LIBERTÉ CIVILE DES HOMMES
Nous avons vu que le Souverain Pontife est le chef naturel , le promoteur le plus puissant , le grand Démiurge de la civilisation universelle; ses forces sur ce point n'ont de bornes que dans l'aveuglement ou la mauvaise volonté des princes. Les Papes n'ont pas moins mérité de l'humanité par l'extinction de la servitude qu'ils ont combattue sans relâche , et qu'ils éteindront infailliblement sans secousses, sans déchirements et sans danger , partout eu on les laissera faire.
Ce fut un singulier ridicule du dernier siècle que celui de juger de tout d'après des règles abstraites , sans égard à l'expérience; et ce ridicule est d'autant plus frappant , que ce même siècle ne cessa de hurler en même temps contre tous les philosophes qui ont commencé par les principes abstraits, au lieu de les chercher dans l'expérience.
Rousseau est exquis lorsqu'il commence son Contrat
:>~9 social par cette maxime retentissante : L'homme est né libre , et partout il est dans les fers.
Que veut-il dire? Il n'entend point parler du fait apparemment, puisque dans la môme phrase il affirme que partout V homme est dans les fers *. Il s'agit donc du droit; mais c'est ce qu'il fallait prouver contre le fait.
Le contraire de cette folle assertion , V homme est né libre, est la vérité. Dans tous les temps et dans tous 1rs lieux , jusqu'à l'établissement du christianisme , et même jusqu'à ce que celte Religion eût pénétré suffisamment dans les cœurs, l'esclavage a toujours été considéré comme une pièce nécessaire du gouvernement et de l'état polilique des nations, dans les républiques comme dans les monarchies , sans que jamais il soit tombé dans la tête d'aucun philosophe de condamner l'esclavage, ni dan; celle d'aucun législateur de l'attaquer par des lois fondamentales ou de circonstances.
L'un des plus profonds philosophes de I -antiquité', Arisiote, est môme allé, comme tout le monde sait, jusqu'à dire qu'il y avait des hommes qui naissaient esclaves , et rien n'csl plus vrai. Je sais que dans notre siècle il a été blâmé pour cette assertion ; mais il eût mieux valu lé comprendre que de le critiquer. Sa proposition est fondée sur l'histoire entière qui est la politique expérimentale, et sur la nature môme de l'homme qui a produit l'histoire.
Celui qui a suffisamment étudié cette triste nature, sait que Vhomme en général, s'il est réduit à lui-même., esi trop méchant pour être libre.
Que chacun examine l'homme dans son propre cceur, et il sentira que partout où la liberté civile appartiendra
(1) Dans les fers ! Voyez te poc'fës
soo
à tout iemoiîde, il n'y aura plus moyen , sans quelques secours extraordinaires , de gouverner les hommes en corps de nation.
De là vient que l'esclavage a constamment été l'état naturel d'une très-grande partie du genre humain , jusqu'à l'établissement du christianisme; et comme le bon sens universel sentait la nécessité de cet ordre de choses , jamais il ne fut combattu par les lois ni par le raisonnement.
Un grand poêle latin a mis une maxime terrible dans la bouche de César :