‹ Du PapeChapitre 104 sur 192 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

s’entendre avec l’empereur Alexis l’Ange sur le lieu où convoquer un concile projeté. Cet Alexis l’Ange avait usurpé le trône sur son IVère. Le Pape, usant adroitement de la présence des croisés en Orient, leur suggéra l’idée de chasser ce prince, et de restituer le trône au fils de celui qui avait été injustement dépossédé. Celte 'révolution opérée par la main des Occidentaux, sous les auspices du Pontil'e, allait donner à celui-ci une trèsgrande influence, non-seulement sur l'Empire, mais aussi sur les Eglises grecques, dont la réunion semblait devoir résulter de l’événement. Tous les princes chrétiens d’Orienl, en effet, sentirent la puissance de ce coup de main et s’empressèrent de faire leur soumission au Pape. Joanice, roi des Bulgares et des Valaques, se fait sacrer par Innocent, lui prèle serment de fidélité et se déclare son tributaire. Le roi de Hongrie se met sous sa protection et se reconnaît son vassal et son sujet. Primislas, roi de Bobéme, reçoit de lui la couronne royale et s’engage à soutenir le parti guelfe contre Philippe de Souabe, son bienfaiteur, envers qui le Pape le déclare délié de toute reconnaissance. 11 n’est pas jusqu’au roi d’Arménie qui n’invoque l’appui d' Innocent contre le comte de Tripoli, son ennemi...

L’Occident se montrait en général moins souple et moins facile à conduire. En France particulièrement il y avait toujours les résistances de l’Église gallicane d'un côté, et de l’autre, celles des parlements et de l’université, au sein desquels on disait librement que le Pape n’était pas infaillible, qu’il relevait du concile, et même qu'il n’était pas nécessaire.

La circonstance suivante vint mettre au grand jour la politique du Pape Innocent. Jean Sans-Terre, roi d'Àn-

nu PAPK.

gleterre, avait usurpé le trône sur son frère, et assassiné son neveu Artus, par crainte de représailles. Le roi de France, Philippe-Auguste, dont Jean était le vassal, en sa qualité de duc de Normandie, l’avait cité à se justifier de ce crime par-devant, la cour des pairs, et, sur son refus, lui avait déclaré la guerre. Jean, voyant le sort des armes tourner contre lui, avait imploré la^ protection du Pape, et s’était déclaré prêt à se soumettre à sa décision. Innocent III n'eut garde de laisser échapper cette occasion de faire acte de suprématie sur les deux monarques. Au moment donc où la guerre était le plus vivement engagée, les légats du Pape parurent en France. Ils venaient sommer les deux rivaux de déposer les armes et de remettre au Saint-Siège la solution de leur différend...

Nous ne connaissons rien d’aussi solennel jusqu’à cette époque dans l'histoire pontificale que la position prise en cette circonstance par Innocent III, et nous nous sentons rempli d’émotion à la vue de cette autorité intervenant dans les horreurs de la guerre au nom d’un Dieu de paix, et lui superposant le principe d’une juridiction nécessaire. On avait vu plusieurs fois les princes soumettre à la décision du Pontife diverses contestations de moindre importance; mais ici, c’est autre chose : c'est une (puissante initiative qui se manifeste ; c’est le Père commun de la famille chrétienne qui se présente au nom de la morale divine, nous voudrions pouvoir ajouter : au nom de l'humanité et des intérêts publics. Un tel droit était-il contestable au Pontife? Pour décider un point si délicat, il importe de connaître comment le Pape lui-même posait la question. Le roi de France alléguait que le roi Jean étant son vassal, relevait de la

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