CHAPITRE V
DE L’ACTION PRÉVENTIVE ET CURATIVE DE i/ALCOOL DANS LES ACCIDENTS DES PLAIES.
L’inflammation, l’érysipèle, la pourriture d’hôpital et l’infection purulente, sont les accidents les plus ordinaires et les plus redoutables. Nous allons essayer de prouver que le pansement alcoolique jouit d’une efficacité réelle pour les prévenir ou les combattre. Pour cela, nous nous baserons sur les observations cliniques et sur l’interprétation du mode d’action des alcools sur les tissus vivants.
1° Inflammations. — Toutes nos plaies, réunies immédiatement ou secondairement, quels que fussent leur forme, leur siège et leurs complications, ne nous ont présenté que des phénomènes inflammatoires nuis ou peu tranchés. Les bords, habituellement tuméfiés et douloureux durant les premiers jours par le pansement simple, sont toujours restés souples et à l’abri de gonflement trop considérable. Bien plus, nous avons vu plusieurs fois, sous l’influence de l’alcool employé vers le troisième ou quatrième jour d’une plaie, l’inflammation déjà développée disparaître très-rapidement. Dans le cas qui fait le sujet de notre observation 4, les lèvres de la plaie ont été le siège d’un phlegmon sous-cutané terminé par suppu-
ration. Mais sa marche a été bénigne et l’abcès qui ! a suivi a rapidement cédé aux injections alcooliquees malgré la gravité du traumatisme qui l’avait produit. Dans les décollements de peau, l’inflammation a éga-
lement disparu dès le moment où l’alcool a été employé. Nous ne l’avons pas cependant essayé dans les cas où une inflammation étendue a acquis son summum d’intensité. M. Lestocquoy a eu la hardiesse de s’en servir sur des phlegmons diffus ou circonscrits,
alors que le pus n’était pas encore formé. Il avait soin de faire de larges incisions préalables sur les parties enflammées, et par ces deux moyens combinés il a vu souvent la résolution s’ensuivre. Comment comprendre l’action antiphlogistique de l’alcool? Si l’on vient à appliquer un tampon de charpie imbibée de ce liquide sur une partie de peau naturellement injectée, celle-ci ne tardera pas à pâlir. Si l’action dure un ou deux jours, l’épiderme se soulève et renferme au-dessous de lui, dans quelques cas, un peu de sérosité. La surface du derme dénudée en ce point a un aspect pâle. Il semble dès lors que l'alcool ait eu une action sur les parois des capillaires sanguins, de manière à les contracter fortement et chasser ainsi le sang qu’ils contiennent. Or on sait que la stase du sang dans les capillaires est un des premiers phénomènes locaux de l’inflammation. L’alcool, en rétrécissant ces vaisseaux et en leur donnant une tonicité plus grande, ne s’opposerait-il pas ainsi à l’inflammation ?
Quoi qu’il en soit de la valeur de la théorie, les faits restent. Toutefois nous n’oserions conseiller l’application de l’alcool à un certain degré d’inflamma-
î-ion sans recourir à 1 incision. Il doit y avoir un moment ou 1 atonie des capillaires résiste à tous les excitants, et, dans ce cas, chercher à surmonter cette
atonie serait au moins inutile, sinon nuisible.
2 Érysipèle. Durant toute l’année dernière nous n avons eu à constater que deux seuls cas d’érysipèle parmi nos opérés pansés à l’alcool : l’un à la suite d une ablation du sein, l’autre après l’extirpation d’un lipome du dos. Quoique tous les deux aient eu une marche ambulante, il ne se sont pas accompagnés des symptômes graves que l’on constate en pareil cas. Cette année, où la même pratique de pansement a été rigoureusement suivie, les quelques érysipèles qu’il y a eu ont été également remarquables par leur bénignité.
Ceci est- il dû au bon état où les plaies ont été maintenues? L’alcool a-t-il été pour quelque chose dans ces terminaisons heureuses ? Nous ne voudrions pas répondre trop affirmativement, faute de preuves suffisantes, mais notre croyance est en faveur de cette idée. Nous avons vu en effet plusieurs fois M. Nélaton faire appliquer l’alcool sur des érysipèles, et bientôt par cette influence la peau pâlissait, et la marche du mal était certainement moins active.
3° Pourriture d'hôpital. Nos plaies ne nous ont présenté aucun cas de cette complication. Ceci ne suffit pas pour établir l’action préventive du topique; mais, quant à son action curative, elle ne pourra pas être mise en doute après qu’on aura lu l’observation suivante, que nous devons à M. Lestocquoy.