I. ANATOMIE
Nous nous bornerons à décrire la texture de la cornée , seule partie nécessaire à connaître pour l’étude du pannus.
La cornée transparente, sous le rapport de la texture, peut être divisée en trois parties :
1° La couche externe ou tégumenlaire ;
2° La couche moyenne ou fibreuse ;
3° La couche interne ou séreuse.
Examinons successivement chacune de ces trois couches.
A. De la couche externe ou tégumentaire. — C’est la continuation directe de la conjonctive bulbaire , modifiée pour les besoins de la vision. Elle se compose de l’épithélium et de la lame élastique antérieure.
a. Épithélium. — La couche épithéliale est connue déjà depuis longtemps, puisque Winslow l’avait vue sur la cornée des moribonds et que Zinn l’a détachée après vingt-quatre heures de macération. Les anatomistes qui ne font pas usage du microscope l’ont désignée sous le nom de conjonctive cornéenne. C’est elle que l’on détache par la macération dans l’eau froide ou par l’immersion dans l’eau bouillante, ainsi que l’objecte fort bien Ribes qui , n’ayant vu se détacher que cette lamelle de la face antérieure de la cornée, nie formellement l’existence de la conjonctive cornéenne. Elle est décrite diversement par les auteurs; nous ne pouvons reproduire toutes leurs descriptions, mais nous en donnerons quelques unes des plus récentes et nous y ajouterons ce que nous avons vu nous-même. Krause (1) est le seul qui la considère comme formée d’un épithélium à cylindre, tous les autres anatomistes la décrivent au contraire comme un épithélium pavimenteux. Bowman (2), dans ses excellentes leçons, dit : « C’est cette couche délicate, molle et presque pulpeuse, qui forme la face antérieure de la cornée et que le couteau ou l’aiguille détache si facilement. Elle est la continuation de l’épithélium conjonctival qui tapisse la face antérieure de la scléro-
(t) Huschke, splanchnologie, p. 584.
(2) Annales d’oculistique. 15e année, t. XXIX, p. 245.
tique et double les paupières, et par conséquent de l’enveloppe cutanée de tout le corps... Sur la cornée les particules épithéliales sont excessivement transparentes, mais par leur position, par leur forme, par leur mode d’accroissement et d’usure, elles ont la plus étroite ressemblance avec l’épiderme. Chez les différents animaux , le nombre des couches d’épithélium varie en raison de la dimension de l’œil. Chez l’homme elles constituent une triple ou quadruple rangée dont l’épaisseur ne dépasse pas l/500e de pouce. Les cellules les plus profondes reposent sur la lame élastique antérieure comme sur une membrane basique ; elles sont légèrement allongées dans le sens vertical et se tiennent debout: les suivantes sont anguleuses ou légèrement globuleuses et les plus superficielles forment des écailles aplaties, empiétant plus ou moins les unes sur les autres et offrant à la lumière transmise une teinte plus foncée. Dans l’état naturel, les légères inégalités de ces écailles imbriquées sont comblées par le produit de la glande lacrymale , de façon à offrir aux rayons lumineux une surface de réfraction presque polie. »
Voici, d’un autre côté, la description qu’en donne Brücke, de Berlin (1) : « L’épithélium cornéen, qui est la continuation de l’épithélium conjonctival.est, comme ce dernier, formé de couches stratifiées. C’est cet épithélium qui, après la mort, se laisse enlever par lambeaux et a donné lieu à la dénomination impropre de conjonctive cornéenne. Les cellules y sont régulièrement nucléolées, comme dans tous les épithéliums stratifiés. Dans les couches supérieures, elles sont aplaties, assez régulièrement hexagonales, à parois épaisses et juxtaposées. Les cellules sous-jacentes sont polyédriques, guère plus grandes que les noyaux, et enfin dans les plus profondes on ne peut plus guère distinguer que les contours des noyaux. Le plus grand
(1) Anatomie de l’œil. Traduction deM. Gros de Moscou. Elle doit paraître en tête de la 2° édit, du Traité des maladies des yeux de M. Desmarres.
diamètre des cellules varie de 0m,03 à 0,06, le plus petit de 0,02, à 0,04. Les noyaux ont de 0m,007 à 0,009. »
Ce que nous avons vu diffère à certains égards de ce que ces auteurs rapportent. Cette couche épithéliale ressemble tout à fait à celle de l’épiderme. Elle est composée de trois ou quatre couches de cellules; les plus profondes sont les plus petites; elles paraissent assez irrégulièrement quadrilatères ou hexagonales. A mesure qu’on s’approche de la surface externe, elles s’agrandissent, se déforment et deviennent irrégulièrement arrondies, ovales, allongées, et les noyaux ne contiennent plus de granules, mais jamais le noyau ne disparaît complètement comme dans les vieilles cellules de l’épiderme, de même que nous n’avons jamais, dans la partie la plus profonde, aperçu de noyau sans enveloppe cellulaire (voy. fig. 6). Ces différentes couches sont situées horizontalement et superposées , et les cellules empiètent légèrement les unes sur les autres; l’épaisseur totale de l’épithélium cornéen est de 1 à 2 millièmes de millimètre. Pour bien l’étudier, il faut le détacher par le grattage de la surface d’une cornée humide, puis l’étaler sur une plaque de verre et diviser en deux parties la portion enlevée ; en laisser une dans sa position normale pour étudier la face superficielle et retourner l’autre pour voir la face profonde. C’est pour avoir suivi une autre conduite que Bowman indique que les cellules se tiennent debout; il a étudié, ainsi que l’indique la fig. 1, une coupe verticale, et c’est la pression de la lame de verre qui produit artificiellement cette disposition.
b. Lame élastique antérieure. — La seconde portion de la couche tégumentaire est la continuation directe du derme de la conjonctive, ainsi que le démontrent les préparations dont nous donnerons plus loin la reproduction par le dessin. Comme c’est Bowman qui l’a signalée le premier, il y a quelques années,
sous le nom de lame élastique antérieure, nous allons reproduire sa description (1) :
« Elle (la lame élastique antérieure) forme une couche continue, homogène , ressemblant par ses caractères essentiels à la lame élastique postérieure de la cornée, et à la capsule du cristallin , sans apparence de structure , transparente comme le cristal, et peu ou pas influencée par les acides. Dans l’homme, elle est épaisse de 1/4200 à 1/2000 de pouce et forme une enveloppe continue à tout le tissu lamellé ; c’est à elle qu’est dû l’aspect uni et brillant de la cornée, après qu’on l’a dépouillée par le grattage de l’épithélium conjonctival. Celui-ci repose sur elle, comme le fait l’épithélium sur la membrane basique ( basement membrane) dans d’autres endroits. Elle ne me paraît constituer qu’une forme très prononcée de la membrane basique du système muqueux , modifiée à un haut degré pour remplir un usage spécial.
« La manière dont la lame élastique antérieure s’unit avec les lamelles qu’elle est destinée à recevoir est très intéressante. La surface antérieure de la cornée est convexe, et la persistance régulière de sa courbure est un point capital pour l’exercice de la vision ; en effet, c’est elle qui fait subir aux rayons lumineux qui tombent sur l’œil, leur première inflexion. Enfin l’épithélium conjonctival n’étant qu’une substance molle et fragile, doit se mouler sur la surface qu’il recouvre; delà probablement l’arrangement que je vais décrire. La lame élastique antérieure, couche ferme, résistante, uniforme, est située au devant du tissu lamellé plus mou et plus poreux ; d’innombrables filaments, de la même nature qu’elle, l’unissent aux lamelles antérieures du tissu lamellé parmi lesquelles ils se répandent. Ces filaments, en pénétrant les lamelles, se divisent et s’étalent de manière à s’y attacher solidement, et à se terminer au milieu des quatre ou cinq
(1) Annales d’oculistique, t. XXIX, p. 242.
lamelles les plus rapprochées de sa surface. Ces b filaments ne sont pas verticaux , mais se portent toujours obliquement au milieu des lamelles , de sorte que, dans une coupe verticale, on les voit se croiser à angles droits. On pourrait, je crois, en s’appuyant sur les lois de la mécanique , démontrer que cet arrangement est le plus avantageux possible
Coupc verticale de la cornée humaine près de la surface, o, pOUr le maintien de la lame élastique antérieure ; b, épithélium conjonctival ; c, tissu , . p ,
lamelle ; d, intervalles entre les lamelles montrant les tubes FOÏlVCXÎtG Cl 6 13. I3C6 3ïlt6* cornéens aplatis; e, noyaux du tissu lamellé; g. cordes fibreu-
6es que la lame antérieure élastique envoie en bas. Grossisse* • i i *
ment de 500 diamètres. F16UF6 Cl 6 13 COFflGG.
« Il est évident, d’après la manière compliquée dont la lame élastique antérieure est unie au tissu lamellé, qu’il est à peine possible de la détacher en couches distinctes, et c’est probablement à cause de cela qu’on ne l’a point aperçue jusqu’ici. En réalité il est presqu’impossible de la démontrer, excepté sur la surface d’une coupe de la cornée.
« La lame élastique antérieure s’amincit extrêmement et disparaît vers la circonférence de la cornée. Cet amincissement coïncide avec une augmentation dans le nombre et la dimension des filaments qu’elle envoie au tissu lamellé, de sorte qu’elle semble se terminer en leur donnant naissance. De cette circonférence où elle cesse de pouvoir être distinguée, partent un grand nombre de filaments qui se portent vers la sclérotique en conservant l’obliquité qu’aurait eue la lame élastique, si, suivant sa courbure, elle eût été prolongée jusque là. Ces prolonge-
ments se mêlent avec les éléments de la sclérotique et se perdent graduellement au milieu de ses fibres. La manière dont le borà de la lame élastique antérieure est ainsi fixé, peut être rapprochée, par une comparaison grossière, de celle dont une tente est attachée au sol. »
Ce que nous avons à ajouter, bien qu’en opposition sur deux points importants avec cette description, confirme, cependant d’une manière irrécusable l’existence de cette lame élastique antérieure. Ainsi il n’est pas exact de dire qu’on ne puisse l’isoler des parties sous-jacentes; nous y sommes parvenu, et cela sans de bien grandes difficultés par deux procédés différents. 1° On pratique une coupe qui comprend une portion de cornée et de sclérotique revêtue par la conjonctive, on soulève cette membrane de dessus la sclérotique jusqu’au point où commence la cornée; on retranche d’un coup de ciseaux à ce même niveau la sclérotique, puis, saisissant avec une pince le lambeau restant de conjonctive, on racle avec précaution et l’on enlève tout le tissu propre de la cornée; la mince pellicule qui reste faisant suite à la conjonctive est la lame élastique antérieure. C’est ainsi que nous avons d’abord agi et que nous avons découvert la continuité de tissu entre cette lame et le derme conjonctival. 2° Mais il vaut mieux procéder en sens inverse comme nous l’avons
Fig. *. Fig. 3.
Lame élastique antérieure ou portion tégumen- Tairi' de la cornée soulevée.
a, cornée; b, sclérotique; c, commencement du tissu propre ou couche fibreuse de la cornée; b', portion de conjonctive bulbaire soulevée de dessus la sclérotique et se continuant sans ligne de démarcation bien prononcée avec la couche tégumentaire de la cornée soulevée de b' en b. Grossissement de 3 diamé 1res.
Même chose si ee n’est que la préparation comprend tout le diamètre transversal de la cornée; ci, a couche moyenne ou fibreuse de la cornée dont on a soulevé la couche superficielle ou tégumentaire: celle-ci est représentée en b’ c‘ faisant suite à la conjonctive, soulevée de dessus la sclérotique, b , c.
fait (fig. 2 et 3). La première est une portion de cornée d’en-i fant; nous avons, ainsi que cela est représenté, soulevé la conjonctive de dessus la sclérotique, puis en raclant, nous sommes parvenu à détacher la lame élastique antérieure sans rompre sa continuité avec le derme conjonctival. Dans la seconde, la même opération a été pratiquée de deux côtés sur un segment comprenant tout le diamètre de la cornée sur un œil d’adulte. Enfin, dans la figure 4, nous avons détaché
circulairement sur un œil d’enlant nouveau-né toute la conjonctive bulbaire d’avec la sclérotique, puis la lame élastique antérieure qui n’adhère plus que par un point à la face externe du tissu propre de la cornée.
Ces préparationspeuvent s’exécuter également sur des yeux d’enfants ou sur des yeux d’adultes. Cependant il nous a paru que les premiers étaient plus convenables, surtout quand ils ont macéré plusieurs jours dans de l’eau alumineusequi empêche faire voir sa c0,uinualkm au devant la putréfaction. En essayant de
a tissu propre ou couche fibreuse de la cornée; 6,
couche superficielle ou tegumentaire de la cornée sc (letaclier Cette lamelle. On TCCOn-
conlinuant sans ligne de démarcation avec la con- 7
ionctive: on voit en c la face externe de cette mem- „ i -i 11 .
lira ne renversée, et en d sa face interne qu’on a 11 cil t Q 116 18. lH6IïlDF8nC 811)11211166
rendue visible en retranchant l’une des paupières. G
Cet œil ayantété soumis auparavant à une injection f|p Tpnnn pi 1<1 rnnirmr»hVû en
fine, on voit fort bien la disposition des vaisseaux. a eut; il et la L UlJJUlietl V e
séparent circulairement avec facilité dans l’étendue d’un demi millimètre environ, espace dans lequel le tissu propre de la cornée est alors à nu, puis ces deux membranes s’unissent intimement et se transforment en lame élastique antérieure. Celle-ci, à la circonférence, est très intimement unie au tissu sous-jacent,
Fis-
mais lorsqu’en grattant patiemment avec un couteau à cataracte par exemple, on est parvenu à la soulever dans une petite étendue, elle s’enlève beaucoup plus facilement et même quand on tire simplement avec des pinces. On ne réussit pas toujours à la soulever ainsi isolément; quelquefois on la déchire au niveau de son point d’union à la sclérotique; le plus souvent on enlève avec elle une portion du tissu sous-jacent, de sorte que l’on pourrait objecter que c’est une lamelle créée artificiellement comme celles que l’on produit dans le tissu propre auquel on a donné pour cette raison le nom de tissu lamellé. Mais on n’a qu’à racler la membrane détachée pour en séparer les couches qui lui sont étrangères; on voit alors qu’elle est en continuité parfaite avec le derme conjonctival, et qu’elle représente une membrane mince, transparente, ferme, élastique, offrant, en un mot, toutes les qualités décrites par Bowman.En l’examinant au microscope, on n’y distingue aucune texture et l’on voit qu’elle se continue si intimement avec la conjonctive, qu’elle se fond insensiblement avec elle, et que ce n’est qu’à l’endroit où cessent les vaisseaux qu’elles deviennentdistinctes l’une de l’autre. La figure 5 donne une fort bonne idée de l’état des choses. Cette lamelle dont l’épaisseur est celle d’une mince feuille de papier, est bien unie par des filaments au tissu sous-jacent, mais nous n’avons point remarqué qu’ils affectassent une disposition aussi régulière que l’avance Bowman.
On nous pardonnera, nous l’espérons, d’entrer dans des détails aussi longs et peut-être minutieux, mais comme c’est
Fig. »•
Portion de conjoneiive sc continuant avec la lame élastique antérieure ou couche tégumcnlaire de la cornée vue au microscope.
a, conjonctive dont les vaisseaux ont été linement injectés; b , point où finit la conjonctive et commence la couche tégunientairede la cornée.
C’est à la cessation des vaisseaux seule qu’on reconnaît où celle dernière commence.
la première fois qu’on a, que nous sachions, réussi à séparer la lame élastique antérieure, il est bon de bien établir les faits, d’autant plus qu’ils peuvent servir à tranchercettequestion longtemps controversée : la conjonctive passe-t-elle au devant de la cornée ? Ribes se prononce pour la négative, s’appuyant sur ce qu’on n’a jamais pu la détacher; Riolan, Janin, Bayle, Meckel, Cloquet, Magendie et Wallace se prononcent dans le même sens. Nous croyons que nos préparations, reproduites par les figures ci-dessus, répondent à cette objection. J. F. Meckel (1), Stachow et Eble restentdans le doute. P. F. Walther et Schmidt regardent la membrane qui revêt la cornée comme de nature séreuse, Rudolphi et Arnol comme tenant le milieu entre les séreuses et les muqueuses; mais, comme le fait remarquer Huschke, la grande majorité des anatomistes la regardent comme une membrane muqueuse, modifiée en raison des besoins de la vision, et une continuation de la conjonctive sclérolicale. La pathologie milite fortement en faveur de cette opinion.
Quoi qu’il en soit, nous avons démontré que la couche superficielle de la cornée est constituée: 1° par un épithélium continu à celui de la conjonctive scléroticale; 2° par un derme également continu avec celui de la conjonctive. C’en est assez pour justifier la dénomination de couche tégumentaire que nous lui avons appliquée.
B. De la couche moyenne. — La couche moyenne ou fibreuse constitue la cornée proprement dite ; elle est la continuation directe des fibres de la sclérotique devenues transparentes par la disparition des fibres jaunes élastiques. Ces fibres, suivant Brücke (2) seraient aplaties et auraient en moyenne de 0,00ora de largeur sur 0,003 d’épaisseur, mais comme elles sont fortement adhérentes les unes aux autres, il est impossible de les
fl) Voy. pour ces citations une note savante de la splanchnologie de Huschke, p. 588.
(2; Loco citato.
Fig. «.
désagréger suffisamment pour juger nettement de leur forme et de leur dimension. Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’elles ressemblent beaucoup au tissu fibreux ordinaire. Elles pâlissent comme lui par l’action de l’acide acétique et laissent voir des
noyaux allongés, mais en moindre quantité que le tissu fibreux ordinaire. Elles sont rassemblées en faisceaux qui paraissent plus gros et plus nombreux dans le sens horizontal que dans tout autre, maisils envoient des prolongements dans toutes les directions, de sorte qu’en résumé on observe un véritable feutrage comme cela est représenté {fig. 6 d,).
Bowman (1) croit ce tissu lamellé ( lamellated tissue ) et évalue à 60 environ le nombre des lamelles superposées , mais il nie que les espaces interlamellaires contiennent un liquide, comme le pensent quelques auteurs et entr’autres le Dr Gros, de Moscou (2). Cette disposition lamellaire n’est point réelle, on crée les lamelles artificiellement en déchirant les faisceaux verticaux ou obliques que Bowman considère aussi comme des lamelles; au reste, cette partie de sa description est, contrairement aux autres parties de ses excellentes leçons, un peu obscure. Cet auteur croit qu il existe dans les interstices du tissu propre de la cornée des
Coupe verticale suivant l’épaisseur de la cornée montrant tous les éléments qui la composent; o, lame élastique antérieure ou couche tégumentaire ou 1 on voit une partie dépouillée de son épithélium, et sur le reste sont représentées en a, a’, a”, a’” les quatre couches de cellules dont le volume s’accroît à mesuie qu’elles se rapprochent de la superficie ; a, couche moyenne ou fibreuse ; c couche profonde ou sereuse, lame élastique postérieure de Bowman.
N. B. Il n’est pas possible de voir en une seule lois a
un aussi fort grossissement une pareille coupe de la
cornée; cette figure a dû être composée de différentes parties qu’on avait d’abord dessinées isolément, et qu’on a ensuite rassemblées.
(1) Loc. cit.
(2) id.
F,s> *• espaces limités sous forme de
tubes; il les a injectés à l’aide du mercure chez le bœuf.
Voici la figure qu’il en donne (v. fig. 7).
Ces injections qui réussissent bien sur la cornée des grands animaux ont aussi été pratiquées par lui , quoiqu’avec moins desuccès, chezl’homme (v. /Î0.8).I1 pense avec grande apparence de raison que ces tubes sont destinés à la circulation de la partie fluide du sang, qui traverse seule ce tissu si épais et si peu vasculaire. Ce tissu propre de la cornée offre une particularité remarquable ; le moindre dérangement dans la position relative des parties qui le constituent, comme, par exemple, un accroissement de tension, fait disparaître sa transparence. « Ainsi », dit Bowman, « si l’on comprime un œil frais entre les doigts, la cornée devient opaque à l’instant,maiselle reprend sa transparence , si l’on discontinue la pression. »
Union de la sclérotique avec la cornée. — On décrit généralement ces deux membranes comme taillées en biseau en sens inverse pour s’adapter récipro- Tubos de la roméc humaine inj«*>s de quement l’une à l’autre ; suivant quel-
mer-cure : aa extravasations par rupture. * 1
(pies auteurs, la sclérotique présenterait même un sillon pour
Fis. 8-
recevoir la cornée, qui s’enchâsserait ainsi à la façon d’un verre de montre. On peut en anatomie descriptive se contenter de cette comparaison ou de toute autre , mais quand on y regarde de près, on voit que tel n’est pas l’état des choses. Les fibres de la sclérotique se continuent directement avec celles de la cornée, qui n’en sont à proprement parler que le prolongement; quand on examine une mince coupe au miscroscope après l’action de l’acide acétique, on voit que le tissu fibreux de la sclérotique devient peu à peu transparent, sans qu’on puisse dire au juste où il finit et où commence celui de la cornée. Généralement les fibres les plus externes deviennent transparentes un peu plus tard que les profondes ; quelquefois les moyennes restent plus longtemps opaques et se prolongent ainsi dans les fibres de la cornée. Ce sont probablement ces diverses particularités qui ont fait croire au double biseau et à la rainure dont nous avons parlé.
C. Couche profonde ou séreuse de la cornée. — Nous en empruntons toute la description à Bowman (1) :
« Cette couche a été longtemps connue sous le nom de membrane de Demours ou de Descemet, sous celui de lame élastique de la cornée, ou de portion cornéenne de la membrane de l’humeur aqueuse. Elle se sépare très facilement par le grattage de la face postérieure du tissu lamellé de la cornée, auquel elle adhère très peu et dans lequel elle n’envoie pas de filaments comme le fait la lame élastique antérieure. C’est une couche uniforme, transparente, homogène, beaucoup plus mince que la lame élastique antérieure (elle n’a que 1/2000 à 1/3000 de pouce) ; la macération, l’ébullition et les acides ne l’altèrent point. Quoique très dure, capable de résister à une forte pression et rendant un son sec quand on la coupe avec des ciseaux, cette lame est très fragile et facile à rompre en morceaux qui montrent une remarquable tendance à s’enrouler sur eux-mêmes, et
(i) Annales d’oculislique, t. XXIX, p. 246.
toujours du côté de la partie antérieure ou naturellement convexe, de sorte qu’elle paraît avoir, lorsqu’elle est en place, une courbure tout-à-fait opposée à celle que lui ferait prendre son élasticité naturelle. Cette lame se termine au bord de la cornée par des fibres plexiformes appartenant au tissu jaune élastique, ou à une variété de tissu qui en possède tous les caractères essentiels.
« Elle est recouverte d’un épithélium (v. fig. 6 c), couche si délicate et si aisément détruite, qu’elle n’a été reconnue que dans ces dernières années. Elle est constituée par une simple série de cellules épithéliales à noyaux, placées côte à côte et unies par leurs bords.
Je crois que cet épithélium est limité à la cornée. Je lui ai donné le nom d'épithélium de l’humeur aqueuse parce que c’est le seul épithélium qui soit en rapport avec ce fluide. »
Des vaisseaux de la cornée. — A partir de la naissance la cornée humaine ne contient plus de vaisseaux. Les injections les plus fines ne sont pas parvenues à nous en démontrer la présence; nous n’en avons pas constaté non plus chez les sujets morts d’asphyxie ou de mort violente, examinés immédiatement après la mort, comme nous l’avons fait quelquefois chez des enfants asphyxiés pendant le travail de l’accouchement ou sacrifiés pour vice de conformation du bassin maternel. Dans ces cas cependant, on aperçoit très distinctement au microscope les moindres capillaires. Dans la conjonctive, les vaisseaux se terminent un peu avant qu’elle ne se transforme en lame élastique antérieure, soit en formant des anses, soit en s’anastomosant avec ceux plus profonds de la sclérotique. Cette disposition est fidèlement reproduite dans la fig. 5.
Ceux de la sclérotique se prolongent au contraire jusqu’à l’extrême limite de la transformation de ses fibres, mais aussitôt que celles-ci deviennent transparentes, elles ne renferment plus
de vaisseaux. Ceux-ci se terminent aussi en anses, s’anastomosent avec ceux plus superficiels qui proviennent de la conjonctive, ou s’enfoncent vers la face interne de la sclérotique pour s’anastomoser avec ceux de la choroïde ou de l’iris.
Malgré ce que révèle l’observation, beaucoup d’auteurs continuent de croire à l’existence de vaisseaux dans la cornée. F . Muller les a injectés sur un fœtus de brebis, mais s’il en existe chez le Fig. »• fœtus humain, ce que nous n’avons pas
encore pu vérifier, ils disparaissent avant la naissance. Chez un enfant né à huit mois et mort peu de temps après, nousneles avons plus vus qu’empiétant d’un demi-millimètre dans le tissu cornéen;ils étaient situés sous la lame élastique antérieure (v. fuj. 9).
Gerlach admet dans la cornée humaine des vaisseaux sanguins capillaires venant de la sclérotique. Voici le passage de son manuel de l’histologie (1 ) où il s’occupe de cette question :
« La question de savoir si la cornée renferme ou non des vaisseaux sanguins est une de celles sur lesquelles les anatomistes et les physiologistes n’ont pu encore se mettre d’accord. Car d’un côté les essais d’injection de ces vaisseaux n’ont donné jusqu’ici qu’un résultat négatif, de l’autre on a invoqué l’apparition subite de vaisseaux rouges en cas d’inflammation de cette membrane. On s’est enfin entendu en attribuant à la cornée des vaisseaux séreux dont nous avons réfuté l’existence (p. 186). Dans la cornée de l’embryon il y a sans aucun doute des vaisseaux sanguins, et ils ont déjà été injectés par J. Muller. Je les ai injectés sur un embryon de mou-
Portion de cornée d’un foetus né à huit mois et où l’on voit les vaisseaux delà conjonctive pénétrant dans le tissu de la cornée. (Vue au microscope.)
a, conjonctive parcourue par des vaisseaux; b, point où l’on a séparé la sclérotique d’avec la cornée; c, portion de cornéedont on n’a enlevé que l’épithélium et qui laisse voir dans 6on épaisseur des vaisseaux qui se continuent directement avec ceux qui proviennent delà conjonctive.
(1 ) Manuel d’hÎ6tologie générale et spéciale. Mayence 1848, p. 427.
ton de trois pouces de longueur, et j'ai trouvé un réseau à mailles larges de 4 millimètres de diamètre. Mais à la fin de la vie fœtale, ces vaisseaux disparaissent en s’oblitérant du centre vers le bord de la cornée. Sur un chat nouveau-né, on voit autour du bord de la cornée trois vaisseaux plus grands et circulaires, dont celui du milieu paraît être une artère, les deux latéraux des veines. Des vaisseaux capillaires partent de l’artère, pénètrent sous forme d’un réseau dans la cornée jusqu’à une demi-ligne de profondeur, mais finissent ensuite subitement en cul-de-sac. On doit les considérer, par conséquent, comme branches des vaisseaux embryonnaires en voie d’oblitération. La disposition est tout autre chez l’adulte. Ici les vaisseaux appartenant à la conjonctive, forment très manifestement des anses capillaires sur le bord de la cornée et ne pénètrent pas dans la substance de celleci. Mais il y a des vaisseaux capillaires très fins de 25 millimètres de diamètre qui viennent de la sclérotique et pénètrent dans la cornée, en accompagnant les filets nerveux et en formant des réseaux à larges mailles autour de ces filets. Sur un œil de bœuf dont l’injection m’a parfaitement réussi, j’ai pu les suivre jusqu’à deux lignes de profondeur dans la cornée, et M. Henle s’est assuré sur cette préparation de l’existence de ces vaisseaux. L’injection en est extrêmement difficile, non à cause de leur trop petit calibre, mais surtout parce qu’ils ne viennent pas directement de troncs plus forts et communiquent seulement avec les capillaires peu nombreux de la sclérotique. » L’argument principal des auteurs qui croient à l’existence des vaisseaux sanguins dans la cornée, et ils sont en majorité, il faut bien le reconnaître , c’est que ces vaisseaux sont indispensables pour la nutrition et que d’ailleurs à l’état morbide ils deviennent visibles, parce qu’ils sont alors pénétrés par les globules du sang dont jusqu’alors ils n’admettaient que la partie séreuse. Bowman, quia si judicieusement exposé toute la fine anatomie de l’œil, démontre parfaitement l’inanité de ces arguments. « D’ailleurs, »
dit-il, « les injections démontrent ce point de la manière la plus évidente. Nous savons maintenant que les capillaires sont, dans presque tous les organes, des tissus définis et limités, ayant leurs parois propres, et pouvant se distinguer des parties dans lesquelles ils sont situés; que leur petitesse ne dépasse pas une certaine limite, et qu’ils forment partout un système de tubes clos, poreux à la vérité, et capables de laisser transmettre par imbibition un liquide de l’intérieur à l’extérieur, et vice versa, mais ayant néanmoins des parois membraneuses entières et sans ouvertures ni orifices. Donc, si un tissu injecté présente un semblable système de canaux remplis artificiellement par la matière colorante, offrant des ramifications régulières, ayant des bords entourés par des capillaires entiers formant des anses arrondies, nous pouvons en toute sûreté affirmer que c’est à ce réseau vasculaire que se terminent les vaisseaux sanguins, et qu’au-delà le tissu est aussi imperméable aux particules rouges du sang qu’il l’a été à notre injection. »
Nous ajouterons qu’il y a précisément dans l’œil plusieurs autres parties, telles que le cristallin, sa capsule, le corps vitré, où la nutrition s’effectue sans que l’observation la plus attentive y révèle des vaisseaux. Au reste, des tubes où ne pénétreraient pas les globules, élément essentiel du sang, ne seraient pas des vaisseaux sanguins. Si les maladies en font voir dans la cornée, c’est que, contrairement aux opinions anciennes, rien n’est plus commun et souvent plus rapide que le développement, sous l’influence de l’inflammation, de vaisseaux sanguins dans des tissus qui n’en renferment pas à l’état normal. Quant aux capillaires signalés par Gerlach , ils pourraient bien n’être que les tubes cornéens décrits par Bowman et remplis éventuellement par la matière de l’injection.
Des nerfs de la cornée. — Ils ont été signalés pour la première fois par Schlemm, et constatés par Bochdalek, Valentin,
Kôlliker. Pappenheim les a poursuivis chez l’homme et chez plusieurs mammifères, depuis le sillon terminal de la sclérotique jusque dans l’intérieur de la cornée; ils proviendraient des nerfs ciliaires, et leurs faisceaux, de l?20e de ligne et au dessous, seraient au nombre de douze à dix-huit. M. Gros, de Moscou, les a vus au nombre d’une douzaine chez l’homme, avec une épaisseur de 0m,012 à 0,002. A deux millimètres du bord ces ramuscules commencent à envoyer leurs dernières fibres pour former un réseau nerveux délicat. Bowman est disposé à les admettre quoiqu’il n’ait pu les voir. Nous n’avons pas élé plus heureux que lui, bien que nous les ayons souvent soigneusement recherchés. Rien n’est, au reste, plus difficile que de suivre la terminaison des nerfs dans l’épaisseur des tissus. Ces nerfs ont encore été vus tout récemment par Lurschka (1). Voici comment il procède : il enlève la couche conjonctivale, puis la lame élastique postérieure , et fait macérer le tissu propre dans de l’acide acétique dilué. Il décrit ces nerfs comme extrêmement délicats, affectant dans le tissu de la cornée une division dichotomique et ne formant point d’anses à leur terminaison. Il indique l’œil d’un lapin blanc comme étant le plus propre à ces recherches.
Nous croyons avoir résumé l’anatomie de la cornée avec toute la fidélité possible. Nous n’avons pas avancé un seul fait dont nous ne nous soyons assuré nous-mème. Aidé dans nos recherches par notre laborieux et savant confrère et ami, A. Testelin, à qui nous devons les préparations représentées plus haut et que nous remercions ici de son excessive obligeance, nous n’avons négligé aucun des moyens d’exploration dont nous pouvions disposer pour arriver à la vérité. Les dessins ont élé faits sous nos yeux par notre ami M. le capitaine Mockel, à qui nous adressons aussi tous nos remercîments.
(1) Zeitschrift fur Rationnelle Medizin, n« X.