‹ Du pannus et de son traitementChapitre 16 sur 17 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Obs. I. — Marcelle, Jean Nicolas François, âgé de 50 ans, portier de l’Institut ophthalmique du Brabant, est atteint depuis plusieurs années d’un pannus épais, suite de l’ophthalmie militaire, qui a résisté à tous les traitements appliqués par feu le docteur Cunier. Le pannus est devenu si dense, qu’il permet à peine au malade de se conduire. Nous citons ce fait en tête de nos observations, parce que l’individu qui en est l’objet est connu de tout le monde, et que tout le monde peut vérifier l’exactitude de notre dire, et ensuite parce que, attaché au service de l’ancien directeur de l’Institut, il a été traité pendant longtemps avec tout le zèle, toute l'assiduité possibles. Or, malgré ces soins intelligents, le pannus augmentait de jour en jour, et menaçait d’abolir complètement la vue.

Le 20 mai 1853, date où il est pris en traitement par M. Van- Roosbroeck, l’état des yeux est tel , qu’il est presque impossible de songer à l’améliorer; la photophobie est intense, le larmoiement abondant, la sensibilité extrême; le pannus est épais, vasculaire; on ne distingue plus à travers la cornée l’ouverture delà pupille; la vue est presqueéteinte. C’est dans ces conditions que l’inoculation est appliquée, à deux reprises, avec du pus provenant d’une urétrite aiguë et conservé entre deux verres, mais sans produire de résultat.

28 mai. — Nouvelle inoculation avec du pus provenant d’une urétrite aiguë, recueilli le matin à rhôpilal militaire.

30. — Après 32 heures d’incubation, l’ophthalmie purulente fait explosion à trois heures du matin. Dans l’après-midi du même jour, la purulence et tous les autres signes delà blennophthalmie aiguë sont établis.

Pendant les journées du 30 et du 31 mai , les symptômes ont été croissant; le gonflement des paupières, l’écoulement de pus, le chémosis, la fièvre, la céphalalgie, l’insomnie, rien n’y manque.

, 1er juin. — Ces symptômes ont cessé d’augmenter, l’amendement commence. — Diète absolue, lotions d’eau tiède.

2. — Diminution notable de tous les symptômes. La diète est remplacée par la demi- portion.

6. — Depuis le 2, la marche rétrograde de l’inflammation a continué. Le chémosis persiste toujours, mais le malade peut ouvrir les yeux. La cornée est entièrement cachée sous un voile épais, d’un rouge de sang. Il n’y a plus guère de douleur, la rougeur est moindre , l’écoulement puritorme est abondant, épais, crémeux. Le malade y voit moins que jamais , et commence à se tourmenter. La réaction paraît fléchir. On l’excite par des lotions avec le collyre de Conradi.

44. — Pendant les huit jours qui viennent de s’écouler, la résolution a fait des progrès, le mouvement des paupières dégonflées est devenu plus libre; les cornées tendent déjà à reprendre un peu de leur aspect normal ; en quelques points elles se sont dépouillées de la couche qui les couvrait. La vue commence à s’exercer à la grande joie du malade, impatient et découragé jusque-là. — Introduction, trois fois par jour, d’une pommade au précipité rouge, deux grains sur un gros d’axonge.

Depuis ce moment, la résolution a suivi son cours régulier; le 45 août, c’est-à-dire, deux mois et demi après l’inoculation, Marcelle a repris ses occupations; ses cornées sontdevenues assez claires pour lui permettre de lire les caractères moyens, ce qu’il n’a plus fait depuis quatre ans. Il y a cependant encore de la vascularisation et un petit nuage central à gauche, mais encon-

sidérant la marche si favorable de la résolution, tout fait présager qu’elle sera bientôt aussi complète que possible.

Obs. II. — Auger, Napoléon, âgé de 16 ans, d’un tempérament lymphatique, lils de M. Auger, major en retraite, est entré à l’âge de huit ans à l’école des enfants de troupe à Lierre, où il a contracté l’ophlhalmie granuleuse. Pendant plusieurs années il a été soumis à une foule de moyens de traitement, qui n’ont pas empêché le pannus de s’établir. Il y a deux ans, il a suivi les consultations du docteur Cunier, et a été cautérisé pendant dix-huit mois. Les granulations ont disparu, mais les cornées

l’admission de ce dernier à l’Institut des aveugles, où je suis appelé à le visiter à son entrée. Témoin des succès de l’inoculation, je décide le malade à s’y soumettre, et le 15 juin il entre à l’Institut ophthalmique.

15 juin 1853. — La matière d’inoculation est fournie par Marcelle (v. Obs. I), qui a l’ophlhalmie depuis 17 jours. Elle est introduite â 9 heures du matin.

16. — L’inflammation fait explosion â la même heure; vingtquatre heures après l’inoculation, le malade ressent des picotements, du larmoiement et successivement tous les signes ordinaires de l’invasion.

17. — Les quatre paupières sont fortement gonflées, œdémateuses, et une suppuration abondante inonde leurs intervalles; if y a réaction fébrile et douleurs modérées. La nuit a été agitée.

18. — Le malade n’a pas dormi, depuis la veille au soir, les douleurs sont devenues fort vives. On a négligé de faire prévenir le médecin, qui, le matin à la visite, trouve les paupières si gonflées qu’il ne peut les écarter pour s’assurer si, comme tout ïe fait craindre, les cornées ne sont pas entamées. — Applica-

OEil d’Augor, dessiné «avant l’inoculation. (Type rie pnnnus traumatique.)

Fig. «O.

sont couvertes des produits du pannus (voy, fiçj. 10). Au mois de juin 1853, la vue est complètement abolie à gauche; à droite elle suffit encore au malade pour se conduire.

Le major Auger, à bout de moyens et d’espérances, croyant la vue de son fils perdue sans retour, sollicite et obtient

tion du crayon de nitrate d’argent; collyre au nitrate d’argent, G gr. par once d’eau, à instiller quelques gouttes toutes les heures, diète, repos, lotions froides.

19-20 juin. — Amélioration, douleurs moins| vives, sommeil meilleur, — Mêmes prescriptions.

21. — On peut entr’ ouvrir les paupières, les deux cornées sont ramollies et ulcérées. — Continuation des instillations avec un collyre à 20 gr. ; frictions mercurielles belladonées.

22 juin au 1er juillet. — Mêmes moyens; amélioration progressive.

2. Il y a perforation centrale de la cornée et hernie de l’i-

ris à droite. — Continuation des prescriptions.

3 juillet au 3 août. — La résorption marche et n’offre rien de particulier.

3 Mût, — La hernie de l’iris est réduite. — Pommade au précipité blanc.

13. — L’ulcère de la cornée est cicatrisé. — Poudre de calomel et de sucre candi, à parties égales; une pincée dans l’œil, matin et soir.

19. — La cicatrice de la cornée est peu étendue et promet de ne laisser que peu de traces; il n’y a qu’une opacité légère, mais sans synéchie; la pupille est intacte et le pannus complètement dissipé. — Calomel et sucre candi.

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