‹ Du pannus et de son traitementChapitre 4 sur 17 · II. ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

II. ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Nous avons cherché dans les auteurs, sans l’y rencontrer, la description anatomo-pathologique du pannus. Nous n’avons pas eu plus qu’eux l’occasion d’examiner sur le cadavre des yeux qui portassent les traces de cette affection. Force nous a donc été d’en déduire l’anatomie pathologique de l’anatomie normale de la cornée. Nous n’en laissons pas moins là une lacune que nous espérons pouvoir combler plus tard.

Scarpa parle bien d’un cas où, ayant injecté les veines et les artères de la tète d’un individu qui avait été atteint d’ophthalmie chronique variqueuse, il a trouvé que la cire, dont étaient exactement remplies les veines de la conjonctive , s’était frayé passage, tant dans le faisceau le plus relevé des mêmes veines, que dans les racines veineuses de ce même faisceau qui serpentent à la surface de la cornée, mais il ne dit pas ce qu’il a trouvé dans les canaux artériels. Sous ce rapport donc, la relation qu’il donne est très incomplète.

Les vaisseaux qui environnentla cornée et qui, à l’état normal, serpentent dans la conjonctive, sont superficiels ou profonds. Les premiers, situés immédiatement sous l’épithélium, sont pour la plupart veineux et commencent par des extrémités fines au pourtour de la cornée; dans le pannus par cause constitutionnelle, là où existent des troubles dans la circulation abdominale, ces racines remontent sur la cornée et de là regagnent les troncs devenus plus considérables parle fait de l’état congestif, et connus sous le nom de vaisseaux abdominaux. Ce sont ces racines cornéennes que Scarpa a injectées par les veines, ce sont là les branches vasculaires qui, dans le pannus constitutionnel, sedéveloppent tout d’abord.

Les vaisseaux profonds ou artériels sont situés entre la surface la plus externe de la sclérotique et les couches les plus profondes de la conjonctive. Ils proviennent des branches ciliaires de l’artère ophthalmique, et viennent percer la sclérotique à une demi-ligne environ de la marge de la cornée, où ils forment un cercle complet constitué par des anses régulières tout autour de la circonférence de la cornée, parallèlement à celle-ci et à une demi-ligne environ de son pourtour. Dans le pannus par cause traumatique, ce sont ces vaisseaux qui envoient des prolongements anormaux à la cornée, et comme ils sont situés sous la couche dermique de la conjonctive, ils viennent se placer à la cornée, sous la lame élastique antérieure , partie qui continue, comme nous l’avons vu, le derme de la conjonctive scléroticale.

C’est de cette façon que nous comprenons le développement des vaisseaux du pannus, qui diffère d’après les causes qui l’ont provoqué. Bientôt pourtant les choses se modifient, et les deux ordres de vaisseaux se suivent mutuellement dans leur accroissement, pour l’établissement de cet équilibre fonctionnel qui préside à la nutrition des organes. Aussi dans un degré avancé du pannus trouve-t-on :

1° Sous V épithélium, des vaisseaux veineux, larges, sinueux, variqueux, apportant leur contenu dans les vaisseaux dits abdominaux et partant efférents, et en outre des artères superficielles.

2° Sous la lame élastique antérieure, des vaisseaux artériels, prolongements des artères ciliaires, vaisseaux afférents.

Les épanchements plastiques qui, avec les ramifications vasculaires, constituent les principales productions pathologiques du pannus, sont situés sous l’épithélium pour la plus grande partie, ou, de même que les vaisseaux, sous la lame élastique antérieure de la cornée. Ils varient depuis l’exsudation séreuse jusqu’à l’induration. Dans l’état de simplicité du pannus, le tissu propre

de la cornée est indemne de toute lésion ; les exsudations sont déposées au dessus de ses couches les plus superficielles , et à quelque degré que la maladie soit parvenue, ces exsudats sont toujours susceptibles d’être résorbés sous l’action profondément modificatrice de la blennophthalmie oculaire.

Dans tous les autres cas, le pannus est compliqué d’autres lésions, telles que les ulcérations, les cicatrices, la dégénérescence albugineuse, dont l’examen ne doit pas trouver place ici.

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