‹ Du pape et du concileChapitre 70 sur 135 · I. — Notre sentiment se prouve par les Ecritures, et · texte numérisé non relu

I. — Notre sentiment se prouve par les Ecritures, et

1° Par ce texte de Saint Luc : Simon, Simon, Satan a demandé

à vous cribler tous comme on crible le froment ; mais j'ai prié

pour toi, afin que ta foi ne défaille point; lors donc que tu auras

été converti, affermis tes frères : Simon, Simon, ecce Satanas

(1) Extravag. Unam sanctam, de major, et obed.

(2) Contra impug. relig. c. 4.

(3) In Sent. 4. dist. 19. (4) P. S. q. 40. m. 2.

(5) De Papœ et Concil. Axictorit. partis 2^ princip. p. S. n. 95.

(6) Marnai.. p. S. serin. 3 excell. 4. (7) De Ecclesiast.Potest. q. 6. a. 1.

(8) Annal, ad ann. oS. n. 19. et seq ; 90S, et 1001.

(9) De Concil. et Ec.cl. l. 2. c. 17.

(10) Gallia vindicata, diss. S. — Régale sacerdot. l. 2. {] 1) Difesa del Ponti/îcato Rom.

(12) De Sensu et Auctorit. décret. Constant, passitn.

(13) Ad Ephes. Conc. Patr. epist. c. 2t. schol. et 117. schol.

(14) Notit. Eccl. Concil. — Concil. Basil, n. Set 4, et Concil. Trid. n. 9S.

(15) De Auctorit. Papœ et Concil. tr. 1. c. 6 et 7.

(16) Theol. de loc. theol. q. 5. dub. 6. § 2. — Colloq. class. 2. coll. I. — De vera Christt Eccl. t. 2. p. 1. a. 1.

(17) Super propos. 29. ab Alex. VIII. damn. Exerc .19.

expctivit vos ut cribrarct sicnt triticvm; ego autem rngavi pro te, lit non de/îniat fldes tua; et tu aliquando conversi's, confirma fratres tuas. ^ Remarquez que Notre-Seigneur Jésus- Christ a prié pour Pierre seul, qui devait seul affermir ses frères ; donc, si la foi de Pierre avait pu défaillir, les frères n'auraient pu être affermis par Pierre.

Il est donc faux le commentaire de quelques docteurs de Paris qui pensent que, dans cet endroit, Jésus-Christ a prié pour l'Eglise universelle, ou bien pour Pierre en qualité de représentant de toute l'Eglise. En effet, Notre-Seigneur n'a nommé qu'une seule personne : Simoyi, Simon; et après avoir commencé par parler au pluriel, en disant : Satan a demandé à vous cribler : Satan eocpetivit vos ut cribrarct, il a ensuite modifié la manière de s'exprimer, en disant : Mai j'ai prié pour toi : Ego autem rogavi pro te. Sans nul doute, s'il avait parlé de toute l'Eglise, il se serait exprimé plus exactement en disant : J'ai prié pour vous : Rogavi pro vobis.

De plus, ces paroles : " Affermis tes frères, confirma fratres fuos, y établissent manifestement que Jésus-Christ ne s'adressait pas à l'Eglise. En effet, qui pourrait-on imaginer que fussei.t ces frères de l'Eglise universelle ?

On ne doit pas non plus prêter l'oreille à ceux qui enseignent que, dans ce passage, Notre-Seigneur a prié pour la persévérance de Pierre : c'e.st, en effet, dans ce sens qu'ils s'attachent à interpréter ces dernières paroles : Confirma fratres fuos.

Le véritable commentaire de ce texte est donc que Jésus-Christ a accordé à Pierre et à ses successeurs un privilège en vertu duquel ils ne pourraient rien enseigner de contraire à la foi. C'est dans ce sens que le pape Agathon s'est exprimé dans une lettre qu'il adressa à l'empereur Constantin, ot qui fui lue et unanimement approuvée au VI* Concile œcuménique : Voici, dit-il, la règle de la vr;iie foi, règle qui a toujours été observée par l'Eglise Apostolique du Christ, laquelle, par la grâce de Dieu, ne sera jamais convaincue de s'être écartée du sentier de la tradition apostolique, conformément à cette promesse divine

il) Luc. 2i. SI et 32.

444 m® TRAITÉ. DISSERTATION SUR LAUTORITÉ DU PAPE.

faite au prince des Apôtres : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point. » Le Seigneur a donc promis que la foi de Pierre ne défaillirait point, et il lui a recommandé d'affermir ses frères; or, il est à la connaissance de tout le monde que c'est là ce qu'ont toujours pratiqué avec assurance les Pontifes Apostoliques, dont je suis, malgré ma bassesse, le successeur : Hœc est verœ fidei régula, quant tenuit Apostolica Christi Ecclesia, quœ, per Dei gratiam, a tramite apostoUcce traditionis nunqicam étirasse probabitur,... secundum... divinam pollicitationem. . . discipulorum principi : «... Ego rogavi pro te, ut non deficiat fides tua "... Dominus... fidera Pétri non defecturam pro')nisit, co^ifirmare eum fratres suos admonuit, quod Apost(jlicos Pontifices, mece exiguitatis prœdecessores, confidenter fecisse sernper cunctis est cogw'tum.^

Saint Léon a fait la réflexion suivante avec plus d'élégance encore : In Petro ergo omniutn fortitudo munitur, ut /îrmitas quœ Petro tribuitur, per Petrwn Apostolis conferatur :'^ C'est dans Pierre que réside la force de tous les autres, de sorte que la fermeté qui est accordée à Pierre, est conférée par lui aux autres Apôtres.

2° Notre proposition se prouve en outre par les Actes des Apôtres, où nous lisons que Pierre s'est exprimé en ces termes dans un Concile tenu par les Apôtres : Viri fratres, vos scitis quoniam ab antiquis diebus Deiis in nobis elegit per os meum audire gentes verbum Evangelii et credere : ^ Mes frères, vous savez que depuis longtemps Dieu m'a choisi parmi vous afin que les Gentils entendissent par ma bouche la parole de l'Evangile, et qu'ils crussent. — Par ces paroles, Pierre a exprimé assez clairement que Dieu n'a conféré qu'à lui et à ses successeurs le pouvoir d'enseigner aux Gentils ce qu'ils doivent croire.

3° On tire encore une preuve de ces paroles de l'Evangile selon Saint Jean : Paissez mes agneaux, paissez mes brebis : Pasce agnos meos;... pasce oves meas. * C'est d'après cela que

(1) Act. 4 et 8. — Labb. t. 6. col. 636.

(2) In annivers. assum.pt. suce, serm. 3.

(3) Act. ië. 7. (4) Joa7i. 21 16 et 17.

Saint Cyprien a dit- : L'Eglise, c'est le peuple uni au prêtre, c'est le troupeau attaché à son pasteur : Ecclesia plebs sacerdoti adunata, et pastori suo grex adhœrens. ' — Et Eusèbe Emissène : Jésus-Christ confia d'abord à Pierre les agneaux, puis les brebis, parce qu'il l'a constitué, non-seulement pasteur, mais pasteur des pasteurs : Prius agnos, deinde oves commisit ei, quia non solum pastorem, sed pastorum pastorem eum constitua} — Saini Bernard a dit également: Pasteurs particuliers pour des troupeaux particuliers, les autres ont chacun des brebis qui leur sont assignées; mais c'est à vous, pasteur unique pour un troupeau unique, que tous les troupeaux sont confiés: Hahent illi sihi assignatos grèges, singuli singulos; tibi universi crediti, uni unus.^

Que nos adversaires nous indiquent, de leur côté, dans quel endroit des Saintes Ecritures nous lisons que les brebis assemblées dans un Concile cessent d'être des brebis soumises à leurs pasteurs, ou plutôt que les brebis sont alors transformées en p.asleurs du Ponlife. Nous lisons, au contraire, dans les Saintes Ecritures, que le Pontife suprême est constitué le pasteur, non-seulement des brebis, mais de tout le bercail, ainsi que Jésus-Christ l'a déclaré en disant qu'il n'y aurait qu'un seul bercail et un seul pasteur : Fiet uniim ovile et umis pastor.*

En vain objecterait-on que les Apôtres ont envojé en Samarie Pierre accompagné de Jean;^ car ils ne l'ont pas envoyé par manière de commandement , mais de conseil, comme on dit qu'un roi est envoyé à la guerre par ses ministres.

II. — Notre thèse se démontre en outre par les Conciles, et 1° Par le P"^ de Nicée, qui a porté le décret suivant : Dans les causes graves, que tous les évéques en appellent librement au Siège Apostolique, à la décision duquel l'autorité ancienne des Apôtres a réservé toutes les causes majeures : Omnes episcopi... in gravioribus . . . causis libère Apostolicam appellent

(1) Epist. 69, ad Florent. (2) Serm. in V.gil. S. Pctn.

(3) De Consider. l. .?. c. 8. n. fS. ( <) Joan. 10. 16.

(5) Act. 8. U.

44Ù m* TRAITE. — dijjsertation sur l'autorité du pape.

Sedem,... cujus dispositioni omnes majores... causas... antiqua Apostolorum... auctoritas reservavit.'^ Le pape Jules P""* a fait mention de ce Canon, et Nicolas P""* a dit que le Concile n'aurait pas parlé de la sorte, s'il n'avait pas reconnu dans le Souverain Pontife un pouvoir infaillible.

Nous lisons en outre dans le Canon 39* du même Concile de Nicée : Ille qui tenet Sedem Romœ, caput est... omnium Patriarchar^um, quandoquidem ipse est primus sicut Petrus,... ut qui sit Vicarius Chri^ti... super... unioersam Ecclesiam chn'stianam :* Celui qui occupe le Siège de Rome est le chef de tous les Patriarches ; car il tient le premier rang comme Pierre, de sorte qu'il est le Vicaire de Jésus-Christ sur toute l'Eglise Chrétienne. — Or, si le Pape est au-dessus de toute l'Eglise, il sera nécessairement au-dessus du Concile , qui représente l'Eglise , comme le Concile de Constance l'a déclaré dans le décret cité plus haut* de sa IV® session.

2° D'après ce que nous lisons dans Saint Thomas,^ le Concile de Chalcédoine a déclaré que toutes les décisions du Pape doivent être adoptées, parce qu'elles émanent du Vicaire du Trône Apostolique : Omnia ah eo (Papa) definita teneantur, tamquam a Vicario Apostolici Throni.

Bellarmin^ rapporte en outre que dans la III® session de ce môme Concile, Dioscore fut anathématisé pour avoir osé juger et condamner le Pontife Romain, quoiqu'il l'eût fait en s'appuyant sur l'autorité du Concile génértil d'Ephèse. Donc, d'après le raisonnement très-juste de Bellarmin,' si Dioscore n'a pu juger le Pape en se fondant sur un Concile oecuménique, il en résulte manifestement que le Concile n'est pas au-dessus du Pape.

3" Nous lisons les paroles suivantes dans le \\^ Concile de

(l) Can. 18. — Labb. t. 2. col. 487, et Corp. Jur. causa 2. q. 6. c. S. Can. Omnes episc. (2) Epist. 2. contr. Orient, c. 2. — Labb. Ibid.

(3) Epist. 7, ad Michael. imper. — Labb. t. 8. col. 291. 4} Apud Fagnan. cap. Signi/lcastl de Elect. n. 49. (5) Contr. error. Grcecor. c. 32.

(6j De Conçu, et Eccl. l. 2. c. 17. et de Rom. Pont.if. l. 2. c. 26. (7) De Conçu, et Eccl. l. 2. c. 17.

(*) Page 439.

ConsUnlinople : Nequenos sane novam deillo judicio sententiam ferùnus, sed jam olim a Sanctissimo papa Nicolao pronuntiatam, quain nequaquam possutnus immutare :^ Quant à nous, nous ne portons pas une sentence nouvelle, mais nous adoptons celle qui fut prononcée autrefois par le Très-Saint pape Nicolas, et nous ne pouvons en aucune manière la cbang-er.

El dans le même Concile, nous lisons : Itaque Beatissimum papam Nicolaum tamquam organum Sancti Spiritus habentes, etc.:^ Nous regardons le pape Nicolas comme l'organe du Saint-Esprit.

Ce Concile a donc déclaré que la sentence du Pape est irré- Ibrmable.

4" Le Concile de Constance, comme le rapporte Bellarmin,' approuva la lettre de Martin V, par laquelle il était prescrit d'interroger les gens suspects d'hérésie, en leur demandant s'ils croyaient que le Pape est le successeur de Pierre et qu'il est investi de l'autorité suprême dans l'Eglise de Dieu : Utrum credant quod Papa sit successor Pétri, hàbens supremam auctoritatem in Ecclesia Pei.* Or, conclut à bon droit Bellaruiin,^ l'autorité suprême est évidemment celle à laquelle aucune autre n'est ni supérieure ni égale.

De plus, ce même Concile de Constance^ a condamné la proposition 37« de Wicleff, dans laquelle il était dit que le Pape n'est pas le Vicaire immédiat et prochain de Jésus-Christ : Papa non est iminediatus et proximus Vicarius Christi. Or, si le Pape est le Vicaire immédiat de Jésus-Christ, il faut nécessairement rcconnaitre qu'il est en même temps supérieur au Concile ; sans quoi, il ne pourrait être regardé comme le Vicaire immédiat du Christ, mais tout au plus comme son Vicaire médiat.

5° Le Concile de Florence confirme aussi puissamment notre opinion, ainsi que nous l'avons montré ci-dessus, dans la démonstration de notre première proposition.* En effet, ce Conéile

(1) Sess. 5. (2) Recula 2.

(3j De Conc. et Eccl. l. 4. c. 17. (4) In Bulla - Inter cunctax. -

(5) Loc. cit. (6) Sess. S.

(* Vhqe 410.

Page 1