MONSIEUR LABBÉ
Je reçois voire accablante lettre du 17 ; ah ! mon Dieu , quel malheur ! Je vous assure bien sincèrement, Monsieur, et vous n'aurez pas de peine à me croire, que dans ce moment je ne puis penser à mon livre. Pauvre M. Depl. ! Le cœur me battra jusqu'à la réception de votre première lettre. Ce délire me fait une peur que je ne puis vous décrire. Au moment où j'ai reçu votre dernière lettre , j'en commençais une grande à cet excellent homme , qui devait servir d'accompagnement aux feuilles ci-jointes. 11 faut bien, Monsieur l'Abbé, que vous nous prêtiez la main pour nous tirer de cet abyme. Je ne répugne pas à votre idée de publier le 1er volume. Mais l'avis qui doit précéder, quedeviendra-t-il? Enfin, sur ces détails du 2e ordre, je ne puis que me fier à vous. Pour la première fois depuis le commencement de notre longue correspondance , je me suis trouvé contraire à votre docte ami. Non-seulement je n'ai pu reculer , mais puisqu'il m'était impossible de changer d'avis, je l'ai renforcé par un morceau logique que j'ai rendu aussi concluant qu'il m'a été possible ; car , lorsque vous avez contre vous des hommes tels que M. D. , il faut faire bonne mine et redoubler de force jusqu'à l'impertinence ; je ne dis pas même tout à fait exclusivement. Quant
aux autres observations , j'ai fait honneur avec ma docilité ordinaire.
J'ai toujours prévu que votre ami appuyerait particulièrement la main sur ce livre Ve. Je ferai tous les changements possibles , mais probablement moins qu'il ne voudrait. A l'égard de Bossuet , en particulier , je ne refuserai point d'affaiblir tout ce qui n'affaiblira pas ma cause. Sur la défense de la Déclaration , je céderai peu , car ce livre étant un des plus dangereux qu'on ait publié dans ce genre , je doute qu'on l'ait encore attaqué aussi vigoureusement que je l'ai fait. Et pourquoi , je vous prie , affaiblir ce plaidoyer? Je n'ignore pas l'espèce de monarchie qu'on accorde en France à Bossuet ; mais c'est une raison de l'attaquer plus fortement. Au reste, M. l'Abbé , nous verrons. Si M. D. est longtemps malade ou convalescent , je relirai moi-même ce Ve livre , et je ne manquerai pas de faire disparaître tout ce qui pourrait choquer. J'excepte de ma rébellion l'article du jansénisme. Il faut ôter aux jansénistes le plaisir de leur donner Bossuet. Quanquam ô....
Vous avez grandement raison , M. l'Abbé, celui qui est sur les lieux, etc. Cependant voici qui me paraît fort. — Si l'épiscopat triomphe et se rétablit , ce grand événement n'est possible qu'en vertu d'une révolution dans l'esprit public. — Ergo, mon livre sera inutile. Qu'en pensezvous? Cependant, je ne dis point ceci dogmatiquement; je m'en rapporte à vous.
Mais j'en reviens toujours à cette maladie. Quel malheur! quel chagrin ! quel contretemps ! Fous ne pouvez entrer dans son cabinet. Qu'est-ce que cela signifie, bon Dieu?
Il faut que je m'arrête. Au revoir , M. l'Abbé.