CHAPITRE XI
ment des petits États que l’on a appelés les républiques italiennes du moyen et apportaient à ces créations nouvelles de véritables éléments de liberté et de puissance. Florence j jouait un grand rôle. Lu maison de commerce des Médicis se distingua par un genre de spéculation assez rare chez les négociants. Côme, son l'ondateur, et scs lils l'aisaienl vmiir de Constantinople, et rechercher, jusqu’au Caire et même à Bagdad, les manuscrits et les objets d'art de l'antiquité. Ces trésors de science arrivaient au moment même où se tondaient à Florence, à Bologne, à Milan et autres cités libres, des chaires de philosophie et de législation avec les éléments que Charlemagne > avait autrefois déposés, sous le nom d’académies. C’était merveille que de voir, au milieu des ténèbres jetées par la Papauté sur le monde des intelligents, ces étinmdles de la civilisation untique venir allumer des foyers oh la renaissance des lumières et la civilisation devaient plus tard puiser leur force d’expansion. L’agriculture de l’Europe tira aussi de ces circonstances de précieux avantages. Beaucoup de plantes, d’arbres fruitiers, de semences nouvelles furent apportés d'Orient , par le commeice et par les croisés. — Mais revenons à la lutte ostensible de la Papauté pour conquérir définitivement la suprême souveraineté.
Après la transaction de Worms, qui réglait par partage le droit d’investiture entre le Pape et l’empereur, la guerre des deux principes rivaux trouva bientôt un autre prétexte. Ce fut l'héritage de la comtesse Mathilde, souveraine de la Toscane. Cette dame avait conçu pour Grégoire VII une admiration passionnée et disposé de ses biens personnels en faveur du Saint-Siège', Après
' Le texte de ce testament portait : Pro remédia animœ meee et
nu PAPE.
sa mort, le Sainl-Siéf(e voulut avoir noii-seulenieiit ses biens personnels, mais encore mettre la main sur les possessions politiques qu'elle laissait et qui étaient des fiefs de l’Empire. Les prétentions de l'empereur n’étaient pas moins excessives ; Henri V voulait être héritier non-seulement des fiefs, mais encore des biens personnels de l’amie du Vatican. C’est assez dire avec quelle ardeur se ranimait, des deux côtés, la rivalité. La guerre cette fois allait prendre un caractère de plus en plus passionné et durable, en s’alimentant d’intérêts secondaires.
La dynastie franconienne s’était éteinte avec Henri V (1125). Lothaire, duc de Saxe, était arrivé au trône, grâce à l’appui des Welfs ou Guelfes de Bavière, qui lui avaient imposé la condition de servir avec un zèle invariable le parti de la Papauté. En face s’élevait une maison rivale, ardente à soutenir la cause contraire. C’était celle de Souabe, dévouée aux traditions de Henri et de la maison des Gibelins. A partir de ce point, toutes les guerres qui ensanglanteront, durant près de trois siècles, l'Italie et l’Allemagne, prendront couleur du dualisme régnant entre la Papauté et l’Empire; tous les intérêts des princes secondaires se trouveront masqués sous les cris de guerre de Guelfes et de Gibelins.
Mais pendant que de temps à autre les querelles des . partis déchiraient l’Europe, la Papauté allait rencontrer un adversaire plus redoutable que la force brutale des empereurs. C'était l’esprit philosophique s’appuyant sur la vérité chrétienne: c’était la liberté de l’intelligence
parentum meorum, dedi et obtuli EccUsïœ tancti Pétri, per mterventtm domini Gregorü Papa VII, omuia bona mea, jure pro- PRIETAUO...
CHAPITRK XI.
(les instilutiuiis qu'elle appelait d'avance Vhérétie. Les leçons d’Abélard avaient porté des fruits non -seulement en France, ou elles ne semblaient se débarrasser qu’avec peine des langes de la scolastique , mais plus particulièrement dans les villes libres d’Italie. On connaît la vive impression que causa Arnaud de Brescia. Ce moine, homme d’un grand talent, d’une piété sincère et de mœurs irréprochables, avait été disciple d’Abélard. 11 osa prêcher en Italie contre le gouvernement temporel des prêtres, leurs scandaleuses richesses et les désordres dans lesquels elles entraînaient le clergé. Ses prédications produisirent une grande fermentation dans la Péninsule, .\rnaud, condamné par le Pape et par le concile de Latran (1139) se retira en Suisse; mais une révolution populaire ayant éclaté à Rome, il y fut appelé et gouverna durant dix années la république, au nom du peuple et du sénat romain, à l’exclusion du Pape Lucius II, qui fut tué les armes à la main, et d'Eugène III, qui fut expulsé de la ville, convaincu de troubler l’ordre par ses intrigues.
Cependant Frédéric Barberousse était monté sur le trône (1152). Le Pape Eugène le sollicitait de venir se faire couronner à Rome, et de le remettre, lui proscrit, sur le Saint-Siège. C’était toujours la même manœuvre de la part des Papes. Frédéric se met en marche avec une armée, brise, non sans peine, la résistance que lui offraient les villes coalisées de la Lombardie et de l’Italie centrale, entre à Rome, fait brûler Arnaud de Brescia sur la place du Peuple, et rétablit le Pape, qui n’était plus Eugène, mais Adrien IV.
Le Pape et l’empereur se donnèrent donc le baiser de paix sur les ruines de la ligue lombarde et le bûcher
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d'Arnaud. Allaient-ils désormais vivre en paix T Ce serait mal connatlre le fond du litige que de le penser. Adrien, fils d’un mendiant anglais et ancien domestique d’un couvent, avait été élevé au cardinalat par la faveur d’Eugène III, et portait sur le trône pontifical tout l’orgueil d’un parvenu. Se trouvant sur la route de Viterbe avec Frédéric, venu è sa rencontre, il eut l’audace d’('xiger qu’il lui tînt l’étrier pour monter à cheval; et telle était la circonstance que l’empereur dut subir une telle humiliation. Ce Pape était, du reste, entièrement disposé à continuer ce duel de la Papauté et de l'Empire, dans lequel brillait d'un si grand éclat son autorité. Il ne se crut pas plus tôt affermi sur son siège, qu'il songea h opposer à l’empereur ces mêmes villes qu’il avait fait mettre en ruine par les armes impériales. Une contestation survenue au sujet d’un évéché avait fait dire hautement au Pape t « L’empereur a-t-il donc oublié les bienfaits du Saint-Siège?... » De son côté, Frédéric avait affecté, dans la rédaction d’un acte, de fldre placer le nom de l’empereur avant celui du Pape. Enfin un refus de fourniture de fourrage suffit pour faire éclater la guerre. Alexandre III montait sur le siège pontifical. Toutes les villes d’Italie se soulèvent è l’appel du nouveau Pape contre Vétram/er. Frédéric, arrivant en Italie, les trouve prêtes à la résistance, marche droit sur Rome, et, selon l'invariable tradition de l'empire, remplace le Pape par un autre Pontife de sa façon. Mais la plus cruelle des déceptions l’attendait au milieu de son triomphe. Son armée est prescjue entièrement dévorée par une épidémie, et il se voit obligé de repasser les Alpes. Le pape Alexandre, devenu en quelque sorte le chef de la ligue, triomphe de l’empereur et nourrit l’es-