II. TRAITEMENT LOCAL
Nous en aurons plus long à renseigner, quant à la série des moyens locaux que l'on a adressés au pannus depuis les temps les plus reculés, soit isolément, soit concurremment au traitement général.
Moyensmédicaux. — La plupart de cesmoyens ontpourobjetde déterminerdans les yeux une irritation susceptible d’y provoquer une réaction favorable à la résorption des épanchements. On ne lira sans doute pas sans intérêt diverses formules qui sont préconisées par Forest, et dont la composition offre une foule d’agents qui sont encore usités isolément de nos jours. Ainsi, dans un cas de pannus dontil rapporte l’histoire, il s’exprimeainsi: «Addam
« collyrium, quoquidam Graphiarius fuit curatus a panno seu « sebel totum conjunctivam cooperiente cum carnositate sàtis « crassa, ut aspectu abominabiie idem malum fuerit.
R. Lapid. hamatitid. drachm. duas.
Vitrioli albi, viridii aeris ana drachm. très.
Myrrha; croci ana drachm. unam.
Piperis longi drachm. sem.
Sacch. candi drachm. sem.
« Pulveriscentur sublilissimè ut alcoholet cribentur ac pyxide « ad usum reponantur. De isto pulvere drach. j accipiatur et « dissolvalur in drach. j vel ij aquæ raphani, et àpplicetur bis « terve indie, prout aeger tolerare possit, ad mornemtum vel « tempus exiguum, quibus tandem curatus fuit. »
Voici une autre recette recommandée par le même auteur.
Pr. Succi fœniculi une. iv.
Succi chelidoniæ une. iij .
Succi rutæ une. ij .
Succi mal u æ une. ijs.
Aloes scrup. j.
Vitrioli scrup. ij.
Aeruginis æris scrup. j .
Zinci ibid. et.
Cinnamomi ana scrup. sem.
Fellis anguillæ une. sem .
Fellis tauri (vel ejus loco si haberi non possit, fellis bubuli aut porci) drach. ij.
Sacch. candi scrup. ij.
Mellisoptimi une. sem.
« Ebulliant succi, addendo reliqua et depurentur, et fiat col- « lyrium secundumartem.Quæcum sæpiusbis in die in oculum a stillarentur, etc. »
Nous n’abuserons pas des citations, nous contentant de cellesci que l’on ne trouvera pas dépourvues d’intérêt au point de vue historique.
La plupart des agents astringents ou caustiques et irritants ont été mis à contribution dans le traitement du pannus avec des résultats divers. Nous passerons en revue les principaux r
Sulfate de cuivre. — Les attouchements légers et journaliers avec la pierre divine, sont presque toujours d’un heureux effet. Ils réussissent souvent dans les cas légers à amener la disparition de la maladie, dans les cas graves à en retarder la marche et à en diminuer l’intensité : l’irritation légère qui en suit l’application, ne dure guère plus d’une demi-heure, la plupart du temps quelques minutes seulement. Le sulfate cuivrique est un des astringents les plus précieux dans les vascularisations chroniques des yeux. La meilleure manière de l’appliquer consiste dans les attouchements journaliers au moyen d’un cristal bien uni.
Nitrate acide de mercure. — La cautérisation avec cette substance unie à partie égale d’eau, a été recommandée par M. Stout. L’application n’en est pas plus douloureuse que celle des autres caustiques, pourvu, dit M. Desmarres, que l’endroit cautérisé à l’aide d’une petite baguette de verre, soit promptement lavé à grande eau. Ce moyen convient, ajoute-t-il, dans les cas de pannus intermédiaire à son degré le plus avancé et à la kératite vasculaire chronique, état qui, résistant à tous les traitements que peut imaginer le médecin, ne lui laisse enfin, pour seuls remèdes, que le sulfate de cuivre ou le nitrate d’argent, qu’il persiste à employer pendant des mois et des années, faute de meilleur moyen. C’est dans ces conditions que le nitrate acide réussit à accélérer la résorption des épanchements anciens et organisés qui se ramollissent sous son action. Cette cautérisation doit être répétée toutes les fois que la réaction qu’elle a provoquée, a cessé d’exister.
Calomel et sucre candi , tutie préparée, sulfate de cadmium, oxyde rouge de viercure. — Les poudres composées de parties égales de calomel et de sucre candi, jouissent d’une grande efficacité dans tous les cas d’opacités nuageuses de la cornée, contre lesquelles on les emploie depuis très longtemps. Boer-
haeve prescrivait déjà la poudre suivante contre le pannus :
Aloës gr. iv.
Sacch. candi, drach. ij.
Mercur. du!c. gr. iij.
(M. f. pulv. ; cujus bis vel ter de die parum oculis infletur.)
Quand cette préparation n’agit pas assez énergiquement, on peut y ajouter un grain ou deux de sulfate de cadmium ou de tutie sur un gros de calomel et de sucre candi. — Ces poudres doivent être impalpables et introduites deux fois par jour dans les yeux, au moyen d’un cornet de papier ou d’une cuiller, ou simplement des doigts.
Le calomel s’emploie aussi en pommade, à la dose de 2 à 4 grains sur un gros d’axonge. Dans deux cas cités par de Hassner, l’usage de cette pommade a déterminé subitement la coagulation de la matière épanchée et la perte absolue de la vue pendant plusieurs jours, par le fait d’une couche blanchâtre qui couvrit tout le champ de la vision. Cet accident n’a d’ailleurs pas eu de suites fâcheuses, mais il suffit pour faire préférer au calomel l’oxyde rouge de mercure, également en pommade à la même dose, qui n’offre pas cette particularité. On en introduit deux fois par jour, gros comme un petit pois dans chaque œil.
Tannin. — L’emploi du mucilage tannique, d’après la formule du professeur Hairion, de Louvain (tannin 5 grammes, gomm. arab. 10 grammes, eau distillée 20 grammes), compte des succès nombreux et réels. M. Hairion me fait savoir qu’après avoir appliqué pendant dix années au traitement du pannus l’inoculation blennorrhagique, et bien qu’il en eût toujours obtenu des résultats avantageux , il lui préfère aujourd’hui le mucilage tannique qui, selon lui, est d’une application moins pénible, et d’un résultat aussi sûr. « Depuis trois ans, me dit-il, j’ai traité avec « un égal succès par le mucilage tannique, tous les cas de pannus « que j’ai rencontrés, au nombre de plus de soixante, tant dans « ma pratique civile qu’à l’Institut ophthalmique de l’armée. »
Tous ceux qui ont pu juger des bons effets du tannin dans les ophthalmies granuleuses, accepteront l’assertion du professeur Hairion, sans la moindre réserve. L’action à la fois douce et énergique de cette substance, en indique l’application même dans les cas où existent les symptômes les plus aigus, qu’elle ne tarde pas à abattre. Nous recommandons le mucilage tannique dans tous les cas de pannus récent, accompagné ou non de phénomènes inflammatoires ; presque toujours on en obtiendra d’excellents effets.
Mais réussira-t-il dans les pannus vasculaires épais, anciens ? Nous en doutons. Dans ces conditions, l’action astringente ne suffit plus, il faut imprimer aux produits épanchés et déjà plus ou moins organisés, une modification profonde d’où résulte un ramollissement favorable à leur résorption, modification que nous ne compterions pas pouvoir obtenir à l’aide du tannin. Nous réservons cette substance à tous les cas où l’inoculation est contre-indiquée, soit que le pannus n’occupe qu’une partie delà cornée, soit que sa trame n’ait qu’une légère épaisseur. L’action du tannin dans le pannus est lente, mais elle ne cause point de douleur, et n’est pas susceptible de déterminer d’accidents. Ces qualités sont bien suffisantes pour légitimer la préférence dont il est l’objet.
Nitrate d’argent. — Le nitrate d’argent jouit, en général, d’une grande faveur dans la thérapeutique du pannus. On l’applique ordinairement en crayon sur les cornées, et l’on n’y revient qu’après la disparition des signes de réaction qui s’éveillent ordinairemeirt après chaque attouchement. Dans le but de cautériser les vaisseaux sur tout le pourtour de la cornée, le professeur Sanson avait imaginé une sorte de cachet rond dont la circonférence creusée en canal renfermait de la pierre infernale fondue sur place; toute la partie centrale évidée recevait la cornée, tandis que le pourtour s’appliquait sur la conjonctive
scléroticale à une ligne du bord de la cornée. L’anneau de Sanson a disparu presque entièrement de la pratique.
C’est à peine si nous croyons devoir appeler cautérisation, l’action du sel lunaire dans le pannus. Si cette dénomination devait entraîner l’idée de destruction, d’escharification, nous ne l’emploierions certainement pas, par ce que le sel lunaire ne cautérise pas à proprement parler, mais détermine sur les parties auxquelles on l’applique, la formation d’une pellicule blanchâtre qui n’est pas une eschare, mais simplement une couche d’albuminate argentique qui ne dépasse pas les parties les plus superficielles des tissus. On se méprendrait donc beaucoup, si l’on comptait détruire les vaisseaux du pannus au moyen du nitrate d’argent; tout au plus y détermine-t-on une inflammation qui peut être suivie d’une réaction salutaire.
Le nitrate d’argent peut s’employer aussi en solution à différents degrés de concentration, depuis celle à parties égales d’eau distillée et de sel lunaire, jusqu’à celle d’un quart de grain par once. L’intensité de la maladie et la sensibilité des malades sont les seuls guides à suivre dans la graduation de ce médicament, qui, entre des mains expérimentées, est du plus grand secours dans une foule d’affections oculaires.
Acétate de plomb cristallisé. — Nous nous arrêterons un instant sur ce médicament, introduit dans la pratique ophthalmiatrique par un médecin militaire belge, M. Buys, qui nous écrit ce qui suit : « J’ai traité un grand nombre de pannus depuis « que je me sers de l’acétate de plomb, et le succès a constam- « ment répondu à mon attente. Entre mes mains il a toujours « produit un effet purement astringent, modifiant promptement « et d’une manière favorable l’inflammation qui accompagne « toujours les granulations palpébrales et les pannus. »
A l’appui de cette allégation, M. Buys nous adresse les deux observations qui suivent et qu’il prend au hazard , nous dit-il, au milieu d’un grand nombre d’autres :
Obs. I. — Le nommé Nono, soldat pensionné provisoirement, venant de l’hôpital de Louvain , où il avait séjourné pendant très longtemps, avait été constamment traité par le nitrate d’argent, le sulfate de cuivre et le tannin; il s’est présenté à ma clinique après sa rentrée à Bruges, sa ville natale. L’état de ses yeux a été constaté par tous les médecins militaires alors dans cette garnison. Cécité complète, pannus charnus très graves aux deux yeux ; boursouflement des paupières , carnosités de la partie des conjonctives palpébrales qui n’avait pas été détruite par le nitrate d’argent; douleurs intolérables dans les yeux, surtout quand ils étaient exposés à la lumière; purulence abondance. — Traitement. Application d’acétate de plomb en poudre aux quatre paupières et sur les pannus. Dès le lendemain, diminution de la douleur et de la purulence. Après quelques jours, nouvelle application ; cessation de la douleur et de la purulence. Depuis lors, mais à de longs intervalles, les applications ont été renouvelées. — Depuis longtemps Nono peut non seulement se conduire seul dans les rues, mais reconnaître les personnes qu’il rencontre et faire même quelques gros ouvrages. Les cornées sont restées légèrement nuageuses, mais la vue s’améliore de jour en jour.
Obs. IL — Le nommé Vanhorebeke, soldat congédié, également de Bruges, était atteint de pannus vasculaire à l’œil gauche et de granulations palpébrales qui avaient été fréquemment cautérisées pendant qu’il était au service. La vue de cet œil était perdue ; l’impression de la lumière y causait de si vives douleurs qu’il devait constamment porter un bandeau pour l’en garantir. Cet état durait depuis quatre à cinq ans. Trois applications d’acétate de plomb ont été faites à de longs intervalles, et aujourd’hui la vue est parfaitement rétablie , au point qu’il n’est plus possible de distinguer l’œil qui a été malade de celui qui ne l’a jamais été.
Les deux faits dont nous venons de donner l’analyse, se rapportent exclusivement au pannus déterminé et entretenu par l’état granuleux des paupières. Cet état, contre lequel l’acétate de plomb n’a plus à établir son efficacité, a disparu sous son action, et le pannus s’est effacé avec lui.
Reste à savoir si le pannus idiopathique, si je puis m’exprimer ainsi, le pannus fixé depuis longtemps sur les cornées dans ses éléments constitutifs, les épanchements et l’état vasculaire, sans persistance de la cause qui lui a donné naissance, trouverait dans l’acétate de plomb un remède aussi infaillible. Il est permis d’en douter; cependant nous ne préjugerons pas et laisserons à l’expérience le soin d’en décider.
Dans un cas qui s’est présenté à l’Institut ophthalmique de Bruxelles, un vieillard, atteint de pannus aux deux yeux, ayant été inoculé plusieurs fois sans que la blennophthalmie ait pu être produite, a été soumis aux applications de l’acétate de plomb. Une forte dose en fut introduite sur les cornées vascularisées ; il n’y avait plus de granulations, mais les conjonctives étaient comme transformées en tissu inodulaire par des cautérisations antérieures. Au bout de deux jours une inflammation très vive, accompagnée de douleurs et de purulence, s’empara des deux yeux. Les deux cornées, effacées sous la couche de sel plombique qui les recouvrait, paraissaient mortifiées, ulcérées, perdues à jamais. Il n’en fut rien, au bout de quelques jours de ces accidents, l’inflammation et la purulence cessèrent, les cornées se détergèrent, et bref, en moins de trois semaines, les pannus avaient complètement disparu. Ici l’acétate de plomb parait avoir agi comme irritant; il a déterminé des accidents qu’il n’occasionne que très rarement, et qui en rapprochent l’action de celle produite par l’inoculation. Ce fait tout exceptionnel nous a fait penser que l’inoculation pourrait bien n’agir qu’à la façon de tout irritant simple, capable d’amener à la suite de son applica-
lion, une inflammation suppurative. Heureusement pour son avenir, l’acétate de plomb ne détermine ces accidents que dans des cas excessivement rares, et le fait que nous venons de citer est tout exceptionnel.
Quoi qu’il en soit, le sel de plomb, tant par son essence que par la persistance de son adhésion sur les tissus où il a été appliqué, jouit d’une grande efficacité dans le pannus symptomatique des granulations. C’est, avec le tannin, un des astringents sur lesquels il est le plus permis de compter, dans les cas où l’inoculation n’est pas applicable. Nous ne dirons rien de la façon dont il faut en faire usage, si ce n’est que la poudre doit en être finement porphyrisée, et introduite, au moyen d’un pinceau de blaireau légèrement humecté d’eau , sur toutes les parties affectées. Rien n’est plus simple que cette médication.
Nous venons de nous arrêter successivement sur les principaux agents qui sont journellementemployés, avec plus ou moins de succès, dans le traitement du pannus. Il nous en reste quelques uns que nous ne ferons qu’énumérer parce qu’ils sont d’un usage moins fréquentou qu’ils ont même cessé d’être usités. De ce nombre sont : le laudanum pur, en instillations, recommandé par Bidloo, lasolution de sublimé mêlé au laudanum ou collyre de Conradi,leshuilesde naphle et de noix, la teinture d’iode, l’alun cru additionnédesixpartiesdesucre blanc, les fumigations d’iode préconisées tout récemment par le Dr H. Ansiaux (1), la limaille d’étain, la racine de polygala sénéga, etc. Avant d’en venir à l’exposé des moyens chirurgicaux dirigés contre le pannus, nous donnerons ci-après quelques prescriptions qui ont toutes joui d’une certaine faveur et qui, à ce titre, méritent un souvenir.
R. Pulv. carbon, lign.
— fulig : praep. ana drachm. un.
— alum. calcin. drachm. sem.
A irsuiïler 2 fois par jour,.
(Çabron du Villards )
(I) Y. Presse médicale belge, 30 avril 1831, n» 19.
Autre.
R. Limatur. stanni. pur. pulv. drac'n. unam. Sacch. alb. drach. duas.
Vitriol, comm. gr. quatuor.
M. f. terend. pulv. lenuis per lintellum cribrandum.
(Boerhaevé.)
Autre.
R. Sacch. candidi. q. v.
Tere in vase stanneo ad colorem cinereura.
Autre.
(Boerhaeve.)
R. Merc. solubil. Hahnemanni gr. unum.
Solve in
Aq. lauro-ceras : une. sex.
Inst, q q. gtt. dans l’œil.
(Richter.)
Autre.
R. Tartar. stibiat. gr. sex.
Solv. in
Aq. still. une. duas.
(Wagler.)
Moyens chirurgicaux. — Section des vaisseaux. — De tous les moyens vantés pour la cure radicale du pannus, il n’en est pas qui l’ait été aussi obstinément que l’incision ou l’excision des vaisseaux, qui de la conjonctive scléroticale se rendent à la cornée. C’est pour tous les auteurs, presque sans exception, le remède infaillible ou au moins celui qui réussit le plus sûrement. Pierre Forest déjà, après avoir recommandé divers modificateurs, conseille en dernier ressort l’opération : «Quod si remediis istis non curatur, ad opus chirurgicum deveniendum est. »
La section des vaisseaux dans le pannus se pratique de plusieurs manières : tantôt on divise les vaisseaux perpendiculairement à leur direction au moment où ils vont passer sur la cornée, pour interrompre toute communication entre eux et le pannus; tantôt on les incise de façon à déterminer par leur dégorgement une véritable saignée de l’œil, tantôt enfin, pour
être plus sûr de bien les comprendre tous dans la section, on enlève un lambeau de la conjonctive tout autour de la cornée.
L’incision perpendiculaire des vaisseaux neparaîtpas répondre au but que l’on se propose en la pratiquant: en effet, au bout de peu de temps les deux extrémités des vaisseaux ainsi divisés, qui d’abord s’étaient éloignées, se rapprochent, se réunissent, s’abouchent de nouveau et reprennent leur communication première, et d’ailleurs l’instrument n’atteint que les vaisseaux superficiels. Le but est donc manqué.
La seconde pratique parait plus heureuse, elle a pour but de pratiquer sur l’œil, dans certaines conditions pathologiques, des scarifications ou une véritablesaignée. Voici commentceprocédé, dû à M. Desmarres, est décrit par son auteur : « J’écarte avec mon indicateur la paupière supérieure en la relevant, j’abaisse la paupière inférieure avec le pouce, et par une pression convenable sur l’œil, je maintiens cet organe dans une immobilité convenable. Alors, au moyen d’une lancette émoussée et fixée sur un manche, je fais ou des scarifications ou une saignée. Le procédé consiste, quand il s’agit de faire des scarifications, à promener l’instrument tranchant parallèlement à la cornée sur les vaisseaux périkératiques , sur les vaisseaux d’anastomose , les vaisseaux frontières, pour ainsi dire, entre la vascularisation interne et la vascularisation externe de l’œil ; de temps en temps et pour un instant très court, on abandonne les paupières, on enlève quelques caillots, et l’on obtient ainsi un dégorgement instantané.
«Quand, au contraire, on veut pratiquer ce qu’on appelle la saignée de l'œil , il faut agir à peu près comme sur les vaisseaux du bras : on divise la muqueuse en travers , en même temps que le vaisseau sous-jacent, dans une étendue d’à peu près un centimètre.
«Il faut pratiquer la section transversaledu vaisseau à la partie
supérieure de l’œil , sur l’un des gros vaisseaux parallèles au muscle droit supérieur; alors, lemalade regardant naturellement en bas, la plaie reste béante et l’on peut obtenir une saignée, qui est quelquefois incroyablement abondante.
« Dans la kératite vasculaire chronique , onobtientdes résultats vraiment surprenants. Que l’on veuille bien se retracer ces malheureux yeux dont les cornées sont si troubles qu’ils voient à peine, et sur lesquels tous les moyens échouent. Eh bien! les scarifications répétées à petits coups autour delà cornée, les guérissent ou les améliorent d’une façon notable et souvent inespérée. On n’attaque pas d’abord toute la circonférence de la cornée, on divise aujourd’hui une partie des vaisseaux seulement. Le lendemain ou le surlendemain, on pratique une nouvelle opération, et l’on y revient ainsi pendant un certain temps. Ordinairement quinze jours, trois semaines , un mois suffisent pour obtenir l’oblitération des vaisseaux et par suite la transparence de la cornée. »
Le moyen recommandé par M. Desmarres est souvent d’une incontestable efficacité, et nous croyons devoir en conseiller l’usage, mais il est loin de suffire dans les cas où la vascularité de la cornée est accompagnée d’épanchements un peu considérables.
Le docteur Tavignot recommande d’inciser les vaisseaux accidentels sur la cornée elle-même, dans le sens de leur direction, au moyen d’une simple aiguille à cataracte (1). Voici, » dit-il, « les raisons qui m’ont déterminé à agir de cette façon :
« D’abord il est incontestable que, dans un certain nombre de cas, les vaisseaux qui rampent à la surface de la cornée ne communiquent pas par leur tronc principal avec les vaisseaux de la conjonctive; le tronc principal, arrivé au point de jonction de la cornée à la sclérotique, disparaît tout à coup en s’enfonçant
(î) V. Moniteur des hôpitaux, 25 mai 1834-, p. 495, et Revue de thérapeutique médico-chirurgicale, 15 mars 1854, p. 147.
dans la sclérotique, pour s’aboucher avec les vaisseaux ciliaires. Dans l’espèce il est facile de concevoir que la méthode ordinaire, qui consiste à cautériser ou à exciser les vaisseaux de la conjonctive, doit rester inefficace... Ce sont ces considérations qui m’ont déterminé à pratiquer la scarification des vaisseaux de la cornée sur la cornée elle-même et vers sa circonférence ; de cette façon on attaque le mal franchement, et là où il existe en réalité... Je ne sais trop pourquoi , mais il est ordinairement nécessaire de revenir à plusieurs reprises à l’ouverture du même vaisseau , et’, vu l’abondance de sang qui s’écoule, il est bon qu'un aide, pendant l’opération, soit toujours prêt à diriger le filet d’eau d’une seringue sur la surface oculaire. »
M. Tavignot se loue beaucoup de ce procédé, qui n’a guère été employé jusqu’ici que par lui-même. Nous laisserons au temps et à l’expérience à en fixer la valeur, nous bornant aujourd’hui à le signaler.
L'excision d’un lambeau de la conjonctive tout autour de la cornée a le double avantage d’enlever une partie assez grande des vaisseaux pour qu’ils ne puissent plus s’aboucher par leurs extrémités séparées, et de déterminer un dégorgement considérable de l’œil. Elle se pratique au moyen de ciseaux courbes qui retranchent tout autour de la cornée un pli de la conjonctive, d’une à deux lignes de largeur, soulevé par des pinces à dents.
M. Carron du Yillards, dans un mémoire inédit, adressé en 1846 à l’Académie de médecine de Belgique, et ayant pour titre : Nouvelle méthode pour enlever les pannus de la conjonctive et de la cornée, décrit comme suit le procédé qu’il préconise: « Le malade étant assis sur une chaise élevée, je place l’écarte-paupières de Kelley-Snowden. Je fixe l’œil avec une aiguille à strabisme, et saisissant brusquement la partie inférieure de la conjonctiv e qui avoisine le pannus avec de fortes pinces à ressorts, munies de dents de rat, je soulève la conjonctive pour l’écarter
de la sclérotique; l’érigne devenue inutile est enlevée; la main qui la tenait s’arme de ciseaux, et pratique une boutonnière à la conjonctive, à travers laquelle j’introduis la sonde en acier proposée par Gensoul pour sonder le méat nasal interne, et je décolle la conjonctive et le pannus jusqu’au point de son adhésion avec la cornée ; ceci fait, je pratique un nouveau pli sur la partie décollée, et, avec des ciseaux forts et mousses, j’excise le mal dans toute son étendue.
«Après avoir pratiqué un grand nombre de fois ce procédé, je me suis demandé si je ne pouvais pas le simplifier. C’est dans ce but que j’ai inventé une pince à décollement, qui pût à la fois décoller une large surface et embrasser et maintenir la surface décollée. Dès que la boutonnière est faite, il faut introduire par son hiatus la branche mâle de la pince qui est ronde et lisse, et quand on est arrivé au terme de son décollement, l’on rapproche la branche femelle, qui maintenue par le ressort à sergent, permet de passer les branches des ciseaux sous elles, et d’exciser un pli de la conjonctive qui peut, quand on le juge convenable, rester fixé dans les mors de l’instrument. »
Il est évident que ces opérations doivent répondre à l’indication qui consiste à interrompre le cours du sang, des vaisseaux superficiels de la conjonctive vers la cornée. Mais, dans ce procédé comme dans les autres, on n’atteint pas les vaisseaux profonds, ceux qui, ayant traversé la sclérotique au point d’union de celle-ci avec la cornée, fournissent des prolongements anormaux qui se répandent sous la lame élastique antérieure. L’excision est donc insuffisante, puisqu’elle n’atteint pas tous les vaisseaux que l’on considère comme nourriciers du pannus.
Mais est-elle bien logique et susceptible de répondre au but qu’elle est appelée à réaliser? Le pannus cessera-t-il d’exister quand toute communication entre les vaisseaux conjonctivaux et la cornée aura été interrompue? Comment les épanchements
plastiques disparaîtront-ils, si on leur enlève les facteurs qui doivent servir à leur résorption? Comment enfin la cornée résistera-t-elle aux éléments de destruction dont elle est envahie, si on lui ravit les canaux nourriciers qui doivent lui apporter les matériaux dont elle a besoin pour réagir contre eux?
Nous nous posons toutes ces questions sans les résoudre, et nous retranchant dans un scepticisme qu’une expérience malheureuse du moyen que nous apprécions nous engage à conserver. Jusqu’à preuve du contraire, nous sommes porté à penser que les excisions de la conjonctive et les incisions des vaisseaux n’agissent que par la perte de sang qui les accompagne et la réaction qui les suit. Nous nous rencontrons dans cette opinion avec Chélius et Lawrence, qui déclarent formellement que ces procédés ne leur ont jamais réussi, et ne les conseillent que pour les cas où tous les autres moyens de traitement ont échoué.
Voici, d’autre part, le jugement que porte Siehel sur l’emploi de ces moyens chirurgicaux (1) :
« Les vaisseaux dilatés, distendus, qu’on appelle vulgairement variqueux, semblent souvent entretenir l’inflammation, tandis qu’en réalité ils sont produits et entretenus par elle, et disparaissent quand elle a été rationnellement et énergiquement combattue.
« Une dangereuse erreur des anciens, partagée encore de nos jours, consiste à préconiser dans ces cas, comme le moyen le meilleur et le plus infaillible, la scarification ou l’excision des vaisseaux conjonctivo-cornéens engorgés et hypertrophiés. Non seulement ceux-ci, après cette opération, se reproduisent bientôt ou sont remplacés par d’autres rameaux vasculaires nouvellement formés et tout aussi volumineux, mais encore la lésion traumatique entraîne après elle des cicatrices très visibles , indélébiles et souvent bridées de la conjonctive; la
(1) V. Iconographie ophtalmologique, p. 9ô et suiv.
kératite augmente dans le voisinage de ces cicatrices, s’avance de la circonférence de la cornée vers son centre, et en amène l’opacification successive
« La cautérisation directe des vaisseaux hypertrophiés, vantée par l’école chirurgicale, ne m’a également donné que des résultats négatifs ou, plus souvent encore, très désavantageux. »
Nous ferons cependant une réserve. Quand, dans certains cas très rares, où les épanchements ont disparu et où les vaisseaux restent seuls à constituer la maladie, la cause qui a déterminé ou qui entretient le pannus a été écartée, l’excision des vaisseaux avec ou sans ablation d’un lambeau de la conjonctive, peut avoir son utilité; ce n’est plus alors seulement un symptôme que l’on élimine, mais un produit que l’on fait disparaître et avec lequel disparait toute la maladie.
L’association de la cautérisation avec l’incision de la conjonctive déjà recommandée par Bertrandi, a été souvent mise en usage par M. Van Roosbroeck, et paraît lui avoir rendu quelques services. Voici ce qu’il en dit : « Nous opérons, à l’aide d’un couteau à cataracte, une incision circulaire et profonde dans la conjonctive, tout autour et près de la cornée, et faisant en sorte que tous les troncs vasculaires soient divisés par cette incision. Immédiatement après, nous promenons un crayon de nitrate d’argent, taillé en pointe, dans toute la section que nous avons faite à la conjonctive, de manière à envelopper dans l’eschare les deux bouts de tous les vaisseaux divisés. Nous recouvrons la surface de l’œil d’une couche d’huile fine, et nous faisons faire des fomentations d’eau froide. Le lendemain l’œil présente un aspect assez effrayant; en effet, chaque fois que nous avons pratiqué cette opération, l’œil était assez fortement enflammé, la cornée était trouble et mate; maiscetétat ne dure que quelques jours. Nous devons cependant déclarer
que nous avons rencontré des cas qui n’ont pas complètement cédé au moyen énergique et d’une exécution souvent fort difficile que nous venons de faire connaître. »
Nous ne nous permettrons pas de juger ce procédé que nous n’avons pas vu appliquer avec beaucoup de bonheur ; nous dirons seulement qu’il nous inspire une certaine confiance, à cause surtout de l’action vive que le caustique lunaire exerce sur tous les tissus avec lesquels il est mis en rapport, et d’où résulte la plupart du temps une inflammation intense, et une réaction qui peut aider à l’absorption des produits ramollis sur lesquels elle s’est exercée.
Inoculation. — Après avoir fait cette longue énumération de moyens de traitement, qui ont tous entre eux une fâcheuse analogie qu’il n’est pas permis de méconnaître, leur désolante insuffisance, il nous reste à en examiner un, qui malgré les succès nombreux dont son passé peut s’enorgueillir, malgré l’autorité irrécusable dont ses auteurs auraient dû le couvrir, est resté le domaine de quelques praticiens privilégiés, qui ont eu le courage de braver l’injuste réprobation dont on a trop bien réussi à l’entacher, et qui en ont seuls aussi recueilli les bienfaits. Nous voulons parler de l’inoculation delà blennorrhée oculaire comme agent thérapeutique du pannus.
Introduite dans la science vers l’année 1812, parle professeur Frédéric Jaeger, de Vienne, et non pas en 1810, par le docteur Walcker, de Glascow, comme le pense le professeur Rognetta (1),
(1) M. Rognetta s’en rapportant probablement à une communication du docteur Haraillon (Voy. London Edinburg Monthly journal, juillet 1843), attribue à tort celte expérience au docteur Walcker, de Glascow, en 1810. La phrase qui sert d’appui aux prétentions de ce dernier est celle-ci : « L’emploi de toutes les autres méthodes préconisées ne m’ayant pas réussi, j’ai cherché à déterminer dans l’œil atteint de cette dernière variété ( un état vasculaire, lent et insidieux de la conjonctive cornéenne) l'action excitante de ce qu'on appelle une ophihalmie purulente. » Il est évident par cette dernière ligne, que le docteur Walcker, qui ne s’est pas exprimé dans des termes très précis, a employé pour atteindre le but qu’il se proposait, uu excitant chimique quelconque et uou pas l’inoculation d'un
appliquée largement par Piringer de Gratz, celle méthode hardie fut, dès ses premières applications, fertile en résultats heureux. Les malades qui y furent soumis guérirent, et la science put se croire enrichie d’une puissance nouvelle. Peu de médecins cependant, soit répugnance, soit excès de crainte, suivirent la nouvelle médication qui venait de révéler si victorieusement son efficacité. Jaeger et Piringer l’employèrent presqu’à l’exclusion de toutes les autres, et continuèrent à s’en louer pendant une longue suite d’années.
Les annales de la science reproduisirent néanmoins, de loin en loin, le résultat des expériences isolées de quelques praticiens, et toujours, chose remarquable, le succès les avait couronnées.
Comment comprendre dès lors la résistance invincible que l’introduction de l’inoculation a rencontrée dans la pratique? Comment excuser l’inexcusable jugement porté contre elle, par des auteurs, d’ailleurs très recommandables, qui ont déversé sur elle le blâme le plus sévère, sans jamais en avoir fait la moindre application.
Un assez grand nombre d’auteurs ne mentionnent pas même le procédé; certains ne font qu’en donner acte; d’autres le condamnent sans appel. Nous ferons à ce sujet les quelques citations qui suivent :
Ch.-J.-J. Carron du Villards (1) : « On fera bien de négliger le conseil que donne Jaeger, d’inoculer artificiellement l’ophthalmie d’Égypte pour activer la guérison; car il n’y a rien de certain sur l’efficacité de ce remède. Si l’on y a recours, il convient de le faire avec une extrême réserve. »
virus organique. S’il avait songé à recourir à ce dernier moyen, et que le succès eût couronné son expérience, il n'aurait certainement pas manqué de le dire clairement. (Desmarres. Trait, des mal. des yeux, p. 232, ire édit.)
(I) Guide pratique pour l’étude des maladies des yeux, t. II, p. Il 0. Bruxelles
Van Onsenoort : « L’inoculation me sourit peu, parce que les résultats en sont incertains, et qu’elle peut donner lieu aux mêmes produits contre lesquels on l’emploie. »
Chélius (1) « Suivant Jaeger on aurait quelquefois produit de bons effets, dans des cas très opiniâtres, en instillant du mucus provenant d’inflammation ou d’écoulement blenr.orrhagique. » — Et pas un mot de plus.
Schrey Vorstman (2) : « La proposition faite par le professeur Jaeger, qui a été couronnée, à ce qu’il paraît, d’un plein succès, et qui consiste à essayer l’inoculation du mucus provenant d’une ophthalmie blennorrhagique, me paraît dangereuse et téméraire, car on ne peut pas méconnaître que l’œil se trouve exposé à être atteint d’une destruction complète. »
A. Legrand (3) : « Il nous serait impossible de ne pas exprimer le sentiment pénible qu’a excité en nous l’exposé de cette pratique. Nous n’hésitons pas à la considérer comme un crime que la morale répudie, que l’amour de la science ne saurait excuser. Notre mission est de guérir, et nous ne pouvons nous permettre de donner une maladie à notre semblable que lorsque l’expérience prise en dehors de nous (ainsi qu’a fait Jenner) a prouvé qu’en suivant une semblable pratique, nous pouvons lui être utile, mais nous nesaurions lui causer un préjudice. »
Nous pourrions multiplier à l’infini les citations de passages des auteurs où l’inoculation blennophthalmique est sévèrement jugée, mais après cette dernière, où l’on trouve la condamnation, la stygmatisation d’un procédé curatif dont, de son aveu même, l’auteur n’a jamais pu voir les effets, nous croyons pouvoir nous arrêter et laisser les faits répondre plus tard à ce verdict où l’aveuglement semble le disputer à la passion.
(1) Traité des maladies des yeux, t, II, p. 383.
(2) De la blennorrhée des nouveau-nés et du pannus. Bruges 1841, p. 26. (3j Revue médicale de Cayol, 1848, p. 563.
Comme nous l’avons dit plus haut, l’inoculation a été appliquée isolémentpar quelques praticiens, en Hollande par M. Kerst, en Écosse par M. Dudgeon, en Belgique par M. Fallût, en Amérique par M. Stout, de New-York. Tous les faits rapportés par ces honorables praticiens sont des cas de succès et cependant aucun cl’entr’eux n’a généralisé le procédé.
Comme on le voit, l’inoculation n’a rencontré, sauf les inventeurs du procédé, que des champions assez timides ; quelques expérimentateurs, jaloux des progrès de la science en ont fait des applications isolées, mais l’ont réservée exclusivement aux cas extrêmes et désespérés, bien que, dans presque tous les cas cités par leurs auteurs, le succès eût dépassé toutes les espérances !
Nous devons toutefois faire exception en faveur de deux praticiens belges, MM. Hairion et Van Roosbroeck. Le premier à l’institut de Louvain, le second à l’Université de Gand, ont appliqué l’inoculation sur une large échelle. M. Van Roosbroeck continue à en faire usage toujours avec le même bonheur.
M. Hairion nous dit l’avoir employée dès l’année 1844 (ainsi qu’il conste d’une note qui se trouve à la page 6 d’un mémoire publié sur l’ophthalmiegonorrhoïque en 1846), et, dans l’espace de six années, en avoir obtenu dans vingt-six cas des succès remarquables qui ne se sont jamais démentis. Depuis trois ans ce praticien n’a plus dû recourir à l’inoculation, parce que, à l’aide du mucilage tannique, il est venu à bout de tous les pannus qu’il a rencontrés dans sa pratique. Il n’a pourtant pas renoncéà ce moyende traitement etil n’hésiteraitpoint àl’employer dans les cas qui se montreraient rebelles au tannin.
M. Van Roosbroeck, plus qu’aucun de ses confrères, est resté fidèle à la pratique de son illustre maître Fr. Jaeger. Dans plus
de cent cas dont nous possédons les observations, recueillies les unes par M. le DrVanweesemael, ancien chef de la clinique ophthalmologique de Gand,qui a bien voulu nous les faire parvenir, les autres par M. Bosch, chirurgien de l’Insti tut ophthalmique du Brabant, ou par nous-même, la guérison a été la règle presque invariable.
Nous avons suivi avec la plus scrupuleuse attention les diverses périodes que parcourt la blennorrhée résultant de l’inoculation dans les cas de pannus; nous avons recueilli, au lit du malade, plusieurs des observations que nous rapportons plus loin. C’est donc de visu que nous apprécierons le procédé opératoire dont nous tentons la réhabilitation. Après avoir pris connaissance des résultats constamment heureux obtenus dans les cas les plus désespérés, nos confrères reviendront, nous l’espérons, à plus de confiance, et ne repousseront pas plus longtemps une des pratiques les plus hardies à la fois et les plus efficaces que Tophthalmiâtrie possède.
Des indications de l'inoculation. — Bien différente des méthodes curatives ordinaires, celle que nous étudions offre d’autant plus de chances d’amener des résultats complets, que la maladie contre laquelle elle est dirigée, est arrivée à un plus haut degré de développement.
Les pannus affectant les deux yeux, les couvrant d’une trame épaisse, serrée, ne laissant plus apercevoir aucune trace du miroir de la cornée, sont ceux qui guérissent le mieux, ceux où les accidents sont le moins à craindre.
Quand le pannus est partiel, qu’il n’affecte qu’un segment de la cornée, ou quand, en ayant envahi toute la surface, il laisse apercevoir des espaces respectés par la maladie, ou bien lorsqu’il existe sur quelques points de la cornée des ulcérations de cette membrane, l’opération est contre-indiquée.
Dans le premier cas, la blennorrhée attaque le tissu resté sain, dépourvu du revêtement pathologique qui le préserve sur les points qu’il recouvre; dans le second, l’ulcération reprend sous son action une nouvelle activité et se termine bientôt parla perforation.
C’est donc dans les cas en apparence les plus graves, sauf ceux où il existe des ulcères de la cornée, ou des altérations de la conjonctive irrémédiables, comme dans la xérosis, que l’inoculation offre le plus de chances de succès.
Nous pensons qu’il est prudent de s’en abstenir quand un seul œil est malade. La difficulté de garantir celui qui est resté sain, des atteintes de la contagion, et les désordres que l’on a à redouter de la maladie s’abattant sur des tissus non garantis, commandent de réserver l’inoculation pour les seuls cas où les deux yeux sont entrepris. On s’exposerait, en s’écartant de cette ligne de prudence, à perdre celui des organes sur lequel le malade peut compter le plus. Dans le cas où l’on voudrait tenter, malgré ces légitimes appréhensions, la cure d’un œil isolément malade, il serait convenable d’appliquer à l’œil sain l’occlusion palpébrale la plus complète possible pendant toute la durée du traitement. En s’entourantde minulieuses précautions, il sera souventpossible de soustraire à la contagion l’œil ainsi garanti.
Quelques auteurs pensent qu’il n’est pas nécessaire d’inoculer les deux yeux, parce que dès qu’un œil est entrepris, l’autre ne tarde pas à l’être également. Nous ne comprenons pas l’avantage de cette pratique, qui a au moins l’inconvénient de retarder la terminaison de la maladie dans celui des deux organes qui a été attaqué le dernier, et d’empêcher ainsi que les deux yeux soient guéris en même temps.
Dans un cas actuellement en observation, l’œil inoculé avait déjà traversé la période ascendante de la blennorrhée, quand le second s’entreprit. Quand celui-ci en fut au plus haut état d’acuité
de l’inflammation, une recrudescence se manifesta dans le premier, et depuis la maladie suit son cours à la fois dans les deux yeux. Il est bien plus rationnel, on en conviendra, de faire l’inoculation des deux côtés simultanément, ne fùt-ceque pour éviter une plus longue durée du traitement.
De la matière à inoculer. — Jaeger et Piringer employaient la matière fournie par des yeux atteints de l’ophthalmie des nouveau-nés. La difficulté de s’en procurer toutes les fois qu’il en avait besoin, a engagé M. Van Roosbroeck à se servir indifféremment du pus blennorrhéïque, soit qu’il provînt de l’ophthalmie des nouveau-nés, de l’ophthalmie gonorrhoïque ou même de la matière d’écoulement de la gonorrhée uréthrale.
Dans nos inoculations, nous avons pris le pusblennorrhagique que nous avons pu nous procurer, sans nous inquiéter de ses caractères. Du moment où son introduction était suivie de l’explosion de l’ophthalmie purulente, nous avions ce que nous voulions obtenir; s’il en était autrement, nous recommencions jusqu’à ce que la maladie éclatât. La quantité de pus inoculé, sa nature, la date de la maladie dont il provient, ne semblent avoir aucune action sur le résultat final. Tel individu réfractaire à une première et abondante inoculation, se laisse aisément influencer à une seconde épreuve , par de la matière qui aurait semblé à l’examen bien moins active que la première. Tel pus qui, introduit dans les yeux d’un sujet, y demeure inoffensif, détermine au contraire chez un autre, les phénomènes les plus formidables. L’inoculation ressortit d’autant plus ses effets que les pannus sont plus récents; quand la conjonctive a été dès longtemps irritée par des frottements continuels ou par des cautérisations nombreuses, qu’elle est comme cutisée, il est parfois fort difficile, parfois même impossible d’y faire mordre l’inflammation artificielle.
Manière de procéder à l'inoculation. — Elle consiste simple-
ment à recueillir, au moyen d’un pinceau, la matière à inoculer, et à la déposer sur la conjonctive palpébrale. Quand on ne peut en agir de la sorte, on conserve le pus, comme on fait du vaccin, entre deux lames de verre, et l’on peut ainsi le garder pendant plusieurs jours, pour le transporter au loin. Au moment de s’en servir, il suffit de l’étendre d’un peu d’eau. Cette façon de procéder est moins sûre quele transport directde la matière fraîche, mais elle réussit le plus souvent. Elle réussit même, prétendon, quand le pus est étendu de cent fois son volume de véhicule. Quelquefois, malgré des applications réitérées, l’ophthalmie purulente ne se déclare pas, on peut alors introduire le pus sous l’épithélium au moyen de la lancette, ou faire précéder son introduction de scarifications sur les conjonctives.
, Symptômes résultant de l'inoculation qui a réussi. — Après un temps qui varie de 6 à 24, 36, ou même 72 heures, le plus souvent après 24 heures, le patient ressent dans l’œil des picotements qui vont croissant , de la photophobie et du larmoiement, symptômes initiaux de la blennorrhée qui va se déclarer ; bientôt la conjonctive se couvre de vaisseaux; les paupières se gonflent, deviennent rouges, œdémateuses; les larmes s’écoulent en abondance, mêlées d’un mucus qui devientde plus en plus épais et enfin purulent; les douleursdans l’œil, le pourtour de l’orbite et toute la tête, se développent; la fièvre survient avec ses caractères ordinaires, soif, anorexie, accélération de la circulation. Ordinairement 24 heures après le début, la purulence est établie; les paupières, tellement tuméfiées qu’on a peine à les écarter, laissent échapper incessamment des flots d’un pus irritant qui rougit, excorie les parties sur lesquelles il s’écoule. Quand on parvient à ouvrir l’œil , on le trouve uniformément rouge et chémosié, la cornée a disparu sous un voile rouge, épais, qui la recouvre tout entière; les conjonctives palpébrales participent à cet état et sont elles-mêmes tuméfiées, engorgées, boursouflées.
C’est alors que les douleurs de l’œil sont vives, empêchent le sommeil, et donnent les plus grandes inquiétudes au malade, et au médecin qui assiste pour la première fois à la scène qui se développe devant lui.
Nous ne faisons qu’esquisser à grands traits la blennorrhée oculaire dans toute sa gravité, renvoyant aux descriptions étendues des auteurs, le lecteur qui voudrait plus de détails.
Marche, durée, terminaison. — C’est une erreur de penser que la blennorrhée qui frappe des yeux affectés de pannus, n’atteint pas le même degré d’intensité que celle qui survient sur des yeux sains. Il est bien vrai que ses effets sur la cornée sont moins meurtriers, mais c’est à cause du revêtement dont le pannus la recouvre, et non à cause d’une moindre activité de l’inflammation. La marche de l’ophthalmie purulente artificielle et accidentelle est donc la même, et nous n’avons pas à nous y arrêter. Disons seulement qu’en général, après trois à quatre jours d’une marche ascendante, elle arrive au stade de rétrocession. Ce stade dure de trois à six semaines ; quand les symptômes les plus aigus se sont arrêtés, l’absorption des produits épanchés commence, et ordinairement après ce terme elle est complète.
Quand on assiste pour la première fois à la succession des phénomènes dont nous venons de tracer le tableau , on ne peut s’empêcher de concevoir des doutes sur le résultat. En effet, quand s’ouvre la période de résolution, quand le malade commence à pouvoir ouvrir les yeux et à supporter l’éclat du jour, les désordres paraissent irréparables, la cornée a disparu sous une couche de matière rouge, charnue, dont elle semble ne devoir jamais se dépouiller, et, à moins d’en avoir été plusieurs fois témoin, il est à peine possible de croire à la guérison, qui cependant ne doit pas faire défaut.
Traitement de la blennorrhée, suite de l'inoculation. — Tantque
-fil-
les symptômes suivent la marche que nous venons de décrire, on ne doit rien faire pour l’entraver. On se borne à laver les yeux à l’eau tiède, afin d’entraîner le pus qui se forme incessamment. Une seule circonstance peut indiquer l’urgence de l’enrayer. Quand la cornée commence à s’entreprendre, il se manifeste toujours une douleur excessivement vive, qui survient tout à coup, et dont le malade ne manque pas de se plaindre ; cette douleur est l’indice d’une lésion commençante, qu’il est encore possible d’arrêter. On aura donc soin de surveiller avec la plus grande attention, pendant les premiers jours, les malades inoculés, afin de recourir, dès que la douleur caractéristique s’éveille, aux moyens de salut que la science possède.
Il en est un que nous avons toujours vu réussir et que nous ne saurions trop recommander, c’est l’application du nitrate d’argent en crayon ou en solution concentrée. Cette application faite à temps, enraie les accidents, et le travail destructeur qui s’exercait sur la cornée s’arrête aussitôt, ne laissant après lui que des ulcérations superficielles et réparables. On est quelquefois obligéde revenirà de nouveaux attouchements, mais, en général, ils cessent d’être utiles si, après avoir pratiqué le premier, on instille toutes les heures dans les yeux une solution de 1 à 4 gr. de sel lunaire dans une once d’eau distillée.
Jaegeret Piringer ont conseillé, quand la blennorrhée paraît trop aiguë, trop violente, dechercher à en arrêter la marche par le traitement antiphlogistique, les purgatifs, les applications froides ; mais l’emploi de ces moyens débilitants réussit bien moins sûrement que la cautérisation.
Quand le travail de résorption semble se ralentir, que les produits épanchés ne disparaissent pas avec toute la rapidité qu’on est en droit d’espérer, on peut l’activer par l’usage des collyres, des poudres ou des onguents irritants, tels que les insufflations de poudre de calomel et de sucre candi (calom. ad. vap; sacch,
eand. aâ os; m. f. pulv. subtilissim.), la pommade au précipité rouge (oxyd. rubr. hydrargiri gr. ij ; axong. porc, drach. j), les instillations de solutions légères de nitrate d’argent (nitr. argent, gr. j; aq. stillat. ^j). Quand, au contraire, l’absorption s’opère d’une façon graduelle et régulière, quoique lente, il n’est pas nécessaire de chercher à l’accélérer.
Accidents. — Le seul accident qu’on ait à redouter, est l’ulcération de la cornée et la perforation qui peut en être la suite. Nous avons indiqué la façon dont elle se révèle et le moyen de l’arrêter au début. Lorsque, malgré cesprécautions, la perforation se sera déclarée, il faudra la traiter comme celle qui se présente dans les autres circonstances (1).
Suites. — Dans la majorité des cas, avant de reprendre sa transparence normale, la cornée conserve pendant assez longtemps un aspect nuageux qui diminue chaque jour. Déplus, le sujet semble atteint de myopie. Mais si l’on considère que cet état ne se corrige pas par l’usage des verres concaves, on sera plutôt porté à penser que si la vue ne récupère pas immédiatement sa perfection, c’est à cause de la longue privation de la lumière que le malade a subie, et parce qu’il ne peut recouvrer que par l’exercice l’intégrité de la fonction visuelle.
Un fait qui mérite toute l’attention et sur lequel nous ne nous appesantirons pas en ce moment, c’est que dans tous les cas où la succession des ■phénomènes, suites de l'inoculation , s’est déroulée sans entraves chez des individus atteints de granulations, quelque volumineuses et quelque anciennes qu’elles fussent, les granula-
(1) Dans le cas qui fait le sujet de la 2e observation, l’ulcération de la cornée eut lieu et fut annoncée par des douleurs très vives dans les yeux. La négligence de l’infirmier , qui n’eut pas soin de faire appeler le médecin, fut pour beaucoup dans la gravité de l'accident, qui ne put être arrêté dès son apparition.
lions avaient disparu quand la blennorrhée oculaire avait parcouru ses périodes. Ce fait pourrait fournir d’intéressantes déductions pour l’histoire encore bien incomplète de ce produit. Il nous apprend au moins que dans les cas de pannus accompagné de granulations, il est inutile de commencer par détruire celles-ci quand on se propose de recourir à l’inoculation, qui ne manque jamais d’en faire bonne et complète justice.
Récidives. — Dans quelques cas la récidive survient, quand après la guérison du pannus, on n’a pas eu le soin ou le pouvoir d’anéantir la cause qui lui avait donné naissance. Il n’y a aucuneraison qui empêche de recourir au moyen qui ad’abord réussi, si le sujet se retrouve dans les conditions où la première inoculation l’a saisi. Ordinairement la seconde inoculation épuise plus promptement ses effets que la première, et procure une guérison plus prompte (1).
Après avoir passé successivement en revue les différentes questions relatives à l’inoculation blennorrhagique, il nous reste à rendre compte de la façon dont la guérison du pannus s’effectue sous son action. Les auteurs n’en ont pas jusqu’ici donné l’explication. Voici celle à laquelle nous croyons pouvoir nous arrêter :
Dans la plupart des affections aiguës susceptibles de déterminer provisoirement un état vasculaire de la cornée, les modifications constitutives du pannus se développent parfois, mais si, sous l’influence d’un traitement rationnel et actif, la maladie doit se terminer par la guérison, une réaction s’opère, les produits épanchés sont résorbés et la cornée reprend promptement ses
(t) D'après de Hassner, quand la cornée a été atteinte de pannus et que cette affection a été détruite, la moindre irritation y provoque immédiatement un nouveau développement considérable de vaisseaux, ce qui arrive surtout dans les cas de cicatrice de la cornée , qui, sous l’influence de la moindre cause, s’entoure d’une injectiou considérable. Ou réussit aisément, en ménageant convenablement l'œil, à éloigner complètement celte injection qui est, du reste, sans gravité.
propriétés normales. Si cette réaction n’arrive pas, la cornée reste tapissée de vaisseaux et le pannus s’établit. Il persiste alors toutes les fois qu’il est sous la dépendance d’une irritation sourde et lente, ce qui est le cas le plus ordinaire. Rien ne contribue à le faire rétrocéder, parce que la réaction ne se produit pas et que la réaction est nécessaire à sa rétrocession.
Quand une inflammation violente vient à se greffer surces produits, on voit des vaisseaux nouveaux les parcourir dans tous les sens; les épanchements se ramollissent et ne tardent pas à disparaître. Les vaisseaux qui se sont développés sous l’influence de la blennorrhée artificiellement produite, jouent ici le rôle de bouches absorbantes; ils s’attaquent aux produits exsudés, ramollis sous la réaction inflammatoire qui s’en est emparée et les a rendus plus facilement absorbables. Ainsi , selon nous, l’inoculation amène la guérison du pannus, par l’activité nouvelle que l’inflammation imprime aux vaisseaux qui en constituent un des principaux éléments, par le ramollissement des exsudations, et enfin et surtout, par l’évolution des vaisseaux de nouvelle formation qui viennent donner à l’absorption des ressources dont elle sait profiter pour faire disparaître jusqu’aux dernières traces des produits pathologiques auxquels elle s’est attaquée, et qui sont essentiellement susceptibles de résorption, puisqu’ils ne renferment que des éléments analogues.
Si l’on nous demande maintenant pourquoi l’absorption s’arrête aux confins des tissus sains, pourquoi, arrivée à la cornée, elle enraie subitement son travail de destruction, nous répondrons en invoquant l’analogie de ce qui se passe dans une foule d’autres circonstances, où il est d’observation qu’après avoir accompli la tâche dont la nature l’avait chargée, l’absorption s’arrête aux abords des tissus normaux qu’elle sait respecter. N’est-ce point, en effet, ce qui se passe toutes les fois que des produits plastiques se sont épanchés abondamment pour remédier à certaines soin-
lions de continuité; la lymphe, généreusement distribuée, disparaît dans son excès quand la réparation est effectuée, et les parties reprennent la forme qui leur est dévolue par la nature.
Il reste un point à éclaircir dans l’intéressante question que nous venons d’étudier. L’ophthalmie purulente qui a été déterminée par l’inoculation, agit-elle d’une manière spécifique, ou seulement en vertu de la violente inflammation qui en a été la conséquence ? Depuis le fait dont nous avons été témoin et que nous avons consigné à propos du traitement du pannus par l’acétate de plomb, nous inclinons sensiblement vers cette dernière opinion. Aussi n’hésiterions-nous pas, si l’inoculation devait jamais nous inspirer la commune terreur qui l’a si longtemps tenue écartée de la pratique, à faire l’essai d’autres agents, si nous en connaissions qui fussent susceptibles de déterminer une inflammation suppurative égale à celle qui suit l’introduction dans l’œil du pus blennophthalmique. Mais où trouver l’agent capable de déterminer par le fait d’une réaction dynamique, les symptômes réflexes dont l’inoculation nous donne le spectacle? Quel est le corps irritant qui provoquera la série de ces phénomènes d’où sort la réaction indispensable au succès, et qui ne commencera pas par désorganiser les tissus auxquels on l’aura appliqué?
Nous abandonnons la solution de cette question aux inoculophobes, nous contentant, pour ce qui nous concerne, d’un facteur qui nous est connu et dont nous n’avons encore eu qu’à nous louer.
La pratique que nous venons de recommander avec la conviction profonde que le langage énergique des faits nous a inspirée, trouvera de nombreux adversaires , mais surtout, et nous oserions presque dire uniquement, parmi les médecins qui n’en ont point fait ou vu faire l’application. Pour ces derniers, l’idée de donner à leur semblable une maladie dont les effets meurtriers
leur sont connus, les frappera d’épouvante et les fera toujours reculer devant l’application. Un mot devra les rassurer: si, sur des yeux sains, les plus graves désordres sont souvent la suite 9e la blennorrhée, nous pouvons affirmer qu’il n’en est plus de même quand la cornée est protégée par la trame vasculo-membraneuse qui la recouvre ; le travail pathologique épuise son action sur ce voile protecteur, et quand il l’a fait disparaître, il s’arrête. Que ces phénomènes soient difficiles à expliquer, nous en convenons, mais quand l’expérience a parlé, il faut bien accepter ses arrêts.
Nous ne terminerons pas ce travail sans faire un dernier appel à la confiance de nos confrères; l’expérience d’autrui éclaire rarement celui qui n’y veut point voir, mais, en fait de médecine, où tout est pour ainsi dire expérimental, nous dirons presque empirique, quelle voie avons-nous à suivre, si ce n’est celle que l’observation nous a tracée? Dans le cas présent, les faits ont fait entendre leur langage brutal, sachons l’écouter et lui obéir puisqu’il nous conduit au succès.