‹ Du PapeChapitre 108 sur 192 · DD PAW · texte numérisé non relu

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tion; c’est que le droit que s’attribue ici le Pontife n’est qu'une invention de l'esprit politique introduit dès les premiers temps dans l’Église.

Innocent dit que cette autorité spirituelle, qui aboutit constamment à la transformation temporelle, a été concédée par Jésus-Christ. Cela n'est pas! Jésus-Christ fonda l’institution du sacerdoce sur l'abstention absolue de tout pouvoir d’Empire, et sur un renoncement formel aux vaines choses du monde. Il savait bien que la religion n’emprunte point un éclat véritable à la puissance, et que la richesse est le principal écueil de la morale et de la vertu. Il savait bien, lui qui allait donner sa vie pour la rédemption , que le salut de l'homme ne s’accomplit pas par la force des institutions et de l’autorité , mais par l’homme lui-même dans sa lutte constante et libre contre le mal , aidé parfois de l’appui charitable du prochain. Jamais Jésus-Christ fit-il rien de semblable à ce qu'ont fait les Papes? Le vit-on attaquer systéinati({uement tous les pouvoirs d’origine sociale, toutes les autorités constituées, nier ou détruire tout droit humain? Il ne passait pas son temps à renvei’ser dos princes pour se mettre à leur place on la donner aux siens; il ne déliait pas les sujets et les contractants de leurs devoirs, les fils du respect naturel dû aux pères, les obligés de la reconnaissance, ou les amis des sentiments de l’affection mutuelle et des engagements de l’honneur. Jésus-Christ, au contraire, voyait passer le monde et le jugeait sans y loucher. Des royaumes lui sont offerts, il les repousse; on veut le proclamer roi, il s’enfuit au désert, et marque ses actions, comme sa morale, de la sainteté du désintéressement. Enfin, on ne vit pas Jésus-Christ se faire l’âme

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de toutes les intrigues, ourdir des querelles dans le monde entier et pousser sans cesse les hommes dans l’arène sanglante des batailles; il ne combattit que contre lui-même et n’arrosa que de son propre sang la terre. La puissance des Pontifes n’était donc pas une concession évangélique , elle était une imitation de l’autorité de Dieu , telle que le Vatican se la figurait , une interposition, bien intentionnée, nous le voulons, mais essentiellement perturbatrice de la révélation sociale et de l’ordre naturel.

Nous avons pris soin de signaler l’entrée, à une certaine époque , dans l’Église des doctrines ascétiques de l’Égypte et de l’Inde, en compagnie de l’ambition politique. Il ne faut pas chercher ailleurs que dans l’accouplement monstrueux de ces deux éléments du fanatisme et de la violence, l'origine de la théocratie pontificale. L’autorité, disent les lois de Manou, repose sur le châtiment du péché ; elle doit frapper sans cesse pour arrêter le péché!... Il ftiut, dit Moïse, que la race de Chanaan soit exterminée, afin quelle ne commette plus le péché 1 A quoi tendait, en effet, la Papauté en révolutionnant continuellement le monde et en se l'appropriant? N’en parlons que dans l’acception la plus favorable; elle ten* dait â la suppression de toute espèce de droit humain , en vue de soustraire l’homme à lui-méme , à ses penchants naturels, qu'elle avait jugés radicalement opposés à son salut éternel! C’était donc de sa part une guerre sainte et à mort, jusque dans l’âme de l’homme, à tout germe de direction personnelle et d’autorité sociale, en vue d’y faire régner sans partage les lois préconçues de la théologie catholique, lois qui ont leur point de départ dans le dogme de la malédiction pre-

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iniëru de la race humaine el aboutissent à l'expialiuu. La Papauté , avec ces lois dogmatiques , ou , pour mieux dire, dogmatisées et déclarées infaillibles, prenait sous sa responsabilité la destinée des âmes, et, au moyen de l’instrument politique, allait de gré ou de force faire franchir aux hommes les inévitables écueils du monde ; les lier, les délier, et les conduire enfin, petits et grands, rois et sujets, au salut éternel, unique objet de leur existence ici-bas.... Rêve audacieux comme une page de Milton, système aveugle qui supprimait les rapports directs de l’homme avec Dieu, annulait son libre arbitre et sa responsabiUté , déjouait le but de la rédemption, anéantissait tout progrès, tout soulagement de la misère humaine sous un air de haute charité, et dans lequel il n’est pas difficile de reconnaître les effets du déplorable mélange , qui eut lieu au iii*’ siècle , comme nous venons de le dire, des plus bizarres doctrines avec la simple morale de Jésus-Christ!

Les Papes du moyen âge crurent-ils à la terrible chimère de leur puissance? S’ils n’y avaient pas cru, comment expliquer l’immuabilité de ce système qu’ils suivaient exactement, les uns après les autres, comme par l’unique sentiment de leur position? Gomment surtout supposer qu'en dehors de l’idée d’un but bon en soi à atteindre des Pontifes aussi pieux que distingués, comme on en vit plusieurs, auraient osé assumer sans remords le rôle de Dieu , et s’avancer vers leur but par toutes sortes de moyens? Fleury et Hurter me disent qu'innocent 111 était honnête homme ; je n’ai garde de les contredire; mais je déplore que l’on ait pu établir et, plus encore, que l’on s’obstine à maintenir, de nos jours, des lois religieuses en opposition, tout à la fois, à

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