‹ Du Pape et du Concile ou Doctrine complète de s. Alphonse de Liguori sur ce double sujetChapitre 46 sur 138 · CH. I. NÉCESSITÉ D'UN CHEF SUPRÊME. ART. II · texte numérisé non relu

CH. I. NÉCESSITÉ D'UN CHEF SUPRÊME. ART. II

autre endroit, le Saint Docteur représente Jésus-Christ s'adressant en ces termes à Saint Pierre : C'est moi, il est vrai, qui suis la pierre indestructible ; cependant, vous aùssi, vous êtes pierre, parce que ma force affermit la vôtre, de sorte que tout ce qui m'est propre en vertu de ma puissance, vous devient commun avec moi par participation : Cum ego sim inviolabilis petra..., tamen tu quoque petra es, quia mea virtute solidaris, ut que mihi potestate sunt proprià , sint tibi mecum participatione communia.* — Et Saint Cyprien : La primauté est accordée à Saint Pierre pour montrer qu'il n'y a qu'une seule Eglise du Christ et qu'une seule Chaire: Primatus Petro datur, ut una Christi Ecclesia et Cathedra una monstretur.? — Et après avoir cité ces paroles: « Vous êtes Pierre, etc., » le même auteur sacré ajoute : C'est sur lui seul que Jésus-Christ bâtit l'Eglise, et c'est à lui qu'il confie le soin de paitre ses brebis: Super illum unum adificat Ecclesiam, et illi pascendas mandat oves suas.3 — Saint Hilaire,* Tertullien,® Origène,® Saint Epiphane”, et Saint Jean Chrysostome parlent dans le même sens.

Mais prévenons ici une objection des hérétiques. Il est hors de doute que le fondement principal de l'Eglise a été et sera toujours Jésus-Christ, conformément à ces paroles de Saint Paul : Personne ne peut poser d'autre fondement que celui qui a été posé, et ce fondement, c'est Jésus-Christ : Fundamentum enim aliud nemo potest ponere preter id quod positum est, quod est Christus Jesus.® Donc, si plus tard Jésus-Christ a établi Saint Pierre comme le fondement de l'Eglise, il a fait voir par là qu'il est lui-même le fondement principal de l'Eglise, de Pierre, et de tous les fidèles, mais que Saint Pierre est le fondement secondaire, qui, toutefois, n'est nullement différent du premier. Saint Basile dit que Jésus-Christ est pierre et qu'il rend pierre, faisant part à ses serviteurs de ce qui lui appartient en propre : Petra est et petram fecit : que sua sunt, largitur

(1) In anniv. assumpt. sue, serm. 5. (2) De Unit. Eccles:c. 4. (3) Ibid. (4) In Matth. e. 16. (5) De Præscriptiontb. c. 22.

(6) In Exod. homit. 5. (7) Ancorat. | (8) Serm. de Præm. Sanctor., ete. (9) I. Cor, 3. 11.

servis suis.! Il est hors de doute que le Seigneur, en communiquant à Saint Pierre la qualification de pierre, lui a communiqué en méme temps les pouvoirs de chef suppléant; de sorte que l'édifice de l'Eglise repose sur le double fondement de Jésus- Christ et de Pierre : principalement sur le premier, mais immédiatement aussi sur le second. Il résulte de là que ceux qui sortent de l'enceinte de cet édifice, n'appartiennent plus à l'Eglise, et restent séparés d'elle. Par là s'évanouit l'illusion des hérétiques qui se flattent de pouvoir trouver le Salut en bâtissant, comme ils disent, sur la foi seule en Jésus-Christ. Car cette foi ne sera jamais véritable, si elle n'est unie à celle de Pierre et des Pontifes, ses successeurs. Au contraire, celui-là est sûr et ne peut errer, qui se trouve uni au Chef visible que Jésus-Christ a laissé à son Eglise comme le Fondement, la Règle, le Docteur, et le Défenseur de la foi.

2° De plus, Notre-Seigneur a ajouté en parlant à Saint Pierre : Je vous donnerai aussi les Clefs du royaume des cieux; tout ce que vous lierez sur la terre, sera aussi lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre, sera aussi délié dans le ciel: Et tibi dabo Claves regni cælorum; et quodcumque ligaveris super terram, erit ligatum et in cœlis, et quodcumque solveris super terram, erit solutum et in cœlis.? Par le mot Clefs, la puissance suprême se trouve confirmée dans Saint Pierre, d'après ces paroles de l'Apocalypse : Voici ce que dit le Saint et le Véritable qui a la Clef de David : il ouvre, et personne ne ferme; il ferme, et personne n'ouvre: Hæc dicit Sanctus et Verus, qui habet Clavem David, qui aperit et nemo claudit, claudit et nemo aperit.3*

Peu importe, du reste, que les paroles ci-dessus mentionnées

(1) Homil. de Pœnit, (2) Matth. 16. 19. (3) Apoc. 3. 8.

(*) D'après les interprètes sacrés, cette Clef de David signifie, dans le sens propre, la clef du Temple de David, ou de la maison de David; ce qui est conforme à ces paroles d'Isaie : Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : Et dabo clavem domus David super humerum ejus (Is. 22. 22.). Or, la clef était le symbole du Pontificat ou de la suprême puissance dans le Temple, comme elle était celui de la premiére dignité dans la Maison royale. « Chez les peuples Orientaux, dit le savant archevéque de Westminster, le cardinal Wiseman, on remarque qu'il n'y a de pouvoir réel qu'avec les cléfs emblématiques, et que l'un ne va pas sans

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aient été adressées également aux autres Apôtres, et que le pouvoir de lier etde délier leur ait été pareillement conféré par ces autres paroles : Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre, etc. : Amen dico vobis, quecumque alligaveritis super terram, etc.! Car tous les Apôtres furent envoyés par Jésus-Christ pour propager la foi, avec le pouvoir de créer des prêtres et des évêques, et même, dans ces premiers temps où la Loi nouvelle avait besoin de s'affermir, de fonder des Eglises. Toutefois, ce pouvoir qui fut accordé aux Apôtres, fut toujours un pouvoir subordonné à celui de Saint Pierre, comme le dit Noël Alexandre dans une Dissertation où il défend la primauté de Pierre; ? s’il en était autrement, il n'aurait pu la défen. dre. Ce fut en outre un pouvoir extraordinaire, qui s'éteignit avec eux, tandis que le pouvoir conféré à Saint Pierre fut absolu et en quelque sorte ordinaire, comme le dit Pierre de Marca,® et devait même passer à ses successeurs. Ainsi, dit Saint Jérôme, quoique dans ces premiers temps, où la foi avait besoin de se propager , tous les Apôtres eussent le même pouvoir,’ néanmoins c'est à Pierre seul que fut conféré le pouvoir suprême, afin qu'il eût la préséance sur tous les autres en qualité de chef. Voici les paroles du Saint Docteur : C'est proprement sur Pierre que l'Eglise est bâtie; et quoique dans un autre endroit des Ecritures, on en dise autant de tous les Apôtres, que tous aient reçu les Clefs du royaume des cieux, et que la force de l'Eglise repose également sur eux tous, un seul pourtant est choisi entre douze, afin que, le chef une fois établi, toute occasion de schisme fût enlevée : Super Petrum fundatur Ecclesia; licet idipsum in alio loco super omnes A postolos fiat, et cuncti Claves regni

(1) Matth. 18. 18. (2) Sæc. 1. diss. 4.8 3. object. 4. (3) Exercitat. de singul. Primat. Petri. n. 8.

l'autre. « (Discours sur les principales doctrines, etc.) — Dans le sens figuré, la maison de David représente le ciel ou l'Eglise, dont l'ancien Temple des Juifs était la figure. Jésus-Christ tient la clef de l'un et de l'autre, c'est-à-dire qu'il possède dans l'Eglise le suprème Pontiticat ou la supréme puissance, et qu'il ouvre ou ferme le ciel à volonté; cette clef, il l'a remise à Saint Pierre et à ses successeurs, ‘qui le remplacent dans le suprême Pontificat et qui exercent en son nom dans l'Eglise le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés, c'est-à-dire d'ouvrir ou de fermer le ciel. Le traducteur.

cœlorum accipiant, et ex equo super eos Ecclesiae fortitudo solidetur, tamen propterea inter duodecim unus eligitur, ut, capite constituto, schismatis tollatur occasio.* — Saint Cyprien parle dans le méme sens : Les Apòtres, dit-il, avaient recu chacun une part égale d'honneur et de pouvoir; mais le commencement dérive de l'unité. La primauté est conférée A Pierre, pour montrer que l'Eglise du Christ est une : Zrant... Apostoli... pari consortio prediti et honoris et potestatis ; sed exordium ab unitate proficiscitur. Primatus Petro datur, ut una Christi Ecclesia monstretur;? ce qui s'accorde avec ce que le même auteur écrit un peu plus bas: De même, dit-il, que la lumière du soleil est une, quoique ses rayons soient multiples, de même l'Eglise de Dieu étend ses rayons lumineux sur le monde entier, quoique sa lumière ainsi répandue soit une. La tête de l'Eglise, continue-t-il, est une, son origine est une (et ici il entend parler de Saint Pierre à qui a été conférée la primauté dans l'Eglise) : Quomodo solis multi radii, sed lumen unum,.., sic et Ecclesia Domini luce perfusa per orbem totum radios suos porrigit; unum tamen lumen est, quod ubique diffunditur..., Unum caput est et origo una.*

Louis Dupin se trompe lorsqu'il prétend que le pouvoir supréme réside dans l'Eglise, et qu'il est communiqué par elle au Pape et aux évêques. Il se trompe, dis-je; car, par cette doctrine, il détruit complétement la primauté de Pierre. Saint Augustin, il est vrai, dit que Jésus-Christ a donné les Clefs à l'Eglise représentée par Pierre; mais dans ce passage, le Saint Docteur ne considere pas Pierre comme ministre de l'Eglise, mais comme souverain et chef de cette même Eglise, qu'il représente de la même manière qu'un roi représente tous ses vassaux et qu'un père de famille représente tous ses enfants. C'est pourquoi Saint Augustin écrit également que Pierre représente l'Eglise en tant qu'il y possède la primanté: On énonce, dit le Saint Docteur, certaines propositions qui paraissent regarder proprement l'Apôtre Saint Pierre, et qui cependant n'ont un sens véritablement clair, que pour autant qu'on les applique à l'Eglise, que

(1) Ade. Jovinian. 1. 4. n. 26. (2) De Unit. Ecctes. c. 4. (3) Ibtd:

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