CH, I. NÉCESSITE D'UN CHEF SUPRÊME. ART. II
cet Apôtre représentait d'une manière figurée, à cause du suprême pouvoir dont il était investi parmi les autres disciples; ainsi en æst-il, par exemple, de ces paroles : « Je vous donnerai les Clefs du royaume des cieux : » Quædam dicuntur qua ad Apostolum Petrum proprie pertinere videantur, nec tamen habent illustrem intellectum, nisi cum referuntur ad Eeclesiam, cujus alle agnoscitur in figura gestasse personam, propter primatum quem in discipulis habuit; sicuti est: « Tibi dabo Claves regni cœlorum. »! C'est, en effet, d'après Noël Alexandre, le sentiment de Saint Augustin, que les Clefs furent données à Saint Pierre, non pas en sa qualité de légat de l'Eglise, mais en qualité de chef et de gouverneur de cette même Eglise : Petro non sunt collatæ Claves nisi nomine Ecclesia, id est, ut Ecclesia legato, nego ; id est, ut Ecclesia supremo post Christum et sub Christo rectori ac moderatori, concedo.® Cette proposition, continue le même auteur, peut donc avoir deux sens: le premier, c'est que Saint Pierre a reçu les Clefs au nom de l'Eglise, de la même manièré qu'un ambassadeur royal reçoit au nom du roi les clefs d'une ville, sur laquelle, par conséquent, il n'a lui-même aucun pouvoir; or, dans notre cas, ce sens n'est nullement admissible. Le second sens peut être que Saint Pierre a reçu les Clefs au nom de l'Eglise, en qualité de gouverneur et de chef de cette Eglise, de la même manière qu'un prince reçoit, au nom du peuple, une épée qu'il est tenu de consacrer à la défense et à la gloire du royaume : c'est dans,ce sens, d'après Saint Augustin, que Saint Pierre a reçu les Clefs au nom de l'Eglise : {lius itaque propositionis duplex potest esse sensus : primus, quod Sanctus Petrus Ecclesiæ nomine Claves acceperit, quemadmodum regius orator , nomine regis, alicujus civitatis claves accipit, in quam propterea nullam habet potestatem; at nequaquam ita est. Secundus, quod Ecclesia nomine Claves acceperit ut illius rector et gubernator, quomodo princeps, populi nomine, gladium accipit, et ad ejus tuitionem, totum regni splendorem convertere tenetur; quo sensu Sanctum Petrum Claves nomine Ecclesia accepisse dixit Sanctus
(1) In Ps. 108. n. 1. (2) Sæc. I. diss. 4. $ 4. object. 4.
Augustinus.\ C'est pourquoi un savant auteur moderne, Charles Gagliardi, écrit ces paroles à propos du sentiment de Dupin : Ces assertions, dit-il, sentent l'hérésie et le schisme : Hæresim porro et schisma sapiunt assertiones iste. C'est par le chef que le pouvoir est transmis aux membres, et non par les membres au chef. Sachez bien, dit Tertullien, que c'est à Pierre que Notre-Seigneur a remis les Clefs, et par lui à l'Eglise : Memento Claves Dominum Petro, et per eum Ecclesia reliquisse.? Mais du moins, disent nos adversaires, Saint Paul fut égal en puissance à Saint Pierre; en effet, Saint Irénée et Saint Epiphane rapportent que ces deux Apôtres ont été l’un et l'autre évêques de Rome, et Saint Paul lui-même a dit qu'il était chargé du soin de toutes les Eglises :. Sollicitudo omnium Ecclesiarum.3 — On ne nie pas, répondrons-nous, que ces deux Apôtres n'aient rempli la charge de Pasteurs à Rome, et c'est bien là, en effet, ce qu'on doit inférer du témoignage des deux Saints Pères qu'on a cités; mais il n'en résulte pas que Saint Paul ait reçu le même pouvoir suprême que celui qui fut conféré à Saint Pierre. Et quant au soin que Saint Paul avait de toutes les Eglises, Saint Augustin‘ répond que ce soin avait rapport à la CLEF DE SCIENCE, Clavem scientiæ, qui fut donnée à Saint Paul en qualité de Docteur des nations, et non à la CLEF DE PUISSANCE, Clavem ,hotentiæ, qui ne fut accordée qu'à Saint Pierre. Saint Paul fut donc égal à Saint Pierre quant à la prédication de la doctrine, mais non quant à l'exercice du pouvoir dans le gouvernement universel de l'Eglise.* Aussi est-ce Saint Pierre seul qui fut chargé d’affermir dans la foi les Apôtres, ses
(1) Sæc. I. diss, 4. $ 4. object. 4. (2) Scorpiac. c. 40. (3) ZI. Cor. 11. 28. (4) Serm. 202. Append. Edit. Ben.
(*) Remarquons ici que l'opinion émise par certains auteurs, que Saint Pierre et Saint Paul furent tous deux chefs de l'Eglise, a été condamnée par un décret d'Innocent X, sous la date du 29 janvier 1674, et déclarée véritablement hèrétique; le méme Pape condumna en méme temps tous les livres qui énonçaient cette pernicieuse opinion. (a)
(a) Saint Alphonse traite encore de cette question dans son Triomphe de l'Eglise, (ch. xu. art. in. n. 9), à propos d'un ouvrage anonyme, intitulé : De la Grandeur de l'Eglise Romaine, et du l’ontificat de Saint Pierre et de Saint Paul, ouvrage que certains auteurs attribuent au trop fameux Arnauld, l'ardent fauteur du Jansénisme, et que notre Saint refute par quelques arguments courts, mais solides. — Voir le Tome 1V de ses Œuvres Dogmatiques (page 377), que nous avons publiées en français. Le traducteur.