DEUXIÈME TEXTE : « ROGAVI PRO TE, ETC
Nous trouvons dans l'Evangile de Saint Luc un autre texte qui prouve l’infaillibilité du Pontife Romain, d'après le témoignage de plusieurs Saints Pères : Simon, Simon, ecce Satanas expetivit vos, ut cribraret sicut triticum; ego autem rogavi pro te, ut non deficiat fides tua; et tu aliquando conversus confirma fratres tuos :* Simon, Simon, Satan a demandé à vous cribler tous, comme on crible le froment; mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; lors donc que tu auras été converti, affermis tes frères.
Nous soutenons que, dans ce passage, Jésus-Christ a prié pour Pierre, afin que la foi ne vint jamais à défaillir en lui ou dans les Pontifes, ses successeurs. Mais Fébronius prétend que,
(1) Controverserses, disc. 32. (2) Ibid. (3) Luc. 22. 51 et 32.
212 II° TRAITE. — DÉFENSE DU POUVOIR SUPRÈME, Erc.
dans cette circonstance, le Sauveur n'a pas prié pour Pierre en tant que chef de l'Eglise, mais en tant que personne privée, afin qu'il ne perdit point la foi dans le scandale commun auquel allaient être exposés les autres disciples;! aussi arriva-t-il que Pierre conserva la foi dans le cœur, quoiqu'il eùt extérieurement renié le Seigneur de bouche.
Mais le sentiment de Saint Bernard et d'autres Peres est que Jésus-Christ a véritablement prié dans ce moment pour Pierre et pour ses successeurs, afin qu'ils fussent toujours infaillibles dans l'enseignement de la foi. Voici les paroles du Saint Docteur : Dignum namque arbitror ibi potissimum resarciri damna fidei, ubi non possit fides sentire defectum... Ha:c quippe hujus prerogativa Sedis. Cui enim alteri aliquando dictum est : « Ego pro te rogavi, ut non deficiat fides tua? »? Istam infallibilitatis pontificie prerogativam constantissima perpetuaque Sanctorum Patrum traditio commonstrat: Il convient, me semble-t-il, que les dommages causés à la foi soient surtout réparés là où cette même foi ne peut faillir. Or, telle est la prérogative du Siége Apostolique. En effet, à quel autre ces paroles furent-elles jamais adressées : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point? » Cette prérogative de l'infaillibilité pontificale est démontrée par la tradition constante et permanente des Saints Pères.
Saint Lucius, pape et martyr, s'était déja exprimé dans le même sens : Aæc sancta et apostolica mater omnium Ecclesiarum, que a tramite apostolicæ traditionis nunquam errasse probatur, secundum ipsius Domini pollicitationem, qui fatus est : « Ego pro te rogavi ut non deficiat fides tua » :3 L'Eglise Romaine, sainte et apostolique, est la mère de toutes les Eglises, et il est constaté qu'elle ne s'est jamais écartée du sentier de la tradition apostolique, conformément à cette promesse que le Seigneur lui-même lui a faite, en disant : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point. »
Saint Agathon, dans une lettre adressée à l'empereur Con-
(1) Matth. 26. 51, (2) Epist. 190, ad Innoc. II. preef. (3) Ad Episc. Gall. et Hisp. h. 6.
CH. Il. AUTRES PREUVES TIRÉES DE L'ÉCRITURE. S Ir. 243
stantin et approuvée au VE* Concile cecuménique, s'exprime en ces termes, après avoir cité les paroles. « Ego autem rogavi pro te, etc.» : (Dominus) fidem Petri non defecturam promisit, et confirmare eum fratres suos admonuit, quod A postolicos Puntifices, mea eriguitatis prædecessores, confidenter fecisse semper cunctis est cognitum :! Le Seigneur a promis que la foi de Pierre ne défaillirait point, et il l'a chargé d'affermir ses frères; or, il est à la connaissance de tout le monde que c'est là ce qu'ont toujours pratiqué avec assurance les Pontifes Romains, dont je suis, malgré ma bassesse, le successeur.
Saint Léon IX s'est exprimé dans le même sens: Nimirum solus est pro quo, ne deficeret ejus fides, Dominus et Salvator asserit se rogasse, dicens : « Rogavi pro te, etc.» ; qua venerabilis et efficax oratio obtinuit quod hactenus fides Petri non defecit, nec defectura creditur in throno illius :? Pierre est le seul pour lequel notre Seigneur et Sauveur affirme avoir prié, afin que sa foi ne défaille point: « J'ai prié pour toi, etc.; » et cette prière auguste et efficace a obtenu que jusqu'ici la foi de Pierre ne défaillit pas, et l'on est persuadé qu'elle ne défaillira jamais dans le Siége de Pierre.
C'est pour cela qu'Innocent IIi a écrit dans la suite: Majores Ecclesia causas, prosertim articutos fidei contingentes, ad Petri Sedem referendas intelligit, qui notabit pro eo Dominum eæorasse, ne deficiat fides ejus :* Si l'on considère que le Seigneur a prié pour Pierre, afin que sa foi ne défaille point, on comprend que les causes majeures de l'Eglise, surtout celles qui touchent à la foi, doivent être déferées au Siège de Pierre.
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Un autre auteur du camp de nos adversaires prétend que lorsque Jésus-Christ a prononcé ces paroles: « Rogavi pro te, ete., » il n'a pas prié pour Pierre seul, mais pour toute l'Eglise, et que c'est à elle qu'il s'adressait dans la personne de Pierre. A l'appui
{1) Epist. ad Constantin. lecta in Concil. œcum. VI. act. 4. et approbata act. 8.
. (2) Epist. ad Petr. Antioch. (3) Epist. ad Archiepisc. Arelat.
de cette interprétation, il allègne ce passage de Saint Augustin : Manifestum est omnes in Petro contineri; rogans enim pro Petro, pro omnibus rogasse dignoscitur :? Il est évident que tous étaient renfermés dans Pierre; car, en priant pour Pierre, Notre-Seigneur est censé avoir prié pour tous.
Il est hors de doute, répondrons-nous, qu'en priant pour Pierre, premier pasteur et docteur de l'Eglise; Jésus-Christ a prié aussi pour tous les fidéles, qui devaient être instruits par Pierre dans la foi. Néanmoins, il est bien clair que, dans cette occasion, Notre-Seigneur a prié pour Pierre seul, attendu que c'est à lui personnellement qu'il a dit: Simon, Simon, ete.; et, après avoir donné cet avis aux autres : « Satan a demandé à vous cribler, Satanas expetivit vos, » c'est à Pierre seul qu'il s'adresse, en disant : « J'ai prié pour foi, afin que ta foi ne défaille point: Ego rogavi pro TE, ut non deficiat fides tua ; » mais il ne dit pas : « J'ai prié pour vous, pro voBIs. » *
Cette explication ressort plus clairement encore des paroles qui suivent : Lorsque tu auras été converti, affermis tes frères : Et tu aliquando conversus confirma fratres tuos. En effet, d’après l'explication de Théophylacte, ces paroles ont été adressées à Pierre en qualité de prince des Apòtres et de fondement de l'Eglise : Quia te habeo ut principem discipulorum, confirma cæteros; hoc enim te decet, qui post me Ecclesia petra es et fundamentum.® — Telle est aussi l'interprétation de Saint Augustin : « Rogavi pro te, ut non deficiat fides tua, » hoc est, ne auferatur ex ore tuo verbum veritatis usque valde :3 J'ai prié pour toi, afin que tà foi ne défaille point, » c'est-à-dire afin que la parole de la vérité ne soit jamais ôtée de ta bouche. — Et auparavant déjà, Saint Jean Chrysostome avait écrit : Quam
(1) Queestiones Vet. et Nov. Testam. q. 75, inter opera S. Aug. t. 3. append. Edit. Ben.
(2) In Luc, 22. 32. (3) In Psalm. 118. serm. 15. n. 5.
(*) On peut ajouter ici que le texte allégué de Saint Augustin n'est pas du Saint Docteur, non plus que l'ouvrage d'où ce Passage est extrait : c'est ce que démontrent les savants éditeurs de Saint Augustin, qui, d'accord avec la plupart des érudits, attribuent plutôt cet ouvrage au diacre Hilaire, auteur des Commentarii in Apostolum, publiés sous le nom d'Ambroise. — Voir l'introduction des Bénédictins, en tête de l'ouvrage cité plus haut. Le lraducteur.,
est fervidus! quam agnovit creditum a Christo gregem! quam in hoc choro princeps est!... Merito primus omnium auctoritatem usurpat in negotio, ut qui omnes habeat in manu; ad hunc enim dixit Christus: « Et tu aliquando conversus confirma fratres tuos » :! Pierre est l'Apôtre ardent, à qui la garde du troupeau a été confiée par Jésus-Christ, et qui est le prince du chœur des Apôtres. C'est à bon droit qu'il prend dans cette affaire* la principale autorité, parce que le soin de tous lui a été confié; en effet, c’est à lui que Jésus-Christ a dit: « Quand tu auras été converti, affermis tes frères. » Conformément à cette doctrine, Saint Pierre lui-même, sachant bien qu'il avait été choisi de Dieu pour enseigner et gouverner l'Eglise, s'est exprimé en ces termes dans le I° Concile de Jérusalem : Viri fratres, vos scitis quoniam ab antiquis diebus Deus in nobis elegit per os meum audire gentes verbum Evangelii, et credere :* Mes frères, vous savez que depuis longtemps Dieu m'a choisi parmi vous, afin que les Gentils entendissent par ma bouche la parole de l'Evangile, et qu'ils crussent. — Pierre a donc été personnellement choisi, non-seulement pour que les Gentils l’entendissent, mais encore pour qu'ils crussent. C'est pourquoi Saint Cyprien a écrit dans la suite: Ad quos (Romanos Pontifices) perfidia habere non potest accessum :% Auprès des Pontifes Romains, la perfidie ne peut avoir accès. — Saint Fulgence a dit également: Quod... Romana tenet et docet Ecclesia totusque cum ea christianus orbis,... nihil hasitans, credit :* Ce que l'Eglise Romaine tient et enseigne, le monde chrétien tout entier le croit sans la moindre hésitation. — Et les Pères du VI° Concile cecuménique ont reconnu qu'aucune erreur n’a jamais existé et n'existera jamais dans la Chaire de Rome, et que les successeurs de Pierre, pour lequel Jésus-Christ a prié tout particulièrement, ne dévieront jamais du sentier de la foi: Nullum errorem in Catheära
(1) Zn Act. Apost. homil. 8. n. 1 et 3. (2) Act. 45. 7. (3) Epist. 55, ad Cornet.
(4) De Incarn. et Grat. Christi. c. 11. (alias epist. 17.)
(*) C'est-à-dire l'élection d'un douzième Apôtre en remplacement du traître Judas. Le traducteur.
Romana unquam fuisse, nec futurum, successoresque Petri, pro quo tam particulariter rogavit Christus, nunquam a fidei semita deviaturos.!
Mais passons à un autre texte de l'Evangile qui est encore plus pressant et plus convaincant en faveur de la supréme autorité du Pontife Romain.
(1) Act. 4. — Lab. t. 6. col. 635.