‹ Du panarisChapitre 17 sur 18 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observation F*.

’:"anaris sous-épidermique au pouce de la main gauche. — Lymphangite, — Phlegmon de l’avant-bras. — Mort.

ILe nommé Henri-Auguste-Désiré, âgé de 35 ans, menuisier, entra à Hôpital de la Charité, service de M. le professeur Gosselin, salle Sainteitierge, n° 30, le 22 décembre 1869. Le malade raconte qu’il y a sept turs environ, en saisissant une pièce de bois, il s’est piqué avec un |orceau de bois quia pénétré perpendiculairement dans la face palmaire ùj pouce gauche au niveau du sillon inlerarliculaire phalango-phalangiluen. Aucun corps étranger n’est resté dans la plaie qui n’a presque pas l'Dtiné d’écoulemt^nt de sang. Vers le soir du deuxième jour, il éprouva linéiques picotements au niveau du point où il s’était blessé; mais il t'en continua pas moins à travailler; le sommeil et l’appétit étaient enore bons.

Le 16 décembre. — Douleur vive, élancement douloureux, gonflement U pouce s’étendant rapidement à la face dorsale de la main et de l’avantras; la tuméfaction était surtout prononcée vers le bord externe de avant-bras. Trait. — Cataplasmes. Peu à peu est survenu un appareil îbrile caractérisé par de l’insomnie et une diminution sensible de l’ap ét. Les parties, envahies par le gonflement, sont devenues rouges et ouloureuses : impossibilité de travailler; entrée à l’hôpital le 22 déen)bre.

Etat ac'ue.l. — Tuméfaction prononcée du pouce en entier, de toute la nain et de l’avant-bras, mais les autres doigts paraissent encore inlemnes de tout travail phlegmasique, élancement douloureux dans le )Ouce, mais aucunement dans la main ni l’avant-bras; en ces points, il lemble n’exister qu’une sorte de gêne produite par le gonflement des issus.

Trait. — Cataplasmes émollients. 2 portions.

Le 24. — Fluctuation très-sensible le long du bord externe de l’avant- )ras et à la région palmaire de la main. Deux incisions : l’une sur le bord ixlerne de l’avant-bras au-dessus dé l’articulation du poignet, et l’autre lu-dessous’ Cetie dernière a donné lieu à un grand écoulement de pus languinolent. Cetie ponction a été suivie d’un grand soulagement. Trait. - Cataplasmes laudanisés, mèches de charpie pour tenir les incisions

béantes; le bras est placé sur un coussin dans un plan plus élevé que celui du corps. 2 portions.

La 25. - Le malade a dormi un peu, il souffre moins, écoulement d^ pus en pressant au voisinage des incisions. Trait- — Idem.

Le 28. — Le malade est abattu, agité ; la tuméfaction de l’avanl-bras at diminué, mais elle s’accentue davantage à la racine du pouce, une inci-< sion au niveau de la tabatière anatomique.

Le 3 janvier. — Diminution considérable du gonflement de l’avanl-bras et de la main, les trois incisions ne donnent presque plus d’écoulement de| P pus; mais, à la face externe du pouce, au niveau de l’articulation plia lango-phalanginienne, il s’est formé une ouverture spontanée qui fournitd pus ; les parties voisines sont le siège d’une demi-fluctuation. La peau du bras et de l’avant-bras est d’une couleur jaune-paille, un peu flétrie. Leî| derme du creux palmaire est blanc, très-ratatiné et légèrement décollé au niveau de l’éminence tbénar. Le malade a assez bon appétit, il dort une partie de la nuit, mais d’un sommeil agité.

6 janvier. — La suppuration se tarit de plus en plus; les parties pri mitivement œdématiées de l’avant-bras sont envahies par unedesqua-i mation légèrement furfuracée. Néanmoins le malade a un faciès qui exprime la souffrance et l’abattement, l’appétit est modéré.

Trait. — Lotions avec l’acide phénique étendu; cataplasmes. 3 portions.

Le 10. — Mort presque inattendue. A Tautopsie on a constaté les signes manifestes d’une infection purulente avec abcès métastatique dans les poumons et l’articulation du coude.

Observation IL

Panaris sous-cutané, compliqué delà main; incisions multiples. — Guérison.

Le l«r avril 1868, le nommé Ferby, âgé de 29 ans, garçon d’bôtel, né à Saint-Thomas (Savoie), entre à l’bôpital des Cliniques pour un panaris phlegmoneux de l’index de la main droite. C’est un jeune homme d’une bonne santé, sans antécédents scrofuleux ni aucune prédisposition à la diathèse furonculeuse.

Il y a douze jours environ, en mettant des bûches au feu, il s’est piqué avec une écharde qui a pémétré au-dessous de l’ongle de l’index droit; le fragment de boisa été enlevé; la piqûre a saigné très-peu Quatre jours après, il commence à éprouver, dans la pulpe de la dernière phalange, quelques fourmillements qui se prolongeaient suivant le trajet du nerf médian jusqu’à l’aisselle, où il s’est manifesté en môme temps un engorgement gauglionnaiie qui a coïncidé avec le développement du panaris que nous allons décrire.

État actuel. — Le doigt indicateur est enOé dans toute son étendue; il '■St rouge, œdématié, aussi bien à la face dorsale qu’à la face palmaire, ihaleur très-i)roiioncée dans toute la partie malade et surtout dans la dei’i. ièi'C phalange. Un point très-üuctuaul et ti’ès-douloureux au niveau de ■ espace interosseux qui existe entre l’index et le médius.

Le gonflement s’étend jusqu’au niveau de l’extrémité supérieure des nétacarpiens correspondants à la face palmaii-e et jusqu’au poignet, à la .'.ace dorsale ; la région dorsale n’est pas fluctuante, mais œdematiée; le reux de Li main est tendu, dur à la pression, à l’éminence thénar fluclaation douteuse, qu’on ne saurait trop diflérencier de la pseudo-fluctual'.on que présente cette région à l’état normal; ponction au niveau du muscle abducteur du pouce en dehors de l’altère radio-palmaire; léger écoulement de sang. Traitement : cataplasmes. 2 portions.

Le 2. — Le malade a moins souffert cette nuit, il a dormi un peu vers -=5 matin, fluctuation plus, prononcée au niveau de la face palmaire de la ihalangine et à la face dorsale de l’articulation métacarpo-phalangienne, tncision en ces deux points, et une troisième dans l’espace interosseux; écoulement d’un liquide blanchâtre, très-fluide, s.mguino-purulent.

Le 3. — Mieux très-sensible, le malade a dormi pendant une bonne ) lartie de la nuit. 11 éprouve de l’appétit; il mangerait, dit il, plus de Ideux portions... Écoulement d’un pus moins fluide que le jour précédent; onanifeslation des lèvres de l’incision; enlèvement de l'épiderme à l’aide l'es pinces et des ciseaux; les tissus sont moins durs, moins douloureux 1 la pression, grâce è l’écoulement purulent qui a accompagné ces inciiiions multiples. Traitement: cataplasmes, manuluves d’eau tiède.

Le 6. — Encore un léger écoulement par les ouvertures qui ont été itratiquées. La tuméfaction et l’œdème des tissus ont presque compléle- Dient disparu à la face dorsale et palmaire de la main; le derme qui > jrrespond anx parties œdématiées de la région dorsale de la main est ) lanc, ramolli, ratatiné, insensible; la malade dort pendant toute la i'iuit, appétit excellent, mouvements volontaires possibles, mais très-liiïnités.

i Le 7.— Cessation de l’écoulement purulent, mouvement assez prononcé

U doigt malade, absence de douleur et de gonflement.

Trait. — Linge glycériné et charpie... Exeat.

Observation III.

IPnnaris superficiel phlycténoïde (mal blanc, tourniole) consecutif à une légère contusion. — Ponction.- — Guérison rapide.

Mme M., âgée de 55 ans, marchande de journaux, se fit, le 23 mars, ■tn cassant du sucre avec un marteau, une légère contusion sur le bord éxterne de la phalangette de l'index droit. 11 en résulta une sensation de

chaleur durant le restant de la journée seulement. Pendant deux jours j pas la moindre trace de souffrance. Le 26, c’est-à-dire trois jours après, elle remarqua un petit point blanchâtre sur le bord externe de la matrice : ingéale et en même temps elle éprouva un léger prurit auquel elle fit peu • d’altention. ;

Le 27. — Le bord externe de la matrice ungéale est aujourd’hni un peu tuméfié et rouge, surtout au pourtour de la tache blanche qui a apparu la veille. Les douleurs sont plus accentuées; le doigt est douloureux au moindre contact d’un corps solide.

Trail. — Cataplasmes de farine de graine le lin...

Le 28. — Tuméfaction érythémateuse de toute la pulpe de la phalangette; douleurs véritablement lancinantes et rendant le travail pénible.

La malade, (]ui est journaliste, peut encore plier les journaux, mais c’est ; avec beaucoup de peine. Trait. — Idem. !

Le 2. — La malade a passé la nuit presque sans dormir, la suppuration existe et est collectée en forme de phlyctèiie blanchâtre, parallèle au bord externe de l’ongle et de la matrice unguéale; fluctuation très-évidente, comparable à celle qui résulte d’une brûlure au deuxième degré lorsque la sérosité est devenue purulente; incision; écoulement d’un [>us fluide séro-sanguinolent, affaissement et plissement de l’enveloppe de la phlyctèiie. Trait. — Bain de main, catapla-mes.

Le 30. — Cessation de tout écoulement purulent, l’épiderme est flétri et tellement collé à la surface du derme que sa chute paraît encore incertaine. La malade a bien dormi celte nuit, absence complète de douleur, , la malade travaille sans la moindre gêne. ,

Le 3 avril. — L’épiderme mortifié a été enlevé dans toute la partie qui correspond à la phlyctène. La nouvelle couche épidermique est déjà ; formée, mais elle conserve encore la teinte rouge-violacée ijui caractérise ce tissu lors(]u’il est de formation récente. L’ongle ne paraît pas ébranlé, malgré la teinte noirâtre qui l’a envahi.

Observation IV.

Panaris sous-épidermique de la phalangine du pouce, compliqué consécutivement d’un panaris de la quatrième espèce. — Incision prématurée. — Incision de la plialangine.

Louise Bonretour, âgée de 16 ans, domestique, se présente le 2 avril 1869 à la consultation de M. àlaisonneuve.

Elle raconte que le 5 février, sans cause connue, elle a éprouvé une douleur sul)ite et semblable à des piqûres d’épingle, dans la pulpe de la phalange du pouce, surtout vers la racine de l ongle. Durant les deux prenders jours, on pouvait comprimer le doigt sans faite tiop souffrir la malade. Les douleurs augmentant de plus en plus, il en résulte une iu

^sorm^e complète; la patiente a passé plusieurs jours presque sans user I d’aucune sorte de nourriture. Le doigt étant très tuméfié; vers le neuvième j jour de la maladie, elle s’est décidée à aller à la*consultation de l’Hôtel- IDieu.

M. Maisonneuve pratiqueà la face palmaire de la dernière phalange une 'incision longitudinale qui, tout en donnant issue à un écoulement de sang, ^soulage considérablement la malade, mais sans arrêter l’affection dans sa unarche progressive ; elle ne revient à la consultation que le 9 avril.

État actuel. — La dernière phalange du pouce est tuméfiée et la turaéifaclion s’étend même jusqu’à la racine du pouce. Les mouvements articu- IJaires sont impossibles très-douloureux. Il existe deux fistules purulentes : ll’une située à la lace paîmaire résultant de l’incision, et l’autre sousle bord eexlerne de l’ongle. Il en découlé un pus sanieux. A l’aide d'un stylet, ?M. Maisonneuve diognostique une carie de l’os de la dernière phalange; télargissemenl de la fistule palmaire. Par la compression, l’écoulement purrulent augmente. Traitement. — Bains et cataplasmes...

13 avril. — La malade ne souffre pas beaucoup ; elle repose assez pendant la nuit. Elle peut vaquer à une partie de ses travaux manuels. Mais Iles deux fistules fuurnissenl toujours un écoulement purulent. M. Maissonneuve propose l’extirpation de la phalange, qui du reste paraît un peu rmobile. La malade est assez pusillanime pour refuser de rentrer à l'hôpi- 1 tal pour se débarasser d’un séquestre qui depuis deux mois alimente ces rdeux fistules intarissables. La malade n’a pas reparu.

Observation V.

Panaris sous-eutané gangréneux du doigt indicateur gauche. — Eschare volumineuse. — ulcération profonde. — Guérison.

Le nommé Bosse (Auguste), âgé de 25 ans, né à Bédarieux (Hérault), garçon d’tdfice, entre à la Charilé, salle Sainle-Vierge, le 9décembre 1896 pour un panaris du doigt indicateur gauche. Tempérament sanguin; absence de loule disposition à la diathèse furonculeuse ; mais il y a six ans le malade a eu déjà un panaris au doigt indicateur droit. Guérison sans infirmité.

11 y a huit jours, il s’est piqué avec une fourchette au niveau de la ;pulpe digitale de la phalangette de l’indicateur gauche. Il en est résulté !' deux jours après des douleurs vives. Le malade passe cinq jours sans man- ,ger, sommeil très-agité. Le doigt est gonflé considérablement dans toute ■-son étendue. Le malade ne pouvant -plus travailler, se décide à entrer à l’bô()iial le 19 décembre.

Etat actuel. — Toute la phalangette présente une tuméfaction, une : tension extiême, plus prononcée à la face palmaire qu’à la face dorsale, i L’ongle est soulevé à sa base et semble s’incliner en avant. Le gonflement

s’élend h la plialangine, mais ne dépasse pas la racine du doigt. — Incision au niveau du bord externe de la phalangette. — Léger écoulement de sang sans traces apparentes de |)us. — Traitement Cataplasmes émollients.

22 décembre, — Le doigt est toujours tuméfié; un gonflement érysipélateux s’étend aujourd’hui sur la face antérieure et externe de l’avantbras. La pulpe digitale est toujours tendue et d’une couleur violacée. Le malade n’a pas fermé l’œil celte nuit, il ne se soucie presque pas de manger; soif modérée.

Traitement; Bains prolongés, onctions mercurielles, cataplasmes.

Le 23. — Le malade a moins souffeid pendant celte nuit. 11 s’estéchappé spontanément par l’incision latéralede la phalangette un flot de pus qui a soulagé considérablement le patient. 11 en est résulté également unedi-, minution de la tuméfaction de la main et du doigt. L’avant-bras est toujours un peu tuméfié et œdématié.

Traitement : Une bouteille d’eau de Sedlilz; cataplasmes.

Le 26. — Lai iuméfaclion de l’avant bras et de la main a disparu. Mais l’indicateur est encore tendu. Les mouvements articulaires sont encore très-limités. Au niveau de l’incision il se forme une eschare grisâtre.

Traitement ; Lotions d’eau phéniqiie; cataplasmes.

Le 29. — On enlève fescliare. Il en résulte une ulcération profonde ovoïde située obliquement à la face externe du doigt. Ablation de Tépiderme mortifié de toute la phalangette et de la phalangine. Le malade dort bien; Tappélit est revenu.

Traitement : Idem.... deux portions.

3 Janvier. — Aspect rosé de la plaie ; absence de tout écoulement purulent, les mouvements de l’articulation phalangino-phalangettienne sont plus étendus et peu douloureux, La tuméfaction n’existe plus à la main, ni sur la première phalange.

Traitement: Linge céralé, charpie, compresses; trois portions.

Le 3. — Le malade est gai; il se plaint d’avoir trop d’appétit. Les mouvements spontanés de l'articulation métacarpo-phalangienne ont complètement reparu, mais il existe encore un peu de gêne dans les articulations phalango-phalanginienne et phalangino-phalangettienne; l’uIceration est d’un bon aspect ; elle cicatrise rapidement; mais l’ongle est noir, demidécollé vers son bord externe. Le malade refuse d’en laisser faire Texiirpation, et impatient de sortir, il demande lui-même son exeat.

Observ.\tion VI.

Panaris périostiqne de la phalangette du médius gauche. — Incision. — Xécroso

do la moitié de la phalange.

Le 26 mars 1868, entre à l’hôpital des Cliniques, le nommé Bollé (Cy-

prien, âgé de 48 ans, garçon de laboratoire à la Sorbonne, pour un panaris de la phalangette du médius gauche.

Il y a aujourd’hui 24 jours, en travaillant au laboratoire, ce malade s’est donné un coup de marteau sur la phalangette du médius gauche. La moitié externe de l’ongle a pris aussitôt une teinte violacée, le bord externe de la pulpe digitale a été presque complètement écrasé, néanmoins les souffrances n’ont pas été bien intenses. Les points contusionnés se sont aussitôt mortifiés et ont été éliminés vers la fin du premier septénaire. Le patient se croyait guéri lorsqu’il s’est aperçu que l’extrémité de son doigt se durcissait, mais sans gonflement ni changement de couleur. En même temps sont survenues des douleurs profondes avec exacerhaions nocturnes bien prononcées et comparables à des piqûres d’aiguilles qu’on aurait enfoncées par douzaines, d’après l’expression du malade. Au bout de deux jours il va consulter un médecin; mais malgré l’usage des onctions mercurielles qui lui ont été prescrites, le gonflement s’est insensiblement emparé de tout le doigt. Il a passé huit nuits dans une insomnie presque complète, il a perdu l’appétit, mais n’a jamais eu de soif bien prononcée ni de mouvement fébrile intense. Il se décide à aller consulter l’un des chirurgiens de l’Hôtel-Dieu. M. llouel pratique deux incisions sur la pulpe de la phalangette, annonce une nécrose de la phalangette et lui conseille d'entrer à l’hôpilal. Il vient à la Clinique vers le onzième jour de ce travail phlegmasique.

Etat actuel. — Dernière phalange du médius volumineuse, hypertrophiée en forme de massue, ouverte en cupule au sommet. Gonflement peu prononcé sur les deux autres phalanges, on ne constate qu’un peu de rougeur au niveau de la phalangine et de la phalanire. L’ongle est noir, surtout à sa hase. Dans l’ulcération cupuliforme de la phalangette, on aperçoil un bourrelet jaunâtre qui constitue une sorte de bourbillon formé par un détritus de tissu cidlulaire. En explorant avec un stylet, on perçoit une crépitation très-manifeste qui indique une nécrose delà phalange. En retirant ce bourbillon avec une pince à pansement l’on entraîne une partie de la phalange. Mais l’extrémité articulaire de cet os adhère encore fortement aux ligaments articulaires. On la laisse en place.— Traitement : irrigations, cataplasmes.

27 mars. — Le malade a eu une bonne nuit; il demande à manger; la plaie est légèrement saignante. — Traitement : idem.

Le 28. — Les tissus paraissent moins tuméfiés et moins œdématiés. L’exploration permet de constaier. facilement l’existence de l’extrémité supérieure au fond de la plaie. On essaye inutilement de l’extraire avec des pinces ordinaires.

Trait. — Manuluves amidonnés et prolongés, cataplasmes.

30 mars. — Le gonflement est limité aux bords de la plaie. La douleur

a presque disparu. L’ongle se décliaiisse de plus en plus et parait voué k I une cliiite iiiuTiinenle ; le malade dort, l’appétit est bon.

Trait. — Bains, cataplasmes. I

“2 avril. — L’extrémité supérieure de la phalangette paraissant encore demander un temps assez long avant de pouvoir être retirée sans violence, on conseil au malade de quitter riiô|)iial, tout en lui conseillant de venir de temps en temps pour faire enlever ce séquestre. La [)laie ne pré sente plus qu’une fente longitudinale, mais l’extrémité du doigt est encore volumineuse. Absence de tout écoulement purulent. Je regrette que le malade n’ait pas reparu pour compléter mon observation, et donner une idée de la durée du panaris périodique avec gangrène de la phalange.

Toutefois voilcà un cas de panaris qui semble de nature à confondre ceux qui osent nier l’existence du panaris périostique primitif.

Observation VIL

Panaris dermique interdigital, occasionné par la présence d’un durillon.

Incision. — Guérison.

Edouard Gigaud, âgé de 20 ans, domestique, entré à l’hôpital de la • Clinique le 30 janvier 1868, sorti le 4 février. !

C’est un jeune homme de forte constitution, mais d’un tempérament ' un peu lymphatique, il a eu les abcès ganglionnaires au cou. Il est très- , sujet au catarrhe nasal ; pas de panaris antérieurs. ;

11 s’aperçut, il y a douze jours, qu’un durillon situé dans l’espace interdi- i gital du pouce et de l’index de la main droite était plus douloureux qu’à I l’ordinaire. J

Pendant deux jours, la peau ne changea pas de couleur ; mais, dans les 1 jours suivants, il survient autour de ce durillon une rougeur intense, j avec un gouQemeut des tissus sous-jacents. La tuméfaction envahit peu I a peu toute la racine du jiouce et la face externe de l’indicateur; il en I résulte de la gêne pour les mouvements articulaires des articulations mé- I tacarpo-phalangiennes et un certain écartement des deux doigts. Vers la I huitième, les parties tuméfiées deviennent plus douloureuses qu’à l’ordi- 1 naire : le malade passe les nuits presque sans dormir, il a perdu tout 1 ajipétit, ne peut plus vaquer à ses travaux. Il entre à l’hôpital le 30 jan- I vier. 1

Etat actuel : gonflement considèrahle dans l’espace interdigital ; doigt fl dans un écartement permanent ; leur rapprochement et leurs mou- fl vements sont impossibles et très-douloureux. Œdème de la racine du fl ponce et de l’indicateur surtout à leurs faces respectives. Au milieu du fl sillon interdigital est une coloration blanche qui indique un travail de I suppuration et s’accompagne d’un peu de fluctuation en ce point; gonfle- fl ment de quelques ganglions axilaires, mais pas de trace d’adénite avec I

«suppuration. Le malade a passé deux nuits sans dormir; il a de la soif ; Me pouls ne donne que 96 pulsations Incision dans l’espace inlerdigilal ; eécoulettienl d’un pus louable. Trait. — Cata|)lasn,ii's ; deux portions.

31 janvier. — Le malade souffre beaucoup moins, il a dormi pendant ccinq heures continues. Les parties tuméfiées sont considérablement désen- ;flées. Les mouvements arlicul dres de flexion et de rapprochement sont imoins douloureux et plus étendus. La plaie est sanieuse, pas de pus.

Trait. Idem.

2 février. — Absence de toute douleur à l’aisselle. La tuméfaction des .parties voisines a presque disparu. Néanmoins les mouvements de flexion, de rapprochement des doigts, ne peuvent s’effectuer dans toute leur étendue. Le derme est mortifié, on l’enlève. La plaie est d’un bon aspect. Le -malade dort, l’appétit a reparu. Trait. — Pansement au cérat, extraction.

Le 4. — La cicatrisation est déjà avancée ; le malade remue facilement iles doigts, mais leur rapprochement est encore incomplet. Trait. — Pansement ordinaire avec du cérat. Exeat.

Observation VIII.

Panaris sous-épidermique de tout l’indicateur droit suivi d’un panaris périos-

tique de la dernière phalange seulement. — Désarticulation de la phalangette. — Guérison.

Malade de 40 anSj cordonnier, entre à l’hôpital de la Charité, salle Sainte-Vierge, n® 49, le 14 juin, sorti le 21 juillet. Le malade a déjà eu un panaris de la deuxième, variété à la derniere phalange du pouce de la main droite, par suite d’un duMllon forcé provenant du frottement continuel du fil contre l’articulation phalango-phalangienne. Il en est guéri sans infirmité, il ne reste plus qu’une cicatrice. Il y a dix jours environ sans coupure ni piqûre, le malade commença à éprouver une démangeaison dans la pulpe de la phalangette de l’indicateur droit. Le lendemain le prurit augmenta. Le malade ayant voulu continuer à travailler, le doigt se gonfla rapidement. Le malade a passé cinq jours presque sans dormir. Il entre à l’hôpital.

Elal actuel. — Le doigt est uniformément enflé d ms toute son étendue; la tuméfaction s'étend même au niveau de l’articulation de la phalangiue avec la phalangette. A la face palmaire existe un point culminant percé d’un petit orifice qui laisse cou'er un liquide roussâtre et gluant. Les mouvements de flexion et de déflexion sont abolis pour les phalanges ; il n’existe de mouvements articulaires que dans l’articulation métacarpophalangienne, incision à la face palmaire s’étendant de la première phalange jusqu’à la pulpe de la phalangette. Ecoulement abondant de pus môié de sang.

Tr ailemenl. — Oncilom mercurielles. Cataplasmes, 2 portions.

17 juin. Le malade a eu un sorrrneil très-agile. 11 n’éprouve encore aucun appétit. L’incision de la veille a diminue un peu les douleurs dominantes. Par l’exploration de la plaie, on constate la nécrose de la phalangette.

TraitemcnI. — Bains de main prolongés; cataplasmes laudanisés.

Le 25. Le malade sonflVe toujours et surtout pendant la nuit. L’incision donne issue à un petit écoulement de sang. On pratique la désarticulation par le procédé à lambeau ]ialmaire; pas de ligatures; le lambeau est maintenu à l’aide de bandelettes de diacbylon entrecroisées.

Traiiemeul. — Pansement avec charpie imbibée d’une solution d’acide phéniqiie, position élevée; deux portions.

Le 26. La nuit a été assez bonne, le malade a dormi pendant trois ou quatre heures, il éprouve un peu d’appétit; pas de réaction fébrile.

juillet. Sommeil le plus complet. Appétit bon; le lambeau commence à prendre des adhérences; douleurs nulles.

Le 8. Absence de supjmration, le lambeau est très-consolidé, les mouvements de rarticulalion plia lango-phalanginienne sont très-bornés. Le doigt ne peut se mouvoir (jue dans son ensemble.

Traitement. — Compresses imbibées d’acide phénique; trois portions.

Le 21. La cicatrisation est complète, mais la gêne des mouvements existe toujours. Exeat.

Observation IX.

Panaris sous-épidermique compliqué de la troisième et de la quatrième variété de panaris. — Nécrose de l’extrémité inférieure de la phalingine du pouce droit. — Perte des mouvements articulaires de cette phalange. — Incision. — Hyperesthésie de la pulpe de la phalaugine du même doigt et analgésie de l’indicateur.

Le nommé Bouniol, âgé de 33 ans, encausliqueur, né à Trémouilles (Cantal), s’était piqué le 20 juin 1869, avec un clou rouillé, vers le milieu de la pulpe de la pbalangine du pouce droit. Lajiiqûre ne donna lieu à aucun écoulement de sang. Quatre jours après, il éprouvait quelques fourmillements dans la partie blessée. La pbalangine fut bientôt envahie à la face palmaire par une tuméfaction accompagnée de douleurs vives qui le tourmentent assez pour recourir à un traitement local. Sur les conseils d’une indulgente commère, il appliqua un oignon brûlant sur les parties enflammées. Sous l’influence de ce topique les douleurs ne firent qu’augmenter d’intensité, et l’épiderme légèrement biùlé ne permit l’application d’aucun médicament solide pendant quelques jour.«. Le 26 juin, c’est-à-dire deu.x jours après l’invasion du travail inflanrmatoire, on applique des sangsues à la racine du doigt. Elles ne produisirent aucun

loi —

aulageinent. La tuméfaclion s’empara bicnlol de tout le pouce ; survinrent en môme temps des douleurs intolérables.

Malgré Tusage des bains de main prolongés et des cataplasmes, le malade passe plusieurs nuils sans dormir.

!*'• juillet. — Le malade, qui est un de nos amis, vint me trouver. i ’'oici l’aspect des parties malades : le pouce est dans l’extension, les mouvements de flexion sont impossibles; on ne peut appuyer sur le doigt oans déterminer les plus vives douleurs. La tuméfaction occupe le pouce 'cn entier, mais elle est plus prononcée à la face palmaire des deux phamnges qu’à la face dorsale où il n’existe qu’un gonflement œdémateux. L-.e sillon inter-articulaire de la face palmaire est presque effacé. Le gonflement s’étend sensiblement jusqu’à l’éminence lliénar à la région palauaire et jusqu’au poignet à la face dorsale. L’espace inter-digiial est éigalement envahi par un gonflement qui oblige le pouce à s’écarter de r 'index. A la palpation on constate une véritable fluctuation dans la pulpe die la phalangine. Une incision est pratiquée ; écoulement de pus sanguiinoient.

Traitement. — Cataplasmes laudanisés ; bain de main avec une décocition de tête de pavot.

2 juillet. — L’incision a produit un léger soulagement; la tension ssemble un peu diminuée. Néanmoins il y a eu insomnie complète, le nmalade n’a fait que se promener dans sa chambre pendant toute la nuit. Mppétit nul, soif modérée.

Le 3. — Même étal ; à la face externe de la ])halange existe un point ffluctuant ; on fait une incision. 11 s’en échappe en abondance un pus créimeux, suivi d’un léger écoulement de sang par la pression.

Traitement, — Bains, cataplasmes.

Le 4. — Le doigt est toujours roide et tuméfié; des incisions s’écoule du ipus. Mais le gonflement gagne toujours en étendue, 11 occupe déjà toute lia face palmaire et la face dorsale de la main sans trace d’angioleucite mi d’adénite du côté de l’avant-bras et du bras. Les tissus de l’espace iinter-digital sont tendus, le pouce est dans une abduction forcée. Une tlroisième incision est faite à la face palmaire de la phalange ; grand écou lement de pus; le malade est soulagé immédiatement.

Traitement : Onctions mercurielles à la main; cataplasmes laudanisés. Le 8. — Le malade a dormi une bonne partie de la nuit. Les douleurs lancinantes sont moins intenses et plus rares, elles sont ii.ilermiltentes. Le .gonflement de la main est légèrement diminué. Le malade commence à [ Opérer quelques mouvements dans l’articulation métacarpo-phalangienne.

Le 25. — L’appétit est revenu, le patient dort pendant toute la nuit. Le î derme des parties œdématiées tombe par plaques. On l’excise avec des ciseaux. Trait. : idem.

Le 18.— L’écoulement purulent a ces'^é. Le derme mortifié a été enlevé 1870. — pial. 7

sur toute l’étendue du doigt. 11 n’existe plus de gonflement qu’à l’éminence tliénar et au doigt. Les mouvements de l’articulation métacarpo-phalangienne sont plus étendus, mais ceux de l’articulation phalango- phalangienne sont nuis. Au niveau de l’incision de la pulpe digitale, existe une ulcération profonde qui fait supposer une lésion du squelette ; la pusillanimité du malade n’en permet pas l’exploration.

A partir de ce moment le malade a été perdu de vue pendant trois mois. Dans cet intervalle il y a eu des éliminations successives de plusieurs séquestres. Le travail cicatriciel a été très- long. Le malade n’a pu reprendre ses occupations habituelles qu’au mois d’août. Je ne l’ai revu qu’au mois de novembre. La cicatrisation est complète ; mais les cicatrices et le raccourcissement du doigt indiquent qu’il y a eu nécrose de la phalangine et élimination de l’extrémité inférieure de cet os. Cette phalange est aplatie ; à la face palmaire existent des enfoncements cicatriciels; l’ongle est mince, parcheminé, recourbé à son extrémité. La phalangine est dans une demi-flexion, et ses mouvements sont abolis. Cependant en prenant d’une main la phalange et de l’autre la phalangine, ôn peut produire des mouvements articulaires. On constate facilement que l’abolition des mouvements articulaires ne tient pas à une ankylosé, car les surfaces de l’article sont mobiles les unes sur les autres, mais à une altération de la gaine tendineuse du muscle fléchisseur. La face palmaire de la phalangine est si sensible que le malade ne peut s’en servir ; le moindre contact détermine une vive sensation de douleur qui fait lâcher prise. L’indicateur est, au contraire, comme engourdi et est continuellement le siège d'une sensation de froid ; mais il n’est nullement douloureux à la pression.

A en juger par la demi-flexion de la phalangine, par son racourcissement et la perte de ses mouvements, malgré l’absence d’ankylose, on peut en conclure que celte observation est un cas de panaris dermique primitif, suivi d’un panaris de la quatrième espèce pour la phalangine, et de la troisième variété pour la phalange.

Page 1