‹ Du Pape et du Concile ou Doctrine complète de s. Alphonse de Liguori sur ce double sujetChapitre 92 sur 138 · I. NOTIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

I. NOTIONS PRÉLIMINAIRES

toute liberté pour interpréter les témoignages des Conciles, contredire librement leurs actes, juger de leurs décrets, et déclarer avec assurance tout ce qui nous semble vrai, soit qu'un Concile l'ait approuvé ou rejeté : Via nobis facta est enarrandi auctoritatem Conciliorum, et libere contradicendi eorum gestis, et judicandi eorum decreta, et confidenter confitendi quidquid verum videtur, sive probatum fuerit sive reprobatum a quocumque Concilio.! Calvin? a écrit dans le même sens, et cette fausse opinion a été embrassée dans la suite par les autres Luthériens et par les Calvinistes; en effet, d'apres ce que rapporte un auteur,’ Calvin et Bèze ont affirmé « que tous les Conciles, quelque saints qu'ils soient, peuvent errer en ce qui concerne la foi. » D'autre part, la Faculté de Paris, en censurant le 29° article de Luther, a fait la déclaration suivante : Il est certain qu'un Concile général légitimement assemblé ne peut errer dans ses décisions en matière de foi et de mœurs : Certum est Concilium generale legitime congregatum in fidei et morum determinationibus errare non posse. Et, en vérité, il est souverainement injuste de nier l'infaillibilité des Conciles cecuméniques, attendu qu'ils représentent l'Eglise universelle ; par conséquent, s'ils pouvaient errer en matière de foi, l'Eglise tout entière pourrait aussi tomber dans l'erreur, et alors les athées seraient en droit de dire que Dieu n'a pas suffisamment pourvu à l'unité de la foi, comme il y était tenu, puisqu'il veut que tous professent une seule et même foi.

C'est donc un point de foi, que Les Conciles généraux ne peuvent errer en ce qui a rapport aux dogmes et aux préceptes moraux.

(1) Assert. art. 29. (2) Institut. 1. 4. c. 9. n. à. (3) Joan. Wytembogaert, cpist. ad Ludovicam Colin.

PREUVES

Cette vérité se prouve :

I. — Par les Sanres EcriTures : 1° Jésus-Christ a dit : Là où deux ou trois personnes sont assemblées en mon nom, je suis au milieu d'elles : Ubi sunt duo vel tres congregati in

\ nomine meo, ibi sum in medio eorum.*

A ce propos, Calvin fait l'objection suivante : « Donc, dit-il, un Concile qui ne serait composé que de deux personnes, ne peut non plus errer, si elles s'assemblent au nom de Dieu. » — Mais, comme l'a expliqué le Concile de Chalcédoine dans une lettre adressée au pape Saint Léon,? et après lui le VI® Concile cecuménique (III° de Constantinople)," les mots « en mon nom » ne s'appliquent pas à une réunion de personnes privées qui s'assemblent pour décider des affaires relatives à des intérêts purement privés, mais à l'assemblée de ceux qui se réunissent pour définir des points qui concernent toute la société chrétienne.

2° On tire une autre preuve de ces paroles de Saint Jean : Spiritus veritatis docebit vos omnem veritatem :* L'Esprit de vérité vous enseignera toute vérité. — Et avant cela, Jésus- Christ avait dit : Et ego rogabo Patrem, et alium Paractitum dabit vobis, ut maneat vobiscum in aternum, Spiritum veritatis, etc. :5 Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre Consolateur, pour qu'il demeure toujours avec vous, et ce Consolateur sera l'Esprit de vérité.

Ces paroles : « Ut maneat vobiscum in aternum Spiritum veritatis, pour que ce Consolateur, qui est l'Esprit de vérité, demeure toujours avec vous, » nous donnent clairement à entendre que l'Esprit-Saint devait rester dans l'Eglise pour instruire des vérités de la foi, non-seulement les Apôtres, qui n'étaient pas éternels dans cette vie mortelle, mais encore les

(1) Matth. 18, 20. (2) Relatio ad Leon. — Lab». t. 4. oot. 833. (3) Act. 18. — Lave. t. 6. cor. 1024. (4) Joan. 16. 15. (5) Zoid. 14, 16 et 17.

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