CHAPITRE VI
MOYENS DE DÉFENSE DE L ORGANISME. — GUÉRISON SPONTANÉE DU PALUDISME. — ROLE DES PHAGOCYTES. —— MÉDICATION TONIQUE. — ACTION SPÉCIFIQUE DES SELS DE QUININE ; DIF- FÉRENTS MODES D ADMINISTRATION ET DOSES. —— PROPHY- LAXIE DU PALUDISME.
Lorsque des germes morbides ont réussi à s’introduire dans le sang, l'organisme humain ne se trouve pas, de ce fait, absolument désarmé, comme le serait un milieu de culture inerte dans lequel on aurait ensemencé ces germes; l’organisme continue à se défendre.
Cette loi de pathologie générale s'applique bien au paludisme. Les malades atteints de fièvre palustre ne périssaient pas tous, tant s’en faut, quand on ne connaissait pas les propriétés du quinquina; aujourd’hui encore les guérisons dites spontanées, sans l'emploi des sels de quinine, ne son! pas rares.
Dans cette lutte de l’organisme contreles hématozoaires, les leucocyles paraissent jouer un rèle important.
On sait depuis longtemps qui si on injecte dans le sang d’un animal une substance insoluble dans le sérum et finement pulvérisée, les leucocytes s'emparent rapidement de celte poussière et se chargent de l’éliminer du sang
(Ponfick, Hoffmann, Langerhans). En mélangeant de la lymphe de grenouille avec de la poussière de cinabre et en examinant au microscope, on peut voir les leucocytes s'emparer des granulations colorées et les englober, le phénomène devient plus apparent si, à l’aide de la platine chauffante, on élève la température de la préparation.
Il résulle des recherches de Metchnikoff que les leucocytes s'emparent non seulement des poussières inertes el des cadavres des microbes, mais aussi dans un grand nombre de cas, des microbes pathogènes vivants et que cette propriété des leucocytles ou phagocytose, joue un rôle très important dans l’évolution des maladies infectieuses et dans le phénomène de l’immunité. Les cellules de la pulpe splénique, les cellules des endothéliums, du tissu cononctif el de l’épithélium pulmonaire participent à cette tâche. Le nom de macrophages à été proposé par Metchnikoff pour désigner ces derniers éléments qui sont en général beaucoup plus grands que les leucocytes ou microphages (À).
Metchnikoff estime que les phagocytes sont les principaux agents de guérison dans la fièvre à rechute et dans la fièvre palustre, autrement dit, les principaux agents de destruction des parasites du sang qui sont la cause de ces deux maladies.
Dans la fièvre à rechute, les spirilles d'Obermever, qui
(4) Consulter à ce sujet : Metchnikoff, Maladies parasitaires et digestion intra-cellulaire (Revue scientifique, 1886). — Du même, Sur la lutte des cellules de l’organisime contre l'invasion des microbes (Ann. de l'institut Pasteur, 1887, p. 321). — Du même, Éfudes sur l'immunité (méme Recueil, 1889, p. 289 et 1890, p. 65 et 193). — Gamaléia, Sur la destruction des microbes dans les organismes fébricitants (méme Recueil, 1888, p. 229). — Bouchard, Thérapeulique des maladies infectieuses, 1889, p. 92-95. — Du même, Essai d'une théorie de l'infection (Congrès de Berlin, 1890).
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se trouvent en très grand nombre dans le sang au moment des accès disparaissent pendant l’apyrexie; Metchnikoff a pu éludier la maladie chez le singe, auquel on l’inocule facilement.
«Au début de l'accès quand on trouve des spirilles dans chaque goutte de sang tirée des vaisseaux périphériques, la rate en est encore complètement dépourvue.
«Dans un état plus avancé de la maladie, la quantité des spirilles dans la rate est beaucoup inférieure à celle du sang. Cet élat de choses change radicalement vers la fin de l'accès, car alors tous les spirilles sont transportés précisément dans la rate. Mais au début de l’apyrexie il n'y à qu'une fort minime quantité de microbes libres; la plupart des spirilles sont englobés par les leucocytes à noyau multiple qui abondent dans la substance de la rate. Souvent tout le contenu du microphage se trouve feutré de spirilles qui forment alors un amas informe de filaments. Jamais Je n'ai pu trouver de spirilles dans l’intérieur des macrophages, n1 dans les cellules Iymphoïdes à noyau unique qui forment les corpuseules de Malpighi.
« Dans une période plus avancée de l’apyrexie il m'était beaucoup plus difficile de retrouver les spirilles, mais j'ai pu constater leur existence dans l’intérieur des microphages de la rate encore trente-deux heures après la crise. »
En somme : « L'accès dure pendant la vie libre des spirilles dans le sang et cesse alors que ces parasites deviennent la proie des phagocytes. » (Metchnikof, Annales de l'Institut Pasteur, 1887, p. 329-330.)
« En éludiant les organes intérieurs dans deux cas mortels de fièvre malarique j'ai pu me convaincre aussi, écrit Metchnikolf (/oc. cif., p. 328) d’une action très marquée
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des phagocytes dans cette maladie. Ce sont surtout les macrophages de la rate et du foie qui englobent des quantités souvent surprenantes de parasites malariques appartenant au groupe voisin des coccidies. »
L’exposé des recherches de Metchnikoff sur le rôle des phagocytes dans la maladie parasitaire des daphnies, dans la septicémie des souris et dans le charbon m'entraînerail trop loim; je me contenterai de dire que ces travaux me paraissent tout à fait probants, quant au rôle important qui a été assigné par Metchnikoff aux phagocytes.
Wyssokowitsch (Zeusch. /. Hyqg., 1886. Analyse par Netter, in Bulletin méd., 1887, n° 12) à expérimenté sur dix-huit variétés de microbes, notamment sur les staphylocoques, les streptocoques, la bactéridie charbonneuse, le bacille de la fièvre typhoïde, le bacille virgule, le pneumocoque, le tétragène. Quelle que soit la nature des microbes injectés dans le sang d’un animal, leur nombre ne tarde pas à diminuer. S'il s’agit de microbes non pathogènes pour l’animal en expérience, on ne les trouve plus dans le sang trois heures après l'injection, si les microbes sont pathogènes, leur nombre, après avoir diminué, augmente beaucoup à mesure que les accidents se produisent.
Les microbes sont déposés dans les capillaires des organes à circulation lente : rate, foie, moelle des os, el ils sont absorbés et lentement digérés par les cellules de l’endothélium.
La résistance des microbes déposés dans la rate ou la moelle des os peut être longue. Wyssokowitsch a constaté que des spores du bacillus subtihis déposées dans la rate étaient encore vivantes au bout de trois mois; fait intéressant au point de vue de l'étude du microbisme latent.