‹ Du Pape et du Concile ou Doctrine complète de s. Alphonse de Liguori sur ce double sujetChapitre 59 sur 138 · RÉPONSES AUX OBJECTIONS TIR$ES DU CONCILE DE BAIE · texte numérisé non relu

RÉPONSES AUX OBJECTIONS TIR$ES DU CONCILE DE BAIE

Nos adversaires nous opposent également le Concile de Bale, qui fut ouvert l'an 1432, et qui porta le décret suivant : Que le pouvoir d'un Concile général représentant l'Eglise universelle soit au-dessus du Pape, comme le déclarent le Concile de Constance et le présent Concile de Bäle, qui sont l'un et l'autre généraux, c'est là une vérité de foi catholique : Veritas de potestate Concilit generalis universalem Ecclesiam reprasentantis supra Papam, declarata per Constantiense et hoc Basileense generalia Concilia, est veritas fidei catholicæ. ?

Il y a plusieurs remarques à faire sur ce décret :

1° Rainaldi® rapporte qu'Eegène IV, après avoir convoqué le Concile de Bâle et y avoir envoyé comme légat le cardinal Julien Césarini, écrivit à celui-ci avant que la première session fût terminée, et lui manda que, pour de justes motifs, il devait dissoudre le Concile de Bale et le transférer à Bologne. Mais Césarini, d'accord avec un petit nombre d'autres évêques, refusa d'obéir; ce qui obligea Eugène IV à révoquer le Concile par une Bulle formelle, et à le déclarer dissous ; mais les Pères de Bale persistèrent à s'assembler et à porter des décrets.

(1) Butta Retractat. $ 10. (2) Sess. 53. (3) Ad ann. 1451. n. 20.

(*) « Il faut, dit le comte de Maistre (Du Pape, |. I. ch. XI ), que les personnes qui ne sont pas assez versées dans ces sortes de matières, prennent bien garde à ce qu'elles liseut, lorsqu'on leur fait lire que « les Pupes ont approuvé les décisions du Concile de Constance. » Sans doute ils ont approuvé les décisions portées dans cette assemblée contre les erreurs de Wicleff et de Jean Huss; mais que le corps épiscopal séparé du Pape et même en opposition avec le Pape, puisse faire des lois qui obligent le Saint-Siège, et prononcer sur le dogme d'une manière divinement infaillible, cette proposition est un prodige, pour parler la langue de Bossuet, moins contraire peut-être à la saine théologie qu'a la saine logique. « Le traducieur.

2° Le cardinal Turrécrémata écrit que cette deuxième session ne fut tenue que par huit évêques, et que les décrets en furent publiés par un effet de la fureur de quelques ennemis du Siége Apostolique : Ad furorem quorumdam hostium A postolicæ Sedis.!

3° À cette époque, le Concile avait déjà été révoqué et dissous par le pape Eugène; c'est pourquoi plusieurs Pères ne voulurent point assister aux sessions suivantes, et se retirèrent ensuite du Concile, en continuant à rester unis à Eugène.

4° Il est certain qu'un Concile ne peut définir que les points pour la décision desquels il a été convoqué; c'est pourquoi Léon Is" déclara nuls les décrets du Concile de Chalcédoine qui portaient atteinte à l'autorité du patriarche d'Alexandrie. Et bien que ce Concile ait été légitime, cependant le pape Saint Gélase n’approuva pas certaines choses que le Siège Apostolique ne l'avait point chargé de traiter: Alia autem que Sedes Apostolica gerenda nullatenus delegavit,... nullatenus approbavit.® On doit en dire autant du Concile de Bäle, qui fut convoqué pour la conversion des Bohémiens, pour l'union de l'Eglise grecque avec l'Eglise latine et pour la réformation des mœurs, et nullement pour définir la puissance pontificale. +

Malgré tout cela, les Pères de Bâle en vinrent à un tel point d'audace dans leur trente-troisième session, qu'ils déposèrent Eugène IV, qui avait transféré le Concile à Ferrare pour l'an 1437, le déclarèrent hérétique, et lui substituèrent Amédée, duc de Savoie, sous le nom de Félix V, mais contre le consentement de presque tous les évêques. En effet, Henri de Sponde s'exprime ainsi: Lorsqu'ils mirent Eugène en jugement, ils étaient à peine au nombre de trente, et pour le déposer, il n'y avait que sept évêques présents : Cum judicium in Eugenium intentarunt, vix triginta adfuerunt, et in ejus depositione septem tantum episcopi C'est pour cela que Félix lui-même, reconnaissant la nullité de son élection, renonca plus tard entre

(1) Sunma de Eccles. t. 2. c. 100.

(2) De Anathem. vinculo. (3) Aunal. ad ann. 14342 n. 10.

CH. III. SUPERIORITE DU PAPE, ETC. ART. HI. OBJECT. $ m. 101

les mains de Nicolas V, successeur d'Eugène IV, à toute prétention au pontificat.* En dépit de ces faits, Louis Dupin! n’a pas eu honte de don-

ner la qualification de Concile cecuménique à cette assemblée tumultueuse, et de soutenir qu'elle a été approuvée en tout par Nicolas V. Mais, quoique la convocation du Concile de Bale ait été faite par Eugène IV, ainsi que nous l’avons dit, il conmenca néanmoins avec un si petit nombre de Pères, qu'on ne peut pas dire qu'il représentàt l'Eglise dès le début; car, dans la seconde et dans la troisième session, où fut proclamée la déclaration erronée que nous avons rapportée ci-dessus, il n'y avait pas plus de sept ou huit évêques présents, comme le constate la réponse donnée par le Concile même, en 1440: Cum tempore prima dissolutionis pratense pauci prælati essent in Concilio, non numerum quatuordecim excedentes, neque medietas numeri suppositorum in Concilio haberetur, que premissis actibus interfuit, etc. Et quoique les décrets de la deuxième session aient été renouvelés dans la dix-huitième,

(1) De antig. Eccles. Discipl. diss. 5. c. A. $ 6. (2) Ad untv. Christind. — Col. reg. t. 30.

(*) Félix était un prince pieux qui, afin de ne vivre que pour Dieu, avait renoncé à tous ses Etats, et s'était retiré dans une solitude ; aussi, quind il fut élu Pape par les Pères de Bale, il refusa longtemps d'accepter, et il ne finit par donner son consentement que dans la crainte d'offenser Dieu, s'il n'acceptait point, ainsi qu'on le lui représentait. Mais, dès qu'il s'aperçut que son élection n'avait pas été légitime, il fit à l'instant et de bon gré sa renonciation (a).

(a) Nous avons longtemps douté que cette note fût l'œuvre de Saint Alphonse, s'exprimant de la sorte au sujet d'un antipape contre lequel l'histoire a formulé des blAmes d'une gravité réelle : basé sur de bonnes raisons, nous inclinions à croire qu'il fallait attribuer cette note à un éditeur italien intimidé ou influencé par le nom d'un nntipape sorti des princes d'une maison régnante, dont la proximité devait faire réfléchir. Quoi qu'il en soit, une nouvelle Revue, exclusivement consacrée à la révision des questions historiques, nous fournit sur Amédée VIII un article spécial, dans lequel l'auteur s'attache à établir à l'aide de témoignages contemporains: 1° qu'après sa retraite de 1434 dans son château de Ripaille, sur le bord du lac Léman (c'est la solitude dont il est parlé dans la note qui précède), Amédée VIII n'avait pas abdiqué le gouvernement de ses Etats pour se faire moine, mais qu'il avait tout simplement créé un ordre de chevalerie séculière, qui fut bientôt l'ordre fameux de Saint-Maurice, uni plus tard à celui de Saint-Lazare ; 2° que lui et ses compagnons ne menèrent pas dans cette retraite une vie débauchéeet voluptueuse au sein de l'oisivité et des délices de la table, mais qu'au contraire sa conduite était régulière et irréprochable; de sorte qu'il faut chercher ailleurs que dans la prétendue vie sensuelle des hôtes de cette résidence, l'explication de la locution proverbiale et vulgaire de « faire ripaille, = comme synonyme de « faire bonne chère»; 3° qu'après avoir renoncé, par une démission volon taire, à une tiare usurpée, Amédée donna des exemples de vertu jusqu'à son dernier jour, comme cardinal de Sainte-Sabine, chargé de l'administration des diocèses de Lausanne et de Genève. (Revue des questions historiques, tome I, I livraison.) — Nous n'ajouterons qu'un mot : c'est qu'il n'est pas aisé de se prononcer sur ces points d'histoire, en présence de téinoignages contradictoires et autorisés de part et d'autre; nous ne pretendons pas toutefois fus inscrire en faux contre les conclusione de l'article que nons venons d'analyser. Le traducteur

lorsque le nombre des prélats s'était accru, néanmoins le cardinal Turrécrémata rapporte que dans cette dix-huitième session, tous les Pères ne furent pas d'accord; en effet, les uns protestèrent, les autres donnèrent leur consentement, mais comme personnes privées, ou plutôt violentées; d'autres enfin refusèrent de se présenter, par la raison que les décrets n'étaient pas portés exclusivement par les évêques, comme cela devait se faire, mais par une foule de gens dont la valeur était insignifiante et l'autorité nulle : Cum multitudine populi parvi pretii et nullius auctoritatis.! C'est ce qui est confirmé par le discours que prononça Louis d'Alleman, cardinal d'Arles, et que rapporte Ænéas Sylvius dans les Actes du Concile de Bäle : dans ce discours, l'orateur, qui était le défenseur principal de la supériorité du Concile sur le Pape, se plaignait vivement de ce désaccord entre les prélats; ce qui lui fit attribuer les décrets en question, plutôt aux votes du clergé inférieur qu'à ceux des évêques : Je pense, dit-il, que, cette fois-ci, c'est Dieu qui a fait en sorte que les inférieurs fussent admis à trancher la question : Opus Dei hac vice fuisse autumo, ut inferiores ad decidendum reciperentur.? Et d'après ce que rapporte Louis Muratori,® le même Ænéas Sylvius dans un discours prononcé en 1452, s'exprime ainsi à propos des décrets de ce Concile: Parmi les évêques présents à Bâle, nous avons vu des cuisiniers et des palefreniers délibérer sur les affaires du monde : Inter episcopos vidimus in Basilea coquos et stabularios orbis negotia judicantes.

En outre, les votes ne furent pas émis librement dans le Concile de Bale, comme nous l’apprend le cardinal Turrécrémata;*4et dans sa Bulle de l'an 1431, adressée à l'archevêque de Cologne, Eugène IV s'exprime comme suit: On a fait approcher de force la plupart des personnes présentes, qui ne peuvent donner aucune force ni aucune autorité à un Concile général et dont les votes ne sont pas libres, puisqu'elles dépendent de la volonté de ceux qui les ont forcées : Plerique accedere sunt coacti, in

(1) Summa de Eccles. è. 2. c. 100. (2) In gestis Basti. t. 1. (3) Anecd. latin, t. 2. (4) Loc. cit.

CH. INT. SUPÉRIORITÉ DU PAPE, ETC. ART. II. OBJECT. $ mi. 103

quibus nec vis nec auctoritas Concilii generalis consistit, quorum deliberationes minime liberæ sunt, cum ab eorum qui compulerunt voluntate dependeant.* Voilà pourquoi Saint Antonin? et Saint Jean de Capistran* appelérent le Synode de Bale un conciliabule dépourvu de force, la synagogue de Satan, un synode profane et excommunié, une caverne de serpents : Conciliabulum viribus cassum, synagoga Satana, synodus profana, excommunicata, basiliscorum spelunca. Et le Concile de Florence, dans la session tenue en 1439, condamna les déclarations du Concile de Bäle comme scandaleuses et impies : Tamquam impias, scandalosas, etc, damnat reprobatque.* Enfin, le V° Concile de Latran dans sa onzième session, et Léon X dans la Bulle qui approuve ce Concile, appellent le Synode de Bale un conciliabule schismatique, séditieux, et dépourvu de toute autorité : Conciliabulum schismaticum, seditiosum, et nullius prorsus auctoritatis.

En vain objecterait-on que dans sa Constitution « Dudum, » le pape Eugène IV révoqua celles qui l'avaient précédée, en déclarant que ce Concile avait été commencé et continué légitimement. C'est en vain, disons-nous ; en effet, le cardinal Turrécrémata® remarque qu'Eugène fit cette révocation par pure crainte, dans un moment où cet infortuné Pontife se trouvait malade et assiégé par des troupes à l’intérieur et à l'extérieur, tandis que Rome était déjà prise; il était en outre menacé par tout le monde de se voir isolé, et d'être même abandonné par ses cardinaux, au grand scandale de l'Eglise; de sorte que cette révocation fut extorquée uniquement sous l'empire de la crainte, et ne fut point donnée librement. De plus, il faut bien remarquer que dans la session dix-septième, les légats d'Eugène, bien qu'ayant souscrit au décret qui proclamait la supériorité du Concile sur le Pape, protestèrent néanmoins qu'ils souscrivaient en leur propre nom, et nullement en qualité de légats

(1) Butta « Quoniam. » — Lab». t. 12. col. 951.

(2) Hist. p. 3. tit. 22. c. 10.84.

(3) De Papæ et Concit. Auctorit., partis 22 princip. pars 3. n. 68. (4) In Butta « Moyses. » (5) Summa de Fccles. 1. 2. c. 100.

du Pape. Du reste, quoique le pape Eugène ait déclaré le Concile légitime, dans le but d'éviter le schisme, néanmoins il n'a jamais confirmé les décrets portés contre l'autorité pontificale; car autre chose est qu'un Concile soit légitime, autre chose que tous ses décrets le soient : ainsi, les Conciles de Constantinople, de Chalcédoine et de Constance furent légitimes, mais tous leurs décrets ne furent pas approuvés par les papes Léon, Gélase, Grégoire, et Martin. De plus, dans sa Constitution « Dudum, » le même pape Eugène ne déclara valides que les décisions qui tendaient à extirper du peuple chrétien les hérésies, les guerres, et la difformité des mœurs : Ad hœæreses, bella, et morum deformitates de populo christiano extirpandas.! Et c'est ce qu'il déclare plus expressément encore dans une de ses lettres, où il écrit qu'on ne doit nullement s'occuper d’autres matières que de celles qui ont été désignées : Et nullatenus ad alias causas quam ad premissas converti debeant. Bien plus, dans cette méme Bulle « Dudum, » il pose une condition expresse, à savoir, qu'on révoquera entièrement tout ce qui a été fait jusque-là contre son autorité: Omnia singula contra auctoritatem nostram facta prius omnino tollantur.*® Mais les prélats de Bale ne remplirent pas cette condition, et, de son côté, Eugène IV refusa d'approuver leurs décrets, comme il le déclara dans la suite au Concile de Florence: Nous avons, dit-il, approuvé la continuation du Concile, mais non ses décrets : Nos quidem progressum Concilit approbavimus, non tamen ejus decreta. Et depuis, il publia sa Constitution « Moyses, = où il déclara impies les propositions de Bâle prises dans le mauvais sens que leur attribuaient les Pères du Concile : Juxta pravum ipsorum Basileensium intellectum.

Nos adversaires répliqueront ici que cette Bulle « Moyses » fut abolie plus tard par Nicolas V. — Nous leur répondons que dans les Lettres de Nicolas (ainsi qu'on peut le voir dans Noël Alexandre), on ne trouve que la confirmation des censures et des collations de bénéfices faites par les prélats de Bale, ainsi qu'une

(1) Labo. t. 12. coi. 945. (2) Ibid. cot. 946. (3) Apud Turrecrem. loc. cit.

amnistie générale au sujet de tout ce qui s'était passé. Et quoique ce Pape ait révoqué la Bulle « Moyses » pour ce qui concernait les peines infligéesaux Pères de Bâle, il a néanmoins protesté formellement qu'il faisait cette concession à la condition expresse que tout ce qui avait été ordonné, écrit, traité, serait considéré comme non avenu, quand même cela concernerait l'Eglise universelle et l'autorité des Conciles : Quecumque mandata,... conscripta,... aut acta, pro non factis habeantur,... esto etiam quod talia auctoritatem Conciliorum concernant.! Ainsi, d'après cela, Nicolas V, loin d'avoir confirmé l'autorité des Conciles, l'a plutôt abrogée. Et c'est à la même condition que le Pape donna dans la suite le diplgme « Tanto nos pacem, etc. »

Le père Noël Alexandre prétend que le Concile de Bale fut valide, et qu'il a été reçu jusqu'à la session vingt-cinquième. Quant à nous, nous ne savons quel cas l'on doit faire d'un semblable Concile et de semblables sessions, qui furent tenues par quelques individus, c'est-à-dire par le cardinal de Saint-Ange accompagné seulement de cinq ou six évêques et de quelques clercs, ainsi que nous l'apprend Ænéas Sylvius, et cela, en dépit de l'opposition de plusieurs évêques. Et encore a-t-on agi dans ce Concile en haine du pape Eugène: c'est ce que le même Ænéas Sylvius, qui fut témoin oculaire, a consigné dans sa Bulle de rétractation, lorsqu'il fut devenu Pape sous le nom de Pie Il: Les cardinaux qui s'étaient rendus à Bale, nous dit-il, ont cherché à noircir le pape Eugène à cause de certaines inimitiés personnelles : Cardinales qui Basileam venerant, ob privatas inimicitias Eugenio notam inurere voluerunt.* De plus, nous savons qu'on n'a pas agi dans ce Concile avec liberté, mais sous l'influence de la force et des menaces, ainsi que le pape Eugène l'a écrit dans sa Bulle lancée en 1431, après la première session, et adressée à l'archevêque de Cologne, comme nous l'avons fait remarquer ci-dessus.

Le même pontife Pie II raconte également que, lorsque les archevèques de Palerme et de Milan voulurent s'opposer à la décision des Pères de Bâle, le patriarche d'Aquilée les menaça

(1) Labo. t. 43. cor. 1351. (2) Bulla Retractat.

de mort. Là-dessus ils se levèrent, et se plaignirent de ce procédé, en s'écriant : On nous enlève notre liberté! Libertas nobis eripitur!1 C'est ce qui fit, atteste Ænéas Sylvius, que tous les cardinaux qui étaient opposés à Eugène, revinrent à lui dans la suite, et lui demandèrent pardon de leur faute : Cuncti postea ad eum redierunt, et veniam errati petierunt.® Or, ces faits se produisirent sans aucun doute avant la vingt-cinquième session, puisque c'est seulement dans la suite qu'ils passèrent tous au parti d'Eugène. C'est ce qui explique ces paroles de Pie II : Nous avons reconnu notre erreur, nous sommes venus à Rome, nous nous sommes réconciliés avec l'Eglise Romaine, et avons rejeté le dogme de Bâle: Recognovimus errorem nostrum, venimus Romam, Basileense dogma rejecimus reconciliati Ecclesiæ Romana .3

Enfin, dans le Concile de Florence, Eugène IV prononça la condamnation des propositions adoptées par les Pères de Bâle contre l'autorité pontificale ; cette condamnation formulée dans une Bulle approuvée par le Concile dans la sixième session publique, ou, selon d'autres, dans la vingt-sixième, est ainsi conçue : Nous condamnons et réprouvons comme impies, scandaleuses, ete., avec l'approbation même du Concile, les propositions entendues dans le mauvais sens que leur attribuent les Pères de Bale et qui est contraire à la Sainte Ecriture, à l'opinion des Saints Pères, et au sentiment même du Concile de Constance: Propositiones juxta pravum Basileensium intellectum,... veluti Sacrosanctæ Scripturæ, et Sanctorum Patrum, et ipsius Constantiensis Concilii sensui contrarium, tamquam impias, scandalosas, etc., ipso sacro approbante Concilio, damnamus et reprobamus.* Or, presque tous les cardinaux et évêques qui avaient assisté au Concile de Bale, se trouvérent à celui de Florence; et c'est en leur présence que, lorsqu'on en vint à traiter avec les Grecs dans la vingt-troisième session, la question de l'autorité du Pape, le père Jean de Monténégro, argumentant contre Marc, archevêque d'Ephèse, déclara que

(1) De gestis Bustt. 1, 1. (2) Bulla Retractat. (3) Ibid. (4) Bulta « Muyses. » Labb. t. 13. cot. 1190.

l'unique soutien et fondement de toutes les Eglises des chrétiens, c'est l'Eglise Romaine, comme ayant la vraie piété et fermant la bouche à tout hérétique, qui parle avec arrogance le langage de l'iniquité : Unicum fulcimentum ac fundamentum omnibus christianorum Ecclesiis est Romana Ecclesia, quippe que germanam habet pietatem, et obstruit omne hæreticum os loquens in excelso iniquitatem.! Cette parole fut approuvée par tout le Concile. Saint Bernardin de Sienne précha la même vérité du haut de la chaire, et cette prédication fut accompagnée d'un prodige, ainsi que l’attestent Surius,® Wading,® et Bernino ;*‘ en effet, le Saint, qui ne savait pas le grec, débita couramment un sermon en cette langue, à la louange de la foi. de l'Eglise Romaine; les Grecs, impressionnés par ce prodige, n'hésitèrent pas à se réunir à l'Eglise Romaine.

Toutefois, il restait encore cette difficulté: Le Pape pouvait-il, en qualité de Souverain Pontife, ajouter au Symbole les mots « Er pu FiLs? » An licuerit Papæ, ut Summo Pontifici, adjicere Symbolo verbum FiLioque?* Les Grecs firent d'abord opposition; mais le père Jean de Monténégro démontra que le Pape, comme Vicaire du Christ et Docteur de l'Eglise, pouvait sans aucun doute déterminer ce point. En conséquence, au mois de juillet 1439, on dressa la Constitution « Lætentur

(1) Sess. 25, — Labo. t. 13. col. 374.

(2) Vit. 20 mart. c. 38. (3) Annat. Minor. ann. 1439. n. 5. (4) Istor. delle eresie, sec. 15. c. 6.

(*) On sait qu'un des points qui furent traités au Concile de Florence, fut l'interminable question de la procession du Saint-Esprit et de l'addition du mot Filéoque au Symbole de Nicée. C'est cette addition qui, A des époques différentes, a fourni l'occasion à deux patriarches de Constantinople, Photius (IX® siècle) et Michel Cérulaire (XI: siècle), d'établir un schisme entre l'Eglise latine et l'Eglise grecque. Après de vifs et incessants débats, notamment dans plusieurs Conciles, les Grecs tombèrent d'accord avec les Latins, d'abord dans le 11e Concile de Lyon, en 1274, puis dans celui de Florence, dont parle-ici Saint Alphonse, et signèrent une profession de foi conforme à la doctrine de l'Eglise Catholique, à savoir, que le Fils procède du Père par généralion, et que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils par spiration : doctrine solidement fondée sur l'Ecriture Sainte et la tradition chrétienne. Mais, dans la suite, les Grecs retombèrent dans leur schisme, et aujourd'hui encore, ils y persévèrent avec leur opiniâtreté traditionnelle. — On peut consulter sur ce point ce que dit notre Saint Auteur dans le Triomphe de l'Eglise. (Œuvres dogmatiques, tome III. ch. IX art. 1 et 2. et tome V. ch. IV.)

Le traducteur.

Coeli, « dans laquelle il est dit que le plein pouvoir de régir et de gouverner l'Eglise universelle a été conféré au Pontife Romain par Notre-Seigneur Jésus-Christ, etc. : Regendi ac gubernandi universalem Ecclesiam a Domino nostro Jesu Christo plenam potestatem esse traditam, etc. Nous savons en outre, comme nous l'avons dit plus haut et comme nous le voyons dans la collection des Conciles éditée par Labbe, que dans les propositions de la convention conclue entre Nicolas V et les Pères de Bale, on lit ce qui suit: Tout ce qui a été ordonné, écrit, traité, doit être considéré comme non avenu, quand même cela concernerait l'autorité des Conciles : Quæcumque mandata,... conscripta,... aut acta, pro non factis habeantur,... esto etiam quod talia auctoritatem Conciliorum concernant. Nous savons de plus que Charles VII, roi de France, à l'occasion de l'ambassade qu'il envoya à Eugène IV, non-seulement le reconnut pour Pape véritable, mais rejeta même les décrets de Bale, et admit que le Pape est supérieur au Concile. En outre, Pierre de Versailles, évéque de Meaux et légat du roi Charles au Concile de Florence, protesta dans le Consistoire public du 16 décembre 1441, que le roi faisait la susdite déclaration d'accord avec les prélats et une foule d'autres personnages distingués de son royaume : Consullo pralatorum et aliorum multorum sapientium regni sui.? Et dans la suite, le roi accepta le V® Concile de Latran, et notamment la onzième session, où l'on déclara que le Pontife Romain a seul autorité sur tous les Conciles, et qu'il jouit du plein pouvoir de les convoquer, etc. : Solum Romanum Pontificem pro tempore existentem tamquam auctorilatem super omnia Concilia habentem, tum Conciliorum indicendorum, plenum jus et potestatem habere, etc.3 Enfin, les Peres de Bäle eux-mêmes se soumirent tous à Nicolas V, ainsi qu'il ressort évidemment de la Bulle de ce Pape.

(1) Labo. t. 13. cor. 1351. (2) Rainata. ad ann. 1441. n. 9. (3) Butia « Pastor æternus. » — Labb. t. 14. cor. 311.

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