V. T. H. et T. O. S
La famille de M. Déplace doit réunir quelque jour en un volume le choix de ses meilleurs écrits , et élever ce monument à une mémoire chère et vénérable. S'il nous appartenait de diriger ce choix , nous indiquerions Y Examen du Génie du Christianisme , le livre delà Persécution de V Eglise , l' Apologie des Catholiques , les principaux articles épars dans les journaux et les recueils , puis enfin ce que l'on possède de lettres inédites de Joseph de Maistre adressées au noble défunt. Dans ce qui vient d'une pareille plume, de cette main qui nous a donné le Paye et les Soirées } il est peu de chose qu'il ne soit utile de sauver.
A ces lettres , nous joindrons des fragments de quelques autres, qui ne pourraient pas aussi bien être reproduites dans leur intégrité. La première, celle du 28 septembre, est suivie de corrections par lesquelles on voit que la phrase sur la coupole de Saint-Pierre de Rome donnait quelque inquiétude au comte J. deMaistre. Il faisait et refaisait ces lignes finales. On lit aujourd'hui dans la dernière page de son livre du Pape : « Quinze siècles avaient passé sur la ville sainte, lorsque le génie chrétien, jusqu'à la fin vainqueur du paganisme , osa porter le Panthéon dans les airs , pour n'en faire que la couronne de son temple fameux , etc. » « — Malgré le mot de Michel- Ange , disait de Maistre , je crains qu'il n'y ait ici une pensée fausse, car certainement le Panthéon est bien à sa place, et nullement en l'air. J'avais imaginé cette autre leçon: Et le génie chrétien , jusqu'à la fin vainqueur du paganisme , s'est joué depuis de ce monument superbe en portant dans les airs un colosse rival du Panthéon , pour
n'en faire que la couronne, etc. Qu'en dites-vous? c'est rigoureusement vrai.
« Si vous n'aimez pas ce changement, je rétablirai
l'ancienne leçon s'est joué depuisde ce superbe colosse ;
et Ta posé dans les airs , etc. Je n'ai fait qu'atfaiblir la phrase, en lisant a semblé depuis, etc. sans effacer ce qu'il peut y avoir de faux dans l'idée. »
Le 28 septembre 1818.
Je reprends quelques-unes de vos idées, à mesure qu'elles me reviennent. Dans une de vos précédentes lettres, vous m'exhortiez à ne pas me gêner sur les opinions, mais à respecter les personnes. Soyez bien persuadé , Monsieur, que ceci est une illusion française. Nous en avons tous, et vous m'avez trouvé assez docile en général pour n'être pas scandalisé , si je vous dis qu'on n'a rien fait contre les opinions, tant qu'on n'a pas attaqué les personnes. Je ne dis pas cependant que , dans ce genre , comme dans un autre , il n'y ait beaucoup de vérité dans le proverbe : A tout seigneur tout honneur , ajoutons seulement sans esclavage. Or, il est très-certain que vous avez fait en France une douzaine d'apothéoses au moyen desquelles il n'y a plus moyen de raisonner. En faisant descendre tous ces dieux de leurs piédestaux pour les déclarer simplement grands hommes, on ne leur fait , je crois , aucun tort , et l'on vous rend un grand service. Au reste , il y a mesure à tout ; et encore une fois , à tout docteur tout honneur, pourvu qu'on ne me défende pas de rire un peu du Commentaire sur VJpocaiypse, après que j'ai parlé comme je le dois des Principes mathématiques de la philosophie.
Avec cette lettre , ou bientôt après, vous recevrez le li-
vre de mon ouvrage qui se rapporte aux Eglises schismatiques, et qui n'était pas achevé quand mon M. S. est allé vous chercher. Ce livre est le IVe ; il est particulièrement dirigé contre le livre de M. de Stourdza qui fait beaucoup de mal en Russie; mais l'auteur n'est point nommé, à cause de mes anciennes liaisons avec sa famille , et à cause de îa demi-protection que l'empereur a donnée à ce livre. Rome tient beaucoup à la réfutation de cet ouvrage ( Considérations sur la doctrine et l'esprit de l'Eglise orthodoxe. Stuttgard, chez Cotta; de l'imprim. du Bureau d'industrie à Weimar , et à Paris , chez Treuttel , 181G , in-8°) L'auteur est chambellan de l'empereur de Russie , etc. .
P. S. Je laisse subsister tout exprès quelques phrases impertinentes sur les Myopes. Il en faut (j'entendsdel'î'mpertinence) dans certains ouvrages , comme du poivre dans les ragoûts. Si le Pair les prend pour lui , nous verrons ce qu'il dira»
5 juiu 1819.
Notre digne ami m'écrivait le 30 avril dernier : « Au- « jourd'hui l'ouvrage ferait peu d'effet , il en fera un « merveilleux après la crise , etc. » Jamais deux hommes qui n'extravaguent pas tout à fait, n'ont été si opposés sur une question quelconque. Il me semble, à moi, qu'après la crise , le livre sera sans intérêt et même inutile.
Dans cette addition que vous avez approuvée (depuis Farticle IV de la Conclusion) , il y a dans le portrait du protestantisme ua mot que j'ai mis là uniquement pour
tenter votre goût. : c'est celui de polisson. Vous ne m'es avez rien dit; cependant, des personnes en qui je dois avoir confiance , prétendent qu'il ne passera pas, et je le crois de même. Comme j'ai besoin absolument d'un moi qui produise une forte opposition , tout bien examiné, j'ai imaginé deux misérables. Je ne trouve rien de mieux. Qu'en dites-vous , Monsieur ?
Si quid novlsli rectius islis, Candidtis imperti.
Il faut finir. Hélas 1 qu'est devenu mon temps de RiénismeP
P. S. Mes amis sont bien plus empressés que moi ; car, pour mon compte , je penche toujours pour la suppression de l'ouvrage. Si votre propre jugement ouïes événements en décidaient ainsi , il y aurait un compte à faireavec M. R. Faites-moi part de tout , je vous en prie.
Turin , 7 septembre 1819.
Rien de mieux pensé que de substituer les citations diverses tirées des Œuvres de Bossuet à celles que j'ai empruntées de M. de Bausset. Lorsque vous pourrez le faire nulio tiegotio , vous me fairez plaisir ; mais ne vous fatigues pas trop, parce qu'enfin cet objet est très-secondaire. Par une inconcevable bizarrerie, en composant mon ouvrage, j'ai constamment manqué de livres, et maintenant encore j'en manque, ce qui vous paraîtra fort extraordinaire; cependant rien n'est plus vrai. Toutes les bibliothèques
cependant me sont ouvertes. D'ailleurs, je n'ai plus le temps de consulter , et mon fils me manque. Je trouve l'état militaire tout à fait contraire à l'esprit de famille ; dans dix ans je ne sais si j'ai possédé mon fils dix mois. .
Je crois qu'il ne vous restera rien à désirer , du moins sur la couleur générale et sur la suppression exacte de toute expression ou dure ou sarcastique, etc. — Sur le fond des choses , nous di Ocrerons toujours plus ou moins ; à cela il n'y a pas de remède.
Tout bien examiné , je me range à l'avis et au désir de mon fils, de faire paraître les deux volumes à la fois.... Il faudra donc terminer votre Avis par le morceau de M. de Bonald , qui est fort bien choisi et fera une excellente cadence.
Avec la permission de Monsieur mon fils, je suis trèsfâché de n'avoir pas reçu les épreuves du IIIe livre. Vous voyez combien j'ai trouvé de fautes , même capitales , dans les feuilles corrigées. C'est une vieille expérience que chacun lit sa pensée clans une feuille qu'il revoit. Mille fois j'ai lu blanc pour noir. Il faut être deux. J'ai des remords d'ailleurs sur cette révision. Dans l'état où vous étiez, pauvre malade, vous a-l-on apporté mon linge sale? comme disait Voltaire; ne vous l'a-t-on point apporté trop tôt ? enfin , je suis en peine sur ce point