‹ Du PapeChapitre 109 sur 192 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

la morale évangélique et à la raison philosophique, et qui tiennent les esprits en proie aux plus cruelles contradictions dans l’accomplissement des devoirs. Innocent III était avant tout un homme de foi, et il en donna les plus étonnants témoignages du haut du trône pontifical.

Innocent III, dès les premiers temps de son règne, avait accepté de l’empereur Henri VI mourant la tutelle de son fils Frédéric, en bas âge. 11 en profita pour faire déclarer fief du Saint-Siège le royaume de Naples, qui dépendait de la succession d'Henri, et ne craignit pas, pour consommer cet abus de confiance, de produire une de ces donations supposées dont le Vatican avait l'habitude de se faire des titres. L’enfant, déjà muni du litre présomptif de roi des Romains, avait des droits en première ligne à l'Empire, devenu vacant par la mort de son père, et son oncle, Philippe de Souabe, offrait de l’occuper durant sa minorité. Innocent se plut à faire disputer cette succession par Othon de Brunswick , afin de diviser les voix des princes de l’Empire et de pouvoir intervenir avec plus d'autorité dans le débat. Les deux rivaux, en effet, ne manquèrent pas de s’en rapporter au Pape , et celui-ci , après avoir fait attendre longtemps son suffrage, comme pour en accroître le prix, finit par le donner au rival de Philippe, parce qu’il était du parti guelfe , tandis que la « maison de

Souabe était accoutumée à persécuter l'Eglise Cette

dernière expression se rencontrait dans l’exposé des motifs invoqués par Innocent, bien que l'Eglise n’eû^ été persécutée, en ces temps-là, par personne, et que les empereurs n’eussent fait que maintenir contre le Saint- Siège leurs droits les plus positifs, et exclusivement sur

le domaine de la politique et des intérêts matériels. Las Pontifes d'alors ne supportaient pas l’idée que les empereurs eussent un droU de souveraineté légitime et respectable. Ils s'étonnaient de les rencontrer ctnistamment debout, les uns après les autres, pour résister à fai suprématie pontificale. Ils étaient si profondément comvaincus d'exercer ane autorité divine, que toute résistance à œtte autorité leur semblait un crime, uue hérésie, une persécution. L'empmiur, selon les Pontifes, devait être le premier des serviteurs du Pape, son porteglaive , constamment aUentif à en frapper là o« fl dirait pour la gloire du Saint-Siège ; gloire exigeante s’il en fut jamais.

Les Pontifes avaient-ils tort? Les Pontifes n'avai<mt pas littéralement tort; car, à loroe d’affirmer la donation de Constantin qui mettait ^entée leurs mains la couronne impériale avec les royaumes d'Occidenl, et les clefs données à saint Pienre, premier évéqtie de Rome , avec la toute-puissance sur la terre et dans le cid, le Vatican avait fini par croire à de U^s ficti<ms, ou du moins qu’elles correspondaient à une utilité réelle et étaient, dés lors, la vraie ki sociale révélée é la Papauté. Mais il y avait des raisons plus sérieuses et {dus positives pour les Pontifes d'affirmer hautement la suprématie de leur autorité sur les empereurs ; c’est qu’une telle suprématie n’était guère contestée en ces temps-là. Si des résistances se produisaient, elles n'at-, teignaient point encore les bautem% du drob public Le droit pubbc, uniquement fondé sur la foi religieuse, triomphait dans toute la chrétienté, et la Papauté en était naturellement inv'esUe. Ce n’est pas à dire que les principaux Papes attachassent de l'importance à posté -

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der matériellement la puissance temporelle , si ce n’est en Italie : non sans doute ; ils l’auraient jugée au>dessons d'eux. Mais, en bons logiciens qu'ils étaient et infl> niment plus éclairés en pareille matière que les laïques et les princes eux-mémes, les Pontifes comprenaient que la souveraineté religieuse, c’est-à-dire la juridiction des âmes, emportait toutes les autres, et,, as demeurant, était l’unique souveraineté. L’bistoire de ces temps-ià est remplie des prétentions réciproques des Papes et des princes; mais il nous parait incontestable que depuis le. pacte tacite et mystérieux conclu entre Léon III et Chariemagoe, celles des princes ne furent guère que des résistances basées sur le sentiment de la conservation et manifestées par la force Elles se trouvaient, en effet, totalement dépourvues de l’expression théorique ou scientifique propre à leur donner une sanction morale, tandis que le Vatican expKquait on ne peut plus abondamment l’origine et le développement logique qu’il donnait anx siennes. Les princes évidemment étaient d’une ignorance extrême. On ne savait quelque chose que dai» les couvents, qui ne se dévouaient guère h l’Mude du droit rationnel des Etats.

On se rappelle ces lettres que Grégoire VII écrivit an commencement de son règne aux prinçes chrétiens, et qui commençaient toutes par ces mots : Vota devez «ovmr.... Igmrez-toutf etc.... C’était les attaquer par leur côté faible ; et lorsque le Pontife ajoutait : Votre royaume appartietit au Saint-Siège , ils ne savaient que répondre, et la peur les prenait. Rien n’affaiblit l'homme comme le sentiment de son ignorance; il est toujours prêt, par ane disposition naturelle , à s’incliner devant la supériorité intellectaelle : précieuse prérogative, qui fait la part

respective de l'esprit et de la matière , et qui , avec le besoin inné du sentiment religieux, suffit à expliquer tout le secret de la puissance de l'Église au moyen âge. Mais Grégoire VII est bien autrement imposant lorsque, procédant à la déposition de l'empereur Henri IV, il s’exprime ainsi : De la part du Dieu tout-puissant et de ma propre autorité, je défends à Henri, fils de Henri, de gouverner le royaume teuloniquel... Et plus tard , quand il renouvelle la déposition : Je lui été la couronne, dit-il, et je la donne à Rodolphe de Souabel... Des hauteurs où sc plaçait le Pape, un tel laconisme jetait la terreur dans les esprits. Henri IV, esprit fort pour son temps, s'irritait, marchait sur Rome en armes; mais la puissance pontificale , écrasée en apparence et pour un moment, se relevait, après 1 écoulement du torrent, plus imposante que jamais. La dernière malédiction lancée par Grégoire fut sans appel ; la force était vaincue par l’autorité morale, le temporel par le spirituel.

Sous Innocent III, l’opinion générale était dans les mêmes dispositions, relativement à la souveraineté universelle du Pape, que sous Grégoire VII. Cependant, outre les graves symptômes de réaction intellectuelle que nous avons signalés sur divers points, on avait vu les princes et les évéques allemands du parti de la maison de Souabe déclarer, à l'occasion de la préférence donnée à Othon IV sur Philippe, que : ■ le Pape devait se mêler exclusivement des affaires ecclésiastiques ; qu’un homme ne pouvait être à la fois évêque et roi... > Mais cette protestation d'un parti vaincu allait se perdre sans écho, avec celles des parlements de France, dans le gouffre obscur des croyances, pour ne pas dire de la supoi sutiou du temps. Les Pontifes, depuis Léon Il|

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