CHAPITRE XI
^ui fournirent de tout temps aux lettres et à la politique des esprits distingués. Le comte de Toulouse, ^ comte de Poix, les seigneurs les plus puissants du pays, s'étaient hautement déclarés pour les Albigeois et avaient rendu vaine l'excommunication lancée précédemment contre eux par le Pape Alexandre 111. Innocent a résolu d’extirper jusque dans ses germes cette hérésie. Il envoie des légats et une foule de moines, chargés d’examiner l'état des esprits. Rien n’y faisant, il excommunie les Albigeois en plein concile. Le légat chargé de porter l’excommunication, Pierre de Castelnau, est mal reçu ; on l'assassine. Innocent, furieux, fait prêcher contre les Albigeois la guerre sainte, accordant les mêmes indulgences à cette guerre qu’à celle des croisades en Palestine. • Tous ceux qui y prendront part seront assurés du ciel, de par le pouvoir qu’a le Pontife de l’ouvrir et de le fermer 1... » On retrouve dans les chroniques du temps l’impression d’épouvante que produisit cet appel sauvage. Des bandes immenses , formées de tout ce qu’il y avait d’aventuriers, de malfaiteurs et de vagabonds dans les pays environnanis, s’ébranlèrent à la voix des moines et des évéques, et se dirigèrent vers le Languedoc et la Provence , dévorant tout sur leur passage; un certain comte de Montfort les conduisait. A Béxicrs, il y eut soixante mille personnes de tout âge et de tout sexe massacrées. Carcassonne, Toulouse, Albi, Montauhan, Avignon furent successivement envahies par cette armée de fanatiques, et l'on estima à deux cent mille le nombre des victimes que cette affreuse exécution fit dans l'espace d’une année (1209). Pour donner une idée de l'exaltation qui animait ces forcenés, il suffit de citer la fameuse parole d’Arnold, abbé de Citeaux, l’un'
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de leurs principaux chefs. On demandait, dans un con^ seii de guerre, comment on saurait faire pour distin> guer les catholiques des hérétiques, en vue de les épargner? • Frappez! frappez! répondit Arnold, leSei» gneur reconnaîtra bien ceux qui sont à lui' !... »
Cette affreuse tempête ne laissa sur la terre où elle avait passé que des cendres et des ruines; mais il failait que sur ces cendres et ces ruines jsunais le phénix de la liberté intellectuelle ne pût désormais renaître, innocent 111 avait juré par saint Pierre d'exterminer l'hérésie jusque dans les racines de la conscience et, au besoin, de la vie humaine. A cet effet, il imagine deux puissants moyens, la confession auriculaire et i'iiB> quisition. Il les décrète en concile, dans le palais de Latran (1215). La confession est déclarée obligatoire annuellement pour tous les fidèles, et, de plus, érigée en sacrement. Le Pape compte savoir, par la vertu de ce sacrement, ce qui se passe dans les âmes, et, la lu~ mière étant faite , l'inquisition se présentera devant les coupables. Le célèbre moine espagnol, Dominique de Gusman, la dirige avec le titre de grand inquisiteur. Elle a ses règlements : « On emploiera d'abord contre l'hérésie les peines spirituelles. Si elles ne portent pas de bons fruits , les coupaMes seront jetés dans des ca> chois, appliqués à la torture, puis livrés aux flammes expiatoiresl... > Tout le monde connaît l'histoire horrible de cette institution appelée «oûi/r, et des cruels ravages qu'elle produisit dans plusieurs contrées de l'Europe, notamment en Espagne, où elle se maintint jusqu'à l'entrée de l'armée française, en 1809.
• ' Ctesaria«, lib. V, c. 21.