‹ Du paludisme et de son hématozoaireChapitre 9 sur 42 · D2 DU PALUDISME · texte numérisé non relu

D2 DU PALUDISME

JU

trer que les plasmodes sont les vrais parasites du paludisme, et que les plasmodes différent beaucoup des parasites que J'ai décrits.

En 1889, Celli et Guarnieri publient, dans les Annales ilaliennes de l'agriculture, un travail qui fait évidemment suite aux mémoires précédents, bien que la signature de Marchiafava ne s’y trouve pas.

Ce travail marque une nouvelle évolution dans les opinions de Celli; les auteurs classent, ainsi qu'il suit, les éléments parasitaires du sang palustre : 1° corps amiboïdes:; 2 corps falciformes d’où ils font dériver les flagella.

Nous avons vu que, dans leurs mémoires de 1886 et 1887, Marchiafava et Celli décrivaient comme étant les parasites du paludisme de petits éléments amiboïdes, non pigmentés (plasmodes) qui, suivant eux, n'avaient rien de commun avec mes parasites; ces auteurs avaient refusé jusqu'ici d'admettre que les plasmodes n'élaient, comme je l'ai toujours soutenu, que le premier degré de développement des corps sphériques pigmentés. Aujourd'hui, Celli et Guarnieri acceptent cette filiation comme démontrée, les corps sphériques pigmentés rentrent dans la catégorie des corps amiboïdes, avec les petits éléments dénués de pigment ; dans la planche consacrée aux corps amiboïdes, 27 fois sur 30, les éléments sont représentés comme étant pigmentés.

Celli et Guarnieri reconnaissent que des vacuoles formées artificiellement sur des hématies desséchées ont été confondues plus d’une fois avec les microcoques que Marchiafava et Celli accusaient, en 188%, d’être les agents du paludisme ; ils reconnaissent enfin que les corps amiboïdes, pigmentés ou non, libres ou adhérents aux hématies, les corps en croissant et les flagella ne représentent que les

différentes phases d’un même parasite, probablement d’un sporozoaire.

Il ne restait plus à Celli et Guarnieri qu'un aveu à faire, c'est que Marchiafava avait eu grand tort de contester pendant si longtemps les faits avancés par moi et que les revendications de cet observateur au sujet des plasmodes n'avaient plus aucune base.

Au mépris de la logique et de la vérité, Celli et Guarnieri ont essayé encore de soutenir ces revendications. Ils veulent bien reconnaître que j'ai décrit le premier les corps en croissant et les flagella, mais, à les en croire, la plus grande part dans la découverte des corps amiboïdes devrait être attribuée à Marchiafava, attendu que je n'avais décrit (affirment-ils) que ceux de ces éléments qui sont libres et iminobiles. Ne pouvant pas nier que j'aie parlé de mouvements amiboïdes, Celli et Guarnieri affectent de croire que j'en ai parlé à propos des corps en croissant, ce qui est absolument faux. J’aitoujours ditque les corps en croissant étaient immobiles, et je n'ai parlé de mouvements amiboïdes qu’à propos des éléments qui sont désignés dans mes premières publications sous le nom de corps n° 2 et qui ne sont autres que les éléments amiboïdes de Celli et Guarniert.

On a pu voir (p. 19) que j'avais décrit dès 1882, non seulement les corps amiboïdes libres, mais aussi ceux de ces éléments qui adhèrent aux hématies, ces derniers élé6ments sont décrits et figurés notamment dans un mémoire présenté en 1882 à la Société médicale des hôpitaux; il suffit de jeter les veux sur la planche annexée à ce travail pour se convaincre de l’inexactitude de l’assertion de Celli et Guarnieri. Loin de méconnaître l'importance des éléments que Celli et Guarnieri désignent sous le nom de

corps amiboïdes, j'ai toujours dit que ces formes élaient celles qui se rencontraient le plus souvent dans le sang palustre ; on voit dans mon Traité des fièvres palustres que j'ai observé ces éléments 389 fois sur 432 cas.

Celli et Guarnieri disent avoir vu des corps en croissant se transformer en éléments ovalaires, puis en éléments sphériques d’où s'échappaient des flagella. J'ai souvent essayé de suivre les transformations des corps en croissant, j'ai vu ces éléments prendre au bout d’un temps variable la forme ovalaire ou la forme arrondie, mais je n'ai jamais vu les flagella s'échapper d’un élément qui, au début de l'observation, présentait la forme en croissant.

Sans contester le fait signalé par Gelli et Guarnieri, Je pense que ces auteurs se sont beaucoup trop pressés de généraliser et de conclure que les flagella dérivaient toujours des éléments en croissant. J’ai souvent observé les flagella dans du sang qui ne renfermait pas de corps en croissant et j'ai vu les flagella s'échapper d'éléments doués de mouvements amiboïdes très nets, appartenant sans conteste à la première classe des éléments décrits par Celli et Guarnieri.

Dans un mémoire sur les fièvres estivales el automnales publié en 1889, Celli et Marchiafava ont reconnu l’importance des corps en croissant qu'ils avaient contestée jusqu'alors; suivant eux, les corps en croissant ne se renconiraient que très rarement dans le sang palustre, une fois sur deux cents cas, d'après une note d'un de leurs précédents mémoires. Aujourd'hui ces auteurs constatent que les corps en croissant s'observent souvent dans le sang des malades atteints de fièvres automnales. Pietro Canalis avail déjà appelé l'attention sur ce fait, qui est d'accord avec ce que J avais dit de la fréquence de ces éléments chez

les cachecliques palustres, ou du moins chez les malades qui ont eu plusieurs rechutes de fièvre.

Dans un dernier travail sur les fièvres d'hiver (Rome, 1890), Celli et Marchiafava, discutant la question de savoir si les éléments parasitaires du sang palustre appartiennent à une même espèce ou à plusieurs espèces, concluent en disant qu'ils persistent à admettre l'existence d’un seul parasite polymorphe « hypothèse qui, écrivent-ils, à foujours été défendue par nous. » Ce mot fowjours paraîtra sans doute singulier au lecteur qui vient de lire le résumé des travaux de MM. Celli et Marchiafava; je lui laisse le soin de l’apprécier à sa juste valeur.

Si nous résumons cet historique des travaux de Marchiafava et Celli, nous voyons qu’en 1884 ces auteurs n'admettaient pas la nature parasitaire des éléments décrits par moi, et qu'ils inclinaient à croire que l'agent du paludisme élait une espèce de microcoque.

De 1885 à 1888 Marchiafava et Celli s'efforcent de démontrer que les éléments désignés par eux en 1886 sous le nom de plasmodes sont les vrais parasites du paludisme, et que ces plasmodes diffèrent beaucoup de mes parasites.

Enfin, en 1890, Cell, Marchiafava et Guarnieri admettent l'existence de tous les éléments parasitaires décrits par moi el, pour eux comme pour moi, ces éléments ne représentent que les différents états d’un même parasite qui est celui du paludisme.

Une conclusion s'impose, ce me semble, c’est que Marchiafava et Celli sont arrivés tout simplement à vérifier, en 1890, les faits que j'avais annoncés de 1880 à 1882.

Sternberg à publié en 1886 (The Medical Record, New- York, 1886) un mémoire sur les parasites du paludisme dont les conclusions viennent à l'appui de celles que nous

venons de formuler au sujet des travaux de Marchiafava et Cellr.

Sternberg avait entrepris, en 1881, à la Nouvelle-Orléans des recherches pour vérifier celles de Klebs et de Tommasi Crudeli; 1l était resté dans le doute relativement au rôle assigné par ces observateurs au bacillus malariæ: en 1884 Sternberg n'avait pas non plus, dit-il, beaucoup de confiance dans le nouveau parasite que Je venais de décrire. Sur ces entrefaites, 1l alla à Rome, 1l vit dans le laboratoire de Marchiafava les éléments parasitaires dont j'avaissignalé l’existence elil revinten Amérique convaincu que ces parasites nouveaux élaient bien ceux du paludisme ; il ne tarda pas à les retrouver lui-même dans le sang des palustres américains.

Sternberg ne met pas en doute que les plasmodes soient les mêmes éléments que ceux décrits par moi dans mes premiers {ravaux sous le nom de corps n° 2.

Golgi a publié plusieurs mémoires sur les parasites du paludisme, et il à étudié tout particulièrement les formes segmentées.

Dans un travail publié en 1886 (Archives italiennes des sciences médicales), Golgi donne les premiers résultats de ses recherches qui, faites à Pavie, ont porté principalement sur des malades attemts de fièvre quarte. Golgi annonce qu'il a retrouvé dans le sang de presque tous ses malades les corpuscules hyalins, doués de mouvements amiboïdes, qui sont décrits dans mes premiers travaux sous le nom de corps n° 2, et il reconnaît que les plasmodes de Marchiafava et Celli ne représentent que le premier degré de développement de ces éléments. Les figures jointes à ce mémoire ne laissent aucun doute sur l'identité des éléments observés à Pavie et de ceux décrits par moi:

les corps hyalins doués de mouvements amiboïdes, les corps en croissant ou ovalaires sont exactement représentés.

Golgi insiste beaucoup sur la forme en rosace. L'élément parasilaire se segmente régulièrement, tandis que les grains pigmentés se réunissent vers la partie centrale; les segments se désagrègent, prennent l'aspect de corpuscules arrondis et, devenus libres, se transforment en corps sphériques amiboïdes. Les corps en rosace représenteraient par conséquent un des modes de multiplication des éléments parasilaires.

Golgi à constaté chez la plupart de ses malades un rapport direct entre la quantité des parasites el l'intensité de la fièvre.

Des ponctions faites dans la rate aux différents stades des accès de fièvre lui ont permis de constater que la quantité de parasiles était bien plus grande dans le sang de la rate que dans le sang périphérique.

Dans un mémoire qui a paru dans les Archives italiennes des sciences médicales en 1889 et qui à pour titre: Du développement des parasites du paludisme dans la fièvre tierce, et dans un travail plus récent publié dans les Archives italiennes de biologie, À. XIV, fase. I-TE, Golgi expose les différences qui existent d’après lui entre les parasites de la tierce et ceux de la quarte. Ces différences peuvent se résumer ainsi qu'il suit :

Le parasite de la tierce accomplit son évolution en deux jours, celui de la quarte en (rois Jours.

Les corps amiboïdes de la tierce ont des mouvements beaucoup plus vifs que ceux de la quarte.

Les parasites de la tierce donnent lieu facilement et rapidement à la décoloration des hématies auxquelles ils s’altaquent, tandis que dans la fièvre quarte les hémalies

as) DU PALUDISME.

envahies par les parasites gardent, presque Jusqu'au moment où la destruction est complète, leur coloration caractéristique.

Dans la quarte, les globules du sang malades ont une tendance marquée à se rétracter, landis que dans la tierce les globules malades ont souvent des dimensions supérieures à celles des globules sains.

Dans la tierce, le protoplasma des parasites est très transparent, les contours sont peu marqués; dans la quarte le protoplasma paraît moins délicat, et les contours des parasites sont plus nets.

Dans la quarte, le pigment se présente sous la forme de grains ou de bâtonnets plus gros que dans la tierce; la teinte du pigment serait aussi un peu différente.

Enfin, et c'est Ià ce qui constitue la différence principale, la segmentation des éléments en rosace ne se fait pas de la même manière dans la lierce et dans la quarte. Dans la {ierce le nombre des corpuscules arrondis qui naissent de la segmentation des éléments pigmentés est plus grand que dans la quarte.

La figure 6, empruntée à Golgi, fait bien ressortir cette différence; le nombre des segments serait à peu près deux fois plus grand dans la ierce que dans la quarte.

Dans la quotidienne on rencontre lantôt les parasites de la tierce, tantôt ceux de la quarte, ce que Golgi explique en admettant que la quotidienne ne représente pas un type à part, mais seulement une forme compliquée de la tierce ou de la quarle, double tierce ou triple quarte. Cette hypothèse sera difficilement admise par les cliniciens, surtout par ceux qui ont exercé dans les pays chauds, où la quotidienne est de beaucoup la plus commune des intermittentes.

Les corps en croissant se rencontreraient, d’après Golgi, dans les fièvres de type irrégulier; je les ai rencontrés bien souvent pour ma part dans des fièvres intermittentes régulières.

Golgi à réussi à observer les flagella et il a constaté que ces éléments ne se montraient dans le sang qu'au

A— 1,2,3, 4 Segmentation d’un élément pigmenté dans la fièvre tierce. On voit encore le contour de l’hématie dans les figures 1 et 2. Dans la figure 4, la séparation des corpuscules provenant de la segmentation est complète.

B — 1,2, 3, 4. Segmentation d'un élément pigmenté dans un cas de fièvre quarte. Dans la figure 4, la séparation des corpuscules provenant de Ja segmentation est complète.

moment des accès fébriles et quelques heures avant ces acces.

Nous verrons plus loin qu'un certain nombre d'observaleurs italiens ont admis après Golgi l'existence de plusieurs espèces de parasites du paludisme.

Il est à remarquer que quelques-uns des auteurs qui défendent la théorie de Golgi sont beaucoup plus affirma- Ufs que lui; Golgi, tout en admettant plusieurs variétés de parasites n'a Jamais affirmé, que je sache, qu'il s’agissait de parasites appartenant à des espèces absolument distinctes, sans rapport entre elles. Il résulte même d’un

passage du dernier travail de Golgi (Archives italiennes de biologie, 1890) que cet observateur admet la possibilité du passage d'une forme de parasites à l’autre.

En 188%, Councilman et Abbot avaient mis en doute la nalure parasilaire des éléments décrits par moi; leurs recherches avaient été faites sur le cadavre, c'est-à-dire dans de très mauvaises conditions au point de vue de l'examen de parasites qui se déforment rapidement après la mort.

En 1887, dans une communication à la Société pathologique de Philadelphie, Councilman annonce qu'il à réussi à trouver des hématozoaires chez tous les palustres qu'il a eu l’occasion d'examiner (Forischritte der Medicin, 1888. n° 12; planches V et VI).

Dans une première série de recherches faites sur le sang obtenu par la piqûre du doigt, Councilman a constaté l'existence des flagella 11 fois sur 80.

Dans une deuxième série, l'examen a porté sur du sang extrait directement de la rate, et les flagella ont été trouvés 16 fois sur 21 malades. C'est [à un résullat très remarquable et qui montre bien qu'on ne saurait arguer de la rareté des flagella dans le sang périphérique, pour contester l'importance de ces éléments.

D’après Councilman, les corps en croissant et les corps ovalaires qui en dérivent ne s’observeraient que chez les malades atteints de cachexie palustre; les formes segmentées, pendant la période de frisson des accès de fièvre intermillente.

Enfin Councilman constate que l’action des sels de quinine, très nette sur les éléments amiboïdes et sur les flagella, est beaucoup moins efficacesur les corps en croissant, ce qui est conforme à ma propre observation (Traité des fièvres palustres, p. 201).

Les travaux de W. Osler sont, comme ceux de Sternberg et de Councilman, confirmalifs des miens ; comme ces derniers observateurs, W. Osler accueillit tout d’abord mes descriptions des parasites du paludisme avec un grand scepticisme, et en particulier celles des flagella; l’existence de pareils éléments dans le sang lui semblait, dit-il, invraisemblable ; 1l entreprit cependant des recherches de contrôle et il ne tarda pas à se convaincre de l'exactitude de mes descriptions (Communie. à la Soc. pathol. de Philadelphie. The British Med. Journ., 1887).

Sur 70 malades atteints des différentes formes du paludisme, W. Osler a réussi à retrouver 63 fois les hématozoaires ; les observations négatives s'expliquent d’ailleurs par ce fait, que les malades qui en sont l’objet avaient élé soumis à la médication quinique.

Dans les formes aiguës du paludisme W. Osler a rencontré surtout les petits éléments hyalins, doués de mouvements amiboïdes el souvent pigmentés qui sont désignés dans mes premiers travaux sous le nom de Corps un” 2.

Les corps en croissant ont été trouvés presque toujours chez des individus atteints de cachexie palustre ou du moins de fièvre intermittente récidivée. Les flagella ont été notés dans 7 cas (6 chroniques, 1 aigu); la forme segmentée ou en rosace dans 6 cas.

Les figures ci-jointes (fig. 7) empruntées au travail de W. Osler ne permettent pas de douter de l'identité des éléments parasitaires observés par W. Osler el par moi. |

Au point de vue de la relation des parasites avec les accès de fièvre, W. Osler est arrivé aux mêmes conclusions que moi; c'est avant les accès et à la période initiale

des accès que les éléments parasitaires se trouvent en plus grand nombre dans le sang; celte règle comporte des exceptions.

La quinine fait disparaître les éléments parasilaires, plusrapidement dans les formes aiguës que dans les formes chroniques.

Dans une deuxième communication à la Société pathologique de Philadelphie en 1887, W. Osler confirme ses

Fig. 7. — Quelques aspects des éléments parasitaires du sang palustre, d'après W. Osler.

A, B, C, hématies auxquelles sont accolés des corps sphériques pigmentés de petit volume. — D, E, corps sphériques pigmentés avec des flagella. — F,G,H, corps en croissant. — I[,K, corps ovalaires.

premières conclusions et il appelle l’attenlion sur la concordance remarquable qui existe entre les descriptions des auteurs qui onléludié les hématozoaires du paludisme dans les différentes contrées du monde.

W. Osler à noté moins souvent que Councilman l'existence des flagella, mais il n'a pas examiné le sang recueill directement par ponction dans la rate, comme l’a fait Councilman.

W. Osler à constaté que les éléments amiboïdes qui adhèrent à des hématies peuvent se détacher et devenir libres dans le sang; c’est un des arguments que j'ai fait valoir pour soutenir que ces parasites sont seulement accolés aux hématies, qu'ils dépriment d’ailleurs plus ou

moins au point d’adhérence, et non inclus dans les héma- {ies comme le veulent quelques auteurs.

Maurel, qui à fait de nombreuses recherches sur les microorganismes de l'air, de l’eau et du sol des contrées marécageuses, avait d’abord mis en doute l'existence de mes hémalozoaires, qu'il n'avait pas réussi à retrouver. A la fin de ses Recherches microscopiques sur l'étiologie du paludisme (Paris, 1887), Maurel déclare qu'ilest aujourd'hui convaincu de l'existence de ces parasites.

Dans un mémoire lu à la Sociélé de pathologie de New- York en 1888, James dit avoir constaté l’existence des hémalozoaires 34 fois sur 35 palustres examinés.

James a recherché vainement, dans le sang d’un grand nombre de malades non entachés de paludisme, des éléments parasitaires analogues à ceux des palustres; aussi insiste-t-1l sur l'importance de la recherche des hématozoaires au point de vue du diagnostic.

Cet observaleur à toujours rencontré les corps en croissant dans les formes chroniques du paludisme et les corps segmentés pendant les paroxysmes fébriles; il donne comme démontrées les propositions suivantes :

1° On trouve d’une façon constante dans le sang des palustres les éléments parasilaires qui ont été décrits sous le nom d'hématozoaires du paludisme ;

2° Les corps en croissant ne se rencontrent que dans les formes chroniques du paludisme ;

3° Les formes segmentées s'observent seulement avant el pendant les paroxysmes:

4° Sous l’action de fortes doses de quinine les éléments parasitaires disparaissent rapidement du sang à l'exception des corps en croissant.

On voit que Councilman, W. Osler el James sont

d'accord pour attribuer spécialement les corps en croissant à la cachexie palustre; en tant que règle générale, cela est conforme à mon observation, mais je pense que James en particulier à formulé cette règle d’une façon trop absolue.

Vandyke Carter a constaté aux Indes l'existence des hématozoaires dans le sang d’un grand nombre de palustres. Je regrette de n'avoir pas réussi à me procurer le travail original de Vandyke Carter.

Evans, chirurgien à l'hôpital de Mandalay, a retrouvé dans le sang des palustres les petits éléments hyalins, généralement pigmentés, qui vivent à l'état libre ou bien à l'état de parasites des hémalies (Communic. à la Société clin. de Londres, 1888).

Soulié a réussi à constater dans le sang des palustres, à Alger, la présence des parasites et notamment des corps pourvus de flagella. Au sujet de ces derniers éléments Soulié s'exprime ainsi:

«Il est impossible de ne pas êlre convaincu, lorsqu'on les a bien vus une fois, de leur existence et de leur nature vivante et parasitaire. C’est un très curieux spectacle que de contempler ces longs bras s’agilant avec tant de vigueur autour de la sphère qui les supporte, capables de tirailler et de donner toutes les formes à un ou plusieurs globules situés dans le voisinage. Quelquefois un des flagella se délache et poursuit sa marche en {ire-bouchon dans le sérum, écartant les globules qu'il trouve sur son passage; 11 revêt la forme d’un spirille ou: d’un spirochæte. Au bout de quelques heures, à la température de 15° à 20° C., les mouvements se ralentissent et finissent par cesser. De même que les corpuscules en croissant, ils se colorent mal sous l’action des couleurs d’aniline, »

(Comptes rendus de la Société de biologie, 1888, p. 168).

Soulié ajoute, 1l est vrai, que l'examen du sang a élé souvent négatif.

Il est difficile de s'entendre sur la portée de ces mots: examen négatif, quand il s’agit des parasites du paludisme. Le résultat de l’examen dépend, pour une grande part, de l'habitude qu’on a de cette recherche, et du temps qu'on y consacre. Il m'est arrivé bien souvent de trouver des éléments parasitaires, et parfois en grand nombre, dans des préparations de sang dont l'examen m'avait été signalé comme négatif.

Les hémalozoaires se dissimulent facilement au milieu des hématies, surtout au début de l'examen des préparations, lorsque les hématies sont empilées ; 1l est donc nécessaire que l'examen soit prolongé et qu'on y revienne à plusieurs reprises.

IL faut tenir grand compte aussi de l’état du malade et du traitement qu'il a suivi. Nous avons vu que c'était un peu avant les accès et au début de ces accès qu'on avait le plus de chances de rencontrer les parasites du paludisme dans le sang périphérique.

Dans un nouveau travail (Bulletin méd. de l'Algérie, 1° avril 1890), Soulié dit que sur trente malades atteints de paludisme examinés par lui, pendant les mois d'octobre et de novembre 1889, les hémalozoaires ont été trouvés quatorze fois et 1l ajoute que beaucoup de malades n'ont élé examinés qu'une seule fois, après un traitement par les sels de quinine, ce qui explique le nombre encore assez élevé des cas dans lesquels l'examen du sang a été négatif.

En Russie, Metchnikoff, Sacharoff et Bartoschewitsch ont réussi à retrouver les hématozoaires du paludisme; de plus, Danilewsky et Metchnikoff ont signalé l'existence

LAVERAN. J

de parasites analogues dans le sang de différents animaux et spécialement de certains oiseaux ; nous reviendrons sur cette queslion dans le chapitre suivant.

Sacharoff a constaté l'existence des hématozoaires chez presque tous les palustres qu'il a examinés. Il décrit les cinq formes suivantes (Communic. à la Société de médecine de Tifls) :

1° Corpuscules arrondis ou de forme irrégulière à contours peu accentués, doués de mouvements amiboïdes, inclus dans des hématies ; le contour seul de ces éléments se colore par la solution concentrée de bleu de méthylène;

2° Mêmes éléments renfermant, dans les formes pernicieuses surtout, de nombreux grains de pigment; le bleu de méthylène colore ces éléments dans leur lolalité;

3° Mêmes corpuscules libres dans le sang, pigmentés, présentant quelquefois la segmentation en rosace; les corpuscules résultant de la segmentation peuvent s’introduire dans les hématies et donner naissance aux formes n° 1:

4° Forme en croissant ou ovalaire, pigmentée; Sacharoff note, lui aussi, que cette forme est particulièrement fréquente dans la cachexie palustre et qu'elle résiste plus que les autres à la médicalion quinique ;

5° Hématozoaires avec des flagella animés de mouvements énergiques.

En 1889, Sacharoff a publié sous ce titre : /e Paludisme sur le chemin de fer de Transcaucasie, un opuscule en langue russe qui est intéressant, surtout à cause des photographies microscopiques jointes au texte. Plusieurs de ces photographies représentent exactement les corps en croissant et même les corps sphériques adhérents aux hématies.

La thèse de Khenzinskv intitulée : Contributions à l'étude

des microorganismes du paludisme (Odessa, 1889), mérile d'être signalée dans cet historique; une planche représentant différents aspects des hématozoaires du paludisme est jointe à ce travail.

Enrique Morado et Tomas Coronado ont retrouvé à la Havane l’hématozoaire du paludisme avec ses différentes formes : corps en croissant, corps sphériques et flagella. (Cronica medico-quirurgica de la Habana, octobre 1889.)

Dans un travail, publié en 1890 dans le même journal. Tomäs Coronado étudie d’abord les altérations qui se produisent dans le sang normal après sa sortie des vaisseaux, altérations qui, dit-1l, sont très marquées à la Havane en raison de la température élevée de l'atmosphère, etil montre très bien que ces altérations ne peuvent pas être confondues avec celles qui sont produites par la présence des hématozoaires. T. Coronado décrit ensuite l’'hématozoaire du paludisme.

Sur 71 malades atteints de fièvre palustre qui ont été examinés par lui, les corps sphériques ont été rencontrés 36 fois, les corps en croissant 29 fois, les flagella 11 fois, ces derniers toujours associés aux corps sphériques.

T. Coronado signale des corpuscules mobiles, libres dans le sérum, qui seraient des formes embryonnaires des hémalozoaires. La nature parasitaire de ces corpuscules ne paraît pas bien élablie. Des corpuscules mobiles analogues à ceux décrits par Coronado se montrent souvent dans le sang des malades alteints d’affections étrangères au paludisme ou même d'individus sains (V. ch. im).

T. Coronado conclut de ses recherches qu’il n'existe pas plusieurs espèces d’hémalozoaires donnant lieu aux différentes variétés cliniques du paludisme, mais un seul hématozoaire polymorphe.

L'hémalozoaire du paludisme aurait été retrouvé également à l'ile Maurice par Élie Anderson et à Hong-Kong par J.-M. Atkinson.

Pietro Canalis a publié, depuis 1889, plusieurs travaux intéressants sur les hématozoaires du paludisme.

Sur 63 palustres examinés avec grand soin et à des intervalles souvent très rapprochés à l’hôpital militaire de Rome, les hématozoaires du paludisme ont été rencontrés dans tous les cas et Jamais 1ls ne se sont montrés dans le sang des individus atteints d’affections étrangères au paludisme.

P. Canalis admet avec Golgi que les parasites du paludisme présentent une évolution différente dans la tierce et dans la quarte; il cherche, en outre, à démontrer qu'il exisle une troisième variété à laquelle il donne le nom de variété des corps semi-lunaires, de Ia forme la plus caractéristique de l’évolution de ces parasites. Cette dernière variété se rencontrerait dans les fièvres quotidiennes à accès prolongés ou subintrants, dans les continues palustres pouvant produire rapidement la cachexie, dans certaines fièvres pernicieuses, dans les fièvres irrégulières.

D’après P. Canalis, le cycle de développement de cette troisième variété peut se diviser en quatre phases : corps amiboïdes, corps semi-lunaires ou ovoïdes, corps arrondis et flagella, corps segmentés. Les corps semi-lunaires se développent dans Les hémalies aux dépens des corps amiboïdes; ils se transforment en corps ovalaires puis en corps sphériques d'où émergent les flagella. Les formes semi-lunaires ne se présentent ordinairement dans le sang qu'après des accès répétés, du 15° au 30° jour après le premier accès. Une seule fois, P. Canalis a trouvé ces éléments dans le sang au 7° Jour de la maladie.

Parmi ces phases d'évolution, il n’y en a qu'une de caractéristique : les corps en croissant. P. Canalis avoue qu'à la première phase {corps amiboïdes) la troisième variété qu’il cherche à faire admettre ne se distingue pas des deux autres; les flagella ne sont pas non plus particuliers à cette variété; enfin, l’auteur qui admet que les corps en croissant, après s'être transformés en corps sphériques peuvent subir la segmentation ou sporulation, ne dit pas en quoi cette segmentation diffère de celle qu'on observe dans la tierce et la quarte.

Il est à noter que P. Canalis n’a pas vu se produire cette segmentation pendant le cours d’une observation microscopique et que c’est par induclion qu'il a été conduit à admettre.

Restent les corps en croissant, qui assurément sont très caractéristiques. Ces corps se rencontrent-ils toujours dans certaines formes cliniques du paludisme à l'exclusion des autres? C’est [à une question que nous examinerons plus loin.

Feletti el Grassi (Sur les parasites du paludisme, Calane, 1889 et /i/orma medica, mars 1890), ont réussi à retrouver à Calane les hématozoaires du paludisme, et ils n'hésitent pas à reconnaître que les éléments décrits par moi sont bien des parasites; fait d'autant plus intéressant que le professeur Grassi s'était montré d'abord peu favorable à celle manière de voir. Feletli et Grassi, en modifiant les méthodes de recherches employées Jusqu'ici, disent avoir constaté l'existence d’un noyau dans l’intérieur des corps sphériques; ils proposent de donner aux plus petits de ces corps le nom d'amibules el celui d'amibes aux autres. Le noyau des corps amiboïdes est volumineux et le plus souvent excentrique, il ressemble à celui qu’on trouve dans

ai DU PALUDISME.

beaucoup de rhizopodes. Dans le noyau se trouve un nucléole. Feletti et Grassi n'indiquent pas les nouvelles méthodes d'observation qu'ils ont employées.

Les corps semi-lunaires contiendraient également un noyau avec un nucléole.

D'après Feletti et Grassi, il faudrait distinguer au moins deux espèces d'hématozoaires du paludisme : la première donnant lieu aux fièvres régulières et la deuxième aux fièvres irrégulières. Les parasites des fièvres irrégulières seraient caractérisés surtout par la forme en croissant, comme l'avaient déjà dit Golgi et Pietro Canalis. Feletli et Grassi auraient noté, dans tous les cas de fièvre étudiés à Calane depuis le mois de septembre 1889, une différence très nette entre ces deux espèces de parasites; Jamais les corps en croissant n'auraient été rencontrés par eux dans la tierce, ni dans la quarte.

Feletti et Grassi ont dû voir à Catane, comme on le voit partout, des fièvres qui changent de type et qui, après avoir été continues ou quotidiennes prennent le type quarte; 1l faudrait admettre que, dans ces cas, qui sont très fréquents, les deux variétés de parasites coexistent dans le sang.

Au dire de ces auteurs les flagella ne représenteraient qu'une phase d’altération des hématozoaires. Felelti et Grassi reconnaissent cependant qu'on peut constater l'existence des flagella dans le sang de certains malades quelques instants seulement après que le sang est sorti des vaisseaux.

Les recherches de E. Antolisei et Angelini sont, sur la plupart des points, confirmatives de celles de Golgi et de Pietro Canalis (/1forma medica, janvier 1890 et Archvio italiano di clinica medica, 1890).

L'hématozoawre de la quarte est, d'après ces observateurs, le mieux caractérisé des parasites du paludisme, celui dont l’évolution est la plus régulière et par suite Le plus facile à étudier.

Le premier jour de l’apyrexie on trouve dans le sang des malades atteints de fièvre quarte des corps sphériques pigmentés; le deuxième jour ces éléments devenus plus grands se rencontrent dans les hémalies, ou libres dans le plasma, mais les éléments libres sont plus rares que dans la üierce.

Le jour de l'accès, des formes segmentées se montrent dans le sang, six, huit, ou dix heures avant le début de Faces: ;

Pendant l'accès fébrile l'examen du sang révèle surtout des corps amiboïdes sans pigment, les corps segmentés deviennent de plus en plus rares; Antolisei n’a pas constaté la transformalion en corps amiboïdes des spores provenant de la segmentation.

La sporulation serait la cause déterminante de l'accès de fièvre qui, d'après Antolisei, est d'autant plus fort que les formes en voie de segmentation sont plus nombreuses.

Dans aucun cas de fièvre quarte, Antolisei n’a rencontré les corps en croissant, mi les flagella.

S'il existe dans le sang deux générations de parasites dont l’une est plus vieille d’un jour que l’autre, on à une double quarte ; trois générations peuvent produire une triple quarte, c'est-à-dire une fièvre ayant les apparences d’une quotidienne, mais il est rare, d'après Antolisei, que la quotidienne soit due à cette transformalion de la quarte.

Dans certaines fièvres subcontinues on pourrait rencontrer les mêmes éléments parasilaires que dans la quarle.

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Les formes parasilaires que l’on rencontre dans le sang des malades atteints de fièvre tierce sont complexes et bien plus difficiles à interpréter, d’après Antolisei, que dans la quarte. Dans beaucoup de cas, écrit cet auteur, on a trouvé des éléments qu’on ne prévoyait pas et qui ne semblaient pas être en rapport avec le cycle fébrile où se faisait l’observalion ; dans un certain nombre de cas de tierce 1l a élé impossible, malgré des examens répétés du sang, de trouver des corps segmentés.

Dans les heures qui suivent un accès de fièvre Herce on observe en général des corps amiboïdes, avec ou sans pigment, libres ou inclus dans les hémalies. Dans le jour d’apyrexie les corps pigmentés se montrent de plus en plus grands et nombreux. C’est huit à dix heures avant l'accès que ces éléments s’observent en plus grand nombre dans le sang.

Les flagella ont été rencontrés souvent dans le sang des malades atteints de fièvre tierce.

Dans les corps segmentés de la tierce le nombre des spores est plus grand que dans ceux de la quarte ainsi que Golgi l'avait indiqué.

Antolisei admet que la plupart des fièvres quotidiennes sont produites par les hématozoaires de la tierce, mais il ne croit pas qu'on puisse conclure, de l’observation des faits, à l’existence de deux générations de parasiles qui viendraient à maturation à vingt-quatre heures d'intervalle.

Les principaux caractères des hématozoaires des fièvres irrégulières seraient les suivants : au début de l'infection provoquée par cette variété de parasites on ne trouve souvent dans le sang, au moins dans le sang périphérique, que des corps amiboïdes; au bout d’un temps variable

apparaissent les corps en croissant; on ne peut pas toujours attendre l’apparition de ces éléments; la fièvre devenant menaçante, on est obligé de donner des sels de quinine. Les malades peuvent avoir plusieurs rechutes de lièvre sans qu’on voie apparaître les corps en croissant qui finissent cependant par se montrer et qui caractérisent seuls cette variété de parasites (Antoliser et Angelini).

Lorsqu'on n’observe dans le sang que des corps amiboïdes il est impossible de dire s'il s’agit d’une tierce, d'une quarte ou d’une fièvre irrégulière.

Les corps en croissant proviennent des corps amiboïdes ; la sporulation se fait comme pour les autres variétés par des corpuscules arrondis (P. Canalis). De ces spores proviennent les amibes qui recommencent une génération de parasites.

Les amibes à un certain point de leur développement, au lieu de suivre l’évolulion commune aux aulres formes voisines et de se reproduire avec la forme arrondie, prennent la forme semi-lunaire. Il n’y a pas d'observation directe qui montre le passage d’une amibe avec ou sans pigment à la forme semi-lunaire, mais on à de nombreuses raisons de croire que les choses se passent ainsi (Antoliset et Angelini).

Les corps semi-lunaires prennent la forme ovalaire, puis la forme arrondie et de cetle forme arrondie s’échappent souvent des flagella, Antoliset et Angelini n'ont pas vu les tlagella devenir libres.

Les autres processus qu'on rencontre dans les formes semi-lunaires sont :

1° Le bourgeonnement, qui pourrait se produire sur Îles formes en croissant, les formes ovalaires ou rondes;

2° La désagrégation (mort); le proloplasma est réduit

en fragments irréguliers, hyalins, à simple contour; 3° La sporulation. Elle se fait comme dans la quarte. Le pigment s'accumule au centre; bientôl le corps sphérique se segmente et donne naissance à des corpuscules arrondis à double contour au nombre de 8, 10, 12.

Ces corps en voie de sporulalion ne sont pas très communs dans le sang périphérique, les organes internes seraient leur siège de prédilection.

Lorsque le sang d'un malade atteint de fièvre palustre irrégulière ne montre que des corps sphériques, on peut êlre sûr qu'au bout d’un temps variable on trouvera chez ce même malade, lors d'une rechute, les corps en croissant. (Antolisei et Angelini.)

La quinine fait disparaître du sang les corps amiboïdes, mais non les corps en croissant qui persistent pendant un temps variable.

Les flagella ne représenteraient pas une phase nécessaire des corps en croissant, mais seulement une phase accidentelle.

Dans un autre travail (/f/orma medica, avril 1890), Antolisei écrit à propos de la variété d'hématozoaires caraclérisée par les corps en croissant : « La biologie et la morphologie de cet être varient avec l'intensité de l’infection qu'il provoque, avec la saison dans laquelle l'infection a lieu et avec les condilions individuelles des malades qui en sont atteints. »

Les caractères différentiels attribués par Antolisei et Angelini aux {rois espèces d'hématozoaires qu'ils admettent, manquent, comme on voit, de précision.

C. Terni et G. Giardina (vista d'igiene e sanita pubblica, 16 mai 1890) ont examiné le sang de quatre-vingt-cinq malades à l'hôpital militaire de Rome pendant les mois

d'octobre, novembre et décembre 1889. Dans la plupart des fièvres irrégulières et des cachexies palustres ces observateurs ont trouvé les corps en croissant, ce qui viendrait à l’appui des idées émises par Golgi et Pietro Canalis.

Terni et Giardina ont observé les flagella vingt-cinq fois sur quatre-vingt-cinq cas; ilsontconstaté, comme je l'avais fail, que les flagella se trouvent de préférence dans le sang chez les individus en imminence d'accès et qu'ils sont toujours associés aux corps sphériques.

A. Bignami a étudié la répartition des éléments parasilaires dans les différents organes des sujets morts d'accès pernicieux (A ccad. med. di Roma, Anno À VI, {. V, sér. 2); il est arrivé aux conclusions suivantes : les parasites se trouvent toujours en beaucoup plus grand nombre dans les artérioles et dans les capillaires que dans les vaisseaux de moyen ou de gros calibre. Les formes adultes des parasites et les corps en voie de segmentation ont une grande tendance à s'accumuler dans quelques réseaux capillaires, spécialement dans ceux du cerveau, des poumons, de la rate, de la moelle des os, du foie, de l'intestin; dans quelques cas de fièvre pernicieuse avec accidents cholériformes le réseau capillaire de l'intestin était plus riche en parasites que tous les autres organes. Les corps en croissant et ovalaires sont plus abondants dans la rate et dans la moelle des os que partout ailleurs.

Les parasites s'accumulent là où la circulation est difficile, comme dans les capillaires cérébraux et ils déterminent, d'après Bignami, des lésions endothéliales qui con- Lribuent encore à augmenter la gêne de la circulation. Dans les veines, les parasites (formes amiboïdes) sont souvent accolés à la paroi comme les leucocytes.

La perniciosité, comme le fait remarquer justement Bignami, coïncide toujours avec une abondance très grande de parasites, mais ces parasiles, quoique en nombre très grand dans les viscères, peuvent se montrer assez rares dans le sang oblenu par la piqûre du doigt.

La recherche des parasiles du paludisme sur le cadavre est difficile, attendu que ces parasites se déforment rapidement et se confondent avec les leucocytes mélanifères; cette confusion a été faite par tous les auteurs qui, avant moi, ont étudié les lésions anatomiques du paludisme. Bignami a pratiqué ses autopsies quelques heures seulement après la mort, ce qui explique qu'il ait pu retrouver encore les parasites avec leur aspect caractéristique.

Pour l'étude des hématozoaires dans les tissus pris sur le cadavre, À. Bignami recommande :

1° Comme moyen de fixation : l'alcool absolu et Ia soluton de sublimé à 1 p. 100 à laquelle il ajoute 0,75 p. 100 de chlorure de sodium et 0,50 à 1 p. 100 d'acide acétique ; les pièces restent dans ce liquide un quart d'heure à quelques heures, suivant leur volume.

2° Pour la coloration des coupes : la solution aqueuse de safranine, la solution de bleu de méthylène avec 1 p. 10000 de potasse, la vésuvine en solulion aqueuse, le brun de Bismarck et le rouge Magenta de Grubler. Ces deux dernières substances colorantes sont celles qui ont donné les meilleurs résultats.

Les auteurs allemands avaient accueilli tout d’abord avec beaucoup de faveur le bacillus malariæ de Klebs ct Tommasi Crudeli au détriment de mes hématozoaires; les {ravaux récents de Paltauf, de Kahler, de Plehn, de Bamberger, de Quincke, sont confirmalifs des miens.

Paltauf a retrouvé dix fois sur dix les hématozoaires du

paludisme et Kahler cinq fois sur cinq (Société de médecine de Vienne, 20 décembre

Bamberger a constaté la présence de ces parasites chez tous les palustres qu’il a examinés et jamais il n'a rencontré d'organismes semblables chez les individus atteints de maladies étrangères au paludisme {Société de médecine de Vienne, 2 mai 1890).

Plehn (Société de médecine de Berlin, 5 mars 1890) a observé les hématozoaires du paludisme dans le sang de plusieurs malades qui avaient contracté la fièvre intermittente en Allemagne, el notamment dans le sang d'un ouvrier qui avait pris la fièvre aux environs de Potsdam. Plehn, qui a constaté que ces hématozoaires ne se renconlraient Jamais en dehors du paludisme et qu'ils disparaissaient sous l'influence dela médicalion quinique, ne met pas en doute qu'ils soient les agents pathogènes du paludisme.

Quincke (Kiel, 1890) à eu l’occasion d'examiner huit malades atteints de fièvre palusire; six de ces malades avaient travaillé au creusement du canal de la mer du Nord à la Baltique, les deux autres venaient de la région inférieure de l’Elbe et de Kiel. Dans un cas seulement la fièvre était quotidienne, dans les autres cas elle avait le type tierce. Chez ces huit malades, l'examen du sang a révélé l'existence des hémalozoaires du paludisme.

Quincke n'a pas constaté les rapports constants qui existeraient d’après Golgi entre la nature des éléments parasitaires du sang et le type fébrile. Il fait remarquer qu'on observe souvent dans le sang des palustres des altérations pseudo-vacuolaires des hématies qui n’ont rien à voir avec les parasites du paludisme et qui se montrent d’ailleurs dans un grand nombre de maladies et même dans le sang des individus sains.

Les travaux de Plehn et de Quincke sont intéressants, bien qu’ils ne soient basés que sur un petit nombre de faits, il était ulile de constater que la fièvre intermittente prise aux environs de Potsdam ou de Kiel s'accompagne de la présence dans le sang des mêmes parasites que les fièvres d'Algérie et des pays chauds.

Pfeiffer a retrouvé également les hématozoaires du paludisme (/es Protozoaires pathogènes, léna, 1890).

Aux nombreux travaux résumés ci-dessus qui, tous, à part quelques divergences sur des points secondaires, confirment les miens, on n’en peut opposer qu'un très petit nombre dont les conclusions soient différentes.

A l'appui de l’opinion émise par Klebs et Tommasi Crudeli sur l'existence d’un bacillus inalariæ, un seul travail à été publié depuis 1882, celui de Schiavuzzr.

Le 4 avril 1886, Tommasi Crudeli annonçait à l’Académie de médecine de Rome que B. Schiavuzzi avait réussi à obtenir des cultures pures d’un bacille recueilli dans l’air des marécages qui avoisinent Pola en Istrie, et que ce bacille élait identique à celui qui avait été précédemment décrit par Klebs et par lui-même.

Une nouvelle communication était faite à ce sujet à l'Académie de médecine de Rome dans la séance du > décembre 1886; enfin le professeur Ferdinand Cohn, qui avait suivi à Pola les recherches de Schiavuzzi, publiait le résultat de ces recherches en 1888, dans son Journal (Beiträge zur Biologie des Pflanzen, 1888).

Le bacille isolé par Schiavuzzi se présente dans le sol des régions palustres sous la forme de spores ovalaires, mobiles, réfractant fortement la lumière ; dans le corps des animaux inoculés et dans les liquides de culture, 1l

se développerait en longs filaments d’abord homogènes, puis segmentés transversalement.

À l’appui de l’asserlion que ce bacille est l’agent du paludisme, on est quelque peu étonné de ne trouver dans le mémoire de Schiavuzzi que quatre expériences faites sur des lapins qui ont été inoculés avec le liquide de culture du bacille de Pola. Encore ces expériences sontelles très peu probantes. Les {racés thermométriques des lapins inoculés par Schiavuzzi diffèrent très peu de ceux des lapins à l’état sain; la température des animaux, et celle du lapin en particulier, subit des variations nycthémérales; par suite, les oscillations de quelques dixièmes de degré ne peuvent pas être considérées comme imdiquant un état pathologique. Dans une des observations, une ascension assez forte, qui d’ailleurs ne s’est pas reproduite, s'explique par des accidents locaux au niveau de la piqûre d’inoculation. Comme le dit Golgi, il à fallu une bonne volonté extraordinaire à Schiavuzzi, Tommasi Crudeli et F. Cohn, pour voir dans ces faits des exemples authentiques de fièvre intermittente chez le lapin (Golgi, Intorno al preteso bacillus malariæ di Klebs, Tommast Crudeli e Schiavuzzi. Torino, 1889).

Les alléralions cadavériques trouvées chez les lapins en expérience ne sont pas plus caractéristiques que les tracés thermométriques.

Ce travail, loin de fortifier les opinions défendues par Klebs et Tommasi Crudeli, montre, au contraire, combien sont fragiles les bases de la croyance au bacillus malariæ.

C. Golgi a cherché à vérifier les assertions de Schiavuzzi el il à fail des expériences sur des lapins avec les cultures de ce bacille préparées par Schiavuzzi lui-même.

Il résulte de ces expériences que l'injection du bacille

de Schiavuzzi n’a jamais déterminé chez les Japins Ja fièvre intermittente; c'est à peine st, à la suite des inoculations, on observe une légère élévation de température qui ne se reproduit pas les jours suivants et qui a été notée également à la suite de l'inoculation de cultures de microbes non pathogènes.

Golgi a examiné avec soin le sang des lapins inoculés avec la culture du bacille de Schiavuzzi. Cet examen ne lui a révélé que quelques-unes de ces altéralions banales des hématies qui se produisent même dans le sang normal après sa sortie des vaisseaux ; Jamais 1l n’a rencontré aucun élément semblable aux éléments parasitaires des palustres.

La conclusion de Golgi est que le bacille de Klebs, de Tommasi Crudeli et de Schiavuzzi n’a rien à faire avec le paludisme.

Un autre auteur italien résumait ainsi qu'il suit, dès 1887, dans une revue sur les parasites du paludisme, l'histoire du bacille décrit par Klebs et Tommasi Crudeli : « Depuis le moment où 1l à été découvert, le bacillus malariæ à ëété toujours en perdant du terrain au point qu'aujourd'hui 1l est presque complètement abandonné. » (U. Arcangeli, Aivista clinica, n° 1, 1887.)

La place du hacillus malariæ paraît marquée à la suite des prétendus parasites du paludisme qui n’ont plus qu'un intérêt historique.

En 1886, Von Sehlen à publié sur l’étiologie du paludisme un travail dans lequel il annonce qu'il à trouvé dans le sang des malades atleints de fièvre intermittente, examiné pendant le frisson, des microcoques de 1 v de diamètre environ. En cullivant sur la gélose le sang recueilli chez ces malades, cet observateur aurait obtenu

des colonies de microcoques, tandis que les cultures faites avec le sang recueilli pendant lapyrexie ne donnaient rien. La terre des localités marécageuses aurait fourni des colonies de microcoques semblables à celles du sang palustre (Sehlen, Ueber die Ætiologie der Malaria. Arch. de Virchow, 1886, n° de mai, p. 319).

Les tentatives faites par différents observateurs pour reproduire ces expériences n'ont donné que des résultats négatifs. Le sang palustre ne renferme pas de microcoques; ce nom ne saurait convenir aux formes embryonnaires des hématozoaires du paludisme ; les plus petits de ces éléments se rapprochent à vrai dire par leurs dimensions des microcoques décrits par Sehlen, et on pourrait supposer que cet observateur à vu ces formes embryonnaires et qu'il les a prises pour des microcoques, n’était la question de cullure.

Jusqu'ici les essais de culture qui ont été faits avec les hématozoaires du paludisme n’ont fourni que des résultats négatifs; J'ai fait pour ma part, sans le moindre succès, de nombreuses tentatives dans ce sens {chap. 1, p. 42) et d’autres observateurs n'ont pas été plus heureux que moi.

Schwalb, (Réunion des médecins allemands à Magdebourg, septembre 188% et Virchow’s Arch., septembre 1886, p. 486) avant réussi à provoquer chez des lapins des lésions analogues à celles de la mélanémie palustre en donnant à ces animaux des doses répétées de sulfure ou d'oxysulfure de carbone, en a conclu que le paludisme était un empoisonnement par l'oxysulfure de carbone.

Je signale celte théorie chimique du paludisme pour être complet, mais Je crois inutile de m’arrêter à la discuter ; la fièvre intermittente n’a pas été signalée, que je sache, chez les ouvriers qui sont exposés aux vapeurs

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de sulfure de carbone, et l'existence de l’oxysulfure de carbone dans les pays où règne le paludisme reste à démontrer.

L'hémalozoaire du paludisme est d’une observation assez difficile, surtout dans nos climats, chez des sujets déjà en traitement, et lorsqu'on n’est pas encore familiarisé avec ses différents aspects ; 11 n'y a donc pas lieu de s'étonner si des recherches entreprises dans ces condiions ont été quelquefois négatives. Bon nombre d’observaleurs, après avoir nié d’abord lexistence de l’hémalozoaire du paludisme sont devenus, à la suite de nouvelles recherches, des partisans convaincus de ce parasite.

Je crois pouvoir conclure de cette revue des travaux postérieurs aux miens que l’existence des parasites décrits par moi dans le sang palustre est aujourd’hui bien établie. Ces parasites ont été retrouvés sur les points les plus éloignés du globe, et, comme l’a fait remarquer W. Osler, il y a une concordance remarquable entre les descriptions qui en ontélé données en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique.

Comment faut-il classer ces nouveaux parasites? Sont-ce bien les agents pathogènes du paludisme? Ces questions seront examinées dans les chapitres suivants.

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