‹ Du pape. 25. éd., seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 3 sur 85 · V. tr. h. et tr. o. s. L. C. de M · texte numérisé non relu

V. tr. h. et tr. o. s. L. C. de M

Turin , 22 janvier 1820.

Monsieur ,

J'ai reçu vos deux lettres des 20 et 27 décembre dernier. Je voulais vous exprimer tout à la fois mon plaisir, mais il faut diviser la motion. Le plaisir me manque encore ; la reconnaissance parlera seule. Mon livre ne m'est point encore parvenu, mais d'autres en sont possesseurs. Un seul de mes amis, qui avait écrit d'avance à je ne sais quel libraire de Lyon , en a reçu treize exemplaires. Je lui en ai emprunté quelques-uns en riant, pour satisfaire à w s offrandes premières et de devoir. J'espère qu'incessamment mon ballot de Chambéry ou celui de M. l'abbé Valenti arriveront à leur destination.

Mais que ne vous dois-je pas , Monsieur ? Et qu'est-ca

Vît!

que ne vous doit pas mon ouvrage? Il n'y a pas , je crois, une page qui ne vous soit redevable et qui ne vous soit retournée améliorée par vos observations. J'espère que , de votre côté , vous m'aurez trouvé tout à fait pliant , et toujours prêt à entendre vos raisons, c'est-à-dire la raison. Je ne vous parle pas de cette petite misère d'épigraphe; ce n'est rien; et si voire scrupule m'était arrivé plus loi, j'y aurais mis bon ordre; mais comme je vous disais, ce n'est rien. Priez , au reste , vos amis , et je vous le dis avec franchise et confiance , essayez vous-même de traduire en douze syllabes françaises oix «yxflov noXwoipxvivi , eTs xoipzvcç êsTw4. Vous verrez de quoi il s'agit.

Il y a bien longtemps, Monsieur , que j'ai écrit à vous ou à M. R. (je ne me rappelle plus lequel) pour vous prier ainsi que M. l'abbé Besson 2 , de vouloir bien vous emparer des premiers exemplaires , comme il était bien naturel ; mais comme je ne reçois à cet égard aucun avis, permettez-moi de vous en offrir en particulier six exemplaires , sans préjudice de ceux qui pourront vous être nécessaires au delà de ce nombre.

J'espère aussi que vous voudrez bien coller sur l'un de ces exemplaires , le petit billet suivant; ce sera le souvenir d'an inconnu. C'est un étrange mot , Monsieur , auquel mon oreille ne s'accoulume pas. Ma femme a élé beaucoup plus chanceuse, et jamais elle ne sait que je vous écris , sans me charger, comme elle le fait aujourd'hui , de mille amitiés pour vous.

(1) La pluralité de princes ne vaut rien; il faut un souverain unique.

(2) L'abbé Jacquea-Fr. Besson, alors curé de la paroisse Saint-Niziei de Lyon , mort évèque de Metz , le 23 juillet 1812.

Revenant à la littérature , il me reste peu de chose à vous dire sur le Ve livre. Je fairai (sic) certainement droit à vos observations postérieures au chapitre XI , comme à toutes les autres. J'adopterai surtout bien volontiers tout ce qu'on appelle adoucissement. Bien entendu que, pour l'époque de l'émission, je m'en rapporte à vous. Je suis sur tout cela d'une froideur risible, au point même de désirer que mon livre n'eût jamais paru , tant je redoute le mauvais succès. Mes amis me querellent beaucoup sur cet article ; mais peut-on se refaire?

M. R. me menace déjà d'une deuxième édition. Que de fautes nous aurions encore à corriger , malgré votre attention et la mienne! La page 186 m'a donné des convulsions , non-seulement à cause du beau monosyllabe sûr qui fait un si bel effet , mais bien plus encore parce que cet endroit était adouci, et que la correction s'est perdue je ne sais comment. Incessamment, je répondrai à votre ami l'abbé B. En attendant, priez-le de ma part, je vous en prie , d'agréer un pareil nombre d'exemplaires. Si j'ai oublié quelque chose , je l'ajouterai à cette lettre.

Agréez, Monsieur , l'assurance bien sincère de mon invariable attachement , et de la haute considération avec laquelle je suis , Monsieur ,

Votre très-humble et très obéiss-serv.

De M.

Turin, 3 avril 182P MoNàlEUE ,

Je ne saurais vous exprimer combien votre dernière lettre m'a été agréable. Extrêmement retardée , je ne sais pourquoi ni comment , enfin elle est arrivée. Je tremblais pour vous, Monsieur , et sans oser vous écrire , car j'étais informé vaguement du malheur arrivé à Mme votre fille.

Je voudrais bien, Monsieur, pouvoir vous témoigner ma reconnaissance sans bornes pour toutes les peines que vous a causées un ouvrage qui se trouvera toujours bien dans [votre bibliothèque. Vous me faites à cet égard un badinage que je n'ai pas compris ; c'est le souvenir d'un inconnu. Puisque vous soulignez, vous faites allusion à quelque chose , mais ce quelque chose est totalement sorti de ma mémoire.

J'ai terminé toutes les questions d'intérêt avec M. Baillot , qui a les pleins pouvoirs de M. R. La deuxième édition, infiniment supérieure à la première, ne vous coulera aucune peine. J'ai fait construire d'abord un erra la des plus exacts ; ensuite j'ai corrigé toutes les fautes sur un exemplaire même de l'ouvrage ; et quant aux corrections et additions, elles sont toutes contenues dans un cahier à part , et toutes indiquées sur l'exemplaire qui doit

servir à la deuxième édition. Avec cette double précaution, et la promesse expresse de me faire passer les épreuves , il n'y aura plus que les fautes qu'on y mettra exprès. Incessamment on mettra la main au cinquième livre; mais je voudrais cependant recevoir vos dernières idées sur cet article. Il me semble qu'en général vous vouliez moins de vivacité dans le style et dans les expressions. Je suis tout à fait de cet avis , et je passerai volontiers le polissoir sur toutes les aspérités ; mais si vous avez quelque chose encore de particulier h me communiquer, dépêchez- vous, je vous en prie ; vous m'obligerez infiniment.

Si je me suis mis à votre place comme père , je ne vous ai pas moins plaint , Monsieur , comme Français. Grand Dieu ! que n'avez-vous pas dû souffrir par l'effroyable attentat du 13 février ! Au reste , il n'y a rien là qui dérange mes idées , les mêmes , suivant les apparences , qui flottent dans votre tête. Que n'aurais-je pas à vous dire ? mais le temps me manque, etc.

Je sais maintenant qu'un ordre direct avait ordonné le silence à tous les journaux, mais qu'est-ce que cela fait? Sans contredit , on n'a pas compris mon livre encore , car il n'est ni gallican, ni ultramontain; il n'est que logique et historique. Il fait voir qu'on ne savait ce qu'on disait , ni ce qu'on voulait. Et quant à ceux qui n'ont pas vu que votre nation en général et votre clergé en particulier n'ont pas de plus sincère ami que moi , Dieu les bénisse ! Si quelqu'un vous dit encore que je n'ai pas su distinguer les deux nations , assurez-les de ma part que , suivant les notions qui me sont parvenues , je suis trèspersuadé que le manche du poignard qui a tué le duc de Berry n'était pas long de deux cents lieues, et que tous

les Français ne l'ont pas saisi et poussé , et que je l'expliquerai dans la prochaine édition. J'accorderai aussi en ternies exprès que tous les Français n'ont pas tué Louis XVI. Je réponds de vous surtout. — Mais cessons de plaisanter. Je suis inconsolable que vous ne m'ayez pas envoyé ces nouvelles observations dont vous me parlez, et qui vous étaient venues à l'esprit pendant qu'on imprimait la conclusion. A présent, voilà M. Baillot qui part, comment fairons-nous ?

Ma femme, qui est votre constante admiratrice , me charge de mille choses pour vous, et vous remercie de votre souvenir. Elle a bien partagé vos angoisses paternelles.

Le parti que vous avez pris de faire copier le cinquième livre est admirable; mais que ne vous dois-je pas , Monsieur, pour tant d'embarras? Je finis sans compliment : faites de même. Notre correspondance est assez longue pour que nous lui coupions la queue.

Tout à vous, M.

Et dans un angle de la lettre :

La pointe de votre proie m'a lait panier de rire.

XIîî

Turin , 22 avril 1820.

Monsieur ,

J'ai reçu votre lettre du 14. Mille grâces pour tous les détails utiles et obligeants dont vous l'avez remplie ; mais elle me jette dans un embarras inexplicable , car je vois bien clairement que les cartes se sont brouillées avec M. R. et vous ; et vous sentez de reste, Monsieur, que mon rôle se borne à ne rien dire. Si par hasard j'ai aperçu quelque mécontentement dans la conversation de M. B. 1 , je ne dois point vous en parler , et je dois de même garder le silence à son égard sur tout ce qui concerne ces Messieurs dans la lettre à laquelle je réponds. Que faire, Monsieur? En vérité, je l'ignore. Je sens parfaitement tout ce que vous me dites , et quel homme dans sa vie n'a pas rencontré de ces moments terribles où l'amitié semble tout à fait oublier ses obligations? Peut-être même que si j'étais à Lyon , je pourrais dissiper le nuage ; mais , par lettres , je ne ferais que l'épaissir.

Oui , Monsieur, j'ai aliéné mon ouvrage pour n'en plus entendre parler. Le Ve livre , qui formera un ouvrage à part , est compris dans la vente , de manière , que si je ne puis l'imprimer, ce sera un imbroglio terrible. Il dépendra de vous de m'en tirer , Monsieur , si vous pouvez me communiquer votre copie , comme j'ai déjà eu l'honneur

(1) Caillot.

de vous en prier. Vous me rendrez , je puis vous l'assurer , un très-grand service : une fois que j'aurai ce précieux exemplaire , tout mon travail se bornera à faire disparaître jusqu'à l'apparence de l'aigreur : je veux en faire un ouvrage tout à fait philosophique et pacifique. Mais les coups pressent ; en attendant , je vous réitère la prière expresse de ne pas livrer le M. S. qui est encore en vos mains , jusqu'à ce que j'aie pu le voir et le renvoyer ; car je serais mortellement affligé, si le Ve livre s'imprimait dans l'état où il se trouve.

« Voilà encore quelques lignes de votre dernière lettre ,

que je n'ai pas comprises. C'est le Post-scriptum où vous

me diles : « Notre excellent ami n'a appris que par moi

« le sort du Pape. » Cela fait croire que M. l'abbé B.

n'est pas à Lyon, autrement il en saurait autant que vous,

et où donc se trouve-t-il? J'ignorais sa Ruslication ou sa

Pérégrination.

Je ne puis vous exprimer, Monsieur, tout ce que m'a fait éprouver le détail de vos angoisses domestiques. .

Vous avez été sur le point de pleurer une fille ; et moi, Monsieur , je pleure réellement le fils unique de mon bon, cher , excellent frère, mort à Saint-Pétersbourg le 21 février dernier. Il s'appelait André , comme l'Evèque d'Aost. Ce nouveau coup de poignard enfoncé dans une plaie encore vermeille , m'a privé de la respiration ; je suis tout à fait abêti.

J'oubliais de vous le dire : vos dernières observations

sur mon livre sont très-justes. Votre difficulté chronologique sur les saints du Panthéon s'était présentée à mon esprit. Le morceau, dans sa totalité, a quelque chose d'éblouissant qui cache d'abord le défaut ; mais il y est. Vous pouvez avoir raison sur la sainte Vierge ; cependant je ne changerai rien à cet endroit , parce que je ne veux pas faire un autre ouvrage , ni trop altérer un morceau final de quelque effet : mais , quant à samt François d'Assise et à saint François Xavier , je verrai s'il est possible de remédier à la faute , par quelques futurs intercalés ; par exemple , Plutus le Dieu de V iniquité, y sera remplacé par le plus grand des Thaumaturges , etc. Quod plias faustumque sit.

Ma femme me charge spécialement de bien des compliments pour vous. Recevez les miens envoyés de tout mon cœur. J'accepte avec joie et reconnaissance ce sentiment que vous m'offrez à la fin de votre lettre , avec tant de grâce et de bienveillance , et, en me recommandant à votre sagesse pour ne pas me brouiller avec M. R. , je passe (comme on dit en Italie) à vous renouveler l'assurance de mon éternel attachement.

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