé de la version par manœuvres externes lorsqu’en 1812, il publia trois mémoires (3) qu’il envoya aux facultés de médecine de Paris et de Berlin, et un de ces mémoires était précisément consacré à l’étude de la version par manœuvres externes;

Ces mémoires restèrent pour ainsi dire lettre morte tant en France qu’en Allemagne; c’est-à-dire, qu’ils ne furent l’objet ni de rapports ni de travaux de manière à attirer l’attention du corps médical. Cependant en Allemagne les manœuvres de Wigand étaient connues des accoucheurs comme nous allons le voir. En attendant, examinons le mémoire qui concerne la version du fœtus opérée par manœuvres externes, mémoire exhumé seulement après q3 ans à l’occasion de la publication de mon Essai sur V accouchement physiologique (4).

Comme le mémoire de Wigand est le travail le plus considérable qu’on ait pu implorer pour contester ma priorité je vais l’examiner: i° au point de vué du palper abdominal ; 20 au point de vue de la version par manœuvres externes ; et d’abord voyons le point de départ de Wigand, ses principes et les applications qui en sont la conséquence.

L’accoucheur de Hambourg avait vu lüi-même après un travail assez prolohgé, ou étant appelé par dés sà-“

(t) Baitræge fur theoretichen und vraclischen Entbindungskuni. — Hamburg, 1798 u 1800;

(2) Hàmburgisché magasin die geburtshillfe, ih-8°, 1807-1810.

(3) Drei den medizinischen facult. zu Paris und Berlin zu Prufüng übergebene geburtshulflich Abhandlungen.

(4) V. la traduction de ce mémoire, thèse de Belin, Strasbourg

t856, et la version pàr manoeuvres externes, par Hergott in-8° — Strasbourg, 1857. ’

gcs-ftmmes pour des cas qui demandaient la version podalique, il avait vu 1 accouchement se terminer spontanément après un changement de la présentation du fœtus que Wigand appelle une version spontanée ; ayant vu cela, il fut porté à imiter artificiellement ces changements.

Pour lui, les présentations du vertex, des fesses et des pieds étaient naturelles, et c’est à ramener la plus proche de ces parties sur le centre du détroit qu’il faisait consister sa version, abandonnant le reste de l’expulsion aux contractions utérines. C’est-à-dire que si Wigand donna quelques conseils pour la grossesse, c’est toujours au moment du travail et dans le fort du travail qu il faisait sa version ; de là les difficultés et la rareté de ses opérations.

Il reconnaissait l’absolue nécessité de constater exactement et préalablement la présentation de l’enfant, mais s il indiquait l’examen extérieur il n’y comptait pas beaucoup ; il cite un cas où il a senti la tête fœtale parce que les parois abdominales étaient minces, aussi c’est le toucher vaginal et au besoin l’introduction de la main dans le vagin, faite avant la rupture des membranes, qui le guidait. Dans les cas douteux il ouvrait les membranes au moment défaire le diagnostic et la version.

Ainsi Wigand n’a décrit ni le palper dans ses règles générales ou spéciales ni dans ses applications aux cas exceptionnels ; à plus forte raison il ne s’en est pas servi comme méthode générale de diagnostic.

Quant à la version il l’opérait par des pressions externes, par la position à donner à la femme, par l’application de coussins, c’est-à-dire qu’il ramènait au centre du détroit une des trois parties (vertex, siège, pieds), qui pouvait s’en être éloignée. C’est là pour moi une réduction et non une version comme nous le verrons plus loin.

Il ne faut donc pas dire, en parlant de l’opération de Wigand, version céphalique telle qu’on l’a entendue dans les idées hippocratiques pendant des siècles ; Wigand emplo3rait bien les manœuvres externes, mais pour emmener tout aussi bien la tête que le siège ou les pieds, aussi appellait— il son opération la version par

manœuvres externes , et la seule figure qu’il a jointe à son mémoire indique une version sur le siège et non une version céphalique.

Si Wigand avait fait faire quelques pas à la version (réduction) par manœuvres externes, sans insister sur le palper comme moyen de diagnostic, quelques autres en Allemagne s’en occupaient en dehors de lui.

Stein (i) sans être aussi détaillé n’en est pas moins explicite. « Il y a deux manières de connaître les différentes parties du fœtus et de déduire leur position, celle des autres parties tant voisines qu’éloignées ainsi que celles de tout le fœtus, savoir par le toucher externe et par l’interne. Le premier n’est jamais aussi exact que le second ; mais il fait connaître la position du fœtus en général. » Il continue ici à étudier le toucher vaginal sans revenir au palper.

Ainsi en Allemagne, même avant et pendant les recherches de Wigand, le palper était pratiqué autant et plus qu’il ne le pratiquait lui-même sans cependant avoir acquis un véritable degré de certitude et sans être vulgarisé.

Bernstein (i8o3), Froriep (1818), Jorg (1822), d’Outrepont (1822), Carus (1828), dans leurs traités d 'accouchements citent Wigand sans insister plus que lui sur la palpation. Hohl fait en i833 un traité de diagnostic obstétrical, et consacre à peine onze lignes au toucher extérieur pour connaître les parties fœtales, sans donner ni détails ni règles générales. Wigand, pas plus que d autres, ne sont cités à propos du palper dans ce traité de diagnostic obstétrical.

Il ne faudrait pas croire, du reste, que si les auteurs allemands citent Wigand et parlent de la version externe, ils la considèrent comme méthode générale; c’est comme exception qu’ils en parlent, et la plupart de ces auteurs, notamment Bernstein, Stark, Hein, Boër, Siébold et auti es restent partisans avoués de la version (*)

(*) Uart d’ac coucher, trad. par Briot, 2 vol. in-8". - Paris, 1804,

podalique comme méthode générale. On ne cite les cas de version opérés par manœuvres externes que comme faits exceptionnels ; c’est-à-dire que le courant de Paris avait entraîné les accoucheurs de tous les pays vers la version podalique opérée par des manœuvres internes.

Dans les citations que les accoucheurs allemands font de Wigand, il ne faudrait pas croire qu’ils décrivent au long son procédé, ou qu’ils reproduisent textuellement ce qu’il conseille dans le mémoire que nous venons de copier. Ils en parlent plutôt à titre bibliographique, à titre historique, et ce fameux mémoire sur la version par manœuvres externes est resté presqu’aussi inconnu à Berlin qu’à Paris. Ainsi on peut dire en concluant que si l’on avait fait quelquefois, même en Allemagne, la version par manœuvres externes, si quelquefois on avait reconnu les parties fœtales par 'la palpation, c’étaient des cas tout à fait exceptionnels.

Si nous examinons maintenant ce qui s’est passé en France dans la première partie du XIXe siècle, nous trouvons que Strasbourg, déjà préparé par Flamant, continue à s’occuper de la version céphalique que les manœuvres externes de Wigand sont venues renforcer. Guillemot, en 182 5, publie même un travail sur le sujet (1), et M. Stoltz qui était élevé dans ces idées trouve plus d’une occasion d’en faire l’application (2). Mais on n’insiste pas plus sur le palper. Ainsi dans la traduction de Schmitt sur le diagnostic des grossesses douteuses, M. Stoltz concentre toute son attention sur le toucher vaginal. Le palper y est à peine effleuré.

A Paris, la question est un peu plus arriérée ; ainsi dans les livres classiques de madame Lachapelle, Gardien, Moreau, Chailly, il n’est même pas question de Wigand. C’est M. Velpeau, dans son traité d’accouchements (1828-1835), qui indique Wigand dont il recommande les idées ; enfin Désormeaux et P. Dubois dans

(1) Bulletin de la Société Médicale d’émulation.

(2) V. la thèse de J. A. Gervais sur la version céphalique. — Paris, 1 836, p. io, et la thèse. Belin, 1 856.

le Dictionnaire en 3o, à l’article version parlent (1846) aussi de la version par manœuvres externes et internes ; mais un homme qui paraît s’être occupé de ce sujet, sans grande réussite, c’est Colombe, praticien malheureux dont j’ai indirectement procuré la récompense comme nous le verrons plus loin.

Le palper, comme moyen de diagnostic, avait-il au moins prospéré à Paris ?

Déjà le toucher vaginal avait pris une grande extension au point de servir beaucoup pour le diagnostic des présentations même avant la rupture des membranes, lorsque la découverte de l’auscultation obstétricale (1818-1822), vint tellement le renforcer que la recherche de la présentation du fœtus par le palper fut complètement négligée, quoique dans des cas exceptionnels, et comme par hasard, on ait cependant pu distinguer des parties fœtales à travers les parois abdominales.

Désormeaux et Paul Dubois, dans le Dictionnaire en 3o (1), parlant des grossesses jumellaires disent du palper : « Si on applique une main sur le ventre de la femme, on peut reconnaître ces enfants aussi clairement qu’on distingue en d’autres cas les pieds, les genoux ou les bras de celui qui est seul. » Et cependant le palper a été négligé complètement à la clinique de la faculté, il n’a été appliqué que d’une manière exceptionnelle et incomplète.

MM. Devilliers et Chailly, dans un mémoire lu en 1842, à la Société de médecine de Paris, sur l’auscultation appliquée à la grossesse, conviennent que « les deux mains appliquées sur l’abdomen (pourront constater) un corps rond sous la main, plus dur que les autres, impossible ou très difficile à déplacer, qui indique la tête du fœtus ; un autre corps à surface plus étendue, d’une courbure plus large, d’une résistance un peu moindre que le précédent, indique le tronc. La partie la plus saillante de cette surface sera l’épaule

(1) Répertoire des sciences médicales, t. 14, p. 367. - Paris, 1836,

ou la fesse, que l'on ne distinguera l’une de l’autre qu’à l’aide d’autres signes, etc. »

Il y a dans ces remarques des erreurs indiquant plutôt des vues à priori que des faits d’expérimentation ; ainsi quand la tête du fœtus est en haut, loin d’être fixe, elle est mobile et facile à ballotter ; quant à distinguer la saillie des fesses qui sont molles, la chose est impossible, et la saillie de l’épaule ne se distinguerait pas de celle des membres sans la continuité du tronc. Mais enfin dans des cas excessivement favorables d’amincissement des parois utero-abdominales on a pu avoir des sensations assez nettes pour distinguer les parties fœtales par le palper ; mais alors comment se fait-il qu’on n’a pas généralisé ces recherches, ces applications? Ainsi Chailly, même dans l’édition de i853, de son traité d’accouchements, dit (p. 838), en parlant de la version céphalique : « Pour que cette opération puisse être pratiquée, il faut une réunion de circonstances difficiles à rencontrer ; il faut que le fœtus jouisse d une grande mobilité, que les parois abdominales et utérines soient souples, peu épaisses et indolores, quil y ait peu d’eau dans la cavité utérine pour que les mains puissent embrasser les parties et changer leur rapport avec facilité. » C’est-à-dire que Chailly devait rencontrer très rarement une réunion de circonstances pareilles, même contradictoires, car il fallait un fœtus très mobile aAec peu d’eau dans l’utérus. Il n'est pas étonnant qu il soit arrivé une seule fois à opérer la version céphalique dans une présentation du tronc, c’est-à-dire à faire une réduction.

Maintenant quant au diagnostic, dit-il : « Les mains appliquées sur l’abdomen pourront sentir dans^ une fosse iliaque une partie ronde, solide, qui est la tête et au point opposé de l’utérus et en haut, de petites parties mobiles, qui sont les pieds. » Enfin, il s’arrête sur l’auscultation avant la rupture des membranes comme il s’arrête sur le toucher vaginal après cette rupture, c’est-à-dire que pour Chailly le diagnostic doit se faire au moment du travail, et par conséquent lorsque les

contractions utérines rendent le palper fort difficile. Il n est pas étonnant que ce moyen de diagnostic, ainsi pratiqué, soit resté dans une infériorité absolue.

M. Jacquemier dans son Manuel d'accouchements (1846), ne s’arrête guère ni au palper ni à la version céphalique. Cazeaux est un peu plus étendu.

Ainsi, au chapitre du palper abdominal, il en étudie les applications au diagnostic de la grossesse, mais il ne parle pas du palper comme diagnostic des présentations et des positions du fœtus.

A l’article de la version céphalique, il dit : bien que cette opération a été conseillée avant le travail, pendant le travail, avant la rupture des membranes, et pendant le travail après la rupture des membranes ; mais il se contente de quelques mots pour le diagnostic opéré à l’aide du palper ; les voici : « Il est souvent possible, dans les derniers temps de la grossesse, de reconnaître une position du tronc. La forme du ventre.... la tête du fœtus qui, chez les femmes dont les parois abdominales sont peu épaisses, peu distendues et facilement dépressibles, se sent très manifestement dans une des fosses iliaques et qui dans deux cas cités par Dugès et M. Velpeau, se sentait au-dessus du pubis; l’impossibilité où l’on est d’atteindre avec le doigt introduit dans le vagin la partie du fœtus qui se présente.... Alors pour peu que le fœtus soit mobile dans la cavité amniotique, il est très possible de ramener la tête au détroit supérieur. Il suffit pour cela, après avoir corrigé l’obliquité utérine, si elle se rencontre, de relever avec une main le côté de l’utérus auquel correspond le siège de l’enfant et de repousser avec l’autre main la tête dans la direction du détroit supérieur.... le plus difficile, c’est de maintenir la tête ainsi réduite, etc. ».

Voilà toute la description du palper et de la version céphalique par manœuvres externes consignée dans l’ouvrage classique de Cazeaux jusqu’à la 5r édition publiée en 1 856. Ainsi il n’y est même pas fait mention de Wigand; aussi les idées de celui-ci, malgré ce qu’en avait dit Velpeau, n’étaient pas connues et encore moins

suivies en France, pas plus qu’en Angleterre, en Italie, en Espagne et ailleurs, en dehors de l'Allemagne.

Nous devons cependant faire une exception en faveur de la Belgique où M. J. Hubert, professeur à Louvain, essayait d’attirer dès 1843 l’attention sur le parti qu’on pourrait tirer des manipulations externes pour rectifier les mauvaises présentations du fœtus. N’ayant pas l’encyclographie des sciences médicales (juillet et août), dans laquelle il a publié son travail, je ne puis pas en donner le texte, mais bientôt nous allons avoir les aveux de l’auteur lui-même. Si laissant de côté la question de priorité, nous mettons en présence les propositions de Wigand et d’Hubert, nous trouvons que ces deux praticiens conseillent, non d’emmener toujours le vertex sur le centre du détroit, mais d’y emmener les pieds ou le siège s'ils sont plus rapprochés que la tète; le reste n’est que détails, un peu plus avancés dans le travail de Hubert que dans celui de Wigand.

Si l’on fait le résumé cle l'état où ont été le palper abdominal et la version par manœuvres externes jusqu’au milieu de notre siècle, d’après tout ce qui précède et d’après d’autres recherches, si on veut être de bonne foi, dis-je, on est obligé de reconnaître :

1" Que si l’idée de la culbute admise depuis les temps hippocratiques est fausse, la présentation du vertex comme la plus naturelle est restée une vérité incontestable. L’iclée de 'chercher à obtenir artificiellement cette présentation toutes les fois qu’on le peut est par conséquent une vérité tout aussi inattaquable.

20 Que pour atteindre ce but, on a employé anciennement lasuccussion, puis les manœuvres internes pendant le travail et après la rupture des membranes, très rarement les manœuvres externes, même comme auxiliaires. Cela a été pratiqué jusqu’au siècle dernier.

3° Que depuis le siècle dernier jusqu’au milieu de celui-ci, on a bien tommencé à palper le ventre quelquefois, avant ou après la rupture des membranes, pour s’assurer de la présentation de l’enfant, mais c’est sur

le toucher vaginal et l’auscultation qu’on a surtout basé le diagnostic. Le palper, sous le nom de toucher externe ou autre, avait même très rarement un chapitre à part dans les traités classiques ; il n’en était guère question qu’à propos de la version par manœuvres externes, et dans des conditions exceptionnelles qui pouvaient en faciliter l’emploi. Le toucher externe est resté jusqu’au milieu de notre siècle, c’est-à-dire jusqu’à mes recherches, un moyen fort limité et exceptionnel.

4° Quant à la version céphalique, depuis le XVIe siècle surtout, elle avait perdu du terrain et à sa place avait été intrônée la version sur les pieds. A peine si quelques accoucheurs ont continué à la proposer pendant le travail, avant ou immédiatement après la rupture des membranes ; mais puisqu’on considère désormais comme naturelles les présentations des pieds, des fesses et de la face, les mêmes partisans de la version céphalique n’ont conseillé de la tenter que dans les présentations du tronc ou de l’épaule. L’idée hippocratique de ramener toutes les présentations à celle du vertex s’est d’abord affaiblie depuis Celse, Moschion, Philumenus, et dès le XVP siècle elle a été presque complètement abandonnée. Quelques accoucheurs de notre siècle, enparticulierWigand et ses imitateurs, ont employé même les maneuvres externes à ramener sur le centre du détroit le siège ou les pieds de l’enfant au lieu d’y ramener la tête; mais que les manœuvres externes aient servf à la version céphalique ou à la version pelvienne, c’est pendant le travail et non pendant la grossesse qu’elles ont été conseillées et pratiquées.

Nous allons voir même plus loin que si, dans le vrai sens du mot, on doit appeler version le retournement de l’enfant, la version céphalique n’a jamais été faite avant moi ; on n’a fait par des manœuvres internes ou externes que de simples réductions céphaliques ramenant la tête sur le centre du détroit pendant qu’elle était sur le bord, ou qu’essayer de changer une présentation du tronc en présentation du vertex.

5° L’idée de ramener toutes les présentations du

fœtus à celle du sommet qui est la plus naturelle, et qui était peut-être plus ancienne qu’Hippocrate, cette idée a été tantôt renouvelée, tantôt abandonnée comme irréalisable malgré deux mille et cinq cents ans d’efforts obstétricaux ; cette idée n’a pu avoir de réalisation avant mes recherches cliniques comme nous allons le voir.

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