‹ Du PapeChapitre 105 sur 192 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

juridiction du royaume, c’est-à-dire de la cour des pairs, et, pour ce motif, il récusait la juridiction pontificale. Innocent alors écrivit au roi et aux évêques pour exposer son droit tel qu’il l’entendait. Mais 'malheureusement on ne trouve pas dans ses lettres sur cet important sujet, une doctrine purement spirituelle et une entremise charitable, telle que saint Grégoire et les évéques de son temps la mettaient en pratique pour apaiser les guerres et les discordes. L’exposé d'innocent reposait presque entièrement sur des subtilités théologiques. « Il

■ ne prétendait troubler ni diminuer, en aucune ma-

■ nière, disait-il, la juridiction du roi, ni s’attribuer « en aucun cas le droit de décider de la question du « fief dont le jugement appartient au roi ; il prétendait « seulement être juge du péché, parce qu’il pouvait et

■ devait exercer à cet égard son autorité sur tous les • fidèles sans exception... >

Mais oü ne rencontre-t-on pas le péché, surtout avec l’œil d’un casuiste aussi habile que l’était le pape Innocent? Le roi, selon lui, restait exclusivement juge du fief; mais dans l’exercice de son jugement sur le fief, le roi pouvait se tromper et tomber par cela même dans le péché. Gomment dès lors son droit de juridiction et l’objet lui-méme de cette juridiction se trouvaient-ils sauvegardés? Le langage du Pape était sincère , nous n’en doutons pas; mais son esprit était profondément pénétré de cette tbéocratie systématique, qui a pour objet le pouvoir temporel dissimulé sous l’action d'un prétendu pouvoir spirituel directement octroyé d’en haut. Cette théocratie le possédait autant et plus qu’elle n'avait possédé Grégoire VII. Au reste, le Pape, dans une lettre écrite au roi, s’en explique en termes formels.

« Combien n’avons-nous pas élê élonué , lui dit-il , de « votre déclaration qui a pour objet de restreindre la « juridiction du Saint-Siège , juridiction qui a été éta- « blie, en matière spirituelle , par l'Homme-Dieu d’une ■ manière si claire et si étendue qu'il est impossible de € l’augmenter, puisque la plénitude n'admet pas d’aca croissement’ !... » Voilà donc le grand mot prononcé : la plénitude absolue de la puissance! Innocent, à la vérité, a soin de mettre les mots matière ÿnrituelle, et les théologiens modernes ont cru, en conséquence, justifier ses prétentions, comme ils ont justifié celles de Grégoire Vil, en disant que le Pontife n'entendait pas exercer le pouvoir direct sur les royaumes de France et d’Angleterre, mais un pouvoir directif sur les souverains, comme chrétiens.... Une telle doctrine est-elle sérieuse? la direction n’est -elle pas la souveraineté pure? Si le Pape dirige le roi, il gouverne par son entremise; l’un est souverain réel, l’autre n’est qu'un ministre exécutif, un commis à l’administration. La puissance spirituelle est la puissance totale et la souveraineté même. La matière n'est que l’instrument de l’esprit. Celui qui tient l’âme tient l’homme tout entier, et par l’homme toutes ses dépendances. Le pouvoir temporel est une conséquence logique du pouvoir spirituel; disons, en d’autres termes, si l’on veut, que tout pouvoir est spirituel de su nature en vue d'effets temporels, et que la politique théocratique ne diffère de toute autre que par la couleur tbéologique ou surnaturelle qu’elle se donne et la dissimulation dont elle s’entoure.

Innocent 111 ne tarde pas du reste à prouver que l’ambition pontificale ne peut sc maintenir exclusivement

' Innocent. Epist., lib, IV, cp. 163.

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