OBSERVATION VIII
Lia homme avait eu riudex droit écrasé par une pierre volumineuse qu’il voulait soulever et qui retomba sur le doigt; toutes les parties molles étaient dilacérées , les os dépouillés mais intacts, ainsi que les articulations des phalanges; la gaine des tendons fléchisseurs déchirée en plusieurs points; les vais seaux donnaient abondamment. C’était un cas à amputation immédiate, tant le délabrement était considérable. Néanmoins je lavai et lis baigner à l’eau fraîche pour inonder la plaie et t arrêter l’hémorrhagie; je rapprochai le moins mal que je pus les lambeaux, en recouvris les surfaces osseuses, le tout main-
tenu avec une petite bandelette de linge disposé en spirale, et poussai avec de la charpie imbibée d’eau fraîche, en recommandant de renouveler fréquemment l’imbibition.
A deux jours de là, le doigt exhalait une odeur fétide, la plaie était blafarde, grisâtre, ichoreuse; le sphacèle menaçait d’envahir l’organe en entier, ,1e n hésitai pas à substituer à la charpie mouillée d’eau de la charpie fortement imbibée d élixir de longue vie de Lelièvre (teinture alcoolique d aloès). Pansement matin et soir; amendement de la plaie dès le lendemain; guérison rapide sans accidents ni difformité en peu de jours.
B. Dans les décollements étendus de la peau, dans les fusées purulentes profondes, où la suppuration, sans être de mauvaise nature, épuise le malade par son abondance et sa durée , les injections et les pansements alcooliques sont de la plus grande utilité. Avec eux nous avons été témoin de succès qu’il n’était pas permis d’espérer par tout autre moyen. Ils préviennent en effet la décomposition du pus, tarissent sa sécrétion en peu de temps, ou du moins la diminuent considérablement, et favorisent le recollement des clapiers. Il va sans dire que l’on doit faire des ouvertures assez larges et bien placées pour l’écoulement des liquides. Les tubes à drainage de M. Cliassaignac sont aussi très-avantageusement employés dans ces cas. Outre qu’ils favorisent la sortie du pus, ils permettent de faire pénétrer l’injection d’alcool dans toute l’étendue du foyer. M. Nélaton a pour pratique de passer ces tubes dans des incisions assez larges préalablement faites. De cette façon , on est plus assuré de tenir le foyer toujours vide que si on a seulement perforé la peau avec un trocart , comme le fait M. Chassaignac. Le tube remplit l’office d’un
séton pour empêcher l’union des bords de l’ouverture cutanée, et c’est par celle-ci plutôt que par le tube lui-même que s’écoule le pus.
Les injections sont faites avec de l’alcool pur à 20 degrés environ , le matin et le soir , si l’état du malade et l’abondance de la suppuration le rendent nécessaire. La crainte d’augmenter la réaction inflammatoire ne doit pas empêcher de se livrer à cette pratique. Jamais nous n’avons vu le mouvement fébrile s’augmenter sous son influence.
Il est important que le liquide atteigne bien toutes les parties du foyer. On est sûr que ce résultat est atteint, alors que l’injection étant faite par une des ouvertures, elle sort en jet par toutes les autres. Pour maintenir l’alcool en contact avec les parois du foyer, on fait boucher par des aides toutes les ouvertures, à part celle par ou on le fait pénétrer. Après dix minutes ou un quart d’heure au plus, on le laisse s’écouler.
La douleur qui suit cette opération est peu vive et dure peu de temps. Dans les foyers sous-cutanés elle est plus accusée que dans les foyers profonds, mais jamais assez pour qu’on puisse craindre de recourir à ce moyen.
Les modifications que l’on doit attendre s’observent d’ordinaire après quatre ou cinq injections dans les foyers très- étendus, mais dans les petits une ou deux suffisent pour produire un résultat favorable. Dans les phlegmons diffus sous-cutanés en suppuration, on ne peut espérer un recollement rapide que si les lambeaux de tissu cellulaire mortifié sont éliminés. Mais quoiqu’on ne soit point arrivé à cette
période, dès cpie les incisions sont laites, on doit employer l’alcool, car on modère ainsi la formation du pus on le conserve sans odeur , et on empêche le foyer de s’étendre plus loin. L’intensüé inflammatoire préexistante ne doit point empêcher cette pratique; jamais elle n’est augmentée, elle décroît plutôt. D ai leurs il faut la combattre par les moyens habituels : cataplasmes, bains, etc.