COMMUN DES SAINTS PÈRES
Nous avons entendu les déclarations des Conciles touchant l'infaillibilité et le pouvoir suprême du Pontife Romain. Ecoutons maintenant les sentences des Saints Pères à ce sujet.
Fébronius,^ citant les paroles de Vincent de Lérins,^ dit que les Saintes Ecritures ne doivent pas être interprétées d'après notre sentiment personnel, mais d'après la tradition des Pères. Voyons donc ce que les Saints Pères ont dit de l'autorité du Pontife Romain, et commençons par les plus anciens.
1° Saint Jérôme, parlant de l'Epître que Saint Ignace, martyr, adressa aux Romains, fait la réflexion suivante : Ignace' rend un noble témoignage à l'Eglise Romaine, en l'appelant sanctifiée, illuminée, digne de Dieu, très-pure, remplie du Saint- Esprit : Nobile Romance Ecclesiœ testimonimn (Ignatius) perhibet , eam sanctificatam , illuminât am,... Deo dignam,... castissimayn , Spiritu Sancto plenam appellans. Remarquons ces derniers mots : « Castissimam, très-pure, » c'est-à-dire qui n'a jamais été et ne sera jamais souillée par l'erreur ; et « Spiritu Sancto plenam, remplie du Saint-Esprit. " c'est-à-dire pleine de l'esprit de vérité.
Le même Saint Ignace écrit dans son Epitre aux Tralliens : Qui igitur his (Romanis Ponlificibus) non obedierit , atheus prorsus et impius est, et Christmn coyitemnit , et constitutio-
(1) Loc. cit. c. 1. § 1. n. S. (2) Commotiitor. l. 1. c. .73.
(3, Epist. ad Roman, in titul.
nem ejus imminuiû : ^ Quiconque n'obéit pas aux Pontifes Romains, est un athée et un impie achevé; il méprise Jésus- Christ, et viole l'ordre qu'il a établi. — Il dit « constitutionem, •» c'est-à-dire la disposition en vertu de laquelle Notre-Seigneur a déterminé que tous dépendraient de l'Eglise Romaine comme de la tête.
2° Saint Irénée a exprimé la même pensée en termes formels, lorsqu'il a dit : Il est nécessaire que tous dépendent de l'Eglise Romaine comme de la source et de la tête : Necesse est... omnes ab ipsa (Romana Ecclesia) tanquam a fonte et capite pendere :^* Pesons bien ces paroles : « Necesse est . . . pendere . » Le Saint ajoute ensuite : Ad hanc enùn Ecclesiam propter potiorem principalitatera necesse est omnem convenire Ecclesiam, hoc est eos qui sunt undique fidèles ; in qua semper conservata est ea quœ ab ApostoUs est, traditio .-^ Il est nécessaire que toute l'Eglise, c'est-à-dire tous les fidèles de tous les pays, se réunisse à l'Eglise Romaine à cause de sa principauté suréminente ; car c'est dans cette Eglise que s'est toujours conservée la tradition qui vient des Apôtres.
Remarquons premièrement que, d'après le Saint, « c'est dans l'Eglise Romaine que s'est conservée la tradition des Apôtres, » Remarquons en second lieu ces paroles : « Hoc est eos qui sunt undique fidèles ; « elles renferment la réfutation de Fébronius, lorsqu'il prétend que le Pape ne peut exercer aucune juridiction dans le diocèse d'un autre ; car, si tous les fidèles de tous les pays doivent se réunir à l'Eglise Romaine, le Pape a donc une juridiction immédiate sur un diocèse quelconque et sur toute espèce de fidèles, comme l'enseignent Albert le Grand,* Saint Thomas,^ Saint Bonaventure, ^ et la plupart des autours.
;1) Ad Trallian. c. 7. (2) Adv. Hœres. l. 5. c. 5. (3) Ibid.
(4) In 4. Sentent, d. 19. a. 10. (5y Opusc. 19. contr. impugn. relig. c. i. (6) In 4. Sentent, d. 19. a. 5.
{*] Nous avons déjà fait remarquer dans d'autres circonstances, que ces paroles ne sont pas proprement de Saint Irènée ; ce sont celles de Bellarrain [De Rom. Pontif. l. i, c. 15), qui analyse la pensée du saint évêque de Lyon.
Le traducteur.
CH. V. PRECrVES 'JIRKES DES SAINTS PÈRKS. 285
L'Université de Paris en particulier avait fait la même déclaration dès l'année 1252 : consultée sur la question de savoir si un paroissien peut, malgré son curé, confesser ses péchés au Pape ou à ses pénitenciers, à l'évêque diocésain ou à ses pénitenciers, et recevoir d'eux la pénitence, elle répondit en ces termes : Dicimus in hoc unanimiter consentientes, prœdicta licite passe fieri, et debere ; si qui autein dicant contrarium, quantum in nobis est, reprobamus, erronewn reputantes : Nous disons d'un consentement unanime que ces choses peuvent se faire licitement, et même qu'elles doivent se faire; et si quelqu'un soutient le contraire, nous réprouvons son sentiment, autant qu'il en est nous, et le regardons comme erroné. — C'est ainsi que Du Boulay [Biclœus)^ rapporte la chose.
Nous lisons également dans le IV® Concile général de Latran, tenu sous le pape Innocent III : Romana Ecclesia, disponente Domino, super omnes alias ordinariœ potestatis obtinet principatum , utpote m.ater universorum Chrisii fidelium et magistra : - Par la disposition de Jésus-Christ même, l'Eglise Romaine possède la principauté de la puissance ordinaire sur toutes les autres Eglises, en sa qualité de mère et de maîtresse de tous les fidèles du Christ.
Avant d'exposer d'autres témoignages des Saints Pères, nous devons remarquer que Fébronius, s'apercevant que les sentences des Pères sont tout à fait contraires à son opinion, les qualifie <- d'expressions figurées et emphatiques, qui ne changent point la nature intrinsèque des choses. " Voici ses propres paroles : Quœ hinc inde occurrunt figuratœ aut ampullatœ Patrum clocutiones, substantiam rei non iuutant.^ Ensuite il ajoute* que les distinctions et les titres décernés à l'Eglise Romaine ou au Souverain Pontife, tels que ceux de « mère ou maîtresse de toutes les Eglises, de chef de l'Eglise, de Vicaire du Christ, » ont été cause de l'extension donnée par les Pères à la puissance pontificale. C'est là, coniinue-t-il, — et notons hien ces paroles, —
(1) Ilist. Univers. Paris, ann. iSSi. (2j In Concil. Lateran. IV. c. S. (3) Loc. cit. c. S. § 8. (4) iMd. § 6. et fi.
c'est là le fruit naturel de la faiblesse de la condition humaine, laquelle a peine à se contenir dans de justes bornes; je veux dire que pour affirmer des droits prétendus, on puise des arguments en leur faveur dans le sens propre et rigoureux de certaines paroles qui ont été prononcées parfois d'une manière trop générale et sans réflexion, ou qui n'ont aucun rapport avec certains droits déterminés qu'on prétend, après coup, être attachés à la primauté : Id ita ferente humanœ conditionis inflrmitate, quœ œgre intra legitirnos fines sese continet ; scilicet a proprio et stricto sensu verborum nonnunquam generalius et sine considérât ione aut respectu ad determinata quœdarnjura, quœ primatui adhœrere serius prœtensa sunt , prolatorum, argumenta desumuntiir pro eorumdem putativorum jurium assertione.^ Ainsi donc, d'après Fébronius, les sentences des Pères trouvent leur origine dans la faiblesse de la condition humaine? leurs paroles ont été parfois prononcées sans réflexion ? S'il en était ainsi, ce serait en vain que l'on prétendrait opposer leurs témoignages aux hérétiques ; car ceux-ci répondraient avec Fébronius que les Pères, par un effet de la faiblesse de la condition humaine, n'ont pas su se contenir dans de justes bornes et ont parfois proféré des paroles sans réflexion.
Fébronius, poursuivant sa marche, allègue ce que les Grecs objectèrent aux Romains dans le Concile de Florence : Les qualifications que l'on donne par honneur, ne doivent pas tirer à conséquence : Qicœ honoris causa dicta sunt, in conséquent iam, trahi non debent.^ C'est donc à titre d'honneur, c'est-à-dire pour flatter le Pape, que les Pères ont exprimé diverses opinions touchant son autorité? et, par conséquent, il ne faut faire que peu ou point de cas de leurs sentences? — Fébronius^ tire ensuite celte conclusion, que ce sont vraisemblablement ces sentences des Pères qui ont donné lieu de supposer dans le Pape une autorité dont il n'est point investi.
Telle est la valeur qu'accorde aux témoignages des Pères leur nouveau censeur, Justin Fébronius! Or, il se trompe; car les Saints Pères n'ont point parlé d'une manière figurée ou emplia-
(1) Loc. cit. %8. (2, Ibid. c. 5. §. 8. init. (3) Ibid. n. 7.
liijue, mais dans un esprit de vérité. La doctrine des Saints Pères et la tradition de l'Eglise, écrit Melchior Cano, ne peuvent en aucune manière être séparées ni désunies : Nullo modo Sanctorum Patrum doctrina et traditio Ecclesiœ divelli et separari possunt} Fébronius^ lui-même loue ce langage de Vincent de Lérins : Après les Prophètes , les Apôtres et les Evangélistes, nous admettons également les Saints Docteurs, afin de suivre leur interprétation catholique, c'est-à-dire universelle, comme une règle obligatoire pour l'Eglise : Post Prophetas , Apostolos , et Evangelistas , Sanctos quoque Doetores accepimus, quo eorum cathoUcam, hoc est universalem, intelligentiam, tamquam Ecclesiœ regularii a Deo prœscriptam, sequeremur.^ — Le même Fébronius^ rapporte également ces paroles d'Innocent III : Sopitis quœstionibus doctorum, Patrum setitentia teneas : ^ Quand les questions des docteurs sont épuisées, tenez-vous-en aux sentences des Saints Pères. — Fébronius^ cite en outre ces paroles du Concile de Sens : Internuntiis Patrum et Conciliorum organis Spiritus Sanctus docet nos omnia ; sine quorum auspiciis, qui Scripturœ Sacrœ sensum habere se jactitant, non intelligunt quœ loquuntur: ' Le Saint- Esprit nous enseigne toutes choses par les Pères et les Conciles, comme par des instruments intermédiaires; et ceux qui, sans les prendre pour guides, se vantent de posséder le sens de la Sainte Ecriture, ne savent pas ce qu'ils disent. — Après avoir cité lui-même de tels passages, comment Fébronius a-t-il pu écrire ailleurs que les expressions des Pères relativement à l'autorité du Pontife Romain sont figurées ou emphatiques, qu'elles ont été émises par un effet de la faiblesse de la condition humaine, sans ré/lexion, et comme de simples titres honorifiques ?
Mais continuons d'exposer ces expressions figurées ou emphatiques des Pères.
(1, De Locis theol l. 7. c. 5. (2) Loc. cit. c. I. § /.
(3) Commonitor. l. 1. c. 2. (4) Loc. cit.
(5) De Presbvt. non baptiz. cap. S. (6) Loc. cit.
(7) Décréta fldei . ci.
28S n^ Tii.MTIO. — DEFENSE DU POUVOIR SUPRKMK, KTC.
3° Saint Jérôme a écrit en ces termes au pape Damaso : A Pastore prœsidium ovis flagito.... Ego nullum primum nisi Christum sequens, Beatitudini tuœ, id est Cathedrœ Pétri, communione consocior. Super illam petram œdificatam Ecclesiam scio. Quicumque extra hanc doinum Agnum comedit, profanus est. Si quis in Noe Arcanon fuerit, peribit régnante diluvio.... Non novi Vitalem, Meletium respuo, ignoro Paulinum. Quicumque tecum non colligit, spargit , hoc est, qui Christi non est, antichristi est :^ Je sollicite comme brebis l'appui du Pasteur. N'ayant point d'autre maître pour guide que Jésus-Christ, je suis uni de communion à votre Béatitude, c'est-à-dire à la Chaire de Pierre; je sais que sur cotte pierre l'Eglise a été bâtie. Quiconque mange l'Agneau hors de cette maison, est un profane; s'il ne se trouve point dans l'Arche de Noé, il périra par le déluge. Je ne connais point Vital, je repousse Mélèce , je méconnais Paulin. Quiconque n'amasse point avec vous, dissipe, c'est-à-dire que celui qui n'est pas à Jésus-Christ, est à l'antechrist. * — Toutes ces expressions démontrent l'infaillibilité et la suprématie du Pontife Romain. Mais, à ce propos, que dit Fébronius? il dit^ que ces paroles de Saint Jérôme sont boursouflées, et que dans la grande contestation qui était alors agitée entre les évoques touchant les hypostases divines, le Saint Docteur estima qu'il était plus sûr de consulter le Pape, quoique son jugement ne fût pas irréfragable. Tel est le sentiment de Fébronius; quant à moi, ces paroles de Saint Jérôme me semblent indiquer manifestement que le Saint Docteur regardait le jugement du Souverain Pontife comme irréfragable. — Mais, dit Fébronius, Saint Jérôme ne s'en est remis au jugement du pape Damase, que parce qu'il savait bien (ainsi qu'il l'a déclaré dans une autre lettre,) que tout l'occident était du même sentiment que le Pontife. S'il en était ainsi, répoadrai-je, il eût suffi à Saint Jérôme d'écrire à Damase qu'il était uni de' communion avec lui ; mais le Saint Docteur a écrit ces
(1) Epist. -/5, ad Damas, de trib. Hypost. Edit. Ben.
(2) Loc. cit. c. 3. § 8. n. 3.
(*) Voir, à propos de ce texte, la note de la page 159.
mots hutirsouflés, cités plus haut : Ego nullum primum nisi Christum sequens , Beatitudini tuœ communione consocior ; il a ajouté : Super illam petram œdificatam Ecclesiam scio; il a ajouté : Quicumq%ie extra hanc domum Agnum comedit, profanus est; il a ajouté : Nisi quis in Noe Arca non fuerit, peribit ; il a ajouté : Quicumqice tecum non colligit, spargit, hoc est, qui Christi non est, antichristi est. Ces paroles ne signifient pas seulement que Saint Jérôme a voulu adhérer au jugement du Pape dans cette question, mais encore qu'il était bien persuadé, après mûr examen, qu'aucune décision du Souverain Pontife en matière de foi ne peut être sujette à l'erreur. Ajoutons ici une autre sentence très-importante du même Docteur, qui déclare que si le Souverain Pontife n'était investi d'une puissance à part et prééminente sur l'Eglise, il n'y aurait plus de salut pour elle, parce qu'on ne pourrait éviter la multiplicité des schismes : Ecclesiœ salus in Sumyni Sacerdotis dignitate pendet, cui si non exsors qiiœdam et ah omnibus eminens detur potestas, tôt in Ecclesiis efficientur schismata quoi sacerdotes.'^
A° Quant aux témoignages de Saint Cyprien, il n'est pas nécessaire de répéter ici ceux que nous avons déjà rapportés plus haut; qu'il nous suffise de rappeler les trois suivants, dans lesquels, selon Fébronius, le Saint s'exprime également dans un style boursouflé.
Voici le premier de ces témoignages : Celui qui abandonne la Chaire de Pierre, peut-il se flatter d'être dans l'Eglise? Qui Cathedram Pétri... deserit, in Ecclesia se esse confidit?^
Voici le second : Dieu est un, le Christ est un, l'Eglise est une, et la Chaire fondée sur Pierre d'après la parole du Seigneur, est une;, on ne peut élever d'autre autel que l'autel unique, ni établir d'autre sacerdoce que le sacerdoce unique; celui qui amasse ailleurs, dissipe : Deus unus est, et Christus unus, etuna Ecclesia, et Cathedra una super Pctrum Domini voce fundata ; aliud altare constitui, aut sacerdotium novum
(1) Lialog. adv. Luciferiaiu n. 9. (2) De Unit. Ercles. c. 4.
fieri, prœter unum altare et unwn sacerdotium, non potest. Quisquis alibi collegerit, spargit} C'est donc en termes boursouflés que s'exprime Saint Cjprien, lorsqu'il dit que celui-là dissipe, qui amasse en dehors de la Chaire de Pierre, fondée par la parole du Seigneur !
Enfin, voici le troisième témoignage : Les hérésies proviennent uniquement de ce qu'on ne considère pas qu'il n'y a dans l'Eglise qu'un seul prêtre qui soit juge à la place de Jésus- Christ : Neque aliunde hœreses ohortœ sunt..., quarn inde quod non unies in Ecclesia... sacerdos et... judex vice Christi cogitatur.^
Passons maintenant aux autres Pères.
50 Saint Athanase a écrit que l'Eglise Romaine conserve toujours la vraie doctrine sur Dieu : Romanam Ecclesiam semper conservare veram de Deo sententiam.^
Et dans la même lettre, il s'adresse au Pape en ces termes, on parlant de son infaillibilité : Tu profanarum hœresum atque impetitorum omniumque infestantium depositor, Princeps et Doctor, Caputque omnium orthodoxœ doctrinœ et immaculatœ fidei existis :* Vous êtes le destructeur des hérésies sacrilèges et de tous ceux qui attaquent et infestent l'Eglise; vous êtes Prince, Docteur, et Chef, quant à la doctrine orthodoxe et à la foi inaltérable. — Pesons bien ces paroles : « Hœresum depositor, caput orthodoxœ doctrinœ et immaculatœ fidei. »
Le Saint Docteur ajoute : Ob id vos prœdecessoresque vestros, apostolicos videlicet prœsules, in summitatis arce constituit, omniumque Ecclesiarum curam habere prœcepit : ^ Dieu vous a placé, vous et vos prédécesseurs, qui êtes les prélats Apostoliques, sur le haut de la forteresse, et vous a chargé du soin de toutes les Eglises.
C° Saint Grégoire de Nazianze a écrit : Vêtus Roma ab antiquis temporihus habet rectam fidem et semper eam retinet, sicut decet urbem quœ toti orbi prœsidet , semper integram
(1) Epist. 40, ad pleb. de 5. presb. schism. n. 6. (2) Epist. 55, ad Cornel. (3) Epist. ad Felic. pap. (4) Ibid. (5) Ibid.
CH. V. PREUVES TIKEES I>ES SAINTS l'ÈKES. 291
fidem habere .1 L'antique Rome possède la foi orihodoxe depuis les temps primitifs, et elle la conserve toujours (notons ces dernières paroles); il convient, en effet, à la ville qui préside à tout l'univers, de posséder la foi dans son intégrité.
70 Saint Optât de Milève, écrivant contre les Donalistes, dit qu'après le jugement porté par le pape Melchiade, il ne reste plus aucun doute : Melchiadis sententia judicium claiisum est.^
Le même Saint a écrit qu'on doit regarder comme un schismaiique celui qui tient une doctrine différente de celle qu'enseigne l'Eglise Romaine, en prétendant élever une autre Chaire contre la Chaire spéciale de Rome : Ut jam schismaticus esset, qui contra singularem Cathedram (Romani Pontificis) alteram collocaret.^ Il n'j a donc point d'autre Chaire que celle du Pontife Romain.
8° Saint Cyrille s'exprime ainsi : Petro omnes jure divino caput inclinant, et primates mundi taniquam ipsi Domino Jesu ohediunt :* En vertu du droit divin, tous inclinent la tête devant Pierre, et les grands du monde lui obéissent comme à Jésus- Christ même.
Le même Saint a dit ailleurs que, de môme que Jésus-Christ a reçu du Père la puissance la plus pleine, de même il l'a confiée à Pierre et à ses successeurs, et à personne d'autre : Sicut Christus accepit a Pâtre... plenissimam potestatem, sic et Petro et ejus successoribus plenissime commisit, et nulli alii quam Petro, quod suum est plénum, sed ipsi sali dédit. ^* Remarquez bien ces paroles : - Plenissime commisit, et nulli alii... dédit; „ Saint Cyrille exprime ici avec la dernière évidence la supériorité du Pontife Romain sur toute l'Eglise, soit dispersée, soit assemblée.
(1) Carminum. l. 2. sect. 1. n. 11. vers. S68. De Vita sua.
(2) De Schistn. Donastist. adv. Parmenian. l. 1. c. S4. (3) Ibid.l. S. c. S.
(4) Lib. Thesaur. Apud. S. Thom. opusc. contr. error. Grœcor. c SS
(5) Ibid.
{*) Nous avons déjà fait observer que ce texte de Saint Cyrille ne se trouve pas dans scg Œuvres, telles que nous les possédons à présent. /,* iraducHur.
9° Saint Augustin a écrit également : In qua (Romana Ecclesia) semper Apostolicœ Cathedrœ viguit principatus: ^ La principauté de la Chaire Apostolique a toujours été en vigueur dans l'Eglise Romaine.
Ailleurs, le môme Saint Docteur nous fait comprendre que cette principauté renferme l'infaillibilité; en effet, parlant d'un successeur quelconque de Saint Pierre, il dit qu'il est cette pierre contre laquelle les erreurs en matière de foi ne peuvent pas prévaloir : Numerate sacerdotes vel ah ipsa Pétri Sede, et in ordine illo Patrum, quis oui successit videte : ipsa estpetra quam non vincimt superdœ inferorum Portœ.^
Et dans un autre endroit, le même Saint a écrit : In his verbis Apostolicœ Sedis, tam antiqua atque fundata, certa et clara est cathoUca fides, ut nef as sit de illa duhitare christiano :^ Dans ces paroles du Siège Apostolique,* la foi catholique est si ancienne et si bien fondée, si certaine et si claire, que ce serait un crime pour un chrétien de douter de cette foi.
Et s'adressant à Julien, il lui dit : Pourquoi exigez-vous encore un examen, tandis qu'il a déjà été fait par le Siège Apostolique? Quid adhuc quœris examen, quod jam factum est apud Apostolicam Sedem?^
10° Saint Hilaire écrit à son tour : Tanta et religio fuit pro humani generis sainte patiendi, ut Petrum, primum Filii Dei confessorem, Ecclesiœ fundamentum, cœlestis regnijanitorem, et in terreno judicio judicem cœli, Satance convicio mcncuparet :^ Notre-Seigneur avait tellement à cœur de souffrir pour le salut du genre humain, qu'il réprimanda Pierre en lui donnant le nom de Satan,** quoique cet Apôtre tut le premier confesseur
(1) Epist. 4ô. n. 7. Edit. Ben. (2) Psalm. contr. part. Donut.
(3j Epist. 490. c. 6. n. 2J. Edit. Ben.
{i, Opiis imperf. contr. Julian. l. 2. c. iOJ.
(5) Tract: in Ps. iSI. n. 4.
1*1 C'est-à-dire celles du pape Zozyme, dont Saint Augustin venait de citer les paroles à l'appui de son argumentation. Le traducteur.
i** Allusion au passage de l'Evangile Malth. 16. 33), où nous lisons que Saint Pierre, qui voulait détourner Jésus-Christ de sa Passion, fut sévèrement repris et , , . • Le Iraducteur»
du Fils de Dieu, le fondement de l'Eglise, le portier du rojaunoe céleste, le juge du ciel dans les jugements rendus sur la terre.
IP Le vént^-rable Bédé s'est exprimé en ces termes : Specialiter (Petrus) Claves regni cœlorum et principatum jucliciarice potestatis accepit, ut omnes per orbem credentes inlelligant quia qidcumque ab unitate fidei vel societatis illius quolibet modo semetipsos segrcgant, taies non januam possint regni cœlesiis ingredi : ^ Pierre a reçu en particulier les Clefs du royaume des cieux avec la principauté de la puissance judiciaire, afin que tous les croyants du monde entier comprennent que tous ceux qui se séparent de quelque manière de l'unité de la foi et de sa communion, ne peuvent entrer par la porte du royaume céleste.
12° Saint Pierre Chrysologue, archevêque de Ravenne, répondit en ces termes à Eutjchès, qui avait eu recours à lui dans le temps où il refusait de se soumettre au Souverain Pontife : In omnibus autem hortamur te, frater honorabilis, ut his quœ a Beatissimo Papa scripta sunt, obedienter attendus ; quoniam Beatus Petrus, qui in propria Sede et vivit et prœsidet, prœstat quœrentibus fidei veritatem :^ Nous vous exhortons, honorable frère, à prêter une oreille docile à ce que le bienheureux pape Léon vous a écrit ; car (notez bien ces paroles) le Bienheureux Pierre, qui vit encore sur son propre Siège, où il préside , offre la vraie foi à ceux qui la cherchent. — Puis il ajoute : Quant à nous, dans notre zèle pour la foi et pour la paix, nous ne pouvons entendre une cause concernant la foi, sans le consentement de l'évoque de Rome : Nos enim pro studio pacis et fidei, extra consensum Romance civitatis Episcopi, causant audire non possumus .^
13° Saint Fulgence a écrit que les définitions du Pontife Romain sont tellement certaines, que tout l'univers chrétien embrasse sans hésitation toute la doctrine qui vient de lui :
(1) Homil. l. 2. homil. 46. in Natal. SS. Petr. et Faut.
(2j Epist. ad Eutychet. — Concil. €halced. p. I. (3) Ibid.
Quod... Romana tenet et docet Ecclesia , totusque ciim ea christianus orhis... nihil hœsitans crédit.^
14° Saint Grégoire le Grand a écrit à son tour : Quis nesciat Sancfam Ecclesiam in Apostoloruni principis soliditate firmaiam?... Cui Veritatis voce dicitur : « Tihi dabo Claves regni cœîorum? »* Qui ignore que la Sainte Eglise a été affermie sur la solidité du prince des Apôtres? A qui a-t-il été dit par la voix de la Vérité : « Je vous donnerai les Clefs du royaume des cieux? » — La solidité de l'Eglise dépend donc de la solidité de Pierre.
Dans une lettre adressée aux évêques de France, le même Pontife écrit que s'il s'élève quelque contestation en matière de foi, ils aient soin d'en référer au Siège Apostolique, afin que la question soit définie par lui sans qu'il reste aucun doute : Si quam vero contentionem... de fidei causa evenire contigerit,... ad nostram studeat perducere notionem, quateyius a nobis valeat congrua sine dubio sententia terminari} — Remarquons ces mots : " Sine dubio terminari. »
15° Saint Anselme dit que Jésus-Christ a confié au Pontife Romain le gouvernement de son Eglise; après quoi, il ajoute : S'il s'élève dans l'Eglise quelque chose de contraire à la foi catholique, on ne peut en référer à nul autre avec plus de fondement, afin qu'il y remédie par son autorité : Ad nullum alium rectius refertur, si qiiid contra catholicam fidem oritur in Ecclesia, ut ejus auetoritate corrigatur}
16° Saint Bernard, parlant de Saint Pierre, dit qu'il devait être mis à la tête, non pas d'un seul peuple, mais de tous les peuples : Qui non uni populo, sed cunctis prœesse deberet.^
Et ailleurs il écrit : Nulli dubiicm est quod ea quœ apostolica firmantur auetoritate, rata semper existunt, nec alicujus
(1) Delncarn. et Grat. Christi, c. 11. 'alias epist. 17.)
(2) Epist. l. 6. ep. 37. (3) Epist. î. 4. ep. S2.
(4) De Fide, Trinit. et Incarn. prœfat.
(5) De Considérât, l. 2. c. 8. n. 16.
possunt deinceps mutilari caviUaiione :^ Personne ne doute que ce qui est confirmé par le Siège Apostolique, ne soit toujours définitivement arrêté, et qu'après cela, il ne soit plus possible d'en diminuer la valeur par aucune subtilité.
Saint Bernard a prononcé en outre cette grande parole, que la prérogative de l'infaillibilité du Souverain Pontife est démontrée par la tradition constante et perpétuelle : Infallibilitatis Ponti/iciœ prœrogativam constantisshna perpetuaque Sanctorum Patrum traditio commonstrat .
Melchior Cano a écrit dans le même sens : Il est évident, dit-il, par la tradition des Apôtres, que les Evêques de Rome sont les successeurs de Pierre dans l'enseignement de la foi : Constat autem Romanos Episcopos Petro in fidei magisterio successisse, ab ApostoUs esse traditum.^
17" De plus. Saint Thomas, qui a parcouru les ouvrages de tous les Pères, et qui n'a avancé comme certaine aucune proposition sur laquelle les Saints Pères ne fussent d'accord, s'exprime en ces termes : Postquam essent auctoritate universalis Ecclesiœ determinata, si quis tali ordinationi pertinaciter repiignaret, hœreticus censeretur ; quœ quidem auctoritas principaliter residet in Summo Ponti/îce :^ Une fois que les choses ont été décidées par l'autorité de l'Eglise universelle, celui qui refuserait opiniâtrement de se soumettre à cette décision, serait censé hérétique; or, cette autorité de l'Eglise réside principalement dans le Souverain Pontife.
Le Saint Docteur avait déjà dit auparavant que l'unité de foi ne pourrait se maintenir dans l'Eglise, si les questions qui s'élèvent en matière de foi, n'étaient déterminées par celui qui est à la tête de toute l'Eglise (c'est-à-dire par le Pape) : Una fides débet esse totius Ecclesiœ^ qiiod servari non posset, nisi quœstio de fide exorta determinetur per cum qui toti Ecclesiœ prœest.^
18° Saint Bonaventure a écrit de même : Papa non potest
(1) Epist. S37 [alias 570.) n. /. (2) De Locis theol. l. 6. c. 7.
(3) 2. 2. q. 11. a. 2. ad. S. (4) Ibid. q. 1. a. 10.
errare, supposito... qnod intendat facere dogma fidei, etc.:^ Le Pape ne peut errer, supposé qu'il ait l'inlention de faire un dpgme de foi.
D'après cela, Duval a dit, en parlant du sentiment contraire au nôtre : Il n'est actuellement personne dans l'Eglise qui tienne ce sentiment, si l'on excepte toutefois Vigor et Richer ; si l'opinion de ces derniers était véritable, le monde chrétien tout entier serait plongé dans une fatale erreur en matière de foi, puisqu'il tient le contraire : Nemo nunc est in Ecclesia qui ita sentiat, prœter Vigorium et Richerium, quorum si vera esset sententia, totus orbis christianus, qui contrarium sentit, in fide iurpiter erraret} Et remarquons ici en passant, que Richer a expressément rétracté son opinion dans la suite, et pendant sa vie et à la mort.
Le père François Suarez, écrivant contre ceux qui attaquent l'infaillibilité du Pontife Romain, dit que leur opinion n'est pas seulement téméraire à l'excès , mais encore erronée , par la raison que le sentiment des écrivains catholiques est si unanime au sujet de cette vérité, qu'il n'est nullement permis de la révoquer en doute : Est responsio non solum nimis temeraria, sed etiam erronea ; jam vero tant est... catholicorion scriptorum concors de hac veritate sententia, ut emn in duhium revocare nullo modo liceat.^
Le père Bannes, ■* dominicain, a écrit dans le même sens; et le cardinal Bellarmin dit, de son côté, que l'opinion contraire paraît tout à fait erronée et touchant à l'hérésie : Videtur omnino erronea et hœresi proxima.^ Le même cardinal rapporte que le luthérien Jean Calixte s'est exprimé en ces termes : Negari non posse, si Christus suo loco Romanum Pontificem universœ per orbem Ecclesiœ prœfecit , ideo prœfecisse ut controversias fidei sententia falli nescia decideret ac terminaret, cui mentes fidelium adhœrere oporteat: On ne peut nier
(1) Summa theol. q. 4 . a. 3. d. S.
(2) De supr. Rom. Pontif. Potest. p. 4. q. 7.
(3) Tract, de Fide. disp. 20. sect. 3. n. 2S. (4) In S. 2. q. 1. a. 10. (5) De Rom. Pontif. l. 4. c. 2.
que si Jésus-Christ a mis à sa place, à la tête de l'Eglise universelle, le Pontife Romain, ce ne fût pour qu'il décidât et terminât les controverses de foi par une sentence infaillible, à laquelle tous les fidèles doivent soumettre leur intelligence.
Mais ce qu'il y a de plus merveilleux, c'est ce qu'a écrit Jean de Paris sur l'infaillibilité et le pouvoir suprême du Pape, avant qu'il eût commencé à se montrer hostile au Siège de Rome : L'Eglise, dit-il, serait divisée, si l'unité n'était sauvegardée par la sentence d'un seul ; or, ajoute-t-il, celui qui possède une telle suprématie, c'est Pierre et son successeur : Divideretur Ecclesia, nisi per unius sententiam unitas servaretur ; hic autem prineipatum hicjusmodi habens, est Petrus successorque ejiis.^
Ajoutons à ces témoignages celui d'Augustin ïriumphus ,^ docteur de l'Université de Paris, lequel a écrit que c'est une hérésie de ne point adhérer à la décision du Souverain Pontife en matière de foi.
Tous les témoignages des Saints Pères que nous venons de citer, démontrent manifestement que le Souverain Pontife est infaillible et supérieur au Concile. Mais, comme nous l'avons déjà fait remarquer, toutes ces autorités ne signifient rien aux yeux de Fébronius, parce qu'elles ne sont, d'après lui, que des manières de parler figurées ou emphatiques. Je voudrais savoir quels témoignages ou quelles preuves nous devrions apporter pour persuader Fébronius.
Les textes de l'Ecriture que nous avons fait valoir, ne prouvent rien selon lui ; car il les interprète selon sa fantaisie, et les réduit ainsi à rien. Il est dit dans l'Evangile de Saint Matthieu : Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise : Tu es Petrus, et super hanc Petram œdificabo Ecclesiam meam.^ Or, nous avons vu que les Saints Pères entendent communément sous la dénomination diQ petra l'apôtre Pierre ou Céphas; mais, comme cette interprétation ne sourit pas à Fébronius, ce texte ne prouve rien à ses yeux. — Dans l'Evan-
(1) De Potest. regia et papali. c. 5. (2) De ecclesiast. Potest. q. 10. a. 3. (3) Matth. 16. 18.
gile de Saint Jean, Jésus-Christ dit à Pierre-: Paissez mes brebis : Pasce oves meas.^ Or, les Pères enseignent communément que par ces paroles, le soin principal du troupeau de Jésus-Christ a été confié à Pierre; mais ceci encore ne prouve rien pour Fébronius, qui dédaigne également les autres textes de l'Ecriture que nous avons cités.
Pour lui, les déclarations des Conciles que nous avons mentionnées ci-dessus, ne signifient rien non plus, parce que, comme il le dit lui-même, ces Conciles ont parlé dans des siècles de ténèbres, dans des siècles d'ignorance, où l'on méconnaissait les vérités qui ont été ensuite découvertes par Fébronius.
Enfin, il ne fait pas beaucoup de cas des sentences des Saints Pères, parce qu'ils ont parlé d'une manière figurée ou emphatique, c'est-à-dire en recourant aux hyperboles et aux exagérations.
En résumé, les Ecritures ne sont d'aucune valeur en faveur de notre opinion, parce qu'elles ne prouvent rien aux yeux de Fébronius, qui, du reste, ne se soucie point de l'interprétation commune que les Pères leur donnent dans notre sens ; — les Conciles n'ont aucune valeur non plus, parce qu'ils ont parlé sous l'empire de l'ignorance, dans des siècles de ténèbres ; — les sentences des Pères, qui nous présentent, comme l'atteste Saint Bernard cité plus haut, la tradition constante et perpétuelle au sujet de l'infaillibilité du Pontife Romain et conséquemment de son suprême pouvoir sur les Conciles, sont également sans valeur, parce que ces sentences ne sont que des manières de parler figurées ou emphatiques. Or, je demande à Fébronius quelles sont les autres preuves que nous pourrons trouver pour nous assurer de la vérité. Mais personne ne nous blâmera, si, au lieu de nous en rapporter au dire de notre adversaire, nous préférons suivre les oracles des Conciles œcuméniques, qui bien certainement n'ont pas parlé par ignorance, mais avec l'assistance du Saint-Esprit, ainsi que les maximes des Saints Pères, qui n'ont point prononcé leurs sentences dans un style figuré ou exagéré, mais sous l'inspiration de l'Esprit de vérité.
(1) Joan. 21. 17.