CH. I. NÉCESSITÉ D'UN CHEF SUPRÊME. ART. IT
Les uns, comme Saint Jéròme,! répondent que cette constestation fut concertée à dessein pour apaiser les Juifs; mais d’autres, d'accord avec Saint Augustin, ? Saint Cyprien, Saint Grégoire,* Saint Thomas, et Saint Jérôme lui-mème,f qui se rétracta dans la suite, disent plus communément et avec plus de vraisemblance que ces paroles furent un blime véritable, mais qu'il ne s'agissait pas pour lors d'une question doctrinale, à savoir, si, même sous la Loi évangélique, on devait maintenir les observances légales des Juifs. Saint Pierre savait bien que ces observances devaient être abolies; bien plus, lorsqu'antérieurement Saint Paul vint lui rapporter les exigences des Juifs convertis d'Antioche, qui voulaient que les Gentils devenus chrétiens fussent circoncis, il bläma sévèrement une telle prétention : Pourquoi donc, dit-il, tentez-vous maintenant Dieu, en imposant aux disciples un joug que ni nos pères, ni nous, n'avons pu porter: Nunc ergo quid tentatis Deum imponere jugum super cervices discipulorum, quod neque patres nostri, neque nos, portare potuimus?? Mais il s'agissait seulement, dans la circonstance, d'un point de discipline et de convenance, à savoir, s’il convenait alors d'abolir, ou non, la loi Mosaïque; car, quoiqu'elle fùt déjà morte, elle n'était pas encore devenue une cause de mort pour ceux qui l'observaient; et c'est ce qui fait dire à Saint Augustin, ® qu'il fallait l'ensevelir avec honneur. Et dans le fait, Saint Paul lui-même voulut, dans ces premiers temps, que pour éviter de scandaliser les Juifs, Saint Timothée fût circoncis.® Du reste, c'est à bon droit que Saint Paul bläma plus tard Saint Pierre, qui, dans la crainte de mécontenter les Juifs croyants, se sépara d'avec les Gentils, qui ne voulaient pas observer les lois de Moïse; car, pour lors, il était beaucoup plus important de ne pas rebuter les Gentils croyants, qui étaient fort nombreux, que de ne pas mécontenter les Juifs, qui étaient
(1) Comment. in Gal. 2. 11. (2) Epist. 82. n. 22, Edit, Ben. (3) Epist. 71, ad Quint. (4) Sup. Ezcch. humit. 18. (5) 2. 2. q. 37. a. 4. ad 2.
(6) Adv. Pelag. 1. 1. — Apud August. Epist. 180, ad Ocean, (7) Act. 15. 10, (8) Epist. 82. n. 15. Edit. Ben. (9) Ace. 16. 5.
en petit nombre et qui se scandalisaient sans raison en voyant que les incirconcis ne se conformaient pas à leurs observances.*
Enfin, un auteur protestant anonyme objecte que l'Eglise Catholique n'est pas infaillible, attendu qu'on conteste parmi nous sur la question de savoir quel est le tribunal qui définit infailliblement les questions de foi : si c'est le Pape seul, ou le Concile seul, ou bien le Pape et le Concile réunis. — Or, cet auteur se trompe; en effet, supposé même que la premiere opinion, c'est-à-dire que le Pape seul est infaillible dans les définitions prononcées ex cathedra, serait douteuse, quoique nous la tenions pour certaine (ainsi que nous le démontrerons ci-après**), néanmoins on ne met et on n'a jamais mis en doute parmi nous que l'infaillibilité ne réside dans le Pape, du moins lorsque sa décision est appuyée par le consentement des évêques, soit réunis en Concile, soit disséminés sur la terre.
(*) On pourrait ajouter qu'il n'est pas pleinement constaté que le Céphas dont il s'agit ici, soit réellement Saint Pierre. Clément d'Alexandrie (Apud Euseb. Mist, 1. 1.c. 12.1 le nie formellement, et, depuis, un assez bon nombre de savants ont embrassè cette opinion. Toutefois, Saint Augustin et Saint Jérôme, qui eurent entre eux, à ce sujet, la célèbre discussion qu'on connait, tiennent positivement avec une foule de savants de premier ordre, que Suint Pierre est ici réellement désigné. En ‘tout cas, on peut voir la Dissertation de dom Calmet sur cette question. (Bible de Vence, tome XXXII.) — Nous croyons devoir signaler ici un travail remarquable par son érudition et sa logique, publié par une des Revues périodiques les plus savantes de nos jours (Etudes religieuses, historiques, et littéraires, tome VII, nos 30 et 32, juin et août 1865). D'accord sur la question qui nous occupe, avec l'importante Revue romaine = Analecia Juris Pontifici, v la Revue parisienne, se basunt notamment sur l'étude du texte sacré, l'histoire, la chronologie, la tradition, le contexte de l'Epitre, démontre solidement « d'après les règles austères de la théologie et les droits de la vraie critique, » que « le Céphas mentionné par Saint Paul ne peut pas et ne doit pas être confondu avec Saint Pierre, et que ce sont là deux personnages totalement distincts. » On doit savoir gré à cette précieuse Revue d'avoir mis en lumière un problème historique si important au point de vue de l'infaillibilité de la Chaire de Pierre, et dont le rationalisme moderne, comme elle le dit elle-màme, aime beaucoup trop à abuser, — Le père Lallemant, dans son ouvrage intitulé : Le Nouveau Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ (Epitre aux Gal. 2, 11.), a aussi résumé plusieurs des preuves qui militent en faveur de oette opinion. Le traducteur.
:**) Chapitre IV,
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