CHAPITRE III
Les manifestations cliniques du paludisme peuvent être ramenées à trois principales :
Fièvre intermittente,
Fièvre continue,
Cachexie palustre.
Ces manifestations se produisent d’ailleurs très souvent chez un même sujet qui a d’abord une fièvre continue, puis des accès intermittents et qui arrive enfin à la cachexie ; on peut observer aussi la cachexie d’emblée, sans fièvre.
Les accidents graves qui compliquent parfois la fièvre et qui sont connus sous le nom d’accès pernicieux seront étudiés à la fin de ce chapitre avec les accidents et complications.
1. Fièvre intermittente. — C’est la manifestation clinique la plus commune du palu-
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disme, si bien que beaucoup d’observateurs ont adopté l’expression de fièvre intermittente pour désigner le paludisme. Cette synonymie assez exacte dans nos pays tempérés, devient tout à fait inexacte quand on étudie le paludisme dans les pays chauds ; les continues palustres sont très fréquentes dans ces pays et le médecin qui ne
FiQ. II. — Fièvri! inlormitlfnte quotiflienno.
A partir du 21 avril le malade prend de la quiuine.
connaîtrait du paludisme que la fièvre intermittente serait exposé à commettre des erreurs très préjudiciables à ses malades.
Presque toujours la fièvre intermittente se rapporte à un des types suivants :
Type quotidien, caractérisé par des accès qui reviennent tous les jours {fig. 3).
Type tierce, caractérisé par des accès revenant
Cï »■ O- «• «»• O* •• O-
ïi
tous les deux jours. (Le tracé reproduit dans la
Fièvre quotidienne coupée une première fois par la quinine, rechute avec le type tierce. La fièvre est coupée de nouveau par la quinine.
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fig. 4 est celui d’une fièvre quotidienne qui s’est transformée en tierce).
Type quarte, caractérisé par des accès revenant tous les trois jours {fig, 5).
Fièvre intermittente irrégulière, fièvre larvée.
A. Types réguliers. — La fièvre intermittente quotidienne est, de beaucoup, la plus commune des intermittentes dans les pays chauds ; dans les pays tempérés la tierce et la quarte s’observent au contraire avec une fréquence égale, sinon plus grande. Maillot, à Bône, sur 2338 cas, a noté 1 582 quotidiennes, 730 tierces et 26 quartes. Griesinger, à Tubingue, sur 4i4 cas: 268 tierces, 122 quotidiennes, 3 quartes et 21 irrégulières.
On a décrit un grand nombie d’autres types de fièvre intermittente : fièvre double quotidienne (deux accès par jour), double tierce, double quarte, tierce doublée, quintane, sextane, etc. Ce sont là des types fort rares ou même dont l’existence est discutable. Les longues intermittences s’expliquent presque toujours par ce fait qu’on a fait prendre au malade une dose de quinine qui a supprimé quelques accès.
P Les accès reviennent à la même heure ou bien chaque accès avance ou retarde sur l’heure de l’accès précédent ; les accès sont dits alors anticipants ou retardants.
Les différents types de fièvre intermittente se transforment souvent l’un dans l’autre ; tel malade qui a eu d’abord des accès quotidiens présente, lors d’une rechute, des accès du type tierce ou du type quarte ; aussi est-il très difficile d’ad-
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mettre avec quelques observateurs l’existence de parasites différents pour les différents types fébriles.
Dans les deux tiers des cas, les accès de fièvre intermittente se produisent de minuit à midi (Maillot) ; fait intéressant, car dans la plupart des fièvres non palustres et notamment dans la fièvre hectique, les paroxysmes fébriles ont lieu le soir.
La description des fièvres intermittentes se réduit presque à celle de l’accès de fièvre qui est le même, quel que soit le type fébrile.
L’accès régulier de fièvre intermittente est caractérisé par les trois stades : de frisson, de chaleur et de sueurs.
L’étude de la marche de la température dans les accès de fièvre a été très bien faite par Gavarret, Michael, Wunderlich et Lorain. Gavarret a montré dès i83g que l’ascension thermique commence un peu avant l’apparition du frisson et qu’elle continue pendant toute la durée de celui-ci, bien que les malades éprouvent une sensation de froid très pénible.
Le stade de frisson peut manquer et alors il arrive assez souvent que les malades n’ont pas conscience de leur état fébrile. D’autres fois le
stade de frisson dure longtemps et constitue la période la plus pénible de l’accès de fièvre ; les membres et le tronc sont secoués par le frisson, les dents claquent, la peau présente le phénomène de la chair de poule ; les extrémités sont parfois refroidies en réalité, mais la température des parties centrales (rectum, aisselle) est -toujours fébrile et souvent, en plein frisson, on note déjà 4o° dans l’aisselle.
La température de l’aisselle subit des variations analogues à celles de la température du rectum, à quelques dixièmes de degré au-dessous, on peut donc étudier très bien la thermométrie des fièvres palustres en se bornant à prendre la température axillaire. Les tracés thermométriques que nous donnons ont été établis avec les températures axillaires.
• Le fastigium thermométrique s’observe d’ordinaire vers le milieu du stade de chaleur ; la température atteint le plus souvent ou dépasse 4o® ; le thermomètre monte parfois dans l’aisselle à 4i° et 42°. Hirtz a noté dans un cas le chiffre tout à fait exceptionnel de 44°*
A la sensation de froid succède une sensation de chaleur intense, les malades accusent une soif ardente, une céphalalgie très forte ; parfois un peu de délire se produit pendant ce
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stade, même dans les accès de moyenne intensité, qui ne méritent pas de figurer parmi les accès pernicieux.
La défervescence se produit plus ou moins rapidement suivant l’intensité de l’accès et en général elle s’accompagne de sueurs ; le malade éprouve une sensation de bien être. Dans certains cas la peau devient seulement moite, dans d’autres cas les sueurs sont si abondantes qu’il faut changer à plusieurs reprises lelin-
Fiq. 6. — Accès léger. Durée 7 heures. i
° ge des ma-
lades. A la fin du stade de sueurs la température s’abaisse souvent au-dessous de la normale, à 36° voire meme à 35° ; en même temps le pouls se ralentit, il ne bat plus chez
quelques malades que cinquante fois à la minute.
Au point de vue de la durée on peut classer ainsi qu'il suit les accès de fièvre :
Accès courts qui durent de quatre à huit heures.
Accès moyens qui durent de huit à douze heures.
Accès longs qui durent plus de douze heures.
Les tracés des fig. 6, 7, 8, indiquent la marche de la température dan s les accès de fièvre intermittente ; les tracés reproduits dans les fig- 6 et 7, sont ceux d’accès légers, le tracé suivant {fig. 8) est celui d’un accès d’intensité moyenne. La tem-
, , , Fig. 7. — Accès léger. Durée 6 heures.
peratureaete
prise d’heure en heure dans l’aisselle.
Les accès de longue durée présentent comme
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les accès moyens qui sont de beaucoup les plus fréquents les trois stades de frisson, de chaleur et de sueurs, mais c’est surtout le stade de chaleur qui est prolongé. Ces longs accès de fièvre expliquent bien le mécanisme des accès subintraiits, chaque accès commençant avant la fin
Fig. 8 — Accès moyen durée 12 heures.
du précédent, la température ne revient pas à la normale dans l’intervalle des accès (fig. 9 et 10).
Il est fréquent d’observer de Vherpès à la suite des accès de fièvre intermittente ; l’herpès siège aux lèvres, aux joues, aux ailes du nez. aux oreilles, quelquefois sur les muqueuses.
Après l’herpès l’éruption la plus commune est Vurticaire.
L’urticaire se présente sous sa forme ordinaire ; les poussées d’urticaire sont plus ou moins générales. Les palustres chez lesquels on voit survenir de l’urticaire au moment des accès sont souvent des 42?
malades qui antérieurement au paludisme avaient
eù des éruptions semblables. 39?
Chez les enfants atteints de fièvre palustre on obser-
ve quelquefois un
érythème noueux 3 g?
d’une forme Spé- Fig, 9. — Accès de fièvre palustre
. , , , ayant durée 36 heures,
ciale sur lequel
Obedénare, Boïcesco et Moncorvo ont appelé l’attention. Cet érythème apparaît d’ordinaire à la suite de plusieurs accès de fièvre, ses sièges d’élection sont : la région antérieure des jambes, les mains, les avant-bras; il se forme des no-
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dosités dures, saillantes, douloureuses spontanément et à la pression, qui peuvent acquérir les dimensions d’une pièce de 5 fr. Ces nodosités sont d’un rouge vif, surtout pendant Taccès et on pourrait croire à la formation de petits
abcès ; la ter-
minaison a toujours lieu par résolution. L’éruption se fait par poussées successives.
Je n’ai jamais observé l’érythème noueux palustre chez l’adulteic’est
Fig. 10. — Fièvrtî intermittente quotidienne avec
accès subintrants coupée par la quinine. cbez leS eU-
fants âgés de 3 à 8 ans qu’on rencontre le plus souvent cette complication.
La rate est toujours augmentée de volume ; l’hypcrsplénie, peu marquée dans les fièvres de première invasion, devient de plus en plus manifeste à mesure que les rechutes se multiplient ; la rate est souvent le siège de
douleurs plus ou moins vives (point splénique).
L’examen du sang fait au début des accès révèle toujours l’existence des hématozoaires.
Les urines présentent les caractères des urines fébriles. L’urée augmente dès le début des accès et l’élimination de Turée arrive à son maximum en môme temps que la température à son acmé, la matière colorante augmente aussi de quantité ; quelquefois il se produit une albuminurie passagère.
Les recherches de Brousse, de Roque et de Lemoine tendent à montrer que la toxicité des urines augmente après les accès de fièvre palustre. Les faits cités par ces observateurs sont trop peu nombreux pour qu’on puisse en tirer une conclusion générale.
Dans les urines de tous les fébricitants on trouve une augmentation de la toxicité normale et des propriétés toxiques nouvelles, notamment la propriété convulsivante. (Ch. Bouchard). Il ne me paraît pas démontré que cette toxicité soit plus forte dans les fièvres palustres que dans les autres fièvres. De nouvelles recherches sont nécessaires pour résoudre cette question.
Les accès de fièvre intermittente s’accompagnent assez souvent de vomissements alimentaires ou bilieux, épistaxis, de congestions viscé-
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raies qui se produisent tantôt sur les poumons, tantôt sur les reins, tantôt sur l’intestin ; cette dernière localisation s’observe surtout chez les sujets qui ont eu antérieurement de la dysenterie.
La fièvre intermittente cède facilement à l’administration de quelques doses de quinine, mais une première atteinte est presque constamment suivie d’une deuxième, puis d’une troisième, en d’autres termes la rechute est la règle.
• B. Types irréguliers; fièvres larvées. — En dehors des types réguliers, on peut observer des fièvres intermittentes irrégulières, c’est-à-dire dont les accès se produisent à intervalles variables et des fièvres larvées, c’est-à-dire des fièvres dans lesquelles les accès fébriles sont remplacés par l’apparition de différents symptômes anormaux sous lesquels se cache le paludisme.
La névralgie intermittente est la forme la plus commune de ces fièvres larvées. Les névralgies de la paire, surtout celles des branches sus et sous-orbitaires sont les plus fréquentes, viennent ensuite celles du nerf occipital, des nerfs intercostaux et du sciatique.
La névralgie sus -orbitaire s’accompagne d’une injection plus ou moins forte de la conjonctive, de photophobie, de larmoiement et
c’est probablement à cette névralgie qu’il faut attribuer les cas d’ophthalmie intermittente signalés par quelques auteurs.
Les personnes chez lesquelles le paludisme se manifeste par une névralgie intermittente sont souvent des personnes prédisposées par leurs antécédents aux douleurs névralgiques ; le paludisme ne fait que réveiller ces douleurs en leur imprimant un caractère intermittent plus ou moins net.
Il ne suffit pas qu’une névralgie ait le caractère intermittent, ni même qu’elle disparaisse après l’administration des sels de quinine pour qu’on soit autorisé à dire qu’il s’agit d’une fièvre larvée.
Des névralgies et même des névrites traumatiques peuvent donner lieu, en dehors de toute influence palustre à des douleurs intermittentes qui cèdent à l’emploi de la quinine.
On a décrit également des fièvres larvées caractérisées par des hémorrhagies intermittentes.
Nous avons aujourd’hui dans l’examen du sang un moyen de diagnostic qui permettra de trancher la question de nature des fièvres larvées beaucoup mieux qu’on ne pouvait le faire autrefois.
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2. Fièvre continue palustre. — La fièvre continue palustre, presque inconnue dans les climats tempérés, devient de plus en plus commune à mesure qu’on descend vers l’équateur. La chaleur extérieure joue évidemment un rôle important dans cette transformation des manifestations cliniques du paludisme, probablement en favorisant le développement dans le milieu extérieur et en augmentant l’activité des parasites.
Les continues palustres s’observent presque toujours comme fièvres de première invasion, chez des individus nouvellement arrivés dans les contrées palustres ; elles s’observent plus rarement chez les malades qui ont eu déjà une ou plusieurs atteintes de fièvre. On comprend aisément que des individus vigoureux, sanguins, réagissent plus fortement sous l’excitation de l’agent fébrigène que des individus affaiblis, anémiés et déjà habitués à cette excitation.
Les fièvres intermittentes quotidiennes avec accès prolongés et subintrants forment une transition naturelle entre les fièvres intermittentes et les fièvres continues qui ont été dites aussi rémittentes. Les rémissions ne sont pas plus marquées dans les continues palustres que
dans la fièvre typhoïde qui est le type des fièvres continues ; Texpression de fièvre rémittente n’a donc pas sa raison d’étre.
La continue palustre débute d’ordinaire assez brusquement, mais sans frisson ; la température^ axillaire monte rapidement à4o® T ou même audessus, la ^0 peau est sèche ; les ma- 40?
lades accusent une soif ardente, une
céphalalgie très intense 3^0 et souvent des douleurs
lombaires continue palustre (Algérie),
* Le tracé commence au 6* jour de la maladie.
Les épistaxis ® quinine,
sont fréquentes et parfois très abondantes.
L’état des malades a d’ordinaire la plus grande analogie avec celui des typhoïdiques. La fièvre persiste avec des rémissions plus ou .moins marquées ; la langue est rouge et sèche à la pointe ; la céphalalgie, la prostration, l’insomnie
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sont pour le moins aussi marquées que dans la fièvre typhoïde, parfois on observe du délire, surtout pendant la nuit.
La continue palustre s’accompagne assez souvent de vomissements et d’ictère, plus rarement
de diarrhée ; on ne trouve pas de douleur à la pression localisée dans la fosse iliaque droite, comme dans la fièvre typhoïde, 011 n’ohserve pas non plus d’éruption de taches rosées. La rate est augmentée de volume.
Fig. 12 — Fièvre eontinue palustre avec T o rlnroo rlû In état typhoülo (Algérie). Le tracé commence au 2‘ jour de la maladie qui COlltinue OaluScede à la quinine. ^
tre est très variable suivant que la maladie est abandonnée à elle-même ou traitée énergiquement par les sels de quinine. Abandonnée à elle-même, la fièvre peut persister en s’aggravant jusqu’à déterminer la mort ou bien la défervescence se
produit, d’ordinaire vers le*huitième jour, et la fièvre se transforme en fièvre intermittente. Il est rare que la continue palustre se prolonge audelà de trois jours après qu’on a institué le traitement par les sels de quinine.
La défervescence est en général beaucoup plus rapide que dans la fièvre typhoïde [fig. 1 1 et 12).
La convalescence est facile, les malades, quoique très anémiés, demandent à manger et se lèvent dès que la lièvre est tombée, mais si on n’insiste pas sur la médication quinique on observe souvent des rechutes sous la forme d’accès intermittents,
3. Cachexie palustre. — Elle succède d’ordinaire à une série de rechutes de fièvre intermittente, mais parfois elle survient rapidement à la suite de quelques accès graves (cachexie aiguë) ; elle peut aussi se produire lentement, sans être accompagnée de fièvre (cachexie d’emblée).
Les principaux signes de la cachexie palustre sont V anémie et V hypersplénie.
La peau est pâle, elle a, surtout à la face, une teinte terreuse ou une teinte cireuse, les muqueuses sont décolorées, les sclérotiques ^sont d’un blanc bleuâtre. Il existe souvent de f œdème périmalléolaire et de la bouffissure de la face ;
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dans les cas graves, -de l’anasarque, le plus souvent sans albuminurie.
Les épistaxis qui sont communes et parfois difficiles à arrêter, contribuent à augmenter l’anémie.
L’examen histologique du sang révèle toujours une diminution considérable du chiffre des hématies qui de d^ooooo par millimètre cube, chiffre normal, tombe à 2000000, 1000000, voire même à 5ooooo. En général le chiffre des leucocytes n’augmente pas sensiblement.
Les malades amaigris ou bouffis, vieillis avant l’àge, accusent des vertiges, des palpitafions de cœur et surtout une faiblesse très grande, une lassitude physique et intellectuelle extrêmement prononcée dans certains cas ; ils sont apathiques, indifférents à tout ce qui les entoure. Parfois on observe du tremblement des extrémités supérieures et la démarche devient incertaine, titubante. (Gatteloup).
L’hypersplénie est toujours très marquée ; la rate dure, fibreuse, déborde des fausses cotes; son extrémité inférieure arrive souvent jusqu’à rombllic. Chez quelques sujets profondément cachectiques et soumis dcjiuis de longues années à l’influence du paludisme la rate descend jusque dans la fosse iliaque gauche. Ces rates
énormes s’observent chez des sujets qui n’ont jamais pris de quinine (chez des indigènes, par exemple, en Algérie), ce qui n’empôche pas le public d’accuser le sulfate de quinine d’être la cause des engorgements de la rate.
La tumeur splénique est en général indolore sauf au moment des paroxysmes fébriles ; quelques malades accusent des douleurs plus ou moins vives qui s’expliquent par la périsplénite et par des adhérences de la rate aux organes voisins, notamment au diaphragme. Le foie est souvent augmenté de volume, mais toujours à un degré beaucoup moins marqué que la rate.
La température des cachectiques palustres est souvent au-dessous de la normale, en dehors des accès de fièvre qui sont irréguliers ou qui prennent un type à longues intermittences.
Du côté des voies digestives le symptôme dominant est l’anorexie qui se complique parfois de dyspepsie, de vomissements ou de diarrhée.
Les complications les plus fréquentes sont les accidents dits pernicieux, la pneumonie, la néphrite, la dysenterie.
La cachexie palustre se termine d’ordinaire par la guérison, lorsque les lésions viscérales ne sont pas trop avancées et que les malades, soumis à un traitement rationnel, peuvent quitter
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les foyers du paludisme pour des climats salubres ; quand ces conditions ne sont pas réalisées la cachexie s’aggrave et finit par entraîner la mort.
La population entière des pays palustres subit une véritable déchéance physique et morale qui a été très bien décrite par Monfalcon. On constate une diminution de la taille moyenne et de la vie moyenne.
4. Accidents et complications. — Les fièvres palustres se compliquent souvent, surtout dans les pays chauds, d’accidents qui peuvent entraîner rapidement la mort et qui ont reçu le nom d’accès pernicieux.
A. Accès pernicieux. - Les manifestations les plus communes de ces accidents sont : l’état typhoïde, le délire, le coma, l’algidité, la fièvre bilieuse ; les accès pernicieux diaphorétique, cholérique, gastralgique, dyspnéique, convulsif sont des formes plus rares.
Les fièvres continues palustres se compliquent souvent d’un état typhoïde très marqué, si bien que le diagnostic différentiel avec la fièvre typhoïde présente de grandes difficultés lorsqu’on n’a pas recours à l’examen du sang.
Accès délirants et comateux. — Le délire
peut survenir indépendamment de l’état typhoïde (accès pernicieux délirant) ; il se montre toujours dans le cours d’un accès fébrile ; le malade se fait remarquer par son agitation et par sa loquacité, il prononce des paroles sans suite ; en général le délire est bruyant ; le malade s’échappe souvent de son lit, de sa chambre, s’il n’est pas surveillé de très près.
Les accès pernicieux délirants et les lièvres avec état typhoïde se terminent souvent par le coma et la mort ; dans d’autres cas le coma survient rapidement, sans délire, ni aucun symptôme bruyant capable d’attirer l’attention ; un malade qui s’est couché bien portant est trouvé le matin dans le coma. La peau est chaude, le malade ne répond pas aux questions qu’on lui fait, les membres sont dans la résolution, la peau est insensible. Les évacuations (urines et matiè- ÉÈres fécales) sont parfois involontaires. Ces accidents se dissipent souvent avec une rapidité merveilleuse lorsque le malade est soumis rapidement à une médication quinique énergique.
2° Accès soporeux. — L’accès dit soporeux est une forme atténuée de l’accès comateux ; le malade parait être sous l’influence de l’opium, quand on l’interpelle à haute voix il regarde d’un air étonné la personne qui lui parle; il
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comprend les questions qu’on lui fait, mais il y répond à peine et en manifestant de l’impatience contre ceux qui le dérangent. La fièvre est en général forte comme dans l’accès comateux.
3® Accès algide. — L’accès algide est un des plus insidieux et des plus graves parmi les accès pernicieux. Le malade atteint d’accès algide ne souffre pas et ne se plaint pas ; aussi à un examen superficiel la gravité de son état peut-elle facilement être méconnue. C’est souvent en prenant le pouls qu’on reconnaît les signes de l’accès algide ; la peau des extrémités est froide et recouverte d’une sueur visqueuse, la langue est froide, plate, humide. Le thermomètre placé dans l’aisselle indique une température fébrile peu élevée ou même normale.
Le malade a toute sa connaissance, il accuse seulement, quand on l’interroge, une grande lassitude ; les traits sont tirés, les lèvres décolorées ou cyanosées, le front se couvre de sueur.
Le pouls est fréquent, filiforme, en dernier lieu insensible à la radiale. L’algidité n’est pas comme le croyait Torti une exagération du stade do frisson, c’est pendant le stade de chaleur des accès fébriles que l’algidité se produit d’ordinaire.
4° Fièvre bilieuse grave, hématurique. — La fièvre bilieuse grave, hématurique, s’observe
surtout à Madagascar et au Sénégal ; les malades ont des nausées, puis des vomissements bilieux incoercibles ; bientôt la peau et les sclérotiques prennent une teinte ictérique de plus en plus foncée ; les urines renferment une grande quantité de matière colorante biliaire et souvent aussi du sang altéré ; il est impossible de retrouver des hématies dans burine ictérique, mais l’examen spectroscopique révèle la présence de l’hémoglobine.
La fièvre bilieuse palustre se termine par guérison ou bien les malades tombent dans l’état typhoïde adynamique et succombent dans le coma.
5® Accès diaphoré tique. — L’accès pernicieux diaphorétique est caractérisé comme son nom l’indique par une exagération de la diaphorèse. L’accès de fièvre suit son cours régulier, le stade de sueurs succède, au stade de chaleur, mais les sueurs se produisent avec une abondance insolite et le malade, au lieu d’éprouver le bien-être qui se produit d’ordinaire à la fin des accès, accuse du malaise et s’affaiblit rapidement ; les extrémités sont froides, le pouls est filiforme et si on n’intervient pas activement, la mort peut être la conséquence de ce collapsus.
6® Accès cholériforme. — L’accès .pernicieux
cholériforme, rare en Algérie, est commun en Cochinchine ; il est caractérisé par une diarrhée séi’euse et des vomissements incoercibles, les malades éprouvent des crampes très douloureuses. Les selles ne prennent pas le caractère riziforme des selles du choléra vrai. La mort survient dans l’algidité quand on n’intervient pas activement.
7® Accès gastralgique. — L’accès pernicieux gastralgique est caractérisé par une douleur très vive à l’épigastre que le malade compare à une sensation de brûlure, de déchirement ou de torsion ; la face exprime l’anxiété, le malade replié sur lui-même se répand en plaintes et en gémissements, il est souvent pris de vomissements. La mort peut survenir dans l’algidité.
8® Accès dyspnéique ; convulsif. — L’accès dyspnéique caractérisé par une dyspnée très forte sans lésions pulmonaires ou cardiaques apparentes et l’accès convulsif caractérisé par des convulsions épileptiformes sont extrêmement rares ; il n’en existe dans la science qu’un très petit nombre d’exemples.
B. Périsplénite. Rupture et abcès de la rate. — Les lésions de la rate qui sont constantes, donnent lieu fréquemment à des complications.
La périsplénite occasionne souvent des dou-
leurs vives et persistantes ; Thypersplénie lorsqu’elle, est très marquée est elle-même une complication sérieuse ; la tumeur splénique comprime les organes voisins ou bien elle exerce des tiraillements sur le diaphragme auquel elle adhère, de là des troubles fonctionnels et des phénomènes douloureux.
La rupture de larate a été observée quelquefois (E. Collin, Quod) ; presque toujours cet accident se produit chez d’anciens fébricitants porteurs de rates énormes ; la rupture de la rate peut entraîner une hémorrhagie intra-péritonéale mortelle, ou bien une péritonite.
Les abcès de la rate sont rares chez les malades atteints de paludisme.