‹ Du Pape et du Concile ou Doctrine complète de s. Alphonse de Liguori sur ce double sujetChapitre 48 sur 138 · CH. 1. NECESSITE D'UN CHEF SUPRÊME. ART. II · texte numérisé non relu

CH. 1. NECESSITE D'UN CHEF SUPRÊME. ART. II

frères: Et tu aliquando conversus confirma fratres tuos.? Jésus-Christ lui-même a déclaré que les Apôtres n'étaient pas tous égaux, mais que l'un d'entre eux était plus grand que les autres, et il a demandé que celui-là se comportàt comme le plus petit de tous, par amour pour la vertu d'humilité : Que celui qui est le plus grand parmi vous, dit-il, devienne comme le plus petit; et que celui qui gouverne, soit comme celui qui sert; car, qui est le plus grand, de celui qui est à table, ou de celui qui sert? n'est-ce pas celui qui est à table? Qui major est in vobis, fiat sicut minor; et qui pracessor est, sicut ministrator; nam quis major est, qui recumbit, an qui ministrat? nonne qui recumbit ?? Par ces dernières paroles, Notre-Seigneur a montré clairement qu'il ne parlait pas d'une supériorité de vertu, mais d'une supériorité de rang dans le gouvernement de l'Eglise, c'est-à-dire de la primauté accordée à Saint Pierre, laquelle fut une primauté suprême comme celle de Jésus-Christ. C'est ce qui fait dire à Saint Cyrille, qu'on doit la même obéissance à Saint Pierre qu'à Jésus-Christ, et que tous, jusqu'aux maitres du monde, doivent incliner le front devant lui : Petro omnes jure divino caput inclinant, et primates mundi tanquam ipsi Domino Jesu obediunt.3

3° Notre-Seigneur a dit en outre à Saint Pierre : Paissez mes agneaux; paissez mes brebis : Pasce agnos meos;... pasce oves meas.{ Par le mot pattre, on entend tout acte exercé par le pasteur, comme de présider, conduire, et ramener; par agneau, on entend tous les fidèles, qui sont les enfants de la famille, et par brebis, qui sont les mères, on entend tous les Apôtres et les évêques, leurs successeurs : tel est le sentiment commun des Saints Pères, d'accord avec Saint Léon, qui s'exprime ainsi : Dans le monde entier, Pierre seul est choisi pour être mis à la tête de toutes les nations appelées à la foi, ainsi que de tous les Apôtres et de tous les Saints Pères de l'Eglise, de sorte que, malgré le grand nombre de prêtres et de pasteurs préposés au

(1) Luc. 22, 32. (2) Luc. 22. 26 et 27.

(3) Lib. Thesaur. Apud D. Thom. opusc. contra error. Græc. c. 32. (4) Joan. 21. 16 et 17.

peuple de Dieu, c'est cependant Pierre qui gouverne proprement tous ceux que Jésus-Christ même gouverne comme supérieur en chef: De toto mundo unus Petrus eligitur, qui et universarum gentium vocationi, et omnibus A postolis, cunctisque Ecclesia Patribus praponatur, ut, quamvis in populum Dei multi sacerdotes sint, multique pastores, omnes tamen proprie regat Petrus, quos principaliter regit et Christus.!

Donc, répliquent de nouveau les hérétiques, il est bien vrai que l'Eglise a deux chefs, ou bien ce n'est pas Jésus-Cbrist, mais le Pape, qui est le chef de l'Eglise. — La réponse à cette objection saute aux yeux de tout le monde : Jésus-Christ a été et est encore le chef principal qui a fondé l'Eglise, et qui présentement la gouverne par son assistance; mais comme il devait quitter cette terre, il fallait à l'Eglise, ainsi que nous l'avons dit plus haut, un chef visible à qui tous pussent recourir, et d'après le jugement duquel ils pussent se régler; en conséquence, Jésus- Christ même s'est nommé un Vicaire sur la terre, par qui il s'est fait remplacer en qualité de chef de l'Eglise, et à qui il veut que tout le monde obéisse ; et de même que celui qui obéit au vice-roi, obéit au roi, de même celui qui obéit au Pontife Souverain, obéit à Jésus-Christ. -

Mais, dira-t-on, comment peut-on appeler le Pape chef de l'Eglise, attendu qu'il est lui-même membre de l'Eglise? — Il est membre de l'Eglise par rapport à Jésus-Christ, qui est le chef principal et invisible de tous ; mais par rapport à l'Eglise, il est le chef visible qui la gouverne au nom de Jésus-Christ. *

Mais nos adversaires ne sont pas encore las de reproduire cette objection surannée, à laquelle on a répondu tant de fois : je veux parler de ce blâme que Saint Paul a infligé à Saint Pierre, et qu'il a formulé lui-même en ces termes, en s'adressant aux Galates : Je lui ai résisté en face, parce qu'il était répréhensible : /n faciem ei restiti, quia reprehensibilis erat.? —

(1) In anniv. assumpt. sue. serm. 3.

(2) Gatat. 2. 11.

(*) Cette objection se représente dans le chapitre III, art. II. S I. 40, : Le traducteur.

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