CONDITIONS FAVORABLES A SON DÉVELOPPEMENT
n'ont pas les mêmes inconvénients, surtout si en même temps la température s’abaisse.
L'influence de la chaleur est mise en évidence par la distribution du paludisme à la surface du globe. L'endémie palustre inconnue dans les pays froids, augmente d'intensilé à mesure qu'on descend vers les régions équatoriales ; dans les zones tempérées et chaudes, elle ne règne que dans la saison chaude ; elle reparaît chaque année avec la même régularité que telle ou telle espèce végétale ou animale.
A Rome, les premiers cas de fièvre de nouvelle invasion s’observent tous les ans presque à Jour fixe, au commencement de juillet. (Mayer, L. Colin, Traité des fièvres intermiltentes, 1870.)
De même en Algérie; à Constantine, j'ai vu pendant irois ans de suite, les premiers cas de fièvre palustre de nouvelle invasion se produire vers la fin du mois de juin, les derniers, dans le courant de novembre ; de décembre au mois de juin suivant, je n’observais que des fièvres de rechute. De juillet à octobre les cas de fièvre se multiplient avec une rapidité qui explique et justifie l'expression d'endémo-épidémie, souvent employée par les auteurs qui ont écrit sur les fièvres d'Algérie.
Ainsi pendant l'hiver le germe du paludisme sommeille comme font les végétaux et les animaux inférieurs ; comme ces derniers, 1l a sa période hibernale et comme eux, il se réveille au commencement de l'été.
L'influence de l'altitude, qui n’est pas douteuse, s’explique en grande partie par l’abaissement de la température et aussi par ce fait que, sur les hauteurs, les eaux ayant un écoulement facile, le sol se draine naturellement. L'expérience a appris depuis longlemps aux populations
des pays palustres, cette influence heureuse de l'altitude ; les Arabes et les habitants de la campagne romaine fuient la plaine pour la montagne pendant la saison des fièvres.
L'altitude qui suffit à préserver de la fièvre est peu considérable, aussi celte donnée est-elle extrêmement précieuse pour la prophylaxie du paludisme ; j'ai noté plus haut que dans l'intérieur de la ville de Constantine on prenait très rarement la fièvre ; à cent mètres au-dessous, à proximité des portes de la ville, le paludisme règne cependant avec une intensité redoutable sur les bords du Rummel; de même à Bone; la ville haute est épargnée, tandis que, dans la ville basse, les atteintes de paludisme ne sont pas rares ; il serait facile de multiplier ces exemples. En pays palustre, les habitants des étages supérieurs d’une maison sont moins exposés que ceux du rez-dechaussée. Les germes du paludisme s'élèvent donc assez difficilement dans l'atmosphère.
Les vents quipassent sur une contrée marécageuse, peuvent entrainer cesgermes, mais non à une grande distance.
Sur les côtes les plus infectées de paludisme, les marins sont à l'abri {ant qu'ils restent dans leurs vaisseaux; l'air marin est, comme on le sait, très pur. Les poussières atmosphériques sont bien vite noyées dans la grande masse d’eau de la mer.
Conditions individuelles prédisposantes. — L'influence de l’âge et du sere est peu marquée ; siles hommes adultes payent un tribut plus lourd au paludisme que les femmes, les jeunes gens et les vieillards, cela s'explique par linfluence des professions dont nous dirons plus loin quelques mots.
Les enfants sont souvent atteints de paludisme; d'après
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de Brun ils seraient même atteints en Égypte dans une proportion plus élevée que les adultes.
Les hommes appartenant à {toutes les races sont sujets au paludisme, mais à un degré variable; la race noire, par exemple, présente une résistance bien plus grande que la race caucasique, résistance qui, toutefois, ne va pas jusqu'à l’immunité, comme le croyait Boudin. La cachexie palustre n’est pas rare chez les nègres, notamment au Gabon, à Ceylan et aux Antilles; mais des faits très nombreux montrent que quand des noirs et des blancs sont transportés dans un fover palustre, les noirs ne payent au paludisme qu'un tribut léger, tandis que les blanes sont atteints dans une proportion élevée et présentent des formes beaucoup plus graves; aussi les nègres sont-ils des auxiliaires très utiles dans les pays palustres.
Pendant la guerre du Mexique les nègres venus du Soudan ont rendu de grands services dans les Terres Chaudes, grâce à l’immunité remarquable dont ils jouissaient non seulement pour les fièvres palustres, mais aussi pour la fièvre jaune (1).
Les Indiens, les créoles ne sont pas épargnés; pendant la guerre du Mexique on avait levé aux Antilles, pour les Terres Chaudes, une compagnie de volontaires créoles qui fondit rapidement sous l'influence des fièvres palustres.
En Algérie j'ai souvent constalé le paludisme chez les indigènes, mais presque loujours sous des formes moins
(4) À consulter sur cette question : Graves, Clinique médicale. Trad. française de Jaccoud, 3° édit., t. Ier, p. 483. — Boudin, Acclimatement des races humaines (Rec. de mém. de méd. mil., 3° série, t. XIT, XIIT et XV). -— L. Laveran, article ANTAGONISME du Dictionn. encyclop. des se. méd. — Dutroulau, Traité des maladies des Européens clans les pays chauds, 2° édit. Paris, 1868, p. 147. — Corre, De l'influence de la race dans les maladies infectieuses (Gaz. hebdom., 1869).
graves, moins aiguës que chez les Européens; l’Arabe a évidemment, pour l'agent du paludisme, une tolérance plus grande que l'Européen, une accoutumance personnelle ou héréditaire.
Les professions les plus malsaines dans les pays où règne le paludisme sont celles qui mettent l’homme le plus directement et le plus souvent en rapport avec le sol. Les ouvriers employés à dessécher les marais, à curer des ports ou des fossés, les terrassiers, les jardiniers, les agriculteurs, les individus qui travaillent aux moissons fournissent au paludisme le plus grand nombre de ses victimes.
Le paludisme est surtout une maladie des campagnes, de même que la fièvre typhoïde est une maladie des villes. Dans les quartiers centraux de Rome on est à l’abri des fièvres qui sévissent avec intensité dans la campagne el jusqu'aux portes de Rome {L. Colin, op. cit.)
Toutes les causes débilitantes : fatigues, excès de toute sorte, anémie résultant de privations ou de maladies antérieures, prédisposent au paludisme.
On a remarqué depuis longtemps que les parasites se développent de préférence sur les organismes affaiblis, dont la vitalité est déjà diminuée, de même que les mousses elles lichens envahissent le tronc des arbres malades. Il semble, à dit Pasteur, que la vie repousse la vie qui veut se grefler sur elle; quand un être s’affaiblit 1l devient facilement la proie des parasites qui l’assiègent.
Les résullats des expériences faites par Charrin et Roger et par Canalis et Morpurgo pour étudier le rèle de la fatigue et du jeûne dans l’étiologie des maladies infeclieuses sont en complet accord avec les données de l’observalion.
Les rats surmenés succombent facilement au virus