PRATIQUE DU PANSEMENT
La première précaution à prendre, avant toute opération, est delaver le champ opératoire avec la solution aqueuse forte. Les instruments, les éponges, les drains, les fils à ligature, les diverses pièces du pansement, seront plongés dans l’eau phéniquée, contenant 50 gr. d’acide phénique pour 1000 d’eau.
Le chirurgien et les aides devront tremper leurs mains dans une solution aqueuse d’acide phénique à 2 pour 100.
Avant le premier coup de bistouri, les aides enverront sur le champ
opératoire les pulvérisations phèniquées. Si l’on se sert du pulvérisateur à main et à un seul jet, il faudra en avoir deux.
Le tube d’émission ne doit pas être trop près de la plaie ; le nuage phéniqué doit envelopper le champ opératoire, les mains du chirurgien, et arriver à la hauteur de un pied à un pied et demi. L’aide doit surveiller sans cesse la direction du jet et le fonctionnement de l’appareil. Si l’opération devait être suspendue pour un motif quelconque, le chirurgien, avant de la reprendre, plongerait de nouveau ses mains dans la solution phèniquèe; et, si l’on était obligé de suspendre le jeu des pulvérisateurs, on recouvrirait la plaie d’une compresse imbibée de la solution antiseptique faible.
Si les ligatures des vaisseaux sont faites avec le catgut , on coupe les fils ras des nœuds, que l’on abandonne dans la plaie.
Nous n’insisterons pas sur ce mode de ligature, que nous n’avons pas vu appliquer. Nous renverrons ceux qui voudraient s’occuper de cette question spéciale à l’article que M. Lister a publié à ce sujet dans le journal anglais tlie Lancet , du 3 avril 1869, et à la thèse du docteur de Mirimonde, soutenue l’année dernière devant cette Faculté.
Lister ne fait pas de la ligature absorbable un point indispensable de la méthode antiseptique. Dans sa note, insérée dans Holmes A System ofsurgery il déclare que l’on peut lier les vaisseaux avec des fils de soie, pourvu qu’ils aient été trempés dans la solution phéniquée. Le chirurgien ne doit pas être avare de ligatures; il doit, avant de réunir la plaie, s’assurer que la moindre artériole qui peut donner du sang a été liée ou tout au moins tordue.
On rapproche ensuite les lèvres de la plaie de manière à obtenir une réunion par première intention , sur une étendue aussi considérable que possible; et, pour prévenir la tension que causerait l’accumulation des exsudations qui pourraient se produire dans le fond de la plaie, on placera un ou plusieurs drains d’un calibre plus ou moins grand, selon l’étendue et la profondeur de]la plaie. Les sutures seront pratiquées avec des fils d’argent ou des fils de soie rendus antiseptiqeus.
Enfin on procède au premier pansement, toujours sous le jet des , pulvérisateurs.
On place immédiatement au contact de la plaie le protective, qui doit la préserver de Faction de l’acide phénique. Le protective doit être examiné avec soin, et on doit le rejeter s’il présente la moindre êraillure ou la moindre solution de continuité ; car l’acide phénique, dégagé par la gaze antiseptique, se faisant jour jusqu’à la plaie par cette voie, déterminerait une cautérisation énergique, que Lister considère comme l’une des causes de la suppuration, et qu’il veut éviter.
Le protective doit envelopper la plaie et la dépasser d’une étendue peu considérable, de façon à permettre aux liquides venant de la plaie d’arriver à Y antiseptie gauze.
Immédiatement au-dessus, on place huit feuilles de gaze antiseptique, et entre la septième et la huitième l’imperméable, ou mackintosh. Enfin on fixe le pansement par des tours de bandes faites de gaze antiseptique. Ces bandes ne glissent pas et présentent une grande résistance.
Lorsqu’on juge qu’une certaine compression peut être utile, on place au-dessus du protective une éponge de forme convenable, trempée dans la solution phéniquée forte et exprimée avec soin ; le reste du pansement se fait comme d’habitude, et on exerce au moyen des bandes le degré de compression que l’on juge convenable.
On doit immobiliser de son mieux le point blessé et lui donner la direction qui favorisera le mieux l’écoulement des liquides.
Lister conseille de renouveler les premiers pansements chaque vingtquatre heures, et, plus tard, de retarder de plus en plus leur renouvelleraient.
Généralement les plaies traitées par la méthode antiseptique exhalent, les premiers jours, d’abondantes sérosités, dues à une action spéciale de l’acide phénique sur les tissus ; c’est pour cela que le pansement doit souvent être renouvelé au début. Néanmoins nous avons vu à Lyon, et cela assez fréquemment, le premier pansement rester en place pendant trois et quatre jours sans que le malade en éprouvât le moindre inconvénient.
L’exhalation séreuse des premiers jours était souvent peu abondante.
De vives douleurs ressenties par le malade nécessiteraient le renouvellement du pansement, car elles indiqueraient que l’acide phénique, s’étant fait jour jusqu’à la plaie, exerce sur elle une cautérisation nuisible.
La moindre odeur fétide sera pour le chirurgien un signe que le pansement est mal fait. Il devra le renouveler aussitôt.
A mesure que la plaie se cicatrisera, on laissera de plus longs intervalles entre les pansements.
On ne découvrira jamais la plaie que sous le jet du pulvérisateur, qui devra fonctionner jusqu’à ce que le nouveau pansement ait été appliqué.
Le fond de la plaie se cicatrise vite et repousse les drains. On les retirera pour les raccourcir ; on pratiquera d’abondantes irrigations phéniquées avec la solution forte ou avec la 'solution faible, selon l’aspect que présentera la plaie.