‹ Du paludisme et de son hématozoaireChapitre 16 sur 42 · COMMENT SE PRODUIT L'INFECTION · texte numérisé non relu

COMMENT SE PRODUIT L'INFECTION

Des faits nombreux tendent à démontrer que l'infection peut se faire par l’eau potable :

1° On a constaté à plusieurs reprises que, dans une même localité, des individus vivant dans des conditions identiques, mais faisant usage pour la boisson d'eaux de provenance différente, étaient les uns atteints dans une forte proportion, les aulres épargnés par les fièvres palustres (1);

2° Dans certaines localités autrefois insalubres il a suffi de mettre à la disposition des habitants une eau pure à la place de l’eau stagnante qui servait primilivement à la boisson, pour voir les fièvres palustres disparaître ;

3° Dans des localités très saines, d’ailleurs, on peut contracter la fièvre quand on boit de l’eau provenant de localités insalubres, et les individus les plus exposés à prendre la fièvre dans ces conditions sont ceux qui font la plus grande consommation d’eau ;

4° Les voyageurs qui parcourent des contrées malsaines réussissent souvent à se préserver des fièvres en ne buvant que de l’eau bouillie, alors que les personnes qui ne prennent pas celte précaution sont atteintes dans une forte proportion.

On à objecté que les infusoires et les amibes étaient détruits dans les voies digestives.

L'action protectrice des sucs digestifs normaux est indiscutable, mais 1l arrive souvent que cette aclion, pour une cause ou pour une autre, s'exerce dans de mauvaises conditions et perd beaucoup de son efficacité. Les propriélés des sucs digestifs expliquent même pourquoi un grand nombre d'individus échappent à la fièvre, tandis

(1) Voyez notamment mon Traité des fièvres palustres, p. 458-464.

que d’autres, vivant dans des condilions en apparence identiques, sont frappés sévèrement.

Chez les premiers, les sucs digestifs dont la sécrétion était normale ont eu raison des parasites introduits avec l’eau, tandis que chez les autres les allérations des voies digestives et l'activité moins grande des sucs digestifs ont permis aux parasites de pulluler et de pénétrer dans l'économie.

Bouchard et Legendre ont insisté sur la prédisposition aux maladies infectieuses et en particulier à la fièvre typhoïde qui est la conséquence des altérations des voies digestives et notamment de la dilatation de l'estomac. (Bouchard, Leçons sur les auto-intoxications dans les maladies, 1887 et Thérapeutique des maladies infectieuses, 1889, p.91.)

Le fait suivant me paraît assez probant au point de vue de l'infection par l’eau : On ne contracte presque jamais la fièvre palustre dans l’intérieur de la ville de Constan- Une, surtout à la Casbah quien est la partie la plus élevée. Pendant l'été de 1882, je reçus dans mon service plusieurs ouvriers d'administration employés à Ja manutention située dans l’intérieur de Ja Casbah; ces hommes étaient atteints de fièvre palustre pour la première fois, et ils affirmaient que depuis longtemps ils n’élaient vas sortis de Constantine. Employés au four, ils avaient eu beaucoup à souffrir de la chaleur qui, à l'extérieur, atteignait 35° à 40° à l’ombre, et qui dans la chambre allenant au four dépassait 50°; pour lutter contre la chaleur ces ouvriers buvaient six ou sept litres d’eau pure par jour en dehors des repas. On comprend que les sucs digestifs, dlués par cette grande quantité d’eau absorbée en dehors des repas, alors que la sécrétion est presque nulle, aient mal protégé l’économie.

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