II. DES DIFFÉRENTES FORMES DU PANNUS
Les auteurs ont le plus généralement admis deux formes de pannus, le pannus vasculaire et le pannus charnu. C’est la division la plus universellement reconnue, parce qu’elle est basée sur une phénoménologie rationnelle. Nous rencontrons cependant par ci par là, des sous-divisions plus ou moins compliquées, fondées sur les dyscrasies constitutionnelles, et qui ne nous paraissent avoir d’autre mérite que celui de surcharger le vocabulaire sans profit aucun pour la science. C’est ainsi que l’on a admis des pannus scrofuleux, arthritique, syphilitique, herpétique , etc. , que nous avons rangés tous dans une seule classe, celle du pannus constitutionnel.
Quelques auteurs reconnaissent un pannus aigu et un pannus chronique; nous pensons que cette division ne doit pas être admise, le pannus étant toujours une affection chronique ; l’état vasculaire de la cornée survenant rapidement, d’une manière aiguë, doit être considéré la plupart du temps comme appartenant à la kératite vasculaire, et sa description comprise dans celle de celle dernière affection.
Pour nous qui ne trouvons véritablement heureuses que les divisions dont il est possible de retirer quelque profit pour la thérapeutique, nous avons fondé la nôtre sur la cause d’où le pannus est issu, et nous en avons admis trois variétés qui sont: le pannus constitutionnel, le pannus traumatique etl e pannus trachômateux. Les deux premières appartiennent au pannus vasculaire des auteurs, la troisième n’est autre que le pannus crassus ou charnu. Disons tout d’abord que cette distinction, facile au début, cesse souvent d’être possible quand le pannus est arrivé à son plus haut degré. Nous l’avons adoptée parce qu’elle
peut être établie par le commémoratif et prendre une certaine importance dans l’établissement du traitement.
a. Pannns constitutionnel. — Naissant sous la dépendance d’un état congestif habituel des organes de la vue, le pannus constitutionnel a pour caractère principal la prédominance des vaisseaux variqueux qui sillonnent la cornée; les exsudations, au moins dans le principe, sont peu abondantes; la vascularité anormale domine la scène. C’est dans cette variété qu’il faut comprendre les espèces décrites sous le nom de pannus rhumatismal, sïjphilitique, etc., qui n’offrent pour nous que l’intérêt d’un traitement spécial à appliquer aux individus atteints de rhumatisme ou de syphilis qui viennent à contracter le pannus; son existence peut jusqu’à un certain point se rattacher à ces différents états , mais il ne leur emprunte pas de symptômes particuliers.
On conçoit aisément que dans cette variété, le traitement général doit répondre aux principales indications, et que l’excision de la conjonctive et des vaisseaux qui la parcourent ne fait qu’écarter un symptôme sans atteindre la cause. En général, les modificateurs de la constitution et les révulsifs intestinaux doivent entrer pour une large part, au moins dans les préliminaires du traitement.
b. Pannus traumatique. — Nous avons indiquéclequelle façon la présence des irritants locaux agit pour amener la vascularisation de la cornée ; les opacités préludent à son établissement et les vaisseaux variqueux ne se développent que consécutivement, et principalement à la partie supérieure de la cornée. Dans le pannus déterminé par d’autres causes que les granulations, les vaisseaux occupent plus souvent le bord inférieur que le bord supérieur du miroir de l’œil ; ils sont ordinairement plus foncés en couleur, plus rapprochés les uns des autres et plus régulièrement disposés en faisceaux ou plaques triangulaires.
Après avoir fait disparaître la cause de l’affection, le chirurgien doit favoriser par des moyens appropriés la résorption des produits épanchés. Ici encore, la résection des vaisseaux superficiels (les profonds ne peuvent être atteints) est contre-indiquée, ces vaisseaux ayant pour destination d’aider à la résorption qui doit amener la guérison.
c. Pannus trachômateux. — C’est évidemment à cette variété qu’il faut rapporter le pannus charnu (pannus carnosus ) ou sarcomateux. Ici l’aspect général de la cornée diffère essentiellement de celui que nous venons de considérer ; les limites de la cornée et de la sclérotique ont disparu sous une couche plus ou moins épaisse d’un tissu, ou plutôt d’une matière amorphe, résistante, tantôt rosée, souvent du rouge le plus vif, et qui ressemble à une tranche de chair placée sur elles ; la conjonctive sclérolicale participe de cet état, et dans l’immense majorité des cas, on trouve des granulations fongiformes et très développées sur les paupières. Il n’est pas difficile, à cette description, de reconnaître l’affection décrite par les Allemands sous le nom de trachôma, affection constituée par l'exsudation , sous l' épithélium conjonctival, d'un produit visqueux, gélatineux, susceptible d’organisation, affectant la forme de petites masses circonscrites ou bien se présentant comme une infiltration qui a lieu dans les tissiis. (Gullz.)
Sans entrer dans la discussion de la distinction à établir entre le trachôma et les granulations, sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, nous admettrons volontiers que le processus morbide que nous venons de décrire, d’après Gultz, Arlt, Rosas, est la cause ordinaire du pannus crassus. Il nous explique comment cette espèce de pannus est parfois si rapide dans son développement souvent très considérable, comment, malgré son épaisseur, elle cède avec une facilité remarquable à l’action des agents qui y déterminent un mouvement actif de résorption, comment
enfin elle n’est pas un degré avancé du pannus vasculaire, qui, aucontraire deceluidont nous parlons, est excessivement rebelle aux ressources de l’art.