V.T. h. et T. o. S
HàlSTRB.
Turin , le 11 décembre 1830.
Monsieur ,
J'ai été malade , fort occupe et fort ennuyé : c'est ce qui m'a privé jusqu'à présent du plaisir de répondre à votre charmante lettre du 16 octobre, que j'ai cependant toujours tenue sous mes yeux
Je vous répète -, Monsieur , que
jamais il n'y a eu entre nous l'ombre même de discussion. Il y a plus , jamais M. Baillot ne m'a répondu un mot ; son projet arrêté était le silence. Le prix ayant été proposé à Chambéry, et nullement rejeté, je répétai ici îa proposition. M. Baillot prit un air qui voulait dire fort bien ; et le lendemain il m'apporta ses quatre obligations dont il ne m'avait pas dit le mot , et je les signai de mon côté sans faire une objection ; car je n'y entends rien. Au premier moment où j'entendis prononcer le nom de perte , j'envoyai un ami chez M. R. pour lui offrir d'annuler le marché : il ne le voulut pas ; cependant il a toujours continué à parler de ses pertes. On a contrefait mon ouvrage en Flandres : je le crois. Il fallait y en envoyer une pacotille et baisser les prix. La seconde édition avance , mais lentement. Dieu veuille que tout ne finisse pas par une froideur qui ressemble à une brouillerie. M. R. m'a fait les plus vives instances pour avoir mes Soirées de Saint-Pétersbourg , mais il n'y a pas eu moyen. Ma femme , d'ailleurs , à qui j'ai fait présent de mon ma-
nnscrit, préfère s'adresser à Paris. Tous ces malentendus et contretemps m'ont ennuyé à l'excès.
Quant à vous , Monsieur, c'est toute autre chose; vous m'aimez tout bas , dites-vous , depuis trente ans. Vous ne sauriez croire à quel point cette charmante expression m'a touché. Je ne puis vous la renvoyer , puisque je n'avais pas l'honneur de vous connaître. Ce que je puis bien vous assurer , c'est que mes premières relations m'ont inspiré pour vous une confiance sans bornes. Vous l'avez vu et vous le verrez encore mieux } quand vous lirez la seconde édition. Certainement, Monsieur, l'ouvrage vous appartient en grande partie, ce qui motivait complètement la proposition que j'avais cru pouvoir vous adresser. Cependant , vous la repoussez d'une manière qui ne me permet pas d'insister.
Quanquam 6 mais, puisque vous le voulez , taisons-nous donc au moins pour ce moment. J'espère , Monsieur , que mon ouvrage demeurera toujours dans votre bibliothèque comme un monument qui vous sera cher à double titre; mais je ne cesserai de penser , en le voyant, que sans vous il n'existerait pas , ou qu'il vaudrait beaucoup moins. A Rome , on n'a point compris cet ouvrage au premier coup d'oeil ; mais la seconde lecture m'a été tout à fait favorable. Ils sont fort ébahis de ce nouveau système , et ont peine à comprendre comment on peut proposer à Rome de nouvelles vues sur le Pape ; cependant , il faut bien en venir là. — Il peut se faire que la seconde édition soit dédiée au Pape ; ce point n'est pas encore décider Dès que cette œuvre sera terminée , je mettrai fin au second volume des Soirées de Saint-Pétersbourg. Le premier est fait et parfait, et déjà il a pris son vol vers la grande
Lulèce. Les Soirées sonb mon ouvrage chéri. J'y ai versé ma tête; ainsi, Monsieur, vous y verrez peu de chose peut-être, mais, au moins , tout ce que je sais, j'y ai fait entrer un cours complet d'illuminisme moderne , qui ne manquera pas de vous amuser. C'est le temps , au reste , qui est mon grand persécuteur; il me lue, Monsieur, la tête me tourne ; et la formation même de mes lettres en est sensiblement affectée, comme vous le voyez. Imposé par force , je ne sais plus à quoi tenir. Sur cela , Monsieur, je prends congé de vous en vous renouvelant l'assurance de tout mon attachement et de ma vive reconnaissance ,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,
De M.
P. S. Voilà mon secrétaire intime (M,Ie Consiance) qui m'ordonne de décacheter, pour vous faire ses compliments particuliers. Elle a toujours sur le cœur , mais dans le bon sens , une certaine lettre charmante qu'elle a reçue de vous.
A M. Besson (Curé de Saint- Nizier, depuis Evoque de Metz).
22 juin 1819.