CHAPITRE XI
tait peaer de si haut sur des souverains, et examiner avec impartialité, en présence des faits , la nature et les conséquences de cette autorité transcendante. La nature, selon Innocent, en est divine, car elle a été établie par l'Homme-Dieu. L’objet est divin aussi , puisqu'il s’agit de la gloire de la religion et du salut des âmes. Quant au moyen, il doit l’étre également, car tout est saint qui découle d’un principe saint. Cependant le Pape dissimule d’abord ce moyen; il ne prétend en premier lieu qu'à un pouvoir abstrait, métaphysique , au pouvoir spirituel, en un mot. Il déclare publiquement qu'au roi appartient la juridiction de la terre. Il n’en veut qu’au péché, à cet odieux péché, qui est toujours la plaie béante de l’humanité. Mais voilà que des conséquences temporelles se produisent. Le péché , intimidé par les menaces du Pape , s’incline devant lui et met en ses mains des royaumes. Le Pape les accepte avec empressement; il bénit abondamment le pécheur qu’il venait de maudire, il maudit solennellement l'innocent qu'il avait béni ; il est satisfait et ne dissimule plus sa prétention au règne des biens de la terre. Ces biens sont sa possession légitime et vont maintenant lui servir au plus grand des résultats possibles : la gloire de la religion et le salut des âmes! En vérité, voilà un singulier dénouement, et, nous le disons avec un amer sentiment de la conscience, il y a dans ce système une erreur fondamentale et comme l’œuvre du plus mauvais instinct de l'homme, mélé à la droiture des intentions. Il trompe les plus nobles tendances; il s’empare du génie d’un Grégoire VII et d’un Innocent III pour arriver à des résultats purement négatifs ou subversifs, sous le voile de la religion. C’est que tout est faux dans sa concep-