OBSERVATION VII
Tumeur encéphaloïde du sein droit.; ablation avec perte de substance de la peau. Pansement alcoolique.
Le 27 février, l'opération est pratiquée. La plaie qui eu résulte est obliquement étendue du milieu du creux de l’aisselle droite vers le mamelon. La partie de peau malade étant enlevée, il eu existe encore un vaste lambeau au-dessous de l’incision première, par suite de la dissection de la tumeur. On le réunit à la lèvre supérieure de la plaie. Celle-ci se trouve fermée dans ses deux tiers supérieurs par la suture; dans son tiers inférieur existe une surface saignante de 3 à 4 centimètres en tous sens. 11 résulte de celte disposition qu’un cul-de-sac ass^z grand existe au-dessous du lambeau. Une compression lég est pratiquée eu ce point, et la plaie esl pansée simplement.
Le soir de l’opération, le pouls esl calme; quelques douleurs dans le bras droit sur le trajet des nerfs; douleurs pulsalivcs au niveau de la plaie. — Bouillon, potage, vin.
Le 28. II y a eu une légère hémorrhagie; un peu de sang et beaucoup de sérosité de mauvaise odeur imprègnent les pièces du pansement; pas de fièvre. — Une portion, vin.
Le 1er mars. La fièvre n’a point paru, l’appétit est conservé, mais la malade se plaint de la mauvaise odeur de sa plaie. Les pièces du pansement sont en effet imbibées de sérosité à odeur fétide; la plaie est réunie dans la moitié supérieure; mais, après avoir enlevé les points de suture , les bords s’écartent inférieurement en ce point; ils sont tuméfiés, ainsi que le pourtour de la plaie à ciel ouvert. Le fond de celle-ci est recouvert d’une couche pultacée et grisâtre. En pressant contre le lambeau inférieur, on fait sortir un liquide séro-purulent sentant très-mauvais. On pratique une injection d’alcool camphré sous le lambeau , et sur toute la plaie est appliqué un gâteau de charpie imbibé du même liquide.
Le 2. L’odeur fétide a disparu, et la matière grisâtre du fond de la plaie se détache et laisse voir une belle coloration rosée. Les lèvres ne sont plus tuméfiées, pas de fièvre; la malade a bon appétit et se lient assise toute la journée sur son lit ; l’application de l’alcool fait éprouver quelques cuissons, mais trèspeu vives et passagères.
Du 3 au 6 mars. De pansement est fait deux fois le jour, ainsi que les injections au-dessous du lambeau. Les bourgeons charnus apparaissent sur les bords et dans le fond de la plaie, et la suppuration est peu abondante.
Le 11, La marche de la plaie est très-régulière; sous l’influence des mêmes, soins le lambeau inférieur est recollé, et il ne reste à cicatriser que la partie non réunie de la plaie. Celle-ci , recouverte de beaux bourgeons charnus, mais mal disposée par sa forme presque arrondie à une cicatrisation rapide, ne fut guérie que le li avril, jour où la malade sort de l’hôpital.
Plusieurs fois nous avons eu ainsi l’occasion de modifier salutairement, dès le 3mc ou le 4mc jour, certaines plaies dont l’aspect était mauvais ou l’odeur fétide. Ce moyen nous a été surtout précieux pour
un homme à qui on avait extirpé une tumeur de la parotide avec une partie du maxillaire inférieur. La vaste cavité résultant de cette opération communiquait avec la bouche. Dès le 3R jour, le malade se plaignait de l’odeur infecte des liquides qui étaient versés sans cesse dans la cavité buccale. Une inflammation assez vive s’était emparée des parties voisines de la plaie, la fièvre était intense, l’appétit nul; on essaya des applications de coaltar saponiné, dont l’odeur parut plus mauvaise au malade que celle qu’on voulait combattre. Conseillé par M. Germe, un externe du service, qui avait vu la pratique de M. Lestocquoy, à Arras, nous remplîmes cette cavité avec de la charpie imbibée d’alcool pur. A partir de ce moment, les accidents s’amendèrent, la décomposition putride des liquides n’eut plus lieu, et la plaie se cicatrisa sans accidents. Ce fut là un des premiers cas où l’alcool fut employé.
Le D1 Lecœur , de Caen, rapporte un cas à peu près semblable pour la rapidité de la modification obtenue.